20 février 2026

PO03 - Poésie et gravures dans un livre d'artiste en mini format, de Daniella

Quand une enveloppe un peu épaisse arrive jusqu'à ma boite aux lettres, j'ai le sentiment heureux que l'amie Daniella a encore eu une belle idée géniale, dans son domaine où la créativité n'a pas de limite.

Je me suis habituée à la voir protéger ses créations dans une enveloppe ordinaire car ce qu'elle m'adresse est toujours fragile, et on sait avec quelle délicatesse nos plis postaux sont désormais traités.  Ceci explique que je considère toujours qu'il s'agit bien d'art postal à mon attention car Daniella met toute son âme dans ses réalisations.

J'ouvre l'enveloppe et déballe le papier de soie qui contient un nouveau bijou, que Daniella appelle "la petite chose" qui suit : 

 







Encore une fois je suis comblée avec ce nouveau cadeau que ma correspondante très douée m'offre avec ce merveilleux livre d'artiste aux toutes petites dimensions de 6x6 cm, dont les pages contiennent de la poésie en prose associée à des impressions de gravures.

Un énorme merci à toi Daniella, qui me gâte décidément beaucoup. J'apprécie tellement tes créations. L'envoi de poésie de ta part n'est pas nouveau mais j'apprécie énormément. C'est à mon tour de te créer quelque chose, pour cela il va me falloir retrouver un peu de niaque, qui me fait plutôt défaut en ce moment. 

Les animaux de la jungle entourent Léo pour son anniversaire

Le temps passe extrêmement vite et voilà déjà mon petit Léo qui va fêter ses deux ans! Je ne le connais pas beaucoup mais j'apprécie vraiment les rares moments où j'ai pu profiter de sa compagnie. Comme c'est plaisant de le voir s'éveiller, et maitriser déjà beaucoup de vocabulaire.

Comme beaucoup de petits garçons de son âge, Léo est passionné par tous les animaux et aussi par tout ce qui est motorisé comme les avions, les camions, les bus et autres tracteurs. Les livres sont ses amis ainsi que tout ce qui peut permettre de faire de la musique car il chantonne et il danse. 

Pour fêter ses deux ans, les animaux de la jungle se sont réunis pour lui offrir un beau gâteau et l'aider à souffler sur ses deux bougies, et bien sûr pour faire la fête avec lui. 

J'en fait autant :  Joyeux anniversaire, mon petit bouchon!

Angela Davis, professeure, féministe, noire et combattante, pour la Médiathèque de Montigny-en-Gohelle

L'appel à mail-art lancé par la Médiathèque La Boussole de Montigny-en-Gohelle sur la voix des femmes qui nous inspirent me donne l'occasion de consacrer un article à l'une d'entre elles,  dont j'ai toujours suivi le parcours depuis mon adolescence : il s'agit d'Angela Davis.

Bien évidemment je me suis servie de dentelle noire ancienne pour simuler sa coupe Afro de l'époque si reconnaissable

Voici comment cela a commencé : Le 7 août 1970, une tentative de libération d’un membre du Black Panther Party se conclut par la mort d’un juge. Angela Davis, une enseignante communiste et noire de l’université de San Diego qui est accusée d’avoir fourni les armes, est en cavale. Rattrapée par le FBI, elle est accusée dans un procès qui peu lui valoir la peine de mort. Fleurissent alors des banderoles « Free Angela » sur toute la planète.

Comme beaucoup d'autres personnes en France, c'est à ce moment là que j'ai entendu parler d'elle pour la première fois. Nous étions au début des années 1970, j'avais 15 ans : j'ai  longtemps arboré le badge "Free Angela",  d'ailleurs 56 ans plus tard, ce badge est toujours en ma possession. 

Avec l'immense élan populaire que cette injuste incarcération puis ce procès soulevèrent, Angela est devenue une icône internationale sans l'avoir voulu,  au point qu’aujourd’hui encore on trouve sa silhouette d’alors, avec sa coiffure afro restée célèbre,  sur de nombreux murs où les street-artistes du monde entier l'ont taggée.  

   
Street-art à Blois, à Berlin, à Oakland

J'ai toujours été extrêmement touchée par la cause de cette femme injustement accusée parce que femme, noire, communiste et professeure se battant pour les droits civiques des afro-américains. Au fil du temps où je suivais de loin en loin son parcours, je l'ai toujours trouvée inspirante par son courage et sa détermination, toujours profondément militante et engagée, fidèle aux  nombreux combats qu'elle mène sans faillir, à maintenant 82 ans. 

Née le 26 janvier 1944 à Birmingham dans l'état de l'Alabama, au cœur de l’Amérique ségrégationniste, Angela Davis a fait de sa vie une école de résistance. Philosophe marxiste, militante du Black Power et féministe avant l’heure, elle a connu la cavale, la prison, la gloire et l’exil ; sans jamais renier sa pensée. De la salle de classe aux tribunaux, des universités américaines aux tribunes de l’ONU, elle a transformé la lutte en méthode, et la pensée en arme. Aujourd’hui encore, son nom incarne l’alliance rare entre rigueur intellectuelle, courage politique et quête universelle de justice.

Elle n'est pas devenue cette combattante par hasard : durant sa jeunesse, Angela a été profondément marquée par son expérience du racisme, des humiliations quotidiennes provoquées  par la ségrégation raciale et le climat de violence qui règne dans son environnement quotidien.

Birmingham, une ville de ségrégation
En 1963, la ville de Birmingham, dans l’État d'Alabama, est « probablement la ville où la ségrégation est la plus rigoureuse de tous les États-Unis », selon les mots de Martin Luther King.Bien que sa population de presque 350 000 habitants soit à l'époque à 60 % blanche et 40 % noire, la ville ne compte aucun noir parmi ses officiers de police, pompiers, vendeurs dans les grands magasins, conducteurs de bus, employés de banque ou caissiers. Les secrétaires noirs n'avaient pas le droit de travailler pour des professionnels blancs. Les emplois accessibles aux noirs étaient limités aux travaux de force dans les aciéries de Birmingham, aux emplois de service domestique et d'entretien, ou au travail dans les quartiers noirs. En cas de plans de licenciement, les employés noirs étaient souvent les premiers touchés. Le taux de chômage des noirs était deux fois et demi supérieur à celui des blancs, et le revenu moyen des noirs de la ville n'atteignait pas la moitié de celui des blancs. Il était courant que les échelles de rémunération des travailleurs noirs dans les aciéries locales soient significativement inférieures à celles de leurs collègues. La ségrégation raciale dans les établissements publics et dans les commerces du comté de Jefferson était légalement requise, couvrait tous les aspects de la vie et était rigoureusement appliquée. En 1960, seulement 10 % de la population noire de la ville était inscrite sur les listes électorales.... 

Source :Extrait débutant un long article sur la campagne de Birmingham sur Wikipédia (à lire pour se rendre compte de la violence exercée sur la population noire à cette époque-là).

Tout ce vécu a sans doute compté pour beaucoup dans l'engagement d'Angela Davis très tôt dans la lutte contre l’oppression des Afro-Américains aux États-Unis, son premier combat.(*) 

Ce ne fut pas le seul. C'est pourquoi Angela est une femme que je n'ai jamais pu oublier, représentant pour moi un modèle de courage et d'engagement pour toutes les luttes qui sont les siennes, dans le but de faire évoluer les mentalités contre le racisme, le sexismeet le capitalisme et pour le féminisme, la sauvegarde de l'environnement et le bien-être animal.

*** FREE ANGELA ***


Sa soeur Janis, Louis Aragon et Jacques Laurent en tête du cortège à Paris le 3-10-1971

- Manifestation monstre à Paris le 3 octobre 1971 pour demander la libération d'Angela Davis, avec la participation d'environ 100 000 personnes,
- Des personnalités comme Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Jacques Prévert l'on soutenu à cette époque
- John Lennon et Yolo Ona lui dédie une chanson "Angela" tandis que les Rolling Stones lui dédie la chanson "Sweat black angel" en 1972
-  Une référence à Angela Davis, dans la chanson "Lily" de Pierre Perret en 19
- La complainte pour Angela Davis par  Francesca Solleville, en 1972 
- Angela, chantée par Yannick Noah en 2010
- ...
***
Pour en savoir davantage sur la vie de cette femme extraordinaire de courage, de force et de volonté, voici quelques compléments d'informations, cette liste étant bien sûr non exhaustive 

Comment Birmingham a façonné l'esprit radical d'Angela Davis et sa quête de liberté pour tous.
* Podcast sur France Inter dans l'émission de Guillaume Gallienne "ca peut pas faire de mal : Angela Davis et son combat pour la liberté :  
* Radioscopie avec Jacques Chancel qui reçoit Angela Davis en 1977
* Extrait d'''Une lutte sans trève", un des livres publiés par Angela Davis où elle analyse les luttes antiracistes dans leurs différentes implications, allant de l’incarcération de masse des populations non blanches aux Etats Unis à la solidarité internationale avec le peuple palestinien
* Le portrait d'Angela Davis, une icône des luttes sociales,  sur le site "Celles qui osent".
* etc...

Composition florale, pour Christiane

Bien que décidée à lever un peu le pied* sur l'art postal, je me devais de faire une réponse sans trop tarder à Christiane, une nouvelle interlocutrice qui vient de me prendre contact avec moi. 

Christiane, je te prie de bien vouloir m' excuser car j'ai réalisé là un mail-art textile assez simpliste. J'ai présumé qu'habitant la campagne, tu aimais forcément les fleurs et la nature. J'espère ne pas m'être trop trompée et je t'en souhaite une bonne réception. 

*trop lasse et écrasée par l'actualité du monde qui me brise le moral, je ressens depuis des semaines déjà un grand manque de motivation et d'inspiration 

Michèle Guigon : une merveilleuse actrice qui aimait tant la beauté de la vie

Quelquefois, il existe d'heureux hasards  sur Internet : en voici un que je vais vous conter. 

A l'occasion d'une de mes  recherches sur la toile, j'ai activé un lien qui m'a amenée vers une certaine Catherine Guigon peintre. Ce patronyme a aussitôt fait tilt dans ma tête car je me souvenais d'une actrice portant le même nom qui m'avait frappée et dont je venais d'un coup de me rappeler l'effet qu'elle avait produit sur moi. Je l'ai retrouvée et je peux maintenant vous la présenter.

Photos publiées dans Le Monde, Le Progrès (photo d'Elise Faure) et Ouest France 

Michèle Guigon, née le 1er juin 1959 à Belfort et disparue le 4 septembre 2014 à Paris, est une comédienne, accordéoniste, humoriste, auteur-compositrice et metteuse en scène, puis à la fin de sa vie, chroniqueuse à France Inter pour l'émission On va tous y passer.

Lorsque j'ai eu la chance d'aller voir son spectacle solo dans une toute petite salle du théatre parisien du Lucernaire, il y a de cela une bonne quinzaine d'années, j'avais été terriblement impressionnée par cette femme extraordinaire qu'était Michèle Guigon, tellement émue aussi par sa simplicité et sa grande intelligence, sa musique avec son accordéon et ses chansons, mais surtout, surtout,  par son amour de la vie. A l'époque en rémission d'un premier cancer du sein, elle avait pris une certaine distance avec la maladie et en avait fait une ode à la vie extraordinaire. 

Pièce de théâtre "La vie va où" - de et par Michèle Guigon (Intégrale filmé au Théâtre de Vidy-Lausanne)
 publiée sur la chaine Youtube Cinemapalace
La pièce de théâtre "Pieds nus traverser mon coeur" de et par Michèle Guigon (filmé au Théâtre de Vidy-Lausanne) 
 publiée sur la chaine Youtube Cinemapalace

Toutes ses chroniques sur la Matinale de France Inter  sont désormais accessibles en podcast : elles sont construites autour de l'invité du jour. Je vous les conseille, à écouter, c'est un format court mais cela montre combien cette femme incroyable était sensible, drôle, mais surtout terriblement amoureuse de la vie.  
Aimer la vie (quand ça va pas) même - Chronique du 11-09-2013 publiée sur la chaine Youtube de France Inter 
Invité Bruno Salomone

Merci Michèle de la belle personne que tu fus, et merci à tout ce que tu as incarné pour ceux qui ont eu la très grande chance de te voir ou de te cotoyer. 

*** Michèle GUIGON  - sa vie, son oeuvre ***

Comédienne, compositrice et accordéoniste chez Jérôme Deschamps de 1978 à 1985, des Oubliettes à La Veillée , elle est aussi auteur et metteur en scène. En 1984 elle crée la Cie du P’tit Matin, avec Anne Artigau. Alain Crombecque, directeur du Festival d’Avignon, ayant vu leur premier spectacle Strapontin , lui passe commande pour_Marguerite Paradis ou l’histoire de tout le monde_ . Suivent les créations d’Etats d’amour , En face ou la chanson perdue , Les Chantefables de Desnos/Wiener avec Anne Artigau aux mises en scène. Claude Régy lui conseille de présenter un dossier pour la Villa Médicis Hors-Les-Murs dont elle est Lauréate en 1990.

Elle crée ensuite Piavodéon avec Susy Firth. En 1992, Alain Crombecque lui commande un «cabaret» qui deviendra Le Cabaret du P’tit Matin , où elle réunit toute sa famille d’artistes variés et crée un spectacle où se croisent et se marient plusieurs disciplines. Puis Duo histoire d’amourire , Il y a… écrit par Anne Artigau, Le P’tit Matin aux étoiles , Quel cirque la vie , GuiGon &Cie , Un cabaret à double-fond , et avec Susy Firth Trois trios en 2007.

C’est ainsi, par les liens du cœur, que Michèle – après deux solos - La vie va vite et Une seconde (avec Susy Firth à la mise en scène)- entreprit ce 3ème solo La vie va où ?... à l’Espace 1789 de Saint Ouen avec la collaboration d’Anne Artigau pour son sens de l’image et des jeux d’ombres et lumières, et Susy Firth pour sa précision du mot et sa dramaturgie.

Très éclectique, elle met aussi en scène de nombreux spectacles hors de sa compagnie : le duo suisse Cuche & Barbezat, le conteur Pépito Mattéo, le jongleur de mots Vincent Roca, la chanteuse Michèle Bernard, les danseurs jazz-rock-hiphop Le Collectif Jeu de Jambes, et les soirées d’humour du Montreux Festival du Rire en Suisse.

Elle dirige en 2008 Denis Lavant dans Big Shoot de Koffi Kwahule, Patrice Thibaud dans Cocorico (avec Susy Firth), puis en 2009 Mireille Perrier dans Non rééducable et Xavier Mortimer, magicien-musicien, dans son spectacle L’Ombre-orchestre . Depuis 2003 elle est impliquée dans le travail avec les danseurs hiphop, notamment Raphaël et Sébastien, et participe à la mise en place du festival Danse Hip-hop Tanz en Seine-Saint Denis. En 2011 elle revient pour un 4e spectacle solo, Pieds nus traverser mon cœur qu’elle joue au Lucernaire jusqu’au 23 octobre.
Source : le site de RadioFrance

19 février 2026

PO02 : Le poème du chat de Baudelaire, en calligramme, par Marc

Ah les amis, comme c'est sympa : à peine  publié mon nouvel appel sur la poésie pour réenchanter le monde, que déjà m'arrivent les premiers mail-arts sur ce thème. 

Connaissant mon amour des chats, passion que nous avons en commun, l'ami Marc n'a pas tardé à sortir sa plus belle plume pour composer ce magnifique calligramme en forme de "greffier", d'après le poésie de Baudelaire.

Le chat

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

Sois vivement remercié ici, cher aminaute, pour avoir réagi si promptement et si joliment à mon besoin de poésie et de beauté en ce moment. A moi de prendre la main, maintenant, même si j'ai beaucoup de mal à créer en ce moment. 

PO01 - Rêve d'une sirène sur graine de caroube, par Eric

Aie Aie Aie Caroubia! 

Pas de courrier du tout depuis une semaine (et les vacances n'ont pas encore commencé) et là, paf, un grand sac jaune de la Poste, ce qui n'annonce généralement pas une bonne nouvelle.

Cela me fait terriblement mal au coeur de constater en l'ouvrant qu'il contenant une graine de caroube artistiquement décorée, en trois morceaux heureusement encore attachés ensemble : ouf ! soulagement, car j'espère arriver à recoller les morceaux.
Prendre une étoile dans la main
Plonger dans la nuit
et renaître en paix demain 

Tu es le premier : merci Eric d'avoir déjà si joliment répondu à mon nouvel appel, pour venir combler mon besoin de beauté et de poésie! Comme c'est chouette d'avoir des copains mail-artistes si connectés à mes humeurs et mes goûts profonds. Merci l'Ami

16 février 2026

"Soulèvements", le film de Thomas Lacoste qui redonne de l'espoir : actuellement au cinéma

 
Janvier 2021, lors d'une assemblée générale à Notre-Dame-des-Landes, un collectif se forme sous l'appellation Les soulèvements de la Terre. Luttant contre l'accaparement des terres et de l'eau, il mène différentes actions – manifestations, recours juridiques, désobéissance civile, action directe – pour défendre le bien commun face à la marchandisation et l'artificialisation du vivant. En 2023, le gouvernement dissout par décret Les soulèvements de la Terre ; cette décision est annulée quelques mois plus tard par le Conseil d'État qui juge alors une absence de proportionnalité entre les actions du mouvement et la violence d'une dissolution.

Le grand mérite du documentaire de Thomas Lacoste est de laisser hors-champ ces tergiversations politiques pour se centrer sur la parole de celles et ceux qui s'engagent, chacun à sa manière, chacune à son endroit, à lutter contre la loi du plus fort, du plus riche, du « puissant ». Face caméra, une poignée d'entre eux ont tout le temps de dérouler leurs pensées, de transmettre leurs convictions, de partager leurs inquiétudes comme leurs victoires. Beaucoup sont jeunes, certain·es un peu moins, mais toutes et tous sont passionné·es et passionnant·es : ils relient avec bon sens les batailles locales aux enjeux planétaires, agissent sans cesser de réfléchir et réfléchissent tout en agissant. La multiplicité des points de vue dresse à la fois une trajectoire commune, cohérente, mais témoigne aussi d'un renouvellement permanent, d'une adaptation aux spécificités de chaque territoire par l'appui sur celles et ceux qui en ont la connaissance.

Entrecoupé d'images magnifiant la nature et les luttes les plus emblématiques, Soulèvements préfère le kaléidoscope aux grands discours. Thomas Lacoste traite ainsi avec honnêteté un mouvement oeuvrant pour la convergence des luttes et appliquant une pluralité de modes d'action : son film est un appel à le rejoindre !
Source : Note accompagnant la sortie du film

***
Je ressors du cinéma bouleversée à la fois par le témoignage des seize protagonistes du mouvement des Soulèvements de la Terre, interviewées en toute simplicité devant la caméra du réalisateur pour narrer leurs actions et leurs motivations profondes, que par l'immense espoir qu'elles soulèvent avec leur détermination à défendre coûte que coûte la beauté et l'intégrité de leurs territoires pour tout simplement espérer pouvoir continuer à y vivre. 

Depuis la Zad de Notre Dame des Landes, en passant par les bassines de Sainte-Soline, le projet de retenue collinaire de La Clusaz, le projet d'extension de la Sablière de Saint-Colomban, le projet de construction de l'autoroute A69, le projet de contournement de Rouen, le projet de 3e tronçon de téléphérique à La Grave-La Meije au dessus d'un glacier la Girose, etc... tous les combats menés par ces personnes engagées ont renforcé leur rapport à la nature et au vivant, en cherchant à y tisser de nouveaux liens, et à expérimenter d'autres modes de vie. Toutes ont exprimé le bonheur redecouvert dans la lutte et la joie qu'il y avait à entreprendre des actions en commun, en mettant leur savoir-faire et leur connaissance du terrain au service de la cause à défendre. A chaque fois dans le souci d'entreprendre la bonne action, au bon moment pour être le plus efficace possible.

Tous sont fascinants à écouter, les plus jeunes d'une grande sensibilité laissent paraître beaucoup d'émotion lorsqu'ils expriment pourquoi ils sont amener à ainsi se battre. Deux d'entre eux, plus âgés, m'ont particulièrement émue, deux papas qui s'expriment à coté de leur fils ou fille. D'abord cet habitant de la Clusaz qui remercie sa fille d'avoir entrepris des actions pour empêcher la création d'une retenue collinaire en construisant de nuit des cabanes pour surprendre les investisseurs et occupant ainsi le bois tout le temps où c'était nécessaire : il m'a tiré les larmes lorsqu'il lui demande pardon pour son aveuglement, au point qu'il a maintenant changé de bord politique. 

Que dire aussi du papa vivant dans les Deux Sèvres,  menuisier de métier, qui explique que, né en 1951, il a tout connu du plan Marshall avec l'obligation d'arracher les haies pour faire des parcelles bien plus grandes, puis l'élargissement des rivières afin de drainer toutes les zones humides pour agrandir encore les parcelles? Et quand 10 ans plus tard, l'autosuffisance alimentaire était acquise en France après la disette d'après-guerre, la décision politique a été contre tous les avis de continuer de produire en augmentant les rendements pour l'exportation. Pour pouvoir agir contre ces décisions désastreuses, ce monsieur s'est engagé comme maire et comme conseiller de la communauté des communes pendant 19 ans... mais de là, il s'est rendu compte à quel point toutes les actions de bon sens étaient impossibles à mener à bien tant toutes les instances du pouvoir étaient infestées par les lobbies! Quelle émotion lorsqu'il affirme haut et fort qu'il n'y a plus que la désobéissance civile pour tenter de faire changer les choses.

"Soulèvements" est un film qui nous fait nous poser bien des questions, un film salutaire que je recommande.

*** Extrait d'un article paru dans Reporterre à propos du film ***

Elles et ils ont été qualifiés d’« écoterroristes », surveillés par la DGSI et menacés de dissolution par le gouvernement. Les Soulèvements de la Terre incarnent l’un des exemples les plus marquants de criminalisation des luttes écologiques de ces dernières années. Dans son documentaire Soulèvements en salles mercredi 11 février, Thomas Lacoste fait voler en éclats cette campagne de disqualification, relayée par une partie des médias.

Le réalisateur donne la parole, face caméra, à seize membres du mouvement. Les militants racontent ce qui est systématiquement invisibilisé : une organisation collective, ancrée dans les territoires, qui expérimente d’autres manières de vivre, de lutter et de faire monde pour défendre les communs face à l’artificialisation des sols et l’accaparement des terres et de l’eau. Ce contre-récit puissant invite les détracteurs du mouvement à aller voir par eux-mêmes et surtout, donne envie de lutter.

photo extraite du film Soulèvements

Défi relevé avec la raînette et le nymphéa, pour Sylvie

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais en décembre dernier, mon amie jurasienne Sylvie m'avait gentiment lancé un défi, comme à plusieurs autres de ses correspondants. Cela consistait à incorporer l'étiquette ci-dessous dans une composition de notre choix pour en faire un mail-art particulier. 

Photo du nymphéa libre de droit publiée sur le site de Shutterstock - l'étiquette forme l'essentiel du corps de la raïnette

J'ai vraiment beaucoup galéré à cause de la taille de l'étiquette, car, si je voulais rester à l'échelle, il me fallait trouver une scène où incorporer un tel gabarit, ce qui allait forcément entrainer une réalisation en très grand format. 

Etiquette aux dimensions de10 x 4.5cm au plus large

Les idées ne m'ont pas manqué mais j'ai du les abandonner une à une, car cela m'aurait entrainé dans une dimension d'art postal supérieure au A4 , si je voulais respecter les proportions. Ensuite, j'ai essayé d'utiliser l'étiquette par moitié, dans le sens de la hauteur et celui de la largeur, mais cela ne changeait pas le problème. 

C'est finalement par l'exploration de l'oeuvre de Claude Monet dont on va fêter le centenaire de la disparition cette année que j'ai trouvé finalement une photo en très gros plan d'une feuille et d'une fleur de nymphéa où ma jolie raînette serait enfin bien à sa place. 

Je t'en souhaite une bonne réception chère Sylvie ; avec ton oeil si doué pour mettre en scène les timbres, j'ai hâte de voir ce que tu vas avoir imaginé de ton côté avec cette étiquette. 

Dans mon prochain envoi, comme nous en avons convenu, je t'enverrai de quoi jouer, mais ce sera avec un timbre à découvrir et à illustrer.

12 février 2026

Appel à mail art : La poésie pour réenchanter le monde

«La poésie c'est  un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie » Jacques Prévert

Généralités :
Format A5 de préférence, A4 maxi - pas d'ATC - timbre et adresse au recto
Création libre - Appel permanent 

2026 - La poésie pour réenchanter le monde (PO) :
Rester capable de s'émerveiller encore devant la beauté du monde, de la nature et du vivant, voilà l'une de nos richesses d'être pensant qu'aucun milliardaire ou dictateur au monde (*) ne pourra nous voler.

Dans cette époque que nous vivons où il faut courir sans arrêt pour tout mener de front,  tout est orchestré pour que nous n'ayons jamais le temps de rêver, de prendre le temps de penser, de réfléchir, de nous poser. Le soir venu restent juste une grande lassitude et beaucoup de désappointement. Pourtant le monde est beau et nous ne savons plus le regarder.

S'exprimer par la poésie, c'est une façon de résister, de montrer que nous ne sommes totalement lobotomisés par les publicités qui entretiennent nos addictions consuméristes ni par les chaines de désinformation en continu qui ne savent qu'activer la haine et favoriser un racisme exacerbé pour mieux nous diviser et nous monter les uns contre les autres, 

Si comme moi, vous avez envie de marquer un temps d'arrêt et de vous tourner vers ce qui est beau, ce qui vous fait vibrer, ce qui enchante votre coeur, ce qui éblouit vos yeux, bref, ce qui vous fait réagir en tant qu'être sensible, n'hésitez pas à vous exprimer par l'art postal qui permet tout.

Il ne s'agit pas là forcément de créer vous-même des poèmes (mais ne vous censurez surtout pas si vous en avez envie) mais plutôt de laisser cours à toute votre sensibilité. Cela pourra être d'illustrer par exemple des fragments de poèmes qui font écho en vous, ou bien imaginer et illustrer une scène tout à fait poétique (car la poésie peut êgalement être visuelle).

J'accepte toutes les formes de poésie,  la classique en vers ou la plus contemporaine comme par ex. : 
- l'acrostiche ou le calligramme ou encore la poésie caviardée, plus visuels et  plus ludiques, 
- le haiku, poésie traditionnelle japonaise,  pour restituer une émotion dans le temps présent
- la poésie en vers libre, 
- la poésie surréaliste (celle de Jacques Prévert ou de René Char par exemple)
- la poésie narrative 
- etc...etc..la liste n'est pas du tout exhaustive

Si ce thème vous plait, vous avez quartier libre pour créer un art postal qui vous fait du bien en le composant et qui sera agréable à recevoir. 

(*) même si dans les cas extrêmes de privations, de tortures et autres sévices, cela doit être beaucoup plus difficile de s'accrocher à sa condition d'être humain - mais des déportés ont réussi à le faire au fond des camps nazis 

 *** Voici quelques exemples ***


Quelques exemples : calligramme à gauche, acrostiche au centre, poésie caviardée à droite 
Haiku avec illustration en rapport avec le thème du poème

*** Avis de différents poètes sur la situation actuelle de la poésie ***

Jean-Pierre Siméon  débute (et termine) son essai, par une citation forte de sens, qui marquera la lecture de son ouvrage et donnera le ton au lecteur : « La poésie sauvera le monde, si rien ne le sauve. Au reste, elle le sauve de son indignité. » Le poète français n’est d’ailleurs pas le seul à percevoir la poésie comme une surpuissance sous-estimée.

Son confrère américain Lawrence Ferlinghetti, pour qui la poésie occupe aussi une place première et décisive, complétera : « La poésie peut encore sauver le monde en modifiant les consciences », dans une interview avec le magazine culturel américain Guernica en 2010.

Tahar Ben Jelloun écrira, dans son ouvrage Mes contes de Perrault (2014), que « seule la poésie a le pouvoir de sauver le monde, même si elle est aujourd’hui abandonnée, négligée, combattue ».

Son point de vue partagé, Jean-Pierre Siméon le développe dans son essai engagé qui attire notre attention sur son combat, un combat spécifique, qui concerne la position de la poésie dans notre société qui ne privilégie ni son apparition ni son épanouissement. Il y a dans l’ouvrage du poète français, qui va au-delà d’un acte artistique, un acte de révolte à travers son analyse de notre monde.

Le monde… ce qu’on en a fait ? 

Selon le poète français, Jean-Pierre Siméon, un système qui, régulé par de nouvelles lois, du marché, de la finance et du marketing, aplanit le réel et met fin à tout questionnement profond et véritable. Même le monde littéraire, censé éveiller les consciences, se serait transformé en production littéraire, faite majoritairement de récits, qui ne questionnent (quand ils le font) qu’en superficie, et contribuent eux aussi à endormir les consciences, à ne plus faire de nous des acteurs autonomes, sensés et concernés, mais de passifs consommateurs de récits mièvres, surconsommateurs d’images. La dématérialisation que génère l’absorption du réel dans le virtuel, entre lesquels les frontières ne sont (presque) plus, est en train d’abolir progressivement les liens du corps avec l’environnement, en nous abolissant nous-mêmes, avertit l’auteur.

Ainsi, comme l’a si bien noté Jean-Pierre Siméon, l’homme du XXIe siècle est distrait par les médias et les industries créatives qui, en se pliant de plus en plus aux exigences de l’audimat, ont fait des actes littéraire et artistique des spectacles visuels sans véritables acteurs, qui aujourd’hui tendent à obéir au seul principe du divertissement impératif. L’homme moderne, assailli par les représentations de la grande machinerie des mots et des images surabondants, n’aurait donc plus le temps ni l’espace de produire de lui-même l’imaginaire qui les constitue. 

Pour l’auteur, dans un monde où « l’imaginaire est (devenu) un territoire occupé et soumis », le poème, saisie subjective et singulière du réel qui témoigne de la vie dans une langue aussi complexe qu’elle l’est, devient un « acte de résistance contre cette oppression ». Ainsi, « la réappropriation de la faculté d’imagination, dont l’expérience de la métaphore retrouvée dans l’écoute du poème est un moyen aisé, est la condition de l’émancipation de l’imaginaire collectif hors du champ clos de l’imaginaire imposé». 

Car comme l’écrit Jean-Pierre Siméon, « la poésie n’est pas un communiqué, elle n’informe de rien : elle interroge »
Source : extrait d'un article du 4 décembre 2022,  tiré du quotidien libanais L'Orient-Le jour


 *** Les Poètes ***
poème de Louis Aragon mis en musique et chanté par Jean Ferrat 

Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l'aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m'habite et qui m'obsède

Celui qui chante se torture
Quels cris en moi quel animal
Je tue ou quelle créature
Au nom du bien au nom du mal
Seuls le savent ceux qui se turent

Machado dort à Collioure
Trois pas suffirent hors d' Espagne
Que le ciel pour lui se fît lourd
Il s'assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour toujours

Au-dessus des eaux et des plaines
Au-dessus des toits des collines
Un plain-chant monte à gorge pleine
Est-ce vers l'étoile Hölderlin
Est-ce vers l'étoile Verlaine

Marlowe il te faut la taverne
Non pour Faust mais pour y mourir
Entre les tueurs qui te cernent
De leurs poignards et de leurs rires
A la lueur d'une lanterne

Etoiles poussières de flammes
En août qui tombent sur le sol
Tout le ciel cette nuit proclame
L'hécatombe des rossignols
Mais que sait l'univers du drame

La souffrance enfante les songes
Comme une ruche ses abeilles
L'homme crie où son fer le ronge
Et sa plaie engendre un soleil
Plus beau que les anciens mensonges

Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l'aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m'habite et qui m'obsède

11 février 2026

T200 - Coucher de soleil sur littoral breton, de la part de Nadine

Dans ma boite aux lettres du jour, j'ai trouvé encore un courrier mystérieux, en tout petit format pour lequel je ne reconnais pas non plus l'émetteur (pas d'adresse d'expéditeur). Ah, elle m'a bien eue, mon amie Nadine! 

Evidemment je savais bien qu'avec son conjoint elle avait quitté sa Suisse depuis la mi-décembre pour profiter d'une "retraite" dans un petit cabanon en Bretagne pour plusieurs mois et donc je n'attendais rien de sa part de sitôt. Ce que je n'imaginais pas c'est à quel point elle allait s'éclater sur ce littoral où elle profite à fond du bord de mer, à l'écoute du bruit de la mer et des  oiseaux,  à se remplir les mirettes des couleurs de ciels magnifiques et des lumières changeantes chaque jour en fonction des marées, à humer les embruns...D'une manière dithyrambique, elle me décrit ce lieu comme magique, ressourçant, régénérant, propice à la lecture, au dessin, au tricot etc... Déjà peu fan des réseaux ni de l'informatique d'habitude, Nadine s'offre là une totale déconnection qui la rend profondément heureuse. 

 
Dépourvu de son matériel habituel, elle a néanmoins réussi à retranscrire les impressions fortes qu'elle ressent dans ce petit paradis, sur cette petite enveloppe qu'elle a bricolé avec les moyens du bord. Le timbre est particulièrment bien choisi pour illustrer le couchant sur la mer et sur les piquets où sont élevées les moules de bouchot. 

C'est cela que j'aime dans l'art postal, toute l'amitié et la spontanéité de Nadine me font chaud au coeur, moi qui tourne au ralenti depuis plusieurs semaines déjà. Un grand merci à toi, comme ton courrier et les nouvelles que tu me donnes me font plaisir! Le bol d'air iodé et dynamisant de la belle nature que tu m'envoies, je prends!

10 février 2026

EL165 - Deux éléphants amoureux pour la Saint-Valentin, de Christiane

Aujourd'hui j'ai reçu un bien joli mail-art dont  je ne reconnais absolument pas l'écriture : la composition est sympa et l'expéditeur(trice)  quelqu'un qui me connait bien car dentelles, rubans et galons en sont les composants  autour de deux éléphants.

Je me demandai bien qui pouvait arriver encore à me surprendre à ce point en remontant à mon appartement, mais je ne risquai pas de trouver car il s'agit d'une toute nouvelle correspondante qui souhaite entrer en relation épistolaire avec moi  depuis son département de l'Ariège. 

Alors merci Christiane, apparemment tu me connais bien déjà car tu suis mon blog, je t'en remercie. Cela me fait plaisir de savoir que celui-ci peut être inspirant et instructif, quelquefois.

Ton enveloppe est particulièrement soignée pour un premier essai "de courrier décoré" comme tu l'appelles. Pour ta gouverne, saches néanmoins que, par principe et par amour des animaux dans leur intégrité, je ne suis pas une grande fan des animaux décorés ou pire habillés comme des humains, ou encore pris comme support de publicité,  mais,  pour savoir tout cela il faut déjà m'avoir "fréquentée"  depuis un petit moment. Tu es donc largement pardonnée, d'autant que tu as extrêmement bien soigné ta composition, tant dans les couleurs et les supports, qu'avec tous ces petits  petits bouts de rubans, de galons, de croquet, des vestiges de mercerie ancienne devenus désuets que j'adore (mon atelier en déborde).

Merci encore de ce premier envoi. Comme tu ne me dis rien de tes propres goûts, je te répondrai au hasard, probablement guidée par un timbre, comme c'est souvent le cas chez moi, en espérant que cela te plaira. A un de ces jours dans ta boite aux lettres. 

7 février 2026

Ce 7 février 2026, mon père aurait eu 100 ans

Né le 7 février 1926,  Julien, mon père serait devenu centenaire aujourd'hui.

Pardonnez-moi cet hommage personnel mais je ne  peux pas laisser passer cette date sans une pensée émue pour l'homme qu'il fut. Pour le résumer on peut dire que c'était un personnage droit, foncièrement honnête et courageux mais au caractère pas facile. 

Bulletin de remise des prix de 1933 - Photo de classe de 1934 - CNI de 1943 avec maçon comme profession
 Photo d'identité non datée  - CNI de 1950  avec manoeuvre comme profession - Photo de son mariage en octobre 1952
Ces  photos sont tirées de toutes les archives familiales que j'ai précieusement gardées

Mon père était le seul fils de mon grand-père Émile, ancien combattant qui fut gazé lors de la première guerre mondiale. 

Julien aimait l'école et il était très bon élève. A 14 ans, le certificat d'étude en poche, alors qu'il s'apprêtait à fréquenter le lycée, la déclaration de la guerre est venue modifier inéluctablement sa trajectoire de vie et il a du renoncer à poursuivre sa scolarité (j'imagine qu'il est  allé alors travailler avec son père sur les chantiers mais je n'ai pas de souvenir relatif à cette période)

Pendant la guerre, la région mantaise, traversée par la Seine, a été la cible de nombreux bombardements  à cause de son réseau ferré et de ses nombreuses industries et cimenteries : Papa a été fort traumatisé par les années d'occupation allemande et en a toujours gardé un souvenir extrêmement précis. Son antimilitarisme farouche s'expliquait totalement par cette expérience douloureuse vécue dans sa jeunesse et peut-être aussi de ce que son propre père lui raconta de sa guerre à lui. 

Comme il ne pouvait plus exercer son métier de maçon appris sur le tas, à cause de la gâle du ciment*, une maladie professionnelle très grave qu'il déclara très tôt, Papa dût devenir ouvrier d'usine. Après une longue période passée à se soigner,  lorsqu'il a pu travailler à nouveau, il a dû se contenter d'un boulot de "manoeuvre" dans les différentes usines qui l'ont successivement embauché. A cette époque-là, il y avait encore pas mal de fabriques et d'usines dans la vallée de la Seine, les industries automobiles et chimiques étaient florissantes ; en cas de rupture de contrat de travail, on ne connaissait pas longtemps le chômage. 

Des employeurs,  mon père en a connu beaucoup, car il se rangeait toujours du coté des plus faibles, prêt à les défendre dans son rôle de syndicaliste qu'il prenait très au sérieux. C'était un vrai, un pur, pas un de ceux qui endossent ce rôle pour "entrer dans le gruyère" ou se mettre à l'abri. Et il s'est souvent retrouvé dans la situation du fusible qu'il était facile de faire sauter...ses allergies cutanées ne lui permettant plus d'accepter certains postes. 

Chez nous, pas de voiture, pas de télé, pas d'appareil photo ni de téléphone : le matin, Papa enfourchait sa Mobylette pour faire la dizaine de kilomètres le séparant de son lieu de travail. Ses journées étaient bien remplies. Au retour de sa journée à l'usine, après une collation vite avalée, il se changeait pour enfiler bottes et vieux bleu de travail et aller avec ses outils et sa brouette entretenir le jardin et s'activer au potager. L'été, il y passait même le matin avant d'embaucher à l'usine pour pouvoir arroser avant que le soleil ne tape. Il y retournait encore avant le diner, puis le soir,  à la fraiche.

Les allées bien nettes et rectilignes de son jardin étaient tracées au cordeau où pas une mauvaise herbe ne dépassait. Son jardin, c'était sa fierté, finalement peut-être le seul endroit où il a été véritablement heureux. C'était aussi pour lui un espace où il pouvait s'oxygéner loin des fumées d'usine et des émanations toxiques qu'il a trop souvent respirées au boulot, c'était un lieu où il était en communion avec les arbres et la nature.

Oui, il était fier de pouvoir nourrir sa famille avec ce qu'il produisait : je me rappelle le goût inimitable des tomates muries sur le pied, et les récoltes énormes de  haricots verts qui donnaient tellement que ma mère n'arrivait pas à fournir en faisant des conserves maison, afin de ne rien perdre. Comme il y avait quelques fruitiers dans le jardin, pommes, poires, coings, cerises, etc ...(pour les confitures et compotes) ne manquaient jamais sur la table, pas plus que la bonne soupe de légumes l'hiver, réalisée avec potirons, courges, poireaux, pommes de terre, carottes, blettes, choux etc...de sa production.

Chez nous, pas de gaspillage, que ce soit alimentaire ou vestimentaire. Tout était utilisé et nous n'achetions que le strict indispensable. Nous vivions quasi en autosuffisance, car les moyens financiers de la famille n'étaient pas mirobolants, maman n'ayant eu un travail fixe et rémunéré régulièrement que pas mal d'années plus tard. Nous ne manquions de rien pourtant : quelques lapins nourris des épluchures de nos légumes et quelques poules pour les oeufs, voici ce qui composait notre environnement et complétait nos menus. Papa savait aussi faire le cidre, chaque année à l'automne : toute la famille était mobilisée pour le ramassage des pommes, pour le lavage des bouteilles, et plus tard pour la mise en bouteilles. A l'occasion il aimait aussi travailler le bois et l'osier (j'ai encore un exemplaire des petits paniers qu'il réalisait).

Lorsque j'étais jeune, j'ai eu beaucoup de mal avec la rigueur et le niveau d'exigence de mon père. Il n'était pas commode ni arrangeant, et ne savait pas manifester son contentement. Par exemple, je ne l'ai jamais entendu dire qu'une chose était bien, ou réussie, ou bonne :  c'était  juste "pas mal" ou "pas mauvais", notamment quand il s'agissait de nos résultats scolaires, au cas où on aurait voulu se reposer sur nos lauriers. Il était important, capital même, à ses yeux, que nous réussissions bien à l'école "pour avoir le maximum de chances plus tard". Avec ma soeur, nous n'avions pas notre mot à dire et il fallait filer droit : je n'ai eu le droit d'exprimer un avis (évidemment pas conforme au sien) que lorsque j'ai commencé à travailler. Et puis j'ai quitté le foyer familial, peu de temps après cela. 

En plus des notions de solidarité et de partage, la seule véritable valeur qui l'animait, c'était le travail. C'est ainsi qu'il avait été élevé, sans tendresse, ni fioritures et c'est ce qu'il a reproduit avec nous. Nous ne sommes jamais partis en famille en vacances. Ses congés, il les passait au jardin, à construire une serre, ou à tester des greffes pour les arbres fruitiers, en plus des travaux habituels .

En fait la notion même de détente ou de loisirs lui était totalement étrangère. Par exemple, il aimait lire mais jamais je ne l'ai vu bouquiner tant qu'il était en activité. Lorsqu'il a pu prendre sa retraite par anticipation,  bénéficiant d'une charrette de licenciement dans le cadre d'un plan social -il travaillait depuis ses 14 ans-  je l'ai vu lire, beaucoup lire assis à la table du séjour et faire des mots croisés et des anagrammes, avec acharnement, cherchant à se cultiver et à s'instruire. Tant qu'il a eu des forces, il s'est occupé de son jardin sur l'intégralité de sa surface. Le jour où c'est devenu trop dur, il a tout arrêté d'un coup. Mais son moral s'en est terriblement ressenti, et il est devenu de plus en plus taciturne. En fait, il  n'a pas accepté de ne plus se sentir "utile". 

Toute sa vie, il a combattu  le racisme, les injustices, l'obscurantisme, défendant de la même manière une jeune femme employée à la compta qu'un ouvrier algérien ou marocain. Profondément athée et même anticlérical, il a toujours considéré le genre humain dans sa globalité comme unique et respectable, quelque soit la couleur de peau, la religion, le pays d'origine et les convictions profondes de chaque individu. Il a d'ailleurs convolé avec ma mère d'origine italienne. 

Ses dernières années de vie ont été pénibles pour lui car il ne se reconnaissait absolument pas dans ce nouveau monde "au capitalisme débridé". Ainsi de voir comment toutes les avancées sociales dûrement acquises par nos ainés ont été sabordées à une rapidité effarante, ou comment l'individualisme a fait des ravages parmi les petites gens, a hâté sa fin. A 93 ans, il ne voulait plus vivre et c'est un AVC qui l'a emporté en août 2019.

J'en termine-là avec cet hommage qui me remue beaucoup : si mon père était un sacré bonhomme pas toujours facile à vivre au quotidien (la fantaisie n'était pas son fort, heureusement que maman était toujours là pour arrondir les angles), j'éprouve toujours beaucoup de respect pour lui et infiniment de reconnaissance pour les valeurs d'humanité et de partage qu'il m'a inculquées. Il a honoré toute sa vie son métier d'ouvrier d'usine et je suis fière aussi de lui pour cela. 

Merci Papa. Reposes en paix, je ne t'oublie pas. 

(*) La gâle du ciment est une dermatite de contact absolument terrible, surtout sur les mains et les bras pour ce qui concerne mon père. Lorsqu'il avait une crise aigüe (plusieurs fois par an) sa peau se délitait totalement, il était comme brûlé vif ; ses mains étaient celles d'un écorché et il souffrait le martyr. Il a conservé toute sa vie les stigmates de ces crises sur sa peau quasiment devenue transparente au fil des années.  

PS : Ne croyez pas que la situation de ma famille à la campagne était exceptionnelle ou misérable. Dans mon village, bien des foyers vivaient avec un seul salaire, et les familles souvent nombreuses se satisfaisaient de ce qu'elles produisaient, avec quelques animaux de basse-cour et un jardinet pour vivre. Les besoins d'alors étaient complètement différents.