14 septembre 2026

Par ses mots courageux, Adèle Haenel efface toute la silenciation et le déni portés en France sur les VSS et sur le génocide perpétré en Palestine par Israel

Il y a des jours où cela fait du bien de voir combien certaines femmes sont d'un courage et d'une exemplarité incroyables. Adèle en fait partie

Adèle Haenel avait deux puissants messages à faire passer pour sa carte blanche dans «La Grande Librairie» du 9 septembre dédiée à la rentrée littéraire, après avoir été invitée à l'occasion de la sortie de son premier livre "viser juste". Les mots prononcés "droit dans les yeux" lors de cette carte blanche, d'expression libre pourtant,  n'ont pas plu : depuis, France 5 a retiré le replay de toute l'émission, exerçant sans la nommer une véritable censure absolument crasse. 

Heureusement la prestation d'Adèle pu être enregistrée en privé puis être diffusée sur les réseaux sociaux provoquant de nombreuses réactions. Beaucoup s'offusquent à juste titre d'un tel traitement, mais cette sanction prouve, s'il en était encore besoin, que la parole n'est pas libre en France puisqu'il existe des réalités que tout le monde connaît et qui ne doivent absolument pas être dites.

C'est particulièrement le cas des viols et de l'inceste qu'il est de bon ton de passer sous silence même si tout le monde sait. C'est exactement la même chose pour le génocide toujours en cours à Gaza et toutes les atrocités qui se passent aussi en Cisjordanie, et maintenant dans le Sud Liban, tant le gouvernement d'Israël et son chef Netanyaou sont "intouchables" chez nous. 

Adèle a raison. Ne rien dire c'est accepter l'inacceptable, et être aussi coupables que le sont nos élites. Un crime contre l'humanité cela se dénonce, haut et fort. 

Ci-après le texte prononcé par Adèle, aujourd'hui censuré.
***

Autrice engagée, notamment pour la défense de la Palestine et contre les violences faites aux femmes, Adèle Haenel a livré un texte puissant sur le plateau de France 5.
Désormais autrice, Adèle Haenel était invitée de « La Grande Librairie » sur France 5, où elle a lu un texte inédit et engagé en toute fin d’émission.

Désormais autrice, Adèle Haenel était invitée de « La Grande Librairie » sur France 5, où elle a lu un texte inédit et engagé en toute fin d’émission.

Fidèle à elle-même. De retour sur la scène médiatique pour la sortie de son premier roman, Viser Juste, l’ex-comédienne désormais autrice engagée Adèle Haenel s’est assise dans le fauteuil du présentateur de La Grande Librairie.

Ce mercredi 9 septembre, l’un des invités a été convié par Augustin Trapenard à prendre sa place pour la traditionnelle carte blanche de fin d’émission. Et c’est Adèle Haenel qui s’est essayée à l’exercice. L’occasion pour l’actrice doublement césarisée de lire un texte inédit, préparé sur mesure pour l’émission de France 5.

Adèle Haenel exclut tout retour au cinéma, qui véhicule « sexisme et racisme »
Sous les yeux de Virginie Despentes, Lilia Hassaine ou Hervé Le Tellier, Adèle Haenel a commencé par déclamer un texte puissant sur la libération de la parole autour du viol. Un sujet sensible qui touche personnellement l’autrice, après avoir été elle-même victime d’abus sexuels de la part du cinéaste Christophe Ruggia entre ses 12 et 14 ans. Le réalisateur français a d’ailleurs été condamné en appel à cinq ans de prison pour agression sexuelle en avril dernier.

« Tu as pris une décision, cette fois-ci tu vas parler. La table de famille où tu t’assois est un plongeoir. Il faudra courir et sauter dans un mot, le reste de la phrase suivra, comme une chute irrémédiable. La peur accélère ton cœur, mais là, dehors, tu t’étais juré de ne pas reculer. Pour toi et toutes les autres qui parlent dans ta voix », a commencé par déclamer avec intensité celle qui avait décidé de claquer la porte de la cérémonie des César en 2020, lors du sacre de Roman Polanski, accusé de violences sexuelles mais récompensé d’un César de la meilleure réalisation.

« Alors le mot tombe : “il m’a violée”. Sujet, verbe, COD. La phrase, aiguisée, courte et pointue fend l’espace. Le tremblement de ton corps, le tremblement de ta voix contamine l’air et tous les corps autour. Le monde vibre sous l’impact », poursuit Adèle Haenel, avant d’amorcer une subtile transition dans son texte pour évoquer un tout autre sujet.

« N’acceptez pas l’inacceptable » en Palestine
« Il faut parler de l’acte de parole, de la peur de dire lorsque les mots prononcés sont des coups de hache qui révèlent que de leur absence permanente suinte à chaque instant l’acceptation par tous de l’inacceptable. Des mots qui mettent au jour cette couche du réel que tout le monde connaît, mais qui ne doit pas être dite », déclare-t-elle encore face caméra avec sobriété.

« Moi aussi j’ai pris une décision : je vais parler. La densification de l’angoisse ne ment pas. Ce fauteuil où je m’assois est un plongeoir. Le premier mot sera un saut dans le silence télévisuel qui englue le pays. Ce brouhaha médiatique qui masque sans répit l’absence omniprésente de certaines paroles. Pareillement, la phrase est courte. Et pareillement j’ai peur », ajoute Adèle Haenel avant de révéler la chute de son texte.

« Il faut parler pour redire ce qu’il y a dans ce silence, afin que tout le monde l’entende : l’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice », lâche-t-elle enfin, avant de s’adresser aux autorités françaises. « N’acceptez pas l’inacceptable, alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine », a conclu l'autrice qui a définitivement quitté le monde du cinéma en 2023.

Auprès du média Blast ce mercredi, l’ancienne actrice avait réexpliqué son choix de quitter le milieu du 7e art pour « dénoncer une industrie qui produit des violences ». Depuis ce départ fracassant, Adèle Haenel s’est davantage tournée vers le théâtre, l’écriture et le militantisme, notamment en faveur des victimes du conflit israélo-palestinien à Gaza.

Article complet du HuffingPost par Maxime Birken du 10.09.2026

12 septembre 2026

"Juste une femme" : tellement d'actualité cette reprise par Albin de la Simone de la chanson d'Anne Sylvestre

A ré-écouter sans réserve et à partager largement la reprise de cette chanson toujours aussi terriblement actuelle dont Albin de la Simone sort aujourd'hui une version délicate qui lui correspond bien. 

« Juste une femme » par Albin de la Simone - Les Rendez-vous Sylvestre – Saison 2  - avec Marielle Chatain - saxophone baryton / Vincent Taeger - batterie /Gustine - harpe // Paroles et musique : Anne Sylvestre // Enregistré/filmé aux Studios Ferber

Depuis la création de cette chanson par Anne Sylvestre en  2013, malgré le mouvement MeToo et tous les combats menés par les féministes pour que soient punies à leur juste mesure toutes les agressions sexistes et sexuelles dont elles sont les victimes, la gravité de ce qu'elles endurent est toujours minimisée, les plaintes sont globalement classées sans suite. Le soupçon porte toujours sur les victimes tandis que les agresseurs bénéficient systématiquement de la présomption d'innocence, quand bien même le nombre de plaintes s'accumulent contre eux. 

En France, les hommes machos sont toujours les rois. Il n'y a qu'à regarder le nombre de féminicides qui gonfle d'années en années pour s'en rendre compte. Nous décomptons a minima 63 féminicides par compagnons ou ex en France au 10 septembre 2026 mais déjà 93 féminicides toutes catégories confondues. 

Oui une femme meurt tous les trois jours sous les coups des hommes. 

Heureusement tous les hommes ne sont pas aussi monstrueux,  et Albin de la Simone fait partie de ceux qui ne refoulent pas leur part féminine, ses chansons sont toujours écrites et composées avec beaucoup de délicatesse et infiniment de tendresse et d'amour. 

Version originale de la chanson par Anne Sylvestre qui l'a créée en 2013, suite à l'affaire DSK
Publication sur sa chaine Youtube

JUSTE UNE FEMME

Petit monsieur petit costard
Petite bedaine
Petite sal’té dans le regard
Petite fredaine 
Petite poussée dans les coins
Sourire salace 
Petites ventouses au bout des mains 
Comme des limaces 
Petite crasse

Il y peut rien si elles ont des seins 
Quoi il est pas un assassin 
Il veut simplement apprécier 
C’que la nature met sous son nez

Mais c’est pas grave
C’est juste une femme
C’est juste une femme à saloper
Juste une femme à dévaluer
J’pense pas qu’on doive
S’en inquiéter
C’est pas un drame
C’est juste une femme

Petit ami petit patron
Petit’ pointure
Petit pouvoir p’tit chefaillon
Petite ordure
Petit voisin p’tit professeur
Mains baladeuses
Petit curé petit docteur
Paroles visqueuses
EntremetteusesI

l y peut rien si ça l’excite
Et qu’est-ce qu’elle a cette hypocrite
Elle devrait se sentir flattée
Qu’on s’intéresse à sa beauté

Mais c’est pas grave
C’est juste une femme
C’est juste une femme à humilier
Juste une femme à dilapider
J’pense pas qu’on doive
S’en offusquer
C’est pas un drame
C’est juste une femme

Petit mari petit soupçon
P’tite incartade
Petite plaisant’rie de salon
P’tite rigolade
Fermer les yeux on n’a rien vu
Petit’ souffrance
Et trembler qu’une fois de plus
Il recommence
Inconvenance 

Quoi si on peut plus plaisanter
On n’a plus qu’à s’la faire couper
Non c’est vrai il est pas un monstre
Et c’est l’épouse qui prend la honte 
Mais c’est pas grave
C’est juste une femme
C’est juste une femme à bafouer
Juste une femme à désespérer
J’pense pas qu’on doive
S’en séparer
C’est pas un drame
C’est juste une femme
Mais dès qu’une femme
Messieurs Mesdames
Est traitée comme un paillasson
Et quelle que soit la façon
Quelle que soit la femme
Dites-vous qu’il y a mort d’âme

C’est pas un drame 
Juste des femmes

Paroles et musique : Anne Sylvestre  ℗ et © BC Musique 
BC Musique est la maison d'édition qu'a créé Anne Sylvestre en 2018. Elle est gérée par ses filles et sa petite-fille, Philomène, Alice et Clémence. contact@annesylvestre.com annesylvestre.com

11 septembre 2026

Travaux d'aiguilles entre copines, de Sylvie

Comme je suis heureuse de recevoir ce mail-art si joliment composé et brodé à la main sur le carton fort du support : évidemment, il s'agit d'un nouveau cadeau venu du Jura, de la part de Sylvie.

Je n'arrive pas à voir si elles sont en train de faire de la dentelle ou de crocheter : qu'importe, la réalisation est exceptionnelle. 
Remarquez comme Sylvie a su, comme toujours, joliment ordonnancer le timbre avec la couleur de la broderie! Je suis à chaque fois époustouflée par son talent. 

Un énorme merci à toi, qui me gates toujours autant. Pour ce qui me concerne, je me pousse à revenir dans l'atelier mais j'ai énormément de mal à me remettre à créer, après ces mois apocalyptiques que nous venons de vivre et qui m'on littéralement liquéfiée. Je me supplémente en vitamines et oligoéléments histoire de me redonner un peu de pep's et je reviendrai vers toi. 

Merci pour les nouvelles que tu m'apportes : bonne visite en Suisse au Musée du Découpage de Papier de Chateau d'Oex pour l'expo de Stéphanie Miguet,  adresse toutes mes salutations à l'amie Nadine (je regrette tant d'habiter si loin).

Liberté d'expression, pour la Médiathèque Pablo Neruda de Malakoff

Je participe pour la troisième fois à l'appel à mail-art lancé par la Médiathèque Pablo Neruda de Malakoff, et je trouve son thème particulièrement bien choisi en ces temps difficiles que nous vivons tous en ce moment.

« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort
 pour que vous ayez le droit de le dire ».
Evelyn Beatrice Hall
Photo issue de Youtube : la liberté d'expression est elle en danger en Europe?

Au moment où les média et l'édition des livres et des journaux sont de plus en plus concentrés entre les mains de quelques milliardaires aux idées étroites, la liberté d'expression est un droit fondamental qu'il nous faut utiliser sans auto-censure, dans les limites de la loi. 

Ne nous leurrons pas, si par malheur, l'extrême-droite vient au pouvoir en France en mai prochain, c'est l'un des premiers droits qui nous sera retiré. Pourtant : 

La liberté d'expression est consacrée parmi les « droits naturels et imprescriptibles de l'homme » dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (DDHC) de 1789. Son article 11 en définit l'importance, le périmètre et les enjeux : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Derrière cet article se retrouvent tous les enjeux liés à la liberté d'expression : depuis ce texte fondateur, nos sociétés ont eu à arbitrer entre la nécessité que cette liberté s'exprime pour chacun et en toutes circonstances pour garantir le pluralisme sans lequel elle n'existe pas et la question des abus de cette liberté qui peuvent conduire à des dérives violentes et liberticides (haine en ligne, diffamation, etc.).

Des réponses différentes ont été apportées selon les époques et les régimes politiques, faisant évoluer la définition et le périmètre de la liberté d'expression et se traduisant à chaque fois dans la loi. Derrière ce principe se trouve également un enjeu d'éducation majeur, avec la nécessité d'apprendre aux élèves à utiliser cette liberté, en s'exprimant librement tout en étant capable d'écouter et de comprendre d'autres opinions que les leurs, mais aussi en comprenant la nécessité que des limites communes soient fixées par la loi, limites pouvant faire l'objet de débats.

Cette liberté d'expression, défendons-là comme l'ont fait avant nous nombre d'instituteurs, certains y ayant même laissé leur vie comme ce fut le cas du regretté Samuel Paty. 

8 septembre 2026

«Fuck la planète» : où comment les puissants ont fait le choix du réchauffement climatique (à voir sur Arte)

Avec les prochaines échéances électorales en France mais aussi ailleurs dans le monde et après les mois de  chaos que nous subissons en 2026 (inondations, sécheresse, méga-feux, canicules, méga-éboulements dans l'Himalaya et dans les Alpes générant coulées de boues et laves torrentielles, ...), il me semble utile de remettre l'église au milieu du village et de pouvoir nous faire notre propre opinion sur le pourquoi du dérèglement climatique.  

A cette fin, je vous communique ici, un article de Reporterre à propos du très éclairant documentaire diffusé à partir de ce soir sur ARTE.

Photo et article de la newsletter de ReporTerre du 8/9/2026

Depuis le milieu du XXe siècle, la nocivité des pollutions industrielles sur le climat est clairement établie. Mais les sociétés riches occidentales ont préféré passer outre, nous montre avec pertinence un documentaire Arte. 

C’est un titre bref, qui en dit long : Fuck la planète — Le choix du réchauffement (en français, Nique la planète ou J’emmerde la planète). Diffusé le 8 septembre à 21 heures sur Arte, en trois épisodes, ce documentaire incontournable raconte l’évolution du dérèglement du climat, et la manière dont notre civilisation occidentale s’en est arrangée, s’en arrange encore. (à voir en replay jusqu'au 7 avril prochain).

Le scénario n’a rien de roboratif ; son petit côté polar est même prenant. Avec témoignages et images d’archives, il nous ouvre les cours et arrière-cours de l’histoire. D’un côté, des scientifiques lanceurs d’alerte — pour les plus célèbres, Dennis et Donella Meadows ; de l’autre, de grandes entreprises comme ExxonMobil, qui dissimulent des informations capitales, des groupes de travail ultrasecrets, comme les Jason, et, entre les deux, des chefs d’État plus ou moins embarrassés… Ce qui donne quelques moments cocasses. Par exemple quand Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre de Georges Pompidou (1969-1974), résume le rapport du Club de Rome à la télévision sans jamais citer le « réchauffement climatique ». On attend, on attend, et puis… Non. Est-ce un comédien né ou… ?

Ce récit-enquête bien rythmé, ciselé en trois épisodes de 45 minutes, est le fait d’auteurs confirmés. Le réalisateur, Jean-Robert Viallet, est un documentariste qui a déjà donné le jour à plusieurs enquêtes costauds, dont La Mise à mort du travail, sur les méfaits du management (prix audiovisuel Albert-Londres). Son complice, Jean-Baptiste Fressoz, est, lui, un historien notoire des sciences, des techniques et de l’environnement, chercheur au CNRS. Il a publié récemment Sans transition — Une nouvelle histoire de l’énergie (2024) et coécrit le volume I de La Nature en révolution — Une histoire environnementale de la France, 1780-1870 (2025).

Richement documenté, il pourrait ouvrir une autre période, celle d’un débat citoyen amplifié autour de cette question urgente : comment agir pour stopper le réchauffement climatique avant que ne s’enchaînent, de façon irréversible, phénomènes extrêmes et exil des populations ? Pour y contribuer, Jean-Robert Viallet se dit ouvert à toute proposition de projections-débats de la part de collectifs, d’associations ou d’établissements scolaires. Mais d’abord, bon film !

Une guerre contre nous-mêmes
L’enquête commence au XIXe siècle, dans les fumées noires de l’âge du charbon. Déjà surgissent les premières intuitions scientifiques de l’effet de serre. Mais c’est au cours de la Seconde Guerre mondiale, dans le berceau de la bombe atomique (les laboratoires étasuniens du projet Manhattan), qu’est élaboré le diagnostic du réchauffement climatique tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les outils scientifiques ne vont plus dès lors cesser de se perfectionner, jusqu’à permettre des comparaisons du climat sur plusieurs centaines d’années en amont — la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte l’explique très clairement, c’est passionnant.

Dans les années 1960-1970, aux États-Unis toujours, la question écologique gagne la rue. Le cri lancé par Rachel Carson dans Printemps silencieux, brûlot contre les pesticides, a ému la population, et pointé un débat de fond : les humains font-ils partie de la nature ? Et si oui, leur guerre contre la nature n’est-elle pas une guerre contre eux-mêmes ?

« Les États-Unis sont alors la première puissance économique mondiale (80 % des investissements économiques mondiaux) et le plus grand pollueur, précise à Reporterre Jean-Robert Viallet. C’est donc chez eux que la question des pollutions et du climat commence à s’écrire, du fait de leur mode de consommation. » La Journée de la Terre y est créée en 1970, avant le tout premier Sommet de la Terre à l’Organisation des Nations unies, en 1972. La question climatique commence à être prise au sérieux.

Cercle vicieux
1979 : année charnière. Le démocrate Jimmy Carter, président des États-Unis de 1977 à 1981, est bien ennuyé : « C’est un chrétien démocrate pour lequel la nature, donnée par Dieu aux hommes, est vraiment à protéger », précise Jean-Robert Viallet. Mais, face à une nouvelle crise d’approvisionnement pétrolier, du fait de la révolution iranienne, que fait-il ? Il lance un projet de transformation du charbon en carburant liquide, si polluant qu’il est critiqué même par les sénateurs de son camp. Puis il appelle la population à voyager moins, à privilégier le covoiturage et les transports en commun, et demande un nouveau rapport au météorologue étasunien Jule Charney, pour analyser les recherches récentes sur l’effet de serre et le climat. « Il est dans une crise de schizophrénie intense ! D’ailleurs, ça ne cessera plus : on parle de sobriété, d’énergies renouvelables, mais dès qu’une crise arrive, on relance tous azimuts les énergies polluantes ! Souvenez-vous des débuts de la guerre en Ukraine [qui a relancé les centrales à charbon]… » poursuit le réalisateur.

L’écart entre la réalité scientifique qui se fait jour et l’essor de la société de consommation n’est plus tenable. Même des majors du pétrole, comme Exxon, commandent un rapport à des scientifiques, qui, tous, confirment le danger. C’est alors que survient l’élection de Ronald Reagan (1981-1989), un néolibéral convaincu de la magie du marché.

Intense lobbying
Les élites politiques et économiques n’ont-elles envisagé dès le début que l’adaptation comme seule option réaliste ? Et nique la planète ! Au bénéfice de qui ? Les réponses données aujourd’hui au réchauffement climatique — le développement durable et l’adaptation — sont-elles viables ? Vraiment en mesure de nous protéger ?

Du Sommet de Rio (1992) aux attaques récentes contre la science aux États-Unis et en Europe, en passant par le Protocole de Kyoto en 1997, ce troisième épisode entrelace les fils de l’économie, de la politique et de la recherche scientifique pour dessiner le drôle de paysage dans lequel nous vivons aujourd’hui.

En regardant les images de l’indonésienne Jakarta, l’une des villes du monde les plus menacées par la montée des eaux, on pense à ce que dit l’un des intervenants du film : « Le pire scénario serait un monde où l’économie s’effondrerait et où d’innombrables réfugiés climatiques chercheraient à rejoindre les régions les plus tempérées. Cela pourrait renforcer les populismes d’extrême droite et précipiter un déclin de civilisation. » Mais les énergies renouvelables vont nous sauver, n’est-ce pas ?

Fuck la planète — Le choix du réchauffement, série de 3 documentaires de 45 minutes écrite par l’historien Jean-Baptiste Fressoz et le journaliste Jean-Robert Viallet. Coproduction Arte France, Cinéphage Productions, 2026. Diffusion sur Arte le 8 septembre à 21 heures ; replay possible sur Arte jusqu’au 7 avril 2027.

7 septembre 2026

Le MIAP en silhouette : nouvel appel à mail-art de Christophe pour la saison prochaine / DLE : 30-03-2027

C'est la rentrée et la fin de la belle saison à Rencurel, le moment où les visites du MIAP se terminent et le décrochage prévu pour bientôt. 


Toujours prévoyant, Christophe ne perd pas de temps pour lancer le prochain sujet de l'exposition 2027 qu'il présentera dans son mignon petit chalet de jardin que vous connaissez tous ici, car j'en ai déjà largement parlé. 

Et le thème retenu sera précisément le MIAP, sous forme de silhouette, à concocter et lui adresser avant le 30 mars 2027.

Voici un exemple qui accompagnait son courrier, recto et verso, ainsi que le texte de présentation au dos de cette carte postale 

"Je t'envoie cette forme que tu connais bien, c'est la silhouette du MIAP, le chalet-écrin qui abrite depuis 2022 les oeuvres postées que me livre le facteur chaque année.
C'est la vitrine des imaginaires timbrés de mes correspondants, c'est ici que j'expose les objets qui surprennent, amusent ou dérangent les visiteurs.
Ce MIAP est à toi le temps d'un mail-art. Fais-en ce qu'il te plait, reproduis-le, découpe-le, multiplie-le, décore-le à ta guise, il sera le prochain sujet de l'expo 2027. 

Format libre. 
Date butoir : 30 mars 2027"

Merci Christophe, de nous donner ainsi beaucoup de temps pour participer. Tu peux compter sur moi.

5 septembre 2026

Prendre le temps de savourer son café (ou son thé) à l'extérieur en fin d'été, avec l'Être anonyme

Fidèle entre les fidèles, voici un nouveau mail-art d'une de mes correspondantes bretonnes qui ne s'offusque pas de me savoir à l'arrêt et continue régulièrement de m'adresser du courrier fort sympa.

Sur un fond de lanières de papier imprimé tressées, et joliment souligné de masquing tape vert scintillant, elle a réalisé une fort jolie composition où le vert du feuillage résonne parfaitement avec le timbre à la gloire de Marie de Médicis.

Merci aussi pour tes gentils mots sur cette jolie carte avec ce merveilleux oiseau qu'est le fou de Bassan et cette atmosphère marine qui fait tant de bien à ressentir. 
Je te remercie chère Catherine d'avoir toujours envie de m'écrire, même si je suis actuellement dans une impasse totale en ce qui concerne l'inspiration, ces vagues de canicule successives depuis le mois de mai m'ont totalement lessivée, au point de me sentir totalement "out" depuis des mois. J'ai horreur d'être dans cet état-là et de ne pas réussir à reconstituer ma "bulle" où je perds la notion de tout sauf celle de suivre mon inspiration pour pouvoir créer et m'adresser à mes amis et correspondants.Merci encore de ton amitié et de ta fidélité. 

"L'histoire de Souleymane", film de 2024 à voir sur ARTE jusqu'au 10-10-2026, si vous l'avez raté en salle

Lorsqu'il y avait le confinement en 2020 et que nous étions tous retranchés dans nos logements, on ne voyait plus qu'eux dans les rues de nos villes essentiellement : les livreurs, d'origine étrangère, qui coûte que coûte venaient livrer les repas qu'on leur commandait. 

Or, s'il est terriblement facile d'appuyer sur le bouton d'une application pour s'acheter vite fait un repas, la plupart des gens qui ont recours à ce service ignorent tout des trafics divers qui se trament sur le dos de ces personnes immigrées, non seulement dans leur voyage périlleux vers la France, mais encore chez nous, dans nos villes. 

Visualiser 48 heures de la vie de l'un d'eux est une expérience marquante!

sur Youtube : BA du film "L'histoire de Souleymane" de Boris Lojkine.

J'ai été terriblement affectée de voir combien ces gens-là  sont les victimes de nombreux trafiquants ici, dans nos villes, pour arriver à s'équiper et à vivre de leur travail de galérien, pour avoir de quoi s'abriter la nuit et s'entretenir (repas, douches).  Contrairement à ce que nous entendons sur les ondes à longueur de journée, ils sont tout,  sauf des fainéants. Et sans eux, je ne sais pas qui voudrait parmi les Français travailler dans de telles conditions absolument inacceptables, l'ubérisation se rapprochant de l'esclavage 

Je vous conseille de voir ce film pour vivre un grand moment d'humanité, beaucoup d'émotions et pour recevoir en pleine face ce qu'est devenu le monde du travail pour certains aujourd'hui sur notre territoire. 

Sur la chaine Youtube Pass Culture : le casting du film raconté par le réalisateur et l'interprête principal Abou Sangaré (acteur non professionnel, sans-papiers à l'époque du tournage du film, a reçu un permis de séjour pour un an après le succès du film - Tout récemment, About vient de décrocher un nouveau rôle dans un film au tournage imminent "L'Or rouge")

Livreur à vélo, Souleymane pédale dans la nuit parisienne pour un salaire de misère, et rêve du sésame des papiers. Sans pathos, illuminé par la révélation d'Abou Sangaré, un chef-d'œuvre en forme de chemin de croix qui piétine le cœur.

Synopsis
Souleymane, un jeune Guinéen sans-papiers, pédale à Paris pour le compte d'une plate-forme de livraison de nourriture. Chaque nuit, il livre ses repas à une élite citadine indifférente à son parcours et à ses difficultés, quand elle n'est pas carrément agressive. À chaque lueur de gyrophare, Souleymane tressaille. Le boulot lui a été trouvé par un intermédiaire, qui prête son compte sur la plate-forme et accapare une large part des revenus de ce travailleur clandestin. Le soir, dans le centre d'accueil qui l'héberge, ou à vélo tandis qu'il pédale, Souleymane répète son histoire, qu'on lui a taillée sur mesure pour tenter de passer sous les fourches caudines de l'administration française et d’obtenir, enfin, le sésame des papiers. Dans deux jours, il a rendez-vous avec l'agent de l'Ofpra qui recueillera ses mots.

Révélation
C'est peu de dire que l'acteur Abou Sangaré, extraordinaire, de tous les plans, ancre le personnage de Souleymane dans la réalité : repéré lors d'un casting sauvage à Amiens, le Guinéen sans-papiers aura obtenu le César de la révélation masculine avant son titre de séjour, qu'il doit désormais renouveler chaque année. Boris Lojkine, réalisateur remarqué de Hope en 2014, le suit sans pathos, au fil de décors urbains où la solidarité se révèle entre travailleurs de nuit, par petites touches qui font toute la différence sur le long chemin de croix des exilés. Un chef-d'œuvre qui piétine le cœur, récompensé notamment du meilleur scénario original au Festival de Cannes.

2 septembre 2026

Ne soyons pas dupes de ce que produit l'IA, de Marc

Tout comme Marc, je me sens envahie par tout ce qui est intelligence artificielle : nos écrans en sont truffés, sans qu'on nous ait demandé notre accord : nous devons croiser encore plus les sources d'information pour s'assurer de ne pas tomber sur une fake news, ou une photo fake,  bien trafiquée et surtout qui enjolive la réalité, qui la lisse.

Déjà que la bêtise humaine était bien répandue et profonde chez certains, avec ce genre d'outil elle va devenir abyssale.

être hybride : lapin ou chat ? 
Avec les besoins en eau et en énergie des datacenter et les terres qu'on artificialise pour les implanter, cette "nouveauté" n'est vraiment pas un progrès, ni pour l'être humain, ni pour la planète. Outre le fait qu'elle rend idiot, l'intelligence artificielle tue énormément d'emplois, dans la création artistique (doublage, décors, traduction, etc...) et dans tellement d'autres secteurs de l'économie. 

L'Intelligence Artificielle, c'est leur dernière trouvaille! Décidément, tout est vraiment fait pour avilir les êtres humains, déjà peu enclins à fournir un effort intellectuel pour exercer leur sens critique devant la masse d'informations qui leur sont prodiguées à flux constant. 

On a apprécié le progrès après la seconde guerre mondiale, car il nous a semblé que les hommes avaient beaucoup à gagner avec les machines sur le plan de la pénibilité (de l'électroménager dans les foyers à l'équipement plus lourd dans l'agriculture ou l'industrie) ; certes, cela a fait gagner du temps, mais au profit de qui? Cela n'a pas donné plus de loisirs, non, ce temps a été dévoré par les usines, les ateliers ou les bureaux où désormais, pour arriver à boucler les fins de mois, il a fallu que les femmes aussi gagnent un salaire.

Cette modernité-là, c'était le début de la servilité, et l'entrée dans une phase de consumérisme sans limite, où il est bon de toujours demander et vouloir plus, plus vite, plus fort, plus nouveau, .... Tout doit toujours être plus rapide, réclamant plus de productivité aux humains au point de les faire devenir quasiment des machines. Il n'y a qu'à regarder le nombre de personnes malades de troubles musculo-squelettiques, ou les burn-out dans de multiples professions.

Nous avons la chance de vivre à un siècle où avant nous, beaucoup de chercheurs, d'historiens, de scientifiques ont réalisé des découvertes magnifiques pour l'être humain, pour permettre sa survie sur cette terre dans les meilleures conditions. Leurs publications sont éditées dans de vrais livres, ou dans des publications qu'il faut se procurer dans les bonnes bibliothèques ou auprès des libraires indépendants. Oui, s'informer, se cultiver demande un petit investissement en temps, et en disponibilité mais combien c'est valorisant! Et puis, c'est important de ne pas tout prendre pour une vérité car c'est "dit à la télé", il faut toujours avoir des doutes et creuser un peu, les vrais journalistes sont devenus si rares dans les media mainstream. 

Si nous aimons notre pays, et si nous ne voulons pas tous finir idiots, prêts à avaler n'importe quelle sornette, arrêtons de céder aux miroirs aux alouettes du capitalisme et au bourrage de crâne des chaines télé et radio bollorisées et/ou extrêmedroitisées. 

Plutôt que de céder à toutes leurs injections pour nous monter les uns contre les autres en excitant la haine et en favorisant l'individualisme, réfléchissons ensemble à ce qui fait vraiment notre bonheur : 
  • avons-nous vraiment besoin d'avoir le dernier smartphone sorti et d'en changer tous les ans pour mieux communiquer avec nos amis et connaissances ? les vraies rencontres, physiques, ne donnent-elles pas davantage de satisfaction en entrenant le lien social
  • avons nous besoin de céder à la Fast Fashion genre Shein ou Temu, et de changer de style de vêtements tous les mois, en sachant que ce sont souvent des enfants ou des minorités esclavisées qui sont au début de la chaine de production, sous-payés et travaillant dans des conditions innommables? Il y a plein de ressourceries où la seconde main est de très bonne qualité!
  • sommes-nous véritablement infréquentables si nous n'allons pas le temps d'un week end à New-York ou à l'autre bout du monde, pour pouvoir ensuite publier ses photos sur Instagram? Le seul voyage en avion est-il incontournable, alors que beaucoup d'entre nous ne connaissent pas toutes les merveilles des paysages de la France?
  • sommes-nous des êtres décadents si nous préférons passer un moment convival avec des amis autour d'une bonne table, à deviser et à refaire le monde,  plutôt que de s'avachir dans un canapé avec bière ou coca-cola, et pizza à volonté en regardant un match, où la violence est de plus en plus flagrante...
  • notre égo sera-t-il écorné si nous n'avons pas le SUV dernier cri, ou la berline hybride dernière génération pour nos déplacements? il n'y a qu'à regarder la publicité où les voitures sont portées au pinacle : la mobilité douce n'est-elle pas préférable? 
Finalement, on ne peut pas tout reprocher à nos gouvernements, ce sont nous qui les avons placé là. Si nous voulons un autre genre de vie, pour notre bonheur, peut-être serait-il bon de nous (je me mets dans le lot) poser les bonnes questions et d'agir ensemble pour revenir à une vie beaucoup plus sobre, mais tellement plus riche humainement parlant. 

Merci Marc, j'avais moi aussi beaucoup à dire sur cette "intelligence artificielle", elle m'indispose tellement.