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16 juin 2026

T207 - Prendre le temps de s'arrêter : contempler la mer guérit les bleus de l'âme, d'Isabelle

Voici quelques courriers publiés en retard, pour cause d'échappées ariégeoises.

Pour commencer, voici l'enveloppe magnifique réalisée par Isabelle, nouvelle Limougeaude : toute de bleu comme le phare et la mise en page, avec un personnage semblant hypnotisé par le mouvement sans fin des vagues et  l'immensité de la mer ...  je suis gâtée!

Merci à toi Isabelle, passes un bel été.

30 avril 2026

1er mai, le temps du muguet à Paris en 1969, pour Isabelle

Le 1er mai à Paris a été un sujet largement traité par les grands photographes du 20e siècle, comme le fit Robert Doisneau entre autres, lui  qui savait si bien capter les "bonheurs minuscules". 

Cette belle fête populaire, aux premiers jours du printemps, était l'occasion pour les Parisiens de profiter largement de ce jour libre pour offrir quelques brins de muguet parfumé aux personnes qu'ils appréciaient et pour aller s'égayer. Et la photographie en noir et blanc sublime ces moments particuliers où pourtant le parfum des fleurs, les couleurs et les bruits du printemps sont absents. Mais il y règne une joie subtile, presque un sentiment de liberté, où les gens ont l'air heureux, si vous prenez bien le temps de les regarder. Et la petite dame de la photo de ce mail-art fleuri ne fait pas exception, elle qui a établi son stand de vente de muguet près d'un arrêt de bus. 

Composition réalisée au moyen d'un tissu comportant de réserves blanches en forme de brin de muguet sur fond vert, ajout de la photo ci-dessous imprimée sur tissu et  de la photo d'une broche en camée, avec un bouquet de muguet en relief

Vendeuse de muguet à Paris le 1er mai 1969 - Photo de Robert Doisneau
Chère Isabelle, reçois ce mail-art fleuri en guise de porte-bonheur  dans les meilleurs délais, et passes une très belle journée demain, pour ce 1er mai, jour férié et chômé et qui le restera je l'espère. 

16 janvier 2026

Nature invisible, pour les voeux 2026 d'Isabelle

Comme cela me fait plaisir de recevoir des nouvelles globalement positives d'Isabelle.  Cela faisait un bon moment que je ne voyais plus rien passer d'elle, tant en peinture et dessins sur instagram que dans l'art postal. A sa décharge,  avec un nouveau déménagement à gérer pour s'implanter dans une ville nouvelle, une grande ville comme Limoges, et avec une prise de fonction délicate à mener, je comprends bien qu'elle avait d'autres chats à fouetter.

Voici donc ses bons voeux présentés dans  une enveloppe énigmatique, mais j'imagine que c'est pour signifier à quel point la nature est devenue une quantité négligeable dans les préoccupations de nos compatriotes alors qu'elle est la mère de tout.

 

Merci pour tes bons voeux, Isabelle, je te souhaite une bonne route pour 2026 dans tes nouvelles fonctions, qui pour être lourdes, ont l'air d'être fort intéressantes!

2 janvier 2026

Meilleurs voeux pour l'année 2026 : redonner toute sa place au monde sauvage, pour Isabelle

En un autre siècle, des civilisations autres que la nôtre étaient qualifiées de sauvages, donc de primitives, termes se rejoignant dans l’opprobre et le déclassement : alors même que ces peuplades n’avaient que très rarement détruit leur environnement, destruction qui est une des belles preuves de civilisation que notre société productiviste persiste à étaler au gré de ses appétits.

Nonobstant le « bon sauvage » cher à Rousseau, nous avons partout méprisé, écrasé ce qui n’était pas nous, imposé notre pouvoir, notre religion, notre technologie, ivres de puissance et de fatuité.

L'animal sauvage est réputé res nullius (sans maître, mais appropriable). Il est livré « au plus tirant  » ! traqué et tué au gré des lobbys et de ceux qui ne voient en lui qu’objet de loisir, en lui déniant tout droit d’existence.

Il est alors grand temps de célébrer le sauvage, de savoir admirer la magie des plumes, des rameaux, des herbes et des vents, des épines et des ombres, des mousses et de leur espace de libre expression, ce jardin de nature qui vit s’épanouir l’incroyable diversité du vivant.

Nous en sommes comptables : le sauvage, que d’aucuns voudraient rejeter dans le passé, est notre avenir, si tant est que nous soyons encore demain ouverts à l’émerveillement de l’altérité.(source téla botanica)

Le sauvage est notre avenir : en 2026, transitons joyeusement vers un monde plus vivant

20 novembre 2025

40 ans après l'appel de Coluche, les Restos du Coeur sont devenus indispensables, pour Isabelle

Même si  la chanson "Aujourd'hui on n'a plus le droit ni d'avoir faim, ni d'avoir froid" était entonnée par les Enfoirés en 1985 sous la houlette des artistes bénévoles, ces droits fondamentaux n'existent  toujours pas pour tout le monde en 2025, quarante ans plus tard.  

Bon,  vous l'avez compris, j'ai choisi de faire un mail-art à Isabelle sur le thème de la solidarité car plus que jamais les Restos du Coeur sont indispensables pour les plus précaires d'entre nous, en ville comme en campagne, pour les jeunes, pour les actifs et les retraités.... et c'est fort triste de constater une telle impuissance publique!
sur un fond grisé avec quelques flocons sur tulle, pour symboliser l'hiver, quelques vues sur les files d'attente,
 les bénévoles au travail de la distribution, ou de l'approvisionnement 

Remontons ensemble le fil du temps : 

Le 26 septembre 1985, Coluche lançait sur Europe1 un appel à la générosité pour aider ceux qui n’arrivaient pas à manger. L’idée des Restos du cœur était née mais l’humoriste était loin de se douter de l’ampleur qu’allait prendre son initiative.

"J'en ai marre de voir les pauvres crever de faim dans le pays de la bouffe." Coluche

Les Restos du cœur naissent au mitan des années 80 quand la pauvreté et le chômage sont de retour en France et que, dans toute l’Europe, les surplus alimentaires sont stockés ou détruits plutôt que d’être distribués. Face aux injustices de l’époque, la mode est aux chansons caritatives : “SOS Ethiopie” en France, “Do they know it’s Christmas” en Grande-Bretagne, “We are the World” aux Etats-Unis. De son côté, Coluche anime son émission quotidienne sur Europe 1 et l’utilise comme tribune pour dénoncer les travers de son temps. En septembre 1985, il lance “sa petite idée comme ça” pour créer une cantine gratuite fonctionnant grâce aux dons. Quarante ans plus tard, les Restos du cœur sont devenus une institution indispensable à des centaines de milliers de Français.

“Les Restos du cœur naissent de l’indignation de Coluche face à une situation absurde”, raconte Valérie Péronnet, écrivaine, journaliste et auteure d’un livre sur l’histoire des Restos du cœur. “En 1985, c’est la famine en Ethiopie et le show biz se mobilise pour lever des fonds en écrivant des chansons caritatives. Mais à la même époque, l’Europe détruit aussi régulièrement des stocks de nourriture : on retire du lait, du beurre et de la viande du marché afin de soutenir les prix pour aider les agriculteurs et c’est quelque chose qui met Coluche hors de lui.”.

Car l’humoriste reçoit aussi de nombreux messages de la part des auditeurs d’Europe 1 : après la vague de chansons pour aider les Éthiopiens (notamment “SOS Ethiopie” écrit par Renaud en 1985, à laquelle Coluche a participé), de nombreux Français l’interpellent sur leurs propres difficultés à se nourrir. L’idée fait son chemin dans l’esprit de l'ancien candidat à la présidentielle de 81 et le 26 septembre 1985 dans son émission “Y’en aura pour tout le monde”, il improvise un appel en direct :

On reçoit beaucoup, beaucoup de courriers de chômeurs (...). Et j'ai une petite idée comme ça, si des fois y’a des marques qui m’entendent (…), si y’a des gens qui sont intéressés pour sponsorer une cantine gratuite qu’on pourrait commencer par faire à Paris, par exemple, et puis qu’on étalerait après dans les grandes villes de France. Nous, on est prêts à aider une entreprise comme ça (...) qui aurait comme ambition au départ, de faire 2 000 ou 3 000 couverts par jour gratuitement (…). On est prêts à recevoir les dons de toute la France (…). Quand y'a des excédents de bouffe et qu'on les détruits pour maintenir les prix sur les marchés. A ce moment-là, on pourrait peut-être les récupérer. Et puis on essaiera un jour de faire une grande cantine, peut-être cet hiver, gratos.Voilà. Je lance l'idée comme ça. S'il y en a qui nous écoutent et que ça intéresse, ils nous écrivent.
Coluche, le 25 septembre 1985, sur Europe 1

“Son idée était surtout de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière et de faire parler les gens qui vivaient dans la pauvreté”, raconte Marie Sisco, bénévole historique des Restos du cœur qui a rejoint l’association en 1987, “et ça n’était pas censée durer, en tout cas pas au tout début”. Mais l'aventure prend rapidement de l’ampleur : “l’appel de Coluche rencontre très vite un écho important”, explique Jean-Noël Retière, sociologue et historien, auteur d’un livre sur l’histoire de l’aide alimentaire. “Il faut se rappeler de la notoriété de Coluche à ce moment là, il avait été candidat à la présidentielle de 81 et il animait son émission quotidienne à la radio : il disposait d’une force de frappe médiatique très importante.”...(suite de l'article sur France Culture à lire ici)
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Lorsque le 26 septembre 1985, Coluche s'émeut du sort des "gens qui ne mangent pas à leur faim", aurait-il pu s'imaginer que "sa petite idée" de cantines gratuites pour les plus démunis existerait encore 40 ans plus tard ? 

C'est pourtant la triste réalité. Les Restos du cœur lanceront mi-novembre leur 41ᵉ campagne de distribution alimentaire. À leur tête depuis cinq ans, Patrice Douret arrive au bout de son mandat de président bénévole et passera la main lors de la prochaine assemblée générale à la fin du mois d'octobre. Il a accepté de dresser un bilan alors que les Restos du Cœur, qui assurent 35% de l'aide alimentaire en France, sont passés par une phase délicate financièrement.

Question de TF1 Info : Submergé par l'afflux de personnes démunies, votre appel à l'aide lancé il y a deux ans a-t-il porté ses fruits ?

R : Notre appel était d'abord un cri d'alarme face au silence des pouvoirs publics pour alerter sur la situation que traversait le pays et notamment une très forte augmentation de la pauvreté que nous avions constatée en quelques mois et qui n'avait pas forcément été prise en compte. Et puis, il y avait un risque d'effet ciseau à cause des dépenses qui étaient très importantes, surtout d'achats alimentaires. Nous avions fait appel aux forces économiques du pays, donc aux entreprises et à l'État pour réagir. Et depuis, on a la chance de ne pas constater de baisse du nombre de donateurs qui se chiffrent à quelques centaines de milliers, c'est-à-dire qu'effectivement, on a pu être soutenus. Mais en revanche, le don moyen diminue, ce qui est vraiment le signe que la crise du pouvoir d'achat touche tous les Français, y compris ceux qui tiennent malgré tout à se montrer généreux et à continuer à aider les associations et notamment les Restos du Cœur.

On a distribué l'an dernier 163 millions de repas. 
La première année des Restos du Cœur, c'était 8,5 millions. 
On est à 20 fois plus.

Q : Depuis cinq ans, avez-vous constaté une aggravation de la pauvreté dans le pays ?

R : Si on reprend les deux dernières études qui sont sorties : l'Insee en juillet nous dit que plus de 15% de la population est sous le seuil de pauvreté monétaire, ça veut dire que ce chiffre-là est plus important quand on prend également des personnes qui ne vivent pas dans un logement ordinaire. Cela représente près de 10 millions de personnes ici en France. Par ailleurs, le dernier rapport de l'Unicef est alarmant sur le nombre d'enfants à la rue. On voit donc bien qu'aujourd'hui cette tendance est dans l'aggravation et les Restos ne sont que le reflet de cette crise. Ainsi, on a distribué l'an dernier 163 millions de repas. La première année des Restos du Cœur, c'était 8,5 millions. On est à 20 fois plus. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Il faut donc absolument prendre en compte ces 10 millions de personnes comme une vraie priorité nationale d'action politique.

Q : Le profil des bénéficiaires a-t-il évolué lui-aussi ?

R : Ce qui a fortement changé ces deux dernières années, c'est l'arrivée massive des familles monoparentales qui ont souvent à leur tête des mamans seules. La jeunesse est également très touchée par la précarité. La moitié des personnes que l'on accueille, c'est-à-dire la moitié d'1,3 million de personnes, ce sont des jeunes de moins de 25 ans. On retrouve aussi beaucoup de travailleurs pauvres. Des personnes qui le dix du mois n'ont plus un seul euro en poche une fois que le loyer et les charges du logement sont payés. Il y a par ailleurs beaucoup de retraités qui ont aidé leurs enfants et petits-enfants pendant les deux dernières crises, sanitaire et inflationniste. Et il y a un chiffre qui est terrible, mais il est à l'image de ce que l'on perçoit en termes d'aggravation de la pauvreté, c'est que dans nos centres, 70% des personnes que l'on accueille vivent avec moins de la moitié du seuil de pauvreté, soit moins de 600 euros par mois.

Q : Face à ce constat, comment s'annonce cette nouvelle campagne d'aide alimentaire, qui ne sera plus sous votre présidence ?

Réponse : Il n'y a aucun signal rassurant et c'est même une forme d'indignation. Cette 41ᵉ campagne ne pourra débuter que lorsque les pouvoirs publics, le gouvernement qui va s'installer, aura en tête qu'il faut absolument qu'il continue à soutenir le monde associatif. D'ailleurs, on a déjà interpellé le Premier ministre en lui demandant trois choses. La première, c'est qu'il faut absolument que dans le prochain budget, celui qu'on espère voir un jour venir, que l'on ne fasse pas porter l'effort budgétaire sur les associations, dont beaucoup sont déjà en difficulté. Aujourd'hui, le monde associatif, c'est 1,4 million d'associations, 20 millions de bénévoles et 2 millions salariés qui sont les témoins les plus proches de la vie des Français. Donc, il faut que les associations soient soutenues et entendues.

La deuxième chose, c'est de préserver les combats qui ont été menés depuis 40 ans par les Restos, notamment la Loi Coluche qui a été votée pour aider les associations et favoriser la générosité du public. Elle ne doit pas être remise en cause, ni fragilisée.

Et puis la troisième chose, c'est le budget européen. L'Europe a été sollicitée très rapidement après la création des Restos du Cœur pour aider les associations dans la distribution de repas. L'idée au départ, c'était d'aller chercher les surstocks sur les "frigos de l'Europe" et depuis quelques années, c'est un fonds monétaire qu'on appelle le FSE+. Ça représente pour les Restos du cœur un repas sur cinq. Ça veut dire que si l'État ne soutient pas la France au travers de ce budget européen, il faudra trouver des solutions pour remplacer cette aide-là.
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Vidéo des 40 ans aux Restos du Coeur sur leur chaine vidéo Youtube
Pendant plusieurs mois, nous avons ouvert les portes de nos centres afin de vous montrer comment les Restos sont progressivement passés d'un chapiteau à Gennevilliers, en 1985, à plus de 2300 centres à travers toute la France aujourd'hui. À Lille, dans les campagnes, et même sur les routes de montagne, plongez dans le quotidien de nos équipes de bénévoles, engagées pour répondre aux besoins des plus démunis, où qu'ils soient.

Au moment où j'écris ce post, avec les mesures restrictives du futur budget frappant une fois de plus sur les plus précaires dans notre pays, je crains que cette année encore, pour leur 41ème  campagne, les Restos du Coeur doivent encore suppléer les carences humanitaires de la France et voir la liste des bénéficiaires s'allonger encore... 

Je te souhaite une bonne réception de ce mail-art, chère Isabelle.

CH31-Chimpanzés de Gombe : portraits de la famille "F", pour Isabelle

Voici pour Isabelle un beau couple mère-enfant chimpanzé ainsi que toute l'histoire familiale d'un groupe de chimpanzés observés sur le lieu même des recherches initiales de Jane Goodall dans le Parc National de Gombe en Tanzanie.
Deux membres de la famille F - photo sans légende ni nom d'auteur visible sur le site janegall.fr

La famille « F » est l’une des familles les plus connues et les plus appréciées du centre de recherche de Gombe Stream. La vieille Flo, la matriarche de la famille, a rendu possible certaines des premières observations de Jane Goodall sur le développement des nourrissons et les relations familiales. Flo et sa fille Fifi ont créé une famille nombreuse, soudée et de haut rang qui a fourni à Jane et aux autres chercheurs une énorme quantité de données.
Nous devons tant à cette famille…

Flo
Flo a été l’une des premières femelles à suivre David Greybeard au camp de Jane en 1961. Lorsqu’elle est entrée en œstrus en 1963, elle était extraordinairement attirante sexuellement pour les nombreux mâles qui ont alors commencé à la suivre dans le camp. La plupart ne s’étaient jamais aventurés dans cet endroit étrange et apparemment effrayant. Le rang élevé et l’affirmation sociale de Flo ont influencé sa progéniture au fur et à mesure de son développement. Son fils, Figan, avec le soutien de son frère Faben, est devenu le meilleur mâle pendant six ans (1973-1979) et sa fille Fifi est devenue la meilleure femme.

La triste histoire de Flint
Flo a donné naissance à au moins cinq rejetons : Faben, Figan, Fifi, Flint et Flame. Elle a été une mère merveilleuse, d’un grand soutien, affectueuse et joueuse pour les trois premiers. Cependant, au moment où Flo a donné naissance à Flint, elle était devenue trop fatiguée pour faire face aux demandes agressives et aux crises de colère de Flint, qui voulait monter sur son dos et dormir avec elle même après la naissance de sa nouvelle sœur. Flo n’avait toujours pas sevré Flint lorsque Flame est mort à l’âge de six mois, et avait même renoncé à essayer de pousser Flint à devenir plus indépendant. En conséquence, Flint est devenu anormalement dépendant de sa mère. Lorsque Flo est morte en 1972, Flint était incapable de se passer d’elle. Il a cessé de manger et d’interagir avec les autres et a montré des signes de dépression clinique. Peu après, son système immunitaire est devenu trop faible pour le maintenir en vie. Il est mort à l’âge de huit ans et demi, un mois après avoir perdu sa mère Flo.

Les décès de Flo et de Flint ont été de tristes événements dans l’histoire de Gombe. Les techniques de maternage et le comportement social de Flo ont beaucoup appris à Jane. Flint a été le premier bébé chimpanzé sauvage dont Jane et les chercheurs ont pu étudier le développement en détail. Flo, cette merveilleuse mère, avec son grand amour et sa joie de vivre, et son esprit indomptable, a reçu l’honneur rare d’une notice nécrologique dans le prestigieux journal britannique, le Sunday Times.

Frodo
L’enfance de Frodo fut très différente de celle de Freud. L’aîné de Fifi avait passé des heures – parfois des jours – seul avec sa mère. Même si, comme Flo, Fifi est une femme sociable, elle passe souvent du temps loin des autres adultes. Lorsque Frodo est né, Freud était sevré, il pouvait se déplacer sur ses quatre membres et faire son petit nid la nuit. Néanmoins, il était toujours émotionnellement dépendant de Fifi. Freud voyagea avec sa mère et son nouveau fils Frodo pendant trois ans après la naissance de ce dernier. Par conséquent, Frodo avait un compagnon de jeu et un modèle, une baby-sitter et un protecteur omniprésents.

Frodo passait des heures à observer son grand frère, essayant souvent d’imiter son comportement. Frodo est rapidement devenu une sorte de brute et l’un des rares lanceurs de pierres précis de Gombe ! Il a commencé à devancer les autres chimpanzés et à faire rouler d’énormes pierres vers eux. Les pierres ricochaient ensuite d’un arbre à l’autre, obligeant les chimpanzés (et parfois Jane) à s’écarter du chemin. Frodo est devenu célèbre lorsqu’il a sauté sur le dessinateur de Far Side Gary Larson et l’a roué de coups lors d’une visite à Gombe.

Batailles pour la position alpha
Pendant de nombreux mois, Freud et Frodo voyagèrent ensemble. Cependant, leur relation devint rapidement tendue lorsqu’il devint évident qu’ils seraient en compétition pour la position de mâle alpha. Lorsque Frodo atteignit la fin de son adolescence, il défia son frère. À l’âge de 20 ans, Frodo pesait quelque 120 livres – le chimpanzé le plus lourd connu à Gombe. En 1997, la bataille s’est terminée lorsque Freud est tombé malade de la gale et que Frodo a pu le renverser.

Tant que Frodo était au pouvoir, il dirigeait la colonie avec une force brute. Cependant, en décembre 2002, lorsqu’il est tombé malade, il a été victime d’attaques et a dû se cacher de la communauté. Les chercheurs se demandaient s’il survivrait à la maladie qui avait douloureusement réduit sa forme autrefois magnifique. Au début de l’année 2004, Frodo semblait être en voie de guérison ! On l’a vu rejoindre de grands groupes et même chasser, tuant un colobe.

Après de nombreuses spéculations sur le chimpanzé qui deviendrait le nouveau mâle alpha, Sheldon – connu pour être un solitaire courageux – s’est brièvement imposé comme alpha jusqu’à ce que Kris prenne la relève en 2005.

Freud
Le fils aîné de Fifi, Freud, bénéficia de la force et de la position de sa puissante famille. En grandissant, il fut soutenu non seulement par sa mère, qui montait en grade à cette époque, mais aussi par son frère aîné Figan, qui était le mâle alpha pendant les années juvéniles impressionnables de Freud.

À l’âge de sept ans, Freud commença la longue tâche d’intimider les femmes de la communauté. Lorsqu’il osait défier les femelles de plus haut rang, elles se retournaient contre lui. Mais Fifi se précipitait toujours à la rescousse de son fils – et ensemble, ils dominaient les adversaires de Freud. Sans aucun doute, cela renforça la confiance en soi de Freud. Freud devint le mâle alpha à l’âge de 22 ans, en février 1993. Il fut un alpha populaire et décontracté jusqu’à l’automne 1997, lorsqu’il fut affaibli par la gale sarcoptique et que son frère Frodo prit la relève.

Fifi
Fifi était le dernier chimpanzé survivant des premiers jours de recherche du Dr Goodall. Jane l’a vu passer d’un enfant de deux ans, vif et curieux, à une femelle de haut rang et à l’une des mères les plus prospères de Gombe. Grâce aux documentaires de National Geographic, Fifi est devenue encore plus connue dans le monde que sa mère, Flo.

Comme Flo, Fifi était une excellente mère, ainsi qu’un membre haut placé et affirmé de sa communauté. Elle entretenait des relations détendues avec les mâles adultes et était tout aussi populaire sexuellement que sa mère avant elle. En effet, lorsque Fifi était une adolescente de 10 ans, elle était tellement préoccupée par la nouvelle expérience sexuelle que Jane pensait qu’elle était en quelque sorte nymphomane !

Fifi a donné naissance à neuf enfants – un record à Gombe. Son premier enfant, né en 1971, s’appelle tout naturellement Freud ! Cinq ans plus tard, son fils Frodo est né. Cinq ans plus tard, elle a donné naissance à une fille, Fanni, et quatre ans plus tard, à une fille, Flossi. Quatre ans et demi après la naissance de Flossi, Fifi donna naissance à Faustino, et seulement trois ans et demi plus tard, elle donna naissance à Ferdinand. En raison d’un sevrage inhabituellement précoce (et très dur), Faustino est resté petit et faible pendant de nombreuses années. Ferdinand avait quatre ans lorsque Fred est né.
Le désastre a frappé pour la première fois dans la vie de mère de Fifi en 1998. Fifi est tombée très malade lors d’une terrible épidémie de gale sarcoptique. Elle a perdu tous ses poils et, malheureusement, le petit Fred est tombé malade et est mort. Dès que Fifi s’est rétablie et que ses poils ont commencé à repousser, elle est entrée en œstrus et a immédiatement conçu. Sa fille Flirt est née en juillet 1998. Le dernier rejeton de Fifi – son neuvième – est la fille Furaha, née en octobre 2002.

Fifi est également grand-mère. Fanni a perdu son premier fils, Fax, mais a ensuite donné naissance à deux fils, Fudge puis Fundi. Flossi, à notre grande surprise, après avoir visité plusieurs fois les mâles de la communauté Mitumba au nord pendant l’œstrus, a décidé de faire sa maison avec les gens du nord. Elle a donné naissance à son premier enfant, Forest, en 1997 et à son deuxième fils, Fansi, en 2001. Flossi et Forest sont des membres importants de leur nouvelle communauté.

Malheureusement, Fifi a disparu à l’automne 2004 et est maintenant présumée morte.

Les chercheurs du Centre de recherche sur le Gombe Stream de JGI en Tanzanie n’ont pas vu Fifi ou Furaha depuis la fin août de cette année-là. Au départ, l’absence de Fifi ne semblait pas remarquable, explique Michael Wilson, codirecteur de la recherche au Centre. Elle avait déplacé son aire de répartition vers les vallées septentrionales reculées de Gombe, et n’était donc pas souvent observée. Mais l’inquiétude est montée à la mi-septembre lorsqu’un étudiant diplômé a vu un grand groupe de mères nordiques se déplaçant sans Fifi. Puis, le 17 septembre, les chercheurs ont vu Flirt, la fille de Fifi âgée de 6 ans, voyager sans sa mère – un comportement surprenant pour une si jeune femelle. Le personnel de terrain et les gardes forestiers ont cherché intensivement Fifi tout au long du mois d’octobre, mais n’ont pu trouver aucun signe d’elle.
Source  de l'article et de la photo / :https://janegoodall.fr/nos-histoires/vies-de-primates/portraits/la-famille-f-de-gombe/#

16 octobre 2025

Faire confiance à la jeunesse, d'Isabelle

Ah voici une enveloppe d'Isabelle, et les premières nouvelles qu'elle donne depuis sa mutation sur Limoges. Je suis contente de les lire même si je me doutais bien que ce ne serait pas simple pour elle de vivre encore un nouveau déménagement,  de repartir professionnellement dans une nouvelle ville et de devoir à nouveau chercher des repères. 

Son enveloppe montre des jeunes installés sur un banc, plutôt réveurs, mais aussi, comme en attente de quelque chose : était-ce une pièce de théatre? je ne sais pas. J'ai juste envie de dire en les voyant, qu'il faut que la jeunesse ne perde pas espoir et qu'elle continue de se battre, car nous sommes actuellement dans un pays qui ne fait rien pour l'aider, si elle n'a pas la chance d'être née avec une cuiller en argent dans la bouche.

Ils sont pourtant foisonnant d'idées et de projets, ces jeunes. Bon sang, qu'on leur fasse confiance et qu'on leur donne les moyens d'étudier sans être obligés de rogner sur leur budget pour manger, ou se loger.

Merci Isabelle, bon courage à toi. 

8 septembre 2025

Sensations fortes d'été, pour Isabelle

Ce mail-art un peu simpliste est une sorte d'allégorie que j'adresse à Isabelle en cette fin d'été : elle vient une fois encore de faire le grand saut dans l'inconnu pour aller travailler dans une nouvelle ville où elle n'a encore aucune attache, aucun repère. 

Je veux ainsi saluer son courage et sa détermination : cette jeune femme qui se lance à flanc de falaises pour descendre en tyrolienne, sur un cable (un fil) me fait beaucoup penser à elle restée si longtemps suspendue en attente d'un travail satisfaisant et qui enfin va pouvoir se projeter, après tellement de déconvenues. 

Tous mes voeux de bonne installation à Limoges et de succès dans tes nouvelles fonctions,  chère Isabelle, en espérant que ce mail-art te plaira et qu'il te parviendra rapidement. 

18 juin 2025

T184 - Coquelicots et oeillet, c'est du rouge pour l'été, d'Isabelle

Joie dans mon courrier du jour : de très bonnes nouvelles pour Isabelle m'arrivent enfin, apportées dans cette magnifique enveloppe aux couleurs de l'été.

Même si cela signifie beaucoup de boulot que d'envisager un nouveau déménagement dans les prochaines semaines, c'est en même temps une vision de l'avenir réjouissante, tant sur le plan professionnel que personnel pour vous.  
Isabelle je te remercie pour le choix de ton thème estival sur l'enveloppe où j'apprécie tout particulièrement l'harmonie entre le collage et le timbre que tu as choisi -un champ de blé envahi par les coquelicots en fleurs- Saches que je me réjouis infiniment pour toi et te souhaite un très bel été. 

16 mai 2025

Dentelle de pierre pour un jubé exceptionnel, pour Isabelle

Isabelle connait mon athéisme tout comme elle sait que j'apprécie la dentelle sous toutes ses formes. Alors lorsque je suis tombée sur la photo de cette réalisation exceptionnelle, le jubé du Monastère Royal de Brou, près de Bourg en Bresse, je ne pouvais que chercher à le mettre en valeur. 


Photo du jubé du Monastère Royal de Brou trouvée sur le site Guide du Routard -
autrice de la photo :Sonia-Fatima Chaoui ·

Ce type d'architecture est devenu rarissime en France. La plupart des jubés ont été détruits à partir du XVIe siècle, en effet le concile de Trente prit la décision que le chœur devait désormais être visible pour les fidèles au lieu d'être caché par les jubés, qui furent donc pratiquement tous détruits, sauf en Bretagne, durant les siècles suivants (et non pas au seul moment de la Révolution Française, comme je le croyais, à tort). 

Ainsi au fil du temps, l'exemple de Notre-Dame-de-Paris qui a connu successivement trois jubés différents désormais disparu, est particulièrement symbolique.

Dans une église, le jubé est une tribune formant une clôture de pierre ou de bois séparant le chœur liturgique de la nef. Il tient son nom du premier mot de la formule latine « jube, domine, benedicere » (« daigne, Seigneur, me bénir ») qu'employait le lecteur avant les leçons de matines. En Belgique francophone (Wallonie, Bruxelles), au Luxembourg et au Québec, le mot « jubé » est également utilisé pour désigner la tribune d'orgue située dans le fond de la nef.

Le jubé se compose de trois éléments : la tribune (le jubé proprement dit au niveau de l'arc triomphal qui était souvent souligné par une poutre de gloire), la clôture (dite « chancel ») en bois ou en pierre et le groupe sculpté de la crucifixion (Christ monumental en son centre accosté de la statue de la Vierge et de saint Jean, et parfois des deux larrons) supporté par la poutre de gloire. L'apparition du jubé n'a pas condamné l'existence indépendante des trois éléments dont il est la réunion. De nombreuses églises et chapelles ont continué à être aménagées en conservant isolément leur clôture, leur tribune et leur poutre de gloire suivant la richesse de la paroisse ou le goût des donateurs[

La clôture/chancel a pour fonction d'isoler le chœur (réservé aux clercs et aux seigneurs prééminenciers) des fidèles dans la nef et qui, du fait de sa présence, voient peu ou pas du tout le maître-autel. En cela, il ne peut être comparé avec l'iconostase des Églises chrétiennes orientales, puisque le jubé est un lieu de séparation entre le chœur et les fidèles, alors que l'iconostase est un lieu de passage. Source : Wikipédia 

Je te souhaite une bonne réception de ce mail-art, chère Isabelle, ainsi qu'un bel été.

5 mai 2025

Lâcher prise et s'endormir sous les branches fleuries, de la part d'Isabelle

Dans ma boite aux lettres du jour, j'ai trouvé cette jolie enveloppe, d'un certain romantisme. C'est Isabelle qui donne des nouvelles depuis Evreux où elle est implantée depuis plusieurs années maintenant...

J'aurai voulu qu'elle puisse m'annoncer de bonnes nouvelles sur le plan professionnel qu'elle espère tant depuis plusieurs années maintenant, hélas ce n'est pas encore pour cette fois, j'en suis navrée pour elle.

Merci Isabelle pour cette jolie composition mêlant collage, dessin, et aquarelle, d'autant que le timbre que tu as choisi ajoute un point focal fort intéressant. Bonne continuation et bon courage à toi... encore quelques semaines de patience et ce sera l'été, tu pourras enfin souffler. 

9 avril 2025

Lamala, tradition pascale alsacienne, pour Isabelle

Il y a quelques années, nous avions conçu un carnet à quatre mains avec Isabelle, qui vivait alors en Alsace ; c'est elle qui m'a fait connaître cette jolie tradition du lamala, pâtisserie en forme d'agneau qui orne les tables d'Alsace le dimanche matin de Pâques.

Alors aujourd'hui qu'Isabelle a du quitter sa belle région, j'ai voulu lui ramener le plaisir de cette jolie tradition pour la Fête de Pâques. 

En recherchant ce gâteau, je me suis aperçue qu'il y avait plein de desserts traditionnels spécifiques  à cette occasion en France et aussi bien sûr dans les pays environnants, avec toujours beaucoup de couleurs, pour saluer le printemps. Je ne suis pas croyante, mais je trouve que ces traditions culinaires sont belles.

Je te souhaite une bonne réception de ce mail-art Isabelle, ainsi qu'un beau printemps.

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Lamele en vitrine des patisseries alsaciennes - photo de Ctruongngoc

Origine du Lamala : un gâteau pascal chargé de tradition

Le Lamala, ou agneau pascal, est un gâteau traditionnel particulièrement apprécié dans les régions d'Alsace et de Lorraine en France. Ce dessert typique, confectionné uniquement lors de la période de Pâques, porte une forte charge symbolique et historique qui mérite d'être explorée.

Origines et signification

Le terme "Lamala" signifie "petit agneau" en dialecte alsacien, une référence directe à sa forme mais aussi à son symbolisme. L'agneau, dans la tradition chrétienne, représente le sacrifice et la pureté, écho à l'agneau pascal sacrifié lors de la Pâque juive et à Jésus-Christ dans le Nouveau Testament. Historiquement, le Lamala est apparu comme un moyen de célébrer la fin du Carême, une période de jeûne strict où les œufs et le lait étaient traditionnellement interdits.

Evolution culinaire

À ses débuts, le Lamala était probablement un gâteau simple, élaboré à partir des ingrédients que l'on commençait à réintroduire après le Carême. Avec le temps, la recette traditionnelle s'est enrichie pour devenir une génoise moelleuse et aérée. Les premiers moules étaient fabriqués en terre cuite par des artisans locaux. Ils étaient souvent ornés de détails fins et de motifs religieux ou naturels, reflétant l'art et l'artisanat de l'époque.

Au XIXe siècle, avec l'industrialisation, les moules en métal sont devenus populaires, permettant une production plus large et une démocratisation de ce gâteau spécial. Aujourd'hui, les moules se déclinent également en silicone, rendant le démoulage plus facile et la cuisson plus uniforme.

Traditions et modernité

Traditionnellement, le Lamala est préparé le Samedi Saint pour être consommé le jour de Pâques, souvent bénit lors des messes pascales. Ce gâteau n'est pas seulement un régal pour les yeux et le palais, il est aussi un élément central des réunions familiales et des festivités de Pâques, symbolisant le renouveau et la joie.

En Alsace et en Lorraine, la fabrication du Lamala reste une affaire de passion et de tradition, transmise de génération en génération. Chaque famille a sa propre recette, souvent gardée secrète et transmise avec fierté. La modernité a permis de diversifier les saveurs, ajoutant parfois des zestes d'orange ou des épices, mais la forme d'agneau et la douceur de la génoise restent constantes.

Le Lamala est meilleur lorsqu'il est consommé frais, généralement dans les jours suivant sa préparation. Cependant, il peut se conserver plusieurs jours s'il est enveloppé soigneusement ou conservé dans un conteneur hermétique. Traditionnellement dégusté au petit déjeuner de Pâques, il peut également servir de dessert ou de goûter.

6 février 2025

Voeux 2025 d'Isabelle arrivés en piteux état : merci La Poste!

Quand dans la boite aux lettres on aperçoit une pochette jaune de La Poste où l'on devine par transparence qu'elle contient un courrier à la forme bizarre ou en plusieurs morceaux, on s'attend au pire! 

Mais là, chapeau La Poste! L'enveloppe d'Isabelle contenant ses bons voeux m'est arrivée souillée, déchiquetée, comme passée de travers dans des rouleaux, et, en prime, la preuve qu'elle a été bien mouillée.

Mais le pire est à l'intérieur : les trois pages couvertes de la belle écriture d'Isabelle sont pour la plus grande partie illisibles, déjà parce que j'ai du les décoller, et qu'ensuite une bonne partie de l 'encre a été dissoute.
Le dessin du rouge-gorge retenu au creux des trois feuillets pliés n'a pas été trop mouillé mais il est bien entendu aussi froissé et tordu que le reste de la lettre!

Je te remercie beaucoup Isabelle pour tes bons voeux, et je suis désolée du sort qui a été réservé à ta missive. 

L'enveloppe décorée telle qu'elle a été confiée à la Poste

PS : Merci Isabelle, qui vient de m'adresser une copie de son enveloppe originale, magnifique, en réponse à mon sujet sur l'année de la mer. Quel dommage! elle était superbe!

*** LA POSTE S'EFFONDRE ***

D'après les échos que j'ai de plusieurs mail-artistes vivant en différents lieux de France, outre les délais exagérément longs (plusieurs mois) pour leur distribution, nombre de courriers finissent par arriver, dans un état déplorable, souillés, les timbres arrachés, l'enveloppe déchirée, le contenu vidé! 
Un comble : le timbre n'a jamais été aussi cher (200 % d'augmentation en 20 ans) et le service jamais aussi déplorable! 
Mais nous n'en sommes peut-être pas encore arrivés au pire. Je vous renvoie pour cela à l'excellent article d'Eric Babaud à ce sujet. C'est édifiant!

17 janvier 2025

Que l'année 2025 te soit douce, Isabelle

En 2025, la France, deuxième plus grand territoire maritime au monde, célèbre l'Année de la Mer, une initiative nationale visant à éveiller les consciences face à l'urgence de protéger l'Océan. 

C'est le thème que j'ai choisi de développer pour illustrer mes cartes de voeux. 

Les secrets des baleines (et autres cétacés)

Certains groupes de baleines et de dauphins possèdent des dialectes, des régimes alimentaires et des habitudes propres. Des différences culturelles que l'on a longtemps crues spécifiques aux humains.

John Ford voulait adopter le point de vue d’un cétacé. Un jour de l’été 1978, un banc d’orques s’est précipité vers une plage de galets de l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique. Le jeune biologiste, qui attendait avec sa combinaison de plongée et son tuba, a appliqué son masque et s’est glissé dans la mer. Dans des eaux profondes d’à peine 3m, les orques (ou épaulards) ont ralenti et se sont tournées sur le flanc. Le corps en partie immergé, remuant leur nageoire caudale, elles ont commencé à se tortiller et se dandiner. Une par une, chacune frottait son flanc et son ventre contre les pierres du fond.

Depuis lors, Ford, qui a maintenant 66 ans et étudie ces animaux depuis plus de quarante ans, a observé le phénomène à de multiples reprises. Les orques sont les plus grands des dauphins et font partie du sous-ordre des odontocètes (les cétacés à dents). Cependant, Ford ne sait pas exactement ce qui motive ce comportement. Il pense qu’il s’agit d’une forme de lien social.

Mais une question le tracasse : pourquoi ces orques ont-elles adopté ce procédé, et pas leurs voisines, quasi identiques, un peu plus au sud ?

Se frotter sur les plages est un comportement habituel parmi ces orques – dites « résidentes du Nord », car, en été et en automne, elles évoluent entre le continent et l’île de Vancouver, dans les eaux intérieures du sud-ouest du Canada. Or leurs voisines présentes près de la frontière avec l’État de Washington, où j’habite, n’ont jamais été observées en train d’exécuter ce rituel.

Ces dernières, dites « résidentes du Sud», ont leurs propres conventions. Elles tiennent des « cérémonies de bienvenue », s’affrontant en rangs serrés avant de se livrer à des fêtes sous-marines de frottements et de cris – une conduite extrêmement rare dans le Nord. Les résidentes du Sud sont des acrobates, exécutent des sauts en rotation et réalisent des plats. Celles du Nord sautent beaucoup moins hors de l’eau. Certaines années, les résidentes du Sud poussent de la tête des saumons morts. Pas celles du Nord, qui, de temps à autre, se donnent mutuellement des coups de tête, raconte John Ford : « Elles nagent les unes vers les autres et se rentrent dedans. »

Les deux populations usent d’un vocabulaire différent pour converser. Les résidentes du Nord émettent de longs cris perçants et métalliques. Celles du Sud y ajoutent des hurlements de singe et des cris d’oie. Aux oreilles expérimentées de John Ford, les intonations et les tons paraissent aussi distincts que le mandarin et le swahili.

Pourtant, sous tous les autres aspects majeurs, il est impossible de distinguer les résidentes du Nord et du Sud. Pendant des mois d’affilée, elles occupent des mers voisines ; leurs territoires se chevauchent; et leur patrimoine génétique est quasi identique (bien qu’il existe de nombreuses variétés d’orques dans le monde).

Du Pacifique Nord aux mers antarctiques, les orques ne mangent pas non plus la même chose. Certaines dévorent des requins, des marsouins, des manchots ou des raies mantas. Les résidentes du Nord comme du Sud, elles, mangent du poisson, notamment du saumon chinook (ou royal).

Comment deux groupes issus quasiment du même endroit peuvent-ils être génétiquement proches, mais parler et agir de façon aussi différente ? Ce que ce paradoxe implique, John Ford et quelques collègues n’ont pas osé l’énoncer à voix haute pendant des années. Était-il possible que ces êtres sociaux complexes ne fussent pas
mus par le seul instinct génétique ? Les orques transmettaient-elles des traits spécifiques qui étaient guidés par quelque chose de plus que leur environnement ou leur ADN ? Bref, les cétacés pouvaient-ils avoir leur propre culture ?

L’idée même de culture chez les cétacés semblait sacrilège. Les anthropologues avaient longtemps considéré que la culture (la capacité à accumuler et transmettre des savoirs au sein d’une société) était propre aux humains.

Des chercheurs avaient toutefois décrit des passereaux qui apprenaient des dialectes transmis d’une génération d’oiseaux à l’autre. John Ford a envisagé que les groupes d’orques fissent de même. Puis il a eu vent des conclusions de biologistes qui étudiaient une créature à l’autre bout du monde : le cachalot.

Ces chercheurs réunissaient des données pour démontrer que certaines espèces de baleines agissent et communiquent différemment en fonction de leur éducation. Ces cétacés perpétuent peut-être des traditions différentes.

Nombre de scientifiques pensent désormais que certains dauphins et baleines ont des cultures distinctes. Ils en perçoivent des signes chez les cachalots des Galápagos et des Caraïbes, les baleines à bosse du Pacifique Sud, les bélugas de l’Arctique, les orques du Pacifique Nord-Ouest.

Cette possibilité bouleverse notre façon d’envisager l’évolution de certaines espèces marines. Des traditions culturelles favorisent peut-être des modifications génétiques qui transforment la nature même d’une baleine. L’idée change aussi notre point de vue sur ce qui nous sépare de ces mammifères marins.

La culture des cétacés semble donc ébranler des conceptions éculées que nous avons de nous-mêmes. Les humains sont une espèce narcissique. Au fil de l’histoire, nous avons oscillé entre considérer les animaux à travers le prisme de notre propre comportement et le refus d’admettre que nous ayons quoi que ce soit en commun.

Cela est en particulier vrai des cétacés. Ils sont souvent considérés comme quasi humains ou pas du tout comme nous. Bien sûr, aucune de ces deux approches n’est totalement correcte.

Les cétacés habitent un monde étranger, où la vie se déroule sur un plan vertical et où il fait si sombre que la vue y est de peu d’utilité. Des relations entières se forgent à travers le son.

Les mystères que nous sommes en train d’élucider sous les vagues révèlent des étrangers plus proches de nous que nous ne le pensions. Les alliances entre les cétacés, la complexité de leurs conversations et leurs façons de s’occuper de leurs petits semblent étrangement familières.

Certains cétacés peuvent même porter ouvertement le deuil. En 2018, une orque résidente du Sud, nommée Tahlequah par les chercheurs, a promené pendant dix-sept jours le corps de son nouveau-né, mort peu après sa naissance, en le poussant avec son museau.

« Durant des années, les scientifiques ont évité à tout prix d’employer des termes ayant trait aux émotions (tels “content”, “triste”, “joueur” ou “en colère”) pour décrire les comportements des animaux », écrit Joe Gaydos, qui supervise un programme universitaire de protection de la vie marine à travers la science et l’éducation dans l’État de Washington. Mais Gaydos et nombre de cétologues (biologistes spécialistes des cétacés) pensent que le comportement de Tahlequah traduisait du chagrin.

J’habite à 6 km du détroit de Puget, où trois groupes d’orques des résidentes du Sud passent une partie de l’année à défiler en formation serrée. Quels secrets peuvent-elles bien détenir ?

Les scientifiques savent depuis longtemps que les baleines doivent apprendre un grand nombre de leurs actions auprès de leurs pairs ou de leurs aînés. Il s’agit de comportement acquis. Malgré tout, cela n’a rien de surprenant.

Les gènes régissent la forme et la fonction du corps d’un animal, codent les instructions pour des traits et des comportements essentiels. Mais l’apprentissage social relève de la transmission du savoir et du développement de connexions neuronales qui permettent aux animaux de profiter des connaissances de leur entourage.

Pour pouvoir parler de culture, il faut que les comportements soient socialement acquis, largement partagés et qu’ils perdurent. Les scientifiques sont en général d’accord sur ce point. Ainsi, en transmettant de multiples comportements acquis, les groupes d’animaux peuvent prendre des habitudes complètement distinctes d’autres groupes de la même espèce.

Par exemple, savoir lancer est génétique. Mais lancer une balle avec un effet requiert un apprentissage social. Et jouer au base-ball plutôt qu’au cricket relève de la culture.

Il existe toutefois un danger : il ne faut pas confondre culture et intelligence. L’intelligence est-elle un ingrédient essentiel à la culture ? Sur ce point, les scientifiques ne s’accordent pas.

L’apprentissage social est répandu dans une grande partie du règne animal. Il n’existe pas seulement parmi les êtres considérés comme «intelligents», comme les baleines, les primates, les corbeaux ou les éléphants. Mais l’intelligence offre sans doute un avantage.

Notre fascination pour la capacité d’apprentissage des cétacés ne date pas d’hier. Depuis des décennies, orques, bélugas ou grands dauphins chantent ou sautent à travers des cerceaux dans les bassins de parcs d’attractions marins –ce qui ne traduit qu’une infime partie de leurs talents.

L’intelligence de certains cétacés peut même constituer une réponse évolutive à la culture.

En effet, les animaux sociaux répandent largement les savoirs acquis. Or, pour que la culture existe, les individus doivent inventer de nouvelles façons d’effectuer les choses, nouveautés qui seront échangées entre pairs. Et les cétacés peuvent se montrer des innovateurs astucieux.

À la fin des années 1990, au large de l’Alaska, des cachalots ont commencé à récupérer les morues charbonnières des palangres des navires de pêche commerciaux. Avec des caméras sous- marines, des scientifiques ont filmé un cachalot qui attrapait délicatement une ligne avec sa mâchoire puissante, créant ainsi une tension ; puis il faisait glisser sa gueule le long de la ligne, jusqu’à ce que les vibrations libèrent un poisson. Jusqu’alors rare, la pratique s’est vite répandue.

En 1980, dans le golfe du Maine, une baleine à bosse a trouvé un nouveau mode de chasse. Avant de désorienter un banc de lançons en le cernant de bulles, la baleine frappait la surface de l’eau de sa nageoire caudale. On ne sait pas exactement pourquoi. Cela dit, en 2013, au moins 278 baleines chassant ainsi ont été recensées.

Les scientifiques ont longtemps cru les animaux incapables d’un partage large, durable et intergénérationnel. Cela a commencé à changer en 1953 : un jeune macaque de l’île de Koshima, au Japon, a été vu en train de laver une patate douce dans un ruisseau. Les macaques de l’île se contentaient auparavant d’ôter la terre de leurs aliments. Des dizaines de macaques ont bientôt été observés en train de les laver.

En 1999, un article a fait date. Andrew Whiten, chercheur en sciences cognitives à l’université de St Andrews (Écosse), et des primatologues, dont Jane Goodall, y relataient que des dizaines de traditions propres aux chimpanzés apparaissaient dans certaines communautés, mais pas dans d’autres : s’épouiller, casser des noix avec un «marteau», donner de petits coups de bâton dans des termitières. «Si l’on observe assez longtemps ces comportements chez un chimpanzé, m’explique Andrew Whiten, on peut dire quasiment à coup sûr d’où celui-ci est originaire. »

Pourtant, tout le monde n’est pas convaincu. Des chercheurs pensent que des variables génétiques ou environnementales ont pu entraîner certains de ces comportements. Les chimpanzés évoqués dans l’article n’appartenaient pas tous à la même sous-espèce. Leurs habitats allaient de la côte guinéenne à l’Ouganda, à 4 500 km de là. Cela représente une distance suffisante, selon certains, pour que des différences écologiques aient pu influer sur les activités des primates.

Mais une nouvelle façon d’envisager le comportement de la faune et la culture de groupe, moins centrée sur l’homme, commençait à s’ancrer.

«Stop ! Stop ! Ici I!», crie Shane Gero. Puis il commence à compter. Huit cachalots bondissent à bâbord, à moitié immergés dans le bleu cobalt des Caraïbes. Ils sont gris acier, et aussi lisses et cylindriques qu’un fuselage d’avion. Ils viennent de remonter en surface pour inhaler de l’oxygène. Bientôt, ils plongeront et utiliseront une partie de cet air pour converser.

Nous sommes à bord du Balaena, un voilier de 12 m, au large de l’île-État de la Dominique, dans les Antilles. Les sommets du minuscule pays bloquent les vents violents et maintiennent au calme les eaux profondes sous le vent – des conditions idéales pour étudier les cachalots. Et peut-être que personne n’a jamais autant étudié de familles de cachalots de près que Shane Gero.

Professeur associé aux universités d’Århus (Danemark), de Carleton et Dalhousie (Canada), il navigue depuis 2005 dans d’étincelants tour- billons de sargasses et d’embruns pour étudier ces colosses. Il voit des animaux paisibles et joueurs, et sait en identifier des dizaines de vue : Canopener («Ouvre-Boîte ») s’amuse avec les chercheurs, s’approche de leur bateau avant de se tourner sur le flanc pour scruter l’équipage; Digit a frôlé la mort, la queue prise dans un filet de pêche qui a failli l’amputer et l’empêchait de plonger pour se nourrir (elle a cicatrisé depuis).

Shane Gero suit les cachalots locaux dans leurs déplacements dans les canyons sous-marins, au large de la Dominique. Il les piste dans leur sommeil, quand ils mettent bas, allaitent, effectuent leurs premières plongées, jouent avec leurs cousins, et quand ils meurent. Il les a enregistrés en train de nager plus profondément que ne descendent la plupart des sous-marins.

Mais, ce jour-là, après plus d’une semaine en mer, nous découvrons que les cachalots locaux sont partis. Huit étrangers, qui surfent sur la houle autour de nous, les ont remplacés.

Je n’ai jamais vu Shane Gero aussi exalté. Il crie aux étudiants de mettre à l’eau les hydrophones (enregistreurs acoustiques sous-marins) et les prévient de se tenir prêts à photographier les nageoires caudales. Celles-ci, à la façon des empreintes digitales, permettent d’identifier les baleines lorsqu’elles plongent.

Ces nouveaux cachalots sont des animaux que Gero connaît à peine, issus d’une seconde communauté. Ils partagent de temps à autre leur espace avec les habitués, mais n’interagissent jamais avec eux. Pour Shane Gero, ils fournissent la preuve incontestable que la Dominique abrite des baleines aux traditions parallèles – deux cultures aussi divergentes que les agriculteurs et les chasseurs-cueilleurs nomades.

À l’origine de ce savoir, il y a l’homme qui tient en ce moment la barre du voilier : Hal Whitehead, professeur à l’université Dalhousie et mentor de Shane Gero. Il stabilise notre embarcation en gardant un œil sur nos visiteurs.

Les cachalots se déplacent en unités sociales d’une douzaine d’individus, dirigées par les femelles. Ces unités perdurent toute la vie. Les mâles en sont évincés dès la préadolescence.

Dans les années 1980 et 1990, Hal Whitehead a suivi certaines de ces unités sociales dans les Galápagos. Au départ, c’était un peu une excuse pour vivre en mer. Puis « je me suis vraiment intéressé à elles», assure le biologiste. Whitehead et Luke Rendell, un chercheur à l’université de St Andrews, ont commencé à démêler les mystères culturels des cachalots en notant les schémas de leurs bavardages.

Le cachalot dispose du plus gros cerveau du monde, qui actionne le système de sonar le plus étendu de la nature. Il envoie de l’air pressurisé à travers son museau, émettant ainsi des cliquetis, qu’il arrange pour former des codas rythmiques, un peu comme avec le code Morse. Chaque coda dure à peine quelques secondes. Certaines comportent trois clics ; d’autres jusqu’à une douzaine, voire plus.

Whitehead n’avait aucune idée de ce que disaient les cétacés. Puis, un jour, il a créé un graphique pour synthétiser les données des enregistrements sur tous ces groupes de cétacés. Et il a repéré une tendance : environ la moitié des groupes utilisaient un répertoire commun de cris. Leurs codas affichaient des structures similaires. D’autres groupes de cétacés utilisaient des arrangements différents.

« Je n’en revenais pas», se rappelle Whitehead. Luke Rendell a également compris l’intérêt de cette découverte. Ces petites unités de cachalots appartenaient à un ensemble plus vaste – des clans de centaines ou de milliers de cétacés. Et chaque clan parlait son propre dialecte.

Pourquoi ces animaux, dont un grand nombre ne s’étaient jamais rencontrés, auraient-ils eu des chants communs ? C’est un nom de groupe, ont pensé les deux hommes, une façon de dire : « Je suis l’un d’entre vous. » Ils savaient que de petits groupes passaient du temps avec d’autres appartenant au même clan, mais jamais avec ceux qui ne faisaient pas partie du clan. Dans le noir d’encre de la mer, le son est leur moyen de voir qui se trouve dans les parages.

Hal Whitehead soupçonnait que les clics des codas étaient analogues aux marqueurs de l’identité culturelle chez l’homme. Pensez, dit-il, aux vêtements des amateurs de football : « Les supporters de Manchester United arborent une écharpe rouge, et ceux de Manchester City une bleue. » Ils ne se connaissent pas tous et ne se mélangent pas. Les fans se retrouvent pourtant au pub pour regarder les matches ensemble.

« Cela semble indiquer une organisation à un niveau supérieur qui est vraiment importante pour les cétacés », conclut Whitehead.

Peu à peu, avec Luke Rendell et d’autres chercheurs, il a aussi noté que, aux Galápagos, des cachalots appartenant à deux clans distincts avaient des habitudes étonnamment différentes. Dans l’un, les cétacés parcouraient la mer en formations sinueuses alors que, dans l’autre, ils nageaient davantage en ligne droite. Un clan restait près de la terre, l’autre allait plus au large. Pendant les épisodes El Niño, lorsque les eaux se réchauffaient, les cétacés des deux clans peinaient à trouver assez de nourriture, mais l’un des clans avait plus de mal que l’autre.

Chez les cétacés, explique Shane Gero, semble exister « cette distinction entre “nous”, qui apprenons les uns des autres et faisons les choses d’une certaine façon, et “eux”, qui n’apprennent rien de nous et font les choses différemment ».

Quand Whitehead et Rendell l’ont avancée, en 2001, une idée a suscité la controverse : celle que les cétacés puissent posséder des cultures et, a fortiori, qu’ils se distinguent en groupes culturels comme le font les humains. Vingt ans plus tard, un certain scepticisme persiste.

« Je ne dirais pas que les cachalots ou les orques n’ont pas de culture, mais que les preuves de l’existence d’une culture sont plus nombreuses chez beaucoup d’autres espèces animales », comme les baleines à bosse et les passereaux, estime Peter Tyack, scientifique à l’Institut océanographique de Woods Hole, qui étudie la communication chez les cétacés.

La génétique, le développement animal et l’environnement peuvent fonctionner d’une façon complexe. Cela rend difficile d’établir un lien avec certitude entre le comportement et la culture. «Les scientifiques, ajoute Tyack, doivent être assez honnêtes et humbles pour admettre que nous savons peu de choses sur les cultures de n’importe quelle espèce animale. »

Cependant, les cétologues partagent de plus en plus le point de vue de Whitehead, assure Sarah Mesnick, de l’Administration nationale des études océaniques et atmosphériques des États-Unis (NOAA) : « Il est de plus en plus admis, car de plus en plus de personnes l’observent. »

Shane Gero, par exemple, a décelé des divisions analogues chez les clans de cachalots dans une mer complètement différente de celle de son mentor, celle des Caraïbes.

Un après-midi, nous apercevons une femelle cachalot nommée Rounder. Elle flotte à la surface avec deux petits, dont un seul est d’elle. Comme les baleineaux ne plongent pas profondément pour attraper des calmars, explique Shane Gero, un adulte protecteur reste à la surface pendant que l’unité chasse.

Chaque unité s’y prend différemment. Dans certaines, les petits sont surveillés par des adultes non apparentés, mais ne sont allaités que par leur mère. Dans le groupe de Rounder, les mères et les grands-mères se partagent les tâches de la garde d’enfants et de l’allaitement, mais uniquement pour les petits de leur lignée. Dans un autre groupe, une femelle sert de nourrice à deux petits à la fois, bien qu’aucun des deux ne soit le sien.

Shane Gero a aussi découvert que de petites unités, au sein des clans, semblent émettre des codas propres à chaque famille, presque comme les patronymes. En parallèle, les individus communiquent au moyen de motifs de clics comportant de subtiles variations en guise de signature, comme s’il s’agissait de prénoms.

Shane Gero a même enregistré des bébés cachalots émettant des clics aléatoires, avant de réduire leur répertoire. Ils concentraient leur attention sur le dialecte de leur clan, comme des nourrissons qui babillent avant de dire «maman». Ils étaient en train d’acquérir des normes culturelles devant le chercheur, en temps réel.

De retour chez moi, j’enfile un casque audio et clique sur un fichier informatique. Ce que j’entends alors est profond et guttural, tel le grondement sourd d’un saxophone basse plongé dans l’eau. Une plainte qui entame une montée dans les aigus jusqu’à devenir un cri strident, pincé et aérien. Bientôt les sons changent totalement, se faisant sombres et mélodieux, puis éthérés. J’entends ce qui évoque une raclette en caoutchouc caressant du verre. Une note aiguë se termine par un gazouillis. Un coassement grave se déploie comme un rot lent et prolongé.

C’est le chant d’une baleine à bosse mâle. Ellen Garland, collègue de Rendell à l’université de St Andrews, me l’a envoyé. Il y a quelques années, un air très semblable à celui-ci s’est propagé dans le Pacifique Sud, déclenchant une véritable révolution culturelle.

Les baleines à bosse mâles reprennent les chants les unes des autres. Comme les amateurs de musique pop, ces mâles sont toujours à la recherche du prochain son. La vitesse à laquelle ils adoptent de nouveaux arrangements acoustiques est « stupéfiante», me dit Ellen Garland, un matin, au téléphone. Tout comme la portée géographique d’un chant. Un chant peut se propager à travers tout un bassin océanique.

Les scientifiques étudient sérieusement les chants des baleines à bosse au moins depuis les années 1960. C’est à cette époque que le biologiste Roger Payne a fait sensation en remorquant un hydrophone derrière un voilier, en pleine nuit, au large des Bermudes, enregistrant des gémissements inquiétants, retentissants. Les baleines à bosse barrissent, aboient, grognent et émettent des bruits rappelant les miaulements de chatons.

Néanmoins, dans leur structure de base, les symphonies complexes des baleines à bosse peuvent être étrangement semblables aux nôtres.

Leur chant emploie la rime et le rythme, le phrasé et la mélodie. Il existe des thèmes, suivis par des variations et des retours aux motifs originaux. Les baleines existent depuis 50 millions d’années. Cependant, jusqu’à ces dernières décennies, il y avait peu de chances que les humains et les baleines à bosse aient pu entendre leurs mélodies réciproques.

« Pourtant, les baleines utilisent dans leurs chants de nombreuses règles de composition que nous utilisons dans les nôtres », écrit Roger Payne dans son livre Among Whales (« Parmi les baleines»). Un chant peut durer une demi-heure, et une baleine peut chanter tout l’après-midi.

Dans le cadre d’un projet universitaire, dans sa Nouvelle-Zélande natale, Ellen Garland avait classé les vocalisations de chants de grives. Des années plus tard, elle a appliqué ses compétences auditives aux baleines.

Chez les baleines à bosse, les rituels d’accouplement incluent des chants. Les chercheurs ont longtemps pensé que tous les individus d’une région adoptaient le même chant chaque année. « Ce n’est absolument pas ce que nous avons constaté», souligne Ellen Garland.

Elle a utilisé des spectrogrammes (qui transforment les fréquences sonores en images, révélant l’amplitude et les motifs des chants de baleine) pour analyser des années de chants à travers le Pacifique Sud. Garland les a d’abord étudiés en Polynésie française, puis en Australie, à environ 6 000 km de distance.

Elle a relevé un fait curieux. Les chants semblaient provenir d’Australie. Et ils évoluaient à mesure que les baleines y apportaient des modifications. À la façon des compositeurs, elles y ajoutaient des intervalles, des sifflements ou de nouveaux couplets. Mais alors, comme une chanson pop qu’on entend soudain partout, ce nouveau chant se transmettait de baleine en baleine sur des milliers de kilomètres.

L’air qui a émergé en Polynésie française était similaire au chant apparu à l’origine en Australie. Malgré quelques remaniements mineurs, la version finale ne présentait guère plus de différences avec la version initiale qu’un tube par rapport à sa reprise acoustique. Comparée au chant qu’elle remplaçait, la nouvelle interprétation était toutefois méconnaissable, aussi différente de l’originale que « les Rolling Stones et Justin Bieber », formule Ellen Garland.

La biologiste en était ébahie. Elle suppose que les baleines réagissent à la nouveauté du chant.

De même que les hipsters recherchent de nouveaux groupes indépendants, les baleines mâles semblent apprendre des airs inédits. Mais tous les mâles finissent par adopter le nouveau chant.

C’est un type de progression auquel on ne s’attendait pas auparavant. Il s’agit d’un moment rare de transformation rapide dans le règne animal – une véritable révolution culturelle.

Les oiseaux qui rejoignent une autre volée adoptent en général les chants de leurs hôtes, précise Ellen Garland. Mais, quand une baleine présente un nouveau morceau cool lors d’une scène ouverte, les voisines laissent tomber leur vieille rengaine pour en chanter une nouvelle à tue-tête. Comme si vous déménagiez à l’étranger et que tous les gens que vous rencontriez troquaient leur hymne national contre le vôtre. « C’est incroyablement, incroyablement bizarre», remarque la biologiste.

La grande question est désormais de savoir si certaines de ces communautés de baleines survivront assez longtemps pour que nous parvenions à comprendre leurs cultures. Le biologiste canadien John Ford le sait mieux que personne, et il me raconte une histoire.

Les orques se déplacent en bancs de familles matrilinéaires qui perdurent toute la vie. Elles apprennent ce qu’il faut manger et comment s’y prendre en observant leur famille. En 1970, quand on capturait encore des orques sauvages en Colombie-Britannique pour fournir les parcs d’attractions marins, des dresseurs en ont conduit cinq dans une crique locale. Deux d’entre elles ont été emmenées dans un parc marin. Les trois autres ont refusé de manger le saumon donné par les soigneurs. L’une a fini par mourir. Ce n’est qu’au bout de soixante-dix-neuf jours que les survivantes ont commencé à manger le poisson. Les cétacés, m’explique John Ford, étaient «prisonniers de cette routine comportementale».

Les soigneurs ignoraient que les orques du Nord-Ouest ont trois régimes alimentaires : saumon pour les résidentes du Sud et du Nord; requin pour celles de haute mer ; mammifères marins pour celles dites de Bigg. À la différence d’autres cétacés à la culture plus flexible, ces orques rechignent à changer de nourriture ou en sont incapables, même quand les possibilités s’amenuisent. « Ceci n’est qu’un exemple de l’enracinement de ces cultures », note Ford.

C’est en partie pourquoi, en 2019, vingt-cinq scientifiques ont proposé une évolution radicale de la protection au niveau mondial. Dans la revue Science, ils ont exhorté à intégrer la culture dans les décisions touchant la gestion de la faune. La Convention sur les espèces migratrices élabore déjà un plan pour les pays d’Amérique du Sud, afin de protéger les cachalots du Pacifique Est, en soulignant les besoins des clans distincts.

Les États-Unis et le Canada traitent déjà les orques résidentes du Sud et du Nord (celles qui mangent du poisson) comme des populations distinctes, et ce, malgré leurs similarités génétiques et leur proximité géographique.

Cependant, un avenir radicalement différent les attend. Les effectifs d’orques dans le Nord, une région plus rurale, grimpent en flèche depuis les années 1970, alors que les orques résidentes du Sud sont en danger critique d’extinction.

Décimées par le prélèvement pour les parcs d’attractions dans les années 1960 et au début des années 1970, les orques du Sud subissent maintenant le bruit du trafic maritime. L’urbanisation des rivages rejette de la boue dans l’eau et pollue. Une situation fortement aggravée par une sévère pénurie de nourriture. Après des années de pêche, d’édification de barrages, de construction et de dérèglement climatique, les populations de saumon chinook se sont effondrées.

Ces créatures étranges et ingénieuses disparaissent sous nos yeux. Et nous ignorons ce qui pourrait disparaître avec elles. Nous sommes incapables d’expliquer pourquoi elles agissent comme elles le font ni pourquoi leur comportement est si différent de celui des autres cétacés. Au moins commençons-nous à reconnaître la richesse et l’importance de ce qui se joue, même si c’est pour des raisons que nous ne comprenons pas encore entièrement.

Source : Publication du 30 avr. 2021 de  Craig Welsh, sur le site du National Geographic - https://www.nationalgeographic.fr/environnement/les-secrets-des-baleines-et-autres-cetaces