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21 septembre 2026

Citation en vert pour une nouvelle belle dame nature, de L'Être anonyme

L'Être anonyme ne manque pas de ressources pour trouver de belles citations relatives à la nature, que nous aimons tant. Cette fois elle fait appel au grand dessinateur de mangas et réalisateur de films animés de grande qualité : Hayao Myazaki 


"C'est grâce à la NATURE que nous sommes en VIE" 

La couleur verte domine sur cette enveloppe pour représenter cette nature tellement attaquée et pourtant tellement essentielle à toutes les formes de vie. 

Merci Catherine, plus rien ne t'arrête, je suis définitivement "à la ramasse" et vais avoir un sacré retard à combler quand je vais me remettre à mailarter vraiment. Merci infiniment de ton amitié et de ta fidélité.

11 septembre 2026

Liberté d'expression, pour la Médiathèque Pablo Neruda de Malakoff

Je participe pour la troisième fois à l'appel à mail-art lancé par la Médiathèque Pablo Neruda de Malakoff, et je trouve son thème particulièrement bien choisi en ces temps difficiles que nous vivons tous en ce moment.

« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort
 pour que vous ayez le droit de le dire ».
Evelyn Beatrice Hall
Photo issue de Youtube : la liberté d'expression est elle en danger en Europe?

Au moment où les média et l'édition des livres et des journaux sont de plus en plus concentrés entre les mains de quelques milliardaires aux idées étroites, la liberté d'expression est un droit fondamental qu'il nous faut utiliser sans auto-censure, dans les limites de la loi. 

Ne nous leurrons pas, si par malheur, l'extrême-droite vient au pouvoir en France en mai prochain, c'est l'un des premiers droits qui nous sera retiré. Pourtant : 

La liberté d'expression est consacrée parmi les « droits naturels et imprescriptibles de l'homme » dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (DDHC) de 1789. Son article 11 en définit l'importance, le périmètre et les enjeux : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Derrière cet article se retrouvent tous les enjeux liés à la liberté d'expression : depuis ce texte fondateur, nos sociétés ont eu à arbitrer entre la nécessité que cette liberté s'exprime pour chacun et en toutes circonstances pour garantir le pluralisme sans lequel elle n'existe pas et la question des abus de cette liberté qui peuvent conduire à des dérives violentes et liberticides (haine en ligne, diffamation, etc.).

Des réponses différentes ont été apportées selon les époques et les régimes politiques, faisant évoluer la définition et le périmètre de la liberté d'expression et se traduisant à chaque fois dans la loi. Derrière ce principe se trouve également un enjeu d'éducation majeur, avec la nécessité d'apprendre aux élèves à utiliser cette liberté, en s'exprimant librement tout en étant capable d'écouter et de comprendre d'autres opinions que les leurs, mais aussi en comprenant la nécessité que des limites communes soient fixées par la loi, limites pouvant faire l'objet de débats.

Cette liberté d'expression, défendons-là comme l'ont fait avant nous nombre d'instituteurs, certains y ayant même laissé leur vie comme ce fut le cas du regretté Samuel Paty. 

5 août 2026

Admirer encore la nature si belle dans sa simplicité, par l'Être anonyme

Encore une belle missive que m'adresse l'Être anonyme, une correspondante fidèle parmi les fidèles qui, entre deux vagues de visiteurs qui passent une partie de l'été dans sa maison, a trouvé le temps et surtout l'énergie de faire de l'art postal et de penser à moi. 

"Il n'y a point de recette pour embellir la nature, il ne s'agit que de voir" 
Auguste Rodin
Cette fois c'est le vert qui domine,  comme cela  nous fait du bien : après le noir et le gris des brûlis et des cendres laissés derrière l'orange et le jaune des flammes gigantesques qui ont ravagé notre pays en bien des endroits (Gironde, Var, Drome, Seine et Marne avec Fontainebleau, Aude, Corse, Alpes-Maritime, Bretagne, Loire-Atlantique,  etc...),  penser à la beauté de la nature dans sa simplicité et la louer est indispensable. 

Puissions-nous nous mobiliser ensemble pour lui permettre de se régénérer,  loin de toutes les artificialisations des sols par le béton et le bitume, et d'implantations supplémentaires d'entrepôts géants, de champs de panneaux photo-voltaïques ou de méga-datacenter- et pour la faune, loin des fusils des chasseurs pour la saison prochaine, au moins!

Pensées émues pour toutes les personnes déplacées, les personnes qui ont tout perdu leurs biens, les animaux et les végétaux irrémédiablement détruits dans ces méga-feux, force et courage à tous les pompiers et à tous les bénévoles qui ont fait des miracles là où nos dirigeants se sont montrés une fois de plus en dessous de tout... Qui aurait pu prévoir?

Merci l'Être anonyme pour ta fidélité et ta constance,  ton enveloppe sur fond de caractères sténographiques me réjouit le coeur. 

18 mai 2026

Au fil de l'amitié, nous avons noué une belle complicité, pour l'Association AGIR en Pays Jalignois

Et voici ma troisième et dernière participation à l'appel à mail-art lancé par l'Association littéraire AGIR en Pays Jalignois, sur le thème de l'amitié. 

L’amitié, c’est ce fil invisible qui relie deux âmes, capable de vous soutenir dans les moments difficiles et d’illuminer vos journées de rires. De la complicité sincère aux souvenirs partagés, chaque lien est unique et précieux. De telles amitiés se forgent souvent dans des collectifs, comme la classe de l'école ou le groupe des scouts auquel on appartient, ou encore l'équipe de football où l'on joue. 

Pour ma part, c'est assez tardivement, sur mon lieu de travail que j'ai rencontré une véritable amie, hélas désormais partie rejoindre les étoiles, beaucoup trop jeune. Nous avons connu quatorze années d'une bien belle et forte amitié que je n'oublierai jamais.  

"L’amitié véritable se révèle souvent dans la simplicité des moments partagés et dans la capacité à être présent pour l’autre, dans les instants de joie comme de peine" 
Albert Camus

Auteur de la photo anonyme et libre de droits : Amis ensemble au coucher du soleil
Cette citation d’Albert Camus nous rappelle que le cœur de l’amitié réside non pas dans la recherche d’une justification aux épreuves ou aux bonheurs vécus ensemble, mais plutôt dans l’acceptation et le soutien mutuel inconditionnel. C’est une philosophie qui encourage à cultiver des relations authentiques et profondes où règnent confiance et compréhension mutuelle. En ces temps où l’individualisme peut parfois prendre le dessus, se souvenir de l’importance des liens humains est un message à la fois spirituel et profondément humain qui nous incite à regarder au-delà de nos propres expériences pour embrasser celles des autres avec empathie et amour.

Je souhaite une très bonne réception de ce mail-art à l'association AGIR en Pays Jalignois, en espérant qu'ils recevront beaucoup de courrier sur ce très beau thème. Merci à eux d'avoir lancé cet appel à art postal .

27 avril 2026

Vivre libre comme le papillon, pour l'Association C.L.E. de Cousance

Et voici ma dernière participation à l'appel à mail-art sur le thème de la liberté, organisé par l'Association C.L.E. de Cousances.

J'espère que mes quatre envois leur parviendront à temps et qu'ils auront beaucoup de participation pour organiser prochainement une belle exposition. 

Parler de liberté et liberté d'expression, pour l'Association CLE de Cousance

En réponse à l'appel à mail-art lancé par l'Association C.L.E. (Créer, Lire, Ecrire) de Cousances, voici ma troisième participation, illustrant la vision qu'avait l'écrivain britannique Georges Orwell de la liberté d'expression, notamment dans son roman "1984".

Le roman de George Orwell "s'applique presque mot pour mot à la réalité qu'on vit, et pas seulement en Amérique, un peu partout dans le monde", souligne aussi sur France Inter le réalisateur Raoul Peck, qui vient de sortir le documentaire "Orwell 2+2=5" dont je vous ai parlé précédemment.
 
Statue de George Orwell devant la Maison de la radiodiffusion à Londres
Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens
 ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.

"La liberté, c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre. 
Lorsque cela est accordé, le reste suit "
Georges Orwell dans 1984

Je souhaite à l'Association C.L.E. une bonne réception de ce nouveau mail-art
***
Pour compléter, ce thème magnifique,  je vous propose d'écouter Liberté Chérie de Louis Chedid.
Vidéo de la chanson Liberté publiée sur la chaine Youtube de Louis Chedid

LIBERTÉ

Écrire sur les murs ce que l'on pense,
Graffiti-morsures, impertinences.
Noircir du papier, sans qu'on vous poursuive,
Bondir, exister et non pas survivre.
Qu'on ait tort, qu'on ait raison,
Pouvoir le dire haut et fort
Sans craindre la prison
Ni risquer la mort.

Ooohhh!!! liberté chérie!
Ooohhh!!! liberté chérie!
Ooohhh!!! liberté chérie!
Ooohhh!!! liberté chérie!
Libre d'aller, de venir,
De passer les frontières,


De voyager, de bouger, de partir
De faire le tour de la terre.
Ni Dieu, ni maître, ni esclave de personne,
Liberté, liberté pour tous les hommes.
Pour calmer la blessure de l'impuissance
Je fais des graffiti sur les murs d'intolérance.

Ooohhh!!! liberté chérie!
Ooohhh!!! liberté chérie!
Ooohhh!!! liberté chérie!
Ooohhh!!! liberté chérie!

Louis Chedid
Paroles.net dispose d’un accord de licence de paroles de chansons 
avec la Société des Editeurs et Auteurs de Musique (SEAM)

Difficile conquête de la liberté pour les anciens esclaves, pour l'Association C.L.E. de Cousance

Préambule : 1794 et 1848 : deux dates qui ont marqué l’histoire de l’abolition de l’esclavage et de la traite :
- la première abolition de l’esclavage par la France le 4 février 1794. Pour la première fois dans l'histoire, fut proclamée par la Convention nationale, l'abolition de l'esclavage, près de quatre ans après l'adoption par l'Assemblée de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Mais l'abolition, appliquée dans toutes les colonies françaises, sauf à l'île Bourbon et aux Mascareignes, fut révoquée en 1802.
- l’abolition définitive de l’esclavage, suivie de l’émancipation des esclaves, le 27 avril 1848 par décret du Gouvernement provisoire de la République.
***
Pour l'appel à mail-art lancé par l'Association C.L.E. de Cousance je ne pouvais pas ne pas évoquer la condition des esclaves de l'empire colonial français et leur très difficile conquète de la liberté. Voici donc ma seconde contribution à leur appel.
En fond, le texte écrit par Toussaint Breda qui se fera ensuite appeler Louverture : il s'y prononce  pour la libération de ses frères et soeurs de souffrance, même si par la suite, il fut lui-même en possession d'esclaves. Dessus, la statue d'un esclave qui rompt ses chaines, existant à Saint-Barthélémy. A gauche, le timbre représente la mulatresse Solitude, figure historique incarnant a posteriori la résistance des esclaves noirs luttant contre le rétablissement de l'esclavage en 1802.

Je souhaite une bonne réception de ce mail-art, à l'association C.L.E. ainsi qu'une belle exposition à suivre.

Eclairer le monde, mission première de la Statue de la Liberté, pour l'Association C.L.E. de Cousance

Ce thème me tenant tellement à coeur, voici une première participation à l'appel à mail-art lancé par l'association C.L.E. de Cousance sur le thème de la Liberté.

Comment ne pas évoquer la Statue de la Liberté quand on traite de ce thème ? 
Comme je ne serai pas complète sur le sujet, je vous propose  d'écouter les 10 épisodes en podcasts de l'Epopée de Lady Liberty proposée par Philippe Collin sur l'antenne de France Inter. 
Les chaînes et les pieds de la statue. Service des parcs nationaux, Statue de la Liberté, Nouveau-Mexique
Je souhaite à l'Association C.L.E. une bonne réception de ce premier mail-art qui sera suivi de trois autres. 

La liberté éclairant le monde - statue de Bartholdi 

Chef-d'œuvre monumental de 254 tonnes, la Statue de la Liberté fut construite à Paris par les ateliers Monduit et Gaget entre 1875 et 1884. Composée de 300 feuilles de cuivre martelées et rivetées, elle mesure 46,05 mètres de hauteur. Démontée en 1885, elle fut acheminée par wagon puis par bateau jusqu'à New York, accueillie triomphalement.

La fabrication et l’assemblage de la « Statue de la Liberté » se sont déroulés entre 1875 et 1884 dans les ateliers de « Plomberie et Cuivrerie d’Art » Monduit, Gaget, Gauthier et Cie, puis, à partir de 1880, sous la direction de Monduit et Béchet – Gaget Gauthier successeurs, situés au 25 rue de Chazelles à Paris.
Vue de l'atelier Monduit et Bechet, montrant la tête de la Statue de la Liberté, Paris, 1883
                  
La Liberté éclairant la Rue de Chazelles à Paris
Sources doucument et  iconographie : 
https://histoire-image.org/etudes/statue-liberte
https://lafabriquedeparis.blogspot.com/2013/04/la-liberte-eclairant-la-rue-de-chazelles.html

Composée d’environ 300 feuilles de cuivre, dont l’épaisseur varie de 0,80 à 3 millimètres, martelées, rivetées et suspendues à une armature métallique interne, la statue pèse 254 000 kilogrammes et mesure 46,05 mètres de hauteur.

Le monument définitif complet (piédestal + statue), atteint quant à lui 73,25 mètres de hauteur, sur des fondations profondes de 19,80 mètres. Le chiffre de 93,00 mètres que l’on avance ordinairement est celui de son élévation au-dessus du niveau moyen de l’océan en rade de New York.

En 1885, lors du démontage de la statue, chacune des 300 pièces fut numérotée puis emballée dans des caisses. En mai, soixante-dix wagons transportèrent ces éléments jusqu’à Rouen, où ils furent transférés sur la frégate L’Isère, qui prit la mer le 21 mai. Le 19 juin au matin, L’Isère arriva à New York, accueillie en grande pompe.

Le 21 mai 1885, l’Isère quitte Rouen, cap sur New York. La traversée de l’Atlantique est mouvementée : tempêtes, avaries, suspense… Mais le navire tient bon et arrive à destination le 19 juin, accuilli en fanfare par une armada de bateaux de tourisme.
Il faudra près d’un mois pour débarquer les caisses sur l’île de Bedloe, rebaptisée depuis Liberty Island. La statue, démontée, attendra encore plusieurs mois le temps que le piédestal soit achevé.
New-York. - Réception du navire français "L'Isère", portant la Statue de la Liberté, de Bartholdi. Gravure sur bois de firmin Gillot en 1885- conservée au Musée Carnavalet
Sous l’impulsion du Comité de l’Union Franco-Américaine, la vente par souscription de modèles réduits en terre cuite, appelés « modèles du Comité », a contribué au financement de la Statue de la Liberté. Limités à 200 exemplaires, ces modèles signés, numérotés et estampillés pouvaient être personnalisés par l’inscription du nom du souscripteur dans l’argile.

***
Lien entre la Statue de la Liberté et l'esclavage

Le lien entre la Statue de la Liberté et l'abolition de l'esclavage a été nié pendant 125 ans. Presque dès le début du projet, les financiers américains ne voulaient aucune mention de l'esclavage, et pendant 125 ans, ils ont obtenu gain de cause.

Alors que les historiens et les éducateurs s'efforcent de corriger les faits historiques, nombreux sont ceux qui se tournent vers les livres de photos personnalisés pour documenter visuellement les récits occultés et préserver les images, les artefacts et les interprétations qui ont longtemps été exclus de l'histoire officielle.

Bien que Laboulaye et Bartholdi aient imaginé une statue tenant des chaînes brisées, les premiers financiers qui financèrent le projet refusèrent la présence de chaînes sur le monument. Ce furent les mécènes américains qui s'opposèrent le plus farouchement à l'idée que la statue puisse, de quelque manière que ce soit, faire référence à l'esclavage. Les Français, qui finançaient la statue, traversant une période économique difficile, Laboulaye et Bartholdi comptèrent sur les Américains pour financer et construire le piédestal. Ce piédestal était un élément essentiel du monument qui allait devenir la Statue de la Liberté. Sans le soutien financier américain, le projet ne put être mené à terme, mais les financiers américains insistèrent pour que Laboulaye retire les chaînes. On peut supposer que certains de ces mécènes avaient bâti leur fortune, directement ou indirectement, grâce à l'esclavage.

L'histoire officielle de la Statue de la Liberté en rapport avec l'abolition de l'esclavage.
(source Service des Parcs Pationaux, Statue de la Liberté, Nouveau-Mexique - USA)

Pour mettre fin à toutes les rumeurs ayant circulé à propos de cette statue, après 125 ans de silence le Service des Parcs Nationaux diffuse désormais le texte ci-après sur la genèse de l'oeuvre et sa reconnaissance (ou pas) par le peuple états-unien.



Les chaînes et les pieds de la statue. Service des parcs nationaux, Statue de la Liberté, Nouveau-Mexique

En 1886, la Statue de la Liberté symbolisait la démocratie et les idéaux des Lumières, célébrant la victoire de l'Union lors de la guerre de Sécession et l'abolition de l'esclavage. Édouard de Laboulaye , penseur politique français, spécialiste de la Constitution américaine et abolitionniste, qui proposa le premier l'idée d'un monument grandiose offert par la France aux États-Unis, était un fervent partisan du président Abraham Lincoln et de son combat pour l'abolition. Pour Laboulaye, l'abolition de l'esclavage était non seulement un moyen d'éradiquer l'immoralité, mais aussi une façon de protester contre les velléités répressives en France.

Abolitionniste convaincu, Laboulaye était membre honoraire de la section de Philadelphie (fondée en 1862) du Union League Club. Ce club regroupait des personnes dévouées au nouveau Parti républicain, à la cause de l'Union pendant la guerre de Sécession et à l'abolition de l'esclavage. Laboulaye fut également cofondateur et président de la Société française contre l'esclavage, fondée en 1865. Cette société appelait toutes les nations à abolir l'esclavage et collectait des fonds destinés aux esclaves récemment affranchis aux États-Unis.

Avec l'abolition de l'esclavage et la victoire de l'Union lors de la guerre de Sécession en 1865, les aspirations de Laboulaye à la liberté et à la démocratie se concrétisaient aux États-Unis. Afin d'honorer ces acquis, Laboulaye proposa qu'un édifice soit offert aux États-Unis au nom de la France. Il espérait qu'en mettant en lumière les récents succès des États-Unis, le peuple français serait incité à revendiquer sa propre démocratie face à une monarchie répressive.

Lorsque la statue de Laboulaye, « La Liberté éclairant le monde », fut achevée, elle représentait non seulement la démocratie, mais symbolisait aussi l'indépendance américaine et la fin de toute forme de servitude et d'oppression. Une chaîne brisée gît au pied droit de la statue. La chaîne disparaît sous les draperies pour réapparaître devant son pied gauche, son maillon d'extrémité brisé. Cependant, bien que la chaîne brisée soit une image forte, sa signification n'était pas encore une réalité pour les Afro-Américains en 1886.

Après l'inauguration de la Statue de la Liberté en 1886, la presse afro-américaine entreprit de déconstruire l'image romantique qu'elle renvoyait et son lien avec l'histoire américaine. Le racisme et la discrimination envers les Afro-Américains ne prirent pas fin avec la guerre de Sécession ni avec l'inauguration de la Statue ; ils persistèrent pendant plus d'un siècle. De ce fait, la Statue ne fut pas pour les Afro-Américains un symbole de démocratie ou d'idéaux des Lumières, mais plutôt une source de souffrance. Au lieu de représenter la liberté et la justice pour tous, elle souligna les profondes contradictions de l'identité revendiquée par l'Amérique, celle d'une société juste et libre pour tous, sans distinction de race. Dès son inauguration, l'attitude de la communauté afro-américaine à l'égard de la Statue de la Liberté demeura ambivalente et incertaine.

Comme l'écrivait W.E.B. Du Bois dans son autobiographie, « L'Autobiographie de W.E.B. Du Bois : Un monologue sur ma vie à la fin du premier siècle », il ne pouvait imaginer le même sentiment d'espoir qu'il supposait avoir éprouvé certains immigrants lorsqu'il passa devant la Statue de la Liberté lors d'un voyage de retour d'Europe. Cet espoir ne concernait pas sa communauté. La lutte pour l'égalité, la liberté et la justice pour tous n'avait pas encore abouti ; elle fut même reléguée au second plan après l'achèvement et l'inauguration de la Statue. Par conséquent, les Afro-Américains utilisèrent rarement la Statue comme un symbole pertinent de leur combat ; ils hésitaient à s'approprier le symbole d'une nation qui ne les reconnaissait pas pleinement comme citoyens. La Statue de la Liberté ne leur permit pas d'obtenir l'égalité et la justice au sens le plus strict du terme ; elle ne fut qu'un début.

25 mars 2026

Du soleil et de la positivité, de la part de l'Être anonyme

Oh je savoure avec bonheur le grand plaisir de trouver à nouveau du courrier dans ma boite aux lettres! Et c'est encore ma correspondante bretonne, très prolifique en ce moment, qui m'adresse aujourd'hui  une enveloppe au délicat ornement, avec une très belle citation.

La vie est un présent en soi
Il nous revient d'en faire un bonheur de chaque instant
- Kheira Chakor -
Merci beaucoup Catherine,  tu es un vrai rayon de soleil et très généreuse aussi : merci beaucoup pour cet envoi original. Tu as bien raison : un petit voyage en ballon pour s'envoler et larguer un peu les amarres me ferait le plus grand bien.  

17 mars 2026

Bientôt la Fête de Pâques, pour Lubomyr

Compte tenu des délais d'acheminement de nos courriers respectifs, entre la France et l'Ukraine (mais pas franchement pires que ceux que nous connaissons pour nos courriers dans l'hexagonaux), il était temps que j'adresse cette lettre à Lubomyr pour la Fête de Pâques, généralement très suivie en Ukraine.

photo extraite d'un ancien catalogue de décoration de table pour Pâques 

Citation de Jacques Prévert "Quelle connerie la guerre" affichée comme street art sur les murs 
 lors d'une manifestation pour la paix en Ukraine, en février 2022 à Rennes
Reproduction d'une ancienne carte de Pâques avec la frise d'un graveur ukrainien : Jacques Hnizdovsky

Malgré l'entrée dans une cinquième année de guerre d'affilée, à vouloir se défendre contre le pays voisin envahisseur, j'espère que Lubomyr garde le moral ainsi que tous ses compatriotes ; j'aimerai qu'ils se portent le moins mal possible, même si je sais que l'hiver là-bas, dans le noir et le froid, et avec les privations dues aux nombreux pilonnages sur les infrastructures énergétiques, la vie est loin d'être facile ni drôle tous les jours. 

Force à toi Lubomyr et bonne réception de ce courrier. Courage à tous les Ukrainiens qui résistent pour pouvoir continuer à vivre librement.

***

Et comme je m'adresse là à un combattant, j'ajoute que toutes mes pensées vont tout autant vers le peuple d'Iran, déja martyr sous le régime des Mollahs qui les a massacrés pour contrer toute résistance ces derniers mois, et qui ploie maintenant sous le feu nourri des missiles américano-israéliens. Courage et force à tous ceux qui sont aussi ciblés comme les Libanais encore et encore!.


Et si l'embrasement du conflit s'est limité aux cibles militaires pour l'instant, il gagne désormais les pays du Golfe comme Irak, Oman, Bahrein, et Emirats-Arabes-Unis. Même l'Ile de Chypre, faisant partie de l'Union Européenne a été touchée!!!

Reverrons-nous un jour le droit international s'appliquer à ces gouvernements de pays voyous au comportement écocidaire et génocidaire, eux qui mènent le monde en fonction de leurs intérêts propres et s'affranchissent de règles qu'ils ont pourtant contribué à édicter en 1948, lors de la création de l'Organisation des Etats Unis?

Y aura-t-il un jour une limite à la folie des hommes ?


Le droit à la paix est le pilier de tous les droits humains. 
Sans paix, tous les autres droits sont réduits à néant ». 
Volker Türk, Haut Commissaire des Nations Unies

13 mars 2026

Donner son sourire, de la part de l'Être anonyme

Elle est bien trop mignonne, ma correspondante bretonne qui m'adresse énormément d'art postal auquel je n'ai plus la niaque pour répondre illico. Et de m'envoyer autant de soleil alors que nous ne vivons quasiment que sous la pluie depuis des lustres relève d'un optimiste époustouflant!

Je vous offre un sourire aujourd'hui,

Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup,
Il enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne,
Il ne dure qu’un instant, mais son souvenir est parfois éternel,
Personne n’est assez riche pour s’en passer,
Personne n’est assez pauvre pour ne pas le mériter,
.
Il crée le bonheur au foyer, soutient les affaires,
Il est le signe sensible de l’amitié,
Un sourire donne du repos à l’être fatigué,
Donne du courage au plus découragé
Il ne peut ni s’acheter, ni se prêter, ni se voler,
Car c’est une chose qui n’a de valeur qu’à partir du moment où il se donne.

et si toutefois, vous rencontrer quelqu'un qui ne sait plus sourire,
soyez généreux, donnez-lui le votre,
car nul n'a autant besoin d'un sourire
que celui qui ne peut en donner aux autres
Raoul Follereau

Chère Catherine, je te remercie vraiment pour cet émoticon soleil. Saches néanmoins que si Raoul Follereau s'est fait beaucoup connaître pour sa Fondation en faveur des malades de la lèpre (c'était un grand communicant), c'est aussi un personnage plein d'ambiguité  dont nous connaissons bien moins ses idées pro-extrême-droite, pro-pétainistes, favorables à Franco et Mussolini entre les deux guerres, ce qui n'en fait pas un personnage sympathique à mes yeux.

Amie Catherine, ne te fais pas de souci pour cette histoire de recherche de poèmes que tu ne trouves pas assez optimiste et gai, les plus beaux poèmes sont ceux qui émanent de toi, de ton esprit et de ton coeur. Et puis rien ne t'oblige à m'adresser du mail-art en fonction de mes thèmes de prédilection. Saches, simplement que là, je vais mettre un peu la pédale douce, j'ai besoin de me ressourcer, et de me renouveler, ma créativité en a pris un coup depuis mes soucis de santé de l'an passé.  Alors un peu de patience pour la réponse. Un mail-art est actuellement en route vers toi. 

10 mars 2026

Nina Simone, compositrice, chanteuse et militante des droits civiques, pour Claire

Il y a 93 ans, au mois de février, naissait Eunice Weymon que nous connaissons davantage sous son nom d'artiste de Nina Simone.  Ce n'est pas trop du répertoire de l'artiste que je méconnais mais bien de la femme que j'ai envie de vous parler aujourd'hui : combattante et engagée toute sa vie pour les droits civiques de la communauté Afro-américaine, elle fait partie elle aussi des femmes remarquables à mes yeux,  celles dont le courage et la détermination sont à célébrer à jamais.

"Je vais te dire ce qu'est la liberté pour moi : pas de peur" 

à gauche, Nina Simone à Londres en avril 1967 à droite, une peinture de Clémence Powney

J'adresse ce mail-art à Claire, dont je ne connais absolument rien de ses goûts musicaux. Pourtant je suis à peu près certaine qu'elle a été forcément touchée par le parcours incroyable de cette femme qui n'a pas eu la chance de naître au bon endroit ni avec la bonne couleur de peau pour pouvoir exaucer son rêve de devenir la première pianiste classique virtuose noire, alors qu'elle en avait toutes les dispositions. 

Qu'elle soit ici honorée à la hauteur de son engagement et de sa pugnacité pour faire reconnaître les droits et le respect de tout un chacun sur cette terre.

Bonne réception de ce mail-art, chère Claire, le racisme et la xénophobie étant plus que jamais présents et exacerbés dans le monde d'aujourd'hui, il y a une sorte d'urgence à affirmer notre humanité et notre solidarité, au moins par la pensée, avec tous ceux qui sont minorés et qui en  souffrent.
Nina Simone, diva d'une colère noire : vidéo sur la chaine Youtube de France Culture 

Son rêve était de devenir la première pianiste classique noire. Le voeu de Nina Simone n’aura jamais été exaucée. "Je veux que les jeunes Noirs se rendent compte que je me bats encore pour leur cause, comme je l’ai fait pendant 20 ans. Je le fais car j’ai souffert encore plus qu’eux. Nina Simone"

Des détails bouleversants sur la vie de Nina Simone : vidéo sur le Youtube de Grunge

Comment une jeune fille nommée Eunice Waymon, originaire de Tryon, en Caroline du Nord, est-elle devenue l'une des artistes et militantes des droits civiques les plus marquantes du XXe siècle ? L'histoire de Nina Simone, à l'image de sa musique, est audacieuse et inoubliable.

*** Mississippi Goddam ***

« Mississippi Goddam » de Nina Simone. Enregistrement : Live à Antibes, les 24 et 25 juillet 1965. 
le sixième Festival de Jazz d'Antibes Juan-les-Pins s'est déroulé du 24 au 29 juillet.
En mars 2019, la prestigieuse Library of Congress (la Bibliothèque du Sénat) a classé la chanson «Mississippi Goddam» de Nina Simone parmi les 25 enregistrements « culturellement, historiquement ou esthétiquement importants » du pays. Le morceau sort pourtant en 1964, alors que le Sénat n’a pas encore aboli la ségrégation dans le sud du pays où l’artiste, née le 21 février 1933, a grandi.

«Ça c’est une chanson pour un spectacle, mais le spectacle de cette chanson n’a pas encore été écrit! ». C’est par cette phrase elliptique et grinçante que Nina Simone introduit ce morceau devant un public majoritairement blanc. On est en 1964 au légendaire Carnegie Hall, à New York, et il s’agit du premier enregistrement officiel de ce morceau. « Mississippi Goddam» va faire scandale, car bien entendu, tout le monde sait bien hélas que l’histoire de cette chanson a déjà été écrite. Elle renvoie au meurtre du militant noir américain Medgar Evers, assassiné en juin 63, à Jackson (Mississippi), par un suprémaciste blanc du Ku Klux Klan. Evers, défenseur des droits de l’homme, se battait pour l’accès des Afro-Américains à l’université du Mississippi.

« Et je pense que chaque jour sera mon dernier » 
L’Amérique est ébranlée par cette tragédie qui inspire aussi une chanson à une des idoles rebelles de l’époque, Bob Dylan (« Only a Pawn in Their Game« ).

Mais alors que Dylan se veut descriptif et raconte les balles qui sifflent, Nina Simone, elle, ne cite pas le nom d’Evers. Elle envoie tout bouler et cogne les touches de son piano : « tout le monde sait ce qui se passe dans le Mississippi Bon Dieu!» (ou tout le monde sait ce qui se passe dans le Mississippi putain!).
Nina Simone, elle, lie l’assassinat du militant à un autre épisode tragique de l’histoire du sud des États-Unis. Car trois mois plus tard, une bombe explosait dans une église baptiste de Birmingham en Alabama. L’attentat est revendiqué par le KKK. Il tue quatre gamines noires (Addie Mae Collins, Carole Robertson, Cynthia Wesley et Denise McNair) et blesse vingt-deux autres personnes. En pointant l’Alabama, le Mississippi et le Tennessee, Nina Simone dessine surtout avec clairvoyance la folie d’une société hypocrite, sourde et profondément injuste. On y sent le souffle chaud d’un sud poisseux, les nuques baissées rendues dociles, et surtout la peur et la mort qui rôdent quand elle chante :

Hound dogs on my trail / Chiens de chasse sur ma piste
School children sitting in jail / Des écoliers dans les prisons
Black cat cross my path / Un chat noir croise mon chemin
I think every day’s gonna be my last / Et je pense que chaque jour sera mon dernier !

Il faut dire que Nina Simone est née en 1933, après la Grande Dépression, dans la ségrégation du sud des États-Unis. Là, le soir, les voisins et les patrons portent des cagoules blanches du Ku Klux Klan, et le dimanche, sa mère prêche à l’Église. Eunice Kathleen Waymon (son nom à l’état civil) étudie le piano et donne son premier concert à 12 ans. Et refuse que ses parents cèdent leur siège à des spectateurs blancs ! « Quand tu naissais et que tu grandissais dans ce sud des États-Unis à l’époque, à 12 ans, c’était comme si tu en avais 50 ! Tu avais tellement vu et tellement vécu de choses terribles que ça faisait ta maturité » raconte le frère de Nina Simone, Sam Waymon.

Lorsque sa couleur de peau lui interdit de devenir pianiste classique et d’intégrer le fameux Curtis Institute de Philadelphie, la jeune Eunice se réinvente en Nina Simone, pour rendre hommage à son idole d’alors, l’actrice française Simone Signoret. À l’époque, la jeune fille sage ne dit pas de gros mots comme goddam! Intégrer ce juron à un titre de chanson, et en plus l’accoler à un « respectable » État lui vaut les plus vives critiques et même l’interdiction du morceau dans plusieurs états. C’est d’ailleurs, du propre aveu de la chanteuse, le morceau qui « a le plus nui à sa carrière ».

Nina au pays des mensonges
Pourtant, sur l’album Live At Carnegie Hall qui révèle « Mississippi Goddam », il y a aussi une chanson peut-être plus explicite sur les lois du pays. Dans « Old Jim Crow », elle réagit aux lois de la ségrégation. Mais « Mississippi Goddam » est la chanson qui sacre Simone comme une des icônes du mouvement des droits civiques. 

Quand sa colère monte, elle chante :
All I want is equality / Tout ce que je veux c’est l’égalité
For my sister my brother my people and me /Pour ma sœur mon frère mon peuple et moi
Yes you lied to me all these years / Oui tu m’as menti toutes ces années
You told me to wash and clean my ears / Tu m’as dit de me laver et de nettoyer mes oreilles
And talk real fine just like a lady / Et de bien parler comme une dame
And you’d stop calling me Sister Sadie / Et tu arrêterais de m’appeler sœur Sadie
Oh but this whole country is full of lies / Oh mais tout ce pays est plein de mensonges

Nina Simone chante encore cette chanson devant 40 000 personnes à la fin des fameuses « Marches de Selma à Montgomery » (1965), célèbres manifestations contre la ségrégation. À cette occasion, on lui présente Martin Luther King. En lui tendant la main, elle le prévient : « Je ne suis pas une non-violente, moi ! » Il lui aurait répondu calmement : « Aucune importance, ma sœur. »

Trois ans plus tard, le 4 avril 1968, l’assassinat de celui qui disait I Had A Dream met fin au rêve de non-violence du pays. Des émeutes éclatent dans les grandes villes américaines, et trois jours plus tard Nina Simone monte sur la scène de Westbury. Avant de chanter « Mississippi Goddam », elle raconte : 
«Il y a quelques années, quatre petites filles étaient été tuées en Alabama. À ce moment-là, ces morts nous avaient donné l’inspiration d’écrire cette chanson. Mais la mort du Dr King m’a laissée tellement anéantie que je ne sais plus où j’en suis, vraiment. Vous avez entendu la chanson «Shed A Little Light»  de James Taylor composée spécialement pour ce triste jour. J’espère que d’ici la fin de l’année, nous nous serons assez remis pour écrire des chansons qui plongent dans notre Histoire et qui rendent hommage à ces gens merveilleux et courageux qui ne sont plus de ce monde aujourd’hui.»

Dans ce concert, elle bouscule le public pour qu’il chante s’il «est ému par ce qui se passe, et s’il connaît ses chansons», et glisse qu’elle n’a pas l’intention de «rester non violente, ma chérie!» Pourtant la chanson qu’elle vient d’écrire pour King, le roi de l’amour (The King of love) est une chanson plus poignante qu’un appel à la guerre.

« C’était spontané et triste à la fois raconte Sam son frère présent sur scène ce jour-là. On ne savait pas à quoi le monde allait ressembler après tout ça. Quand j’étais sur scène, c’était le lieu et le moment où je me sentais le plus libre de ma vie, pour Nina c’était pareil parce que sur scène on existe et on se sent en sécurité. Je n’ai jamais eu peur sur scène, jamais. Le seul lieu où je me sentais menacé c’était dans le sud des États-Unis… »

Les leaders non violents sont assassinés ou en exil, et Nina doute. Changera-t-elle les États-Unis pour en faire un pays plus juste ? L’art peut-il révolutionner le monde ?

Dans son autobiographie Nina Simone écrit :  L’Amérique telle que je la rêvais pendant les années 60 était devenue une mauvaise blague avec Nixon à la Maison-Blanche, et la révolution noire remplacée par la disco (…) L’assassinat de Malcom X a renforcé ma conviction que notre lutte ne pourrait se livrer sans violence, et que si on tardait à le comprendre on tomberait comme des mouches, comme je le disais dans « Mississippi Goddam »».

Avant de prendre un révolver, Nina Simone quitte le pays, elle part pour des années d’errance et de voyages, entre la Barbade, la Suisse ou la France avec un passage par le Libéria où elle sera « enfin heureuse ». Elle dépense beaucoup, tombe amoureuse et voit son père en rêve… « J’ai vu des éclairs en Afrique. Ils vous foudroient et vous laissent sans voix », écrit-elle dans ses mémoires. Elle restera hantée par ses fantômes et ses fantasmes d’un monde plus juste avant de finir sa vie face à la mer sur la Côte d’Azur. Dr. Nina Simone y joue Bach, Debussy, Ravel et Chopin. Aujourd’hui, « Mississippi Goddam » repose à la Librairie du Congrès parmi les œuvres les plus importantes que les États-Unis aient créées. Ce n’est que justice.
Source : Article de PAM Pan Aafrican Music

*** Nina SIMONE, sa vie, son oeuvre ***

Nina Simone voit le jour le 21 février 1933 sous le nom d’Eunice Kathleen Waymon à Tryon, en Caroline du Nord (États-Unis). Elle est la sixième d’une famille afro-américaine modeste de huit enfants : son père est barbier, sa mère est femme au foyer et pasteure méthodiste. Prenant, dès l’âge de 3 ans, des leçons de piano, elle se révèle très douée. Aspirant à mener une carrière de pianiste concertiste classique, elle est toutefois recalée en 1950 à l’examen d’entrée du prestigieux Curtis Institute of Music de Philadelphie. Très déçue, Eunice Waymon attribue ce refus à sa couleur de peau.

Elle débute alors une carrière de pianiste de club : elle est engagée en 1954 dans un bar d’Atlantic City (New Jersey). Elle chante surtout des standards du jazz des années 1930, qu’elle interprète librement avec des improvisations tendant vers le blues, le gospel et le classique. Pour cacher son activité à ses parents, elle prend le nom de « Nina Simone » en hommage à l’actrice française Simone Signoret.

Elle connaît son premier succès en 1957 avec sa version de I Love You Porgy, tiré de Porgy and Bess, l’opéra de George Gershwin. Son premier album, « Little Girl Blue », sort en 1959 sur le petit label new-yorkais Bethlehem Records. On y retrouve notamment My Baby Just Cares for Me. De façon inattendue, ce titre deviendra un tube trente ans plus tard, en 1987, lorsque Chanel l’utilisera dans un spot publicitaire pour son parfum n° 5. Le style original de Nina Simone, issu d’un mélange entre jazz, gospel, blues, folk et musique classique, s’impose. Les années 1960 la voient enregistrer de nombreux albums pour de grandes maisons de disque (Colpix, Philips et RCA) et faire de grandes tournées, y compris hors des États-Unis.

En septembre 1963, révoltée par l’attentat contre l’église baptiste de la 16ᵉ rue de Birmingham (Alabama) qui a coûté la vie à quatre fillettes, ainsi que par l’assassinat du militant des droits civiques Medgar Evers, Nina Simone compose Mississippi Goddam, sa première protest song. Dès lors, elle s’engage activement dans le mouvement des droits civiques. Elle fréquente ainsi plusieurs grandes figures du mouvement, Martin Luther King, Malcom X ou Stokely Carmichael, époux de Myriam Makeba. Elle joue lors de grands rassemblements en faveur des droits civiques, comme les marches de Selma à Montgomery (Alabama) en 1965. Sur ses albums des années 1960, Nina Simone interprète des chansons sur la condition des Afro-Américains dans le Sud, tels Strange Fruit de Billie Holliday (sur l’album « Pastel Blues » en 1965) ou en compose, comme Wild is the Wind (sur l’album « Four Women » en 1966). En 1968, elle dédie la chanson Why ? The King of Love is Dead à Martin Luther King trois jours après son assassinat. Puis en 1969 To Be Young, Gifted and Black devient une chanson emblématique pour les jeunes Afro-Américains.

Écœurée par l’essoufflement du mouvement des droits civiques, brouillée avec de nombreuses personnes et en difficulté avec le fisc américain, Nina Simone n’a plus vraiment l’énergie pour composer au début des années 1970. En 1974, elle quitte alors les États-Unis pour le Liberia. Elle s’installe ensuite en Europe : en Suisse, aux Pays-Bas et en France.

Souffrant d’un cancer du sein, elle s’éteint le 21 avril 2003, à l’âge de soixante-dix ans, à Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône, où elle venait de s’installer. 

COMBLE DE L'IRONIE : À l'avant-veille de sa mort, elle reçoit un diplôme honorifique du conservatoire Institut Curtis de Philadelphie, celui-là même qui lui refusa l'admission en 1950.

***
Quelques compléments si vous voulez en écouter et en savoir davantage. 

* Podcast Radio France : l'adieu au classique de Nina Simone 
* Podcast Radio France : Nina Simone, mesure et démesure
* Podcast Radio France : les faces cachées de Nina Simone

Toni Morrison : "Ecrire pour résister, encore et toujours", pour Marc

Toni Morrison, première et unique auteure afro-américaine à avoir reçu le prix Nobel de littérature, est décédée le 6 août 2019 à l'âge de 88 ans,. Elle laisse derrière elle un héritage littéraire et culturel unique au monde, porté aux nues par les médias américains, Vanity Fair et le New Yorker en tête. 

Marquée par la ségrégation et le racisme, l'écrivaine a exploré toute l'histoire des Noirs américains à travers ses romans, de l'esclavage à l'époque contemporaine.

Toni Morrison, décédée en 2019, est photographiée le 20 février 2012 à l'Oberlin College
Cleveland. (Lynn Ischay/The Plain Dealer )
Portrait de Toni Morrison vers 1996 réalisé par le street-artiste canado-japonais Tim


Toni, c'est d'abord Chloe Wofford, petite fille vive qui grandit au sein d'une famille modeste dans l'Ohio. Chloe, dont les parents n'ont pas eu droit à l'instruction, adore les livres et mesure déjà le chemin qu'il reste à parcourir.

Un chemin qu'elle va continuer à défricher, rebaptisée Toni, en entrant d'abord à Howard, la plus prestigieuse des universités noires, en devenant professeur, puis éditrice dans une grande maison new-yorkaise. 

 Elle y fera connaître des écrivains et des poètes noirs et se battra pour publier sans rien atténuer de leur message les grandes voix du mouvement de libération afro-américain : le boxeur Muhammad Ali, les militants Stokely Carmichael et Angela Davis.

L'histoire de Toni Morrison, c'est en filigrane celle des Etats-Unis de la ségrégation, du racisme revendiqué, des lynchages et des assassinats politiques, du combat pour les droits civiques… 

C'est aussi celle d'une femme libre qui sait dès l'adolescence, à la fin des années 1940, qu'elle ne se laissera pas enfermer dans le mariage. Une mère seule, qui chérit ses deux enfants, mène une carrière brillante… et se ménage aussi, dans les interstices de cette vie bouillonnante, des espaces d'écriture.

Toni Morrison publie son premier livre à 39 ans : L'Oeil le plus bleu, aujourd'hui largement reconnu… 700 exemplaires vendus à l'époque. Mais elle persévère car Toni ressent intimement la nécessité de témoigner de son époque et de son identité millefeuille, africaine-américaine, femme noire, mère célibataire, intellectuelle…

 source : extrait de la biographie écrite par  Laura Nsafou

J'ai déja écrit sur Toni Morrison dans un article précédent, car cette femme à la force mentale extraordinaire est l'une de ces femmes remarquables que j'admire énormément même s'il me reste tant à lire de son oeuvre littéraire.

Je souhaite à Marc à qui j'adresse ce mail-art une bonne réception  de mon enveloppe textile : je suis certaine qu'un artiste du dessin, peintre et un amateur de bonne musique comme lui appréciera  cette grande dame qui a beaucoup écrit pour mettre en lumière l'histoire de sa communauté depuis le temps de l'esclavage jusqu'à nos jours, insistant particulièrement sur les conditions des femmes, avec ses mots et ses analyses percutantes d'une situation qui n'est toujours pas vraiment réglée encore aujourd'hui. 
ART IS DANGEROUS : Dernières réflexions de Toni Morrison sur « L’art et la justice sociale »
Vidéo sur la chaine Youtube de Stella Adler Studio of Acting mis en ligne le 17 juin 2016

Voici un extrait d'une discussion passionnante à Broadway, organisée par le Stella Adler Studio of Acting dans le cadre du cycle de conférences Harold Clurman, avec la participation de Toni Morrison, Ta-Nehisi Coates, Sonia Sanchez et Toshi Reagon. Dans cette vidéo, Toni Morrison partage ses réflexions finales sur le sujet.

Traduction : « Je tiens à rappeler à tous que l’art est dangereux. Je tiens à vous rappeler l’histoire des artistes assassinés, massacrés, emprisonnés, démembrés, interdits d’entrée. L’histoire de l’art, qu’il s’agisse de musique, de littérature ou autre, a toujours été sanglante, car les dictateurs, les puissants et ceux qui veulent contrôler et tromper savent précisément qui risque de perturber leurs plans. Et ces personnes, ce sont les artistes. Ce sont eux qui chantent la vérité. Et c’est quelque chose que la société se doit de protéger. Mais lorsqu’on s’engage dans ce domaine, qu’il s’agisse de la poésie de Sonia ou de la prose d’une clarté saisissante de Ta-Nehisi, c’est une entreprise périlleuse. On a toujours quelqu’un à ses trousses. Il faut le savoir avant de commencer, et agir en conséquence, car c’est l’une des choses les plus importantes que font les êtres humains. »

« Résistez, encore et toujours. » 

C’est sans doute le seul message qu’il faudrait garder de l’œuvre féconde et singulière de Toni Morrison. Pendant plus d’un demi-siècle, cette dernière a restitué les traumatismes, les maux et les blessures de sa communauté. Sa voix fut celle d’une Amérique multiraciale, constamment challengée par ses vieux démons, souffrant de ses perpétuels regains de tension. Il serait candide de penser que le combat est terminé. Son combat, c’est aussi celui d’une nouvelle génération, autorisée à utiliser les mêmes lavabos, certes, mais sur laquelle plane encore la menace de cette distinction raciale. Rentrer à pied avec un ami, vendre des cigarettes au coin d’une rue ou quelques CDs, porter une capuche dans un quartier résidentiel, jouer avec un faux pistolet ou même simplement se rendre à la messe peut encore coûter la vie.

Dans un récent entretien donné à la revue America (n°1, 2017), cette fervente partisane de l'ancien président Obama faisait part au journaliste François Busnel de ses nouvelles craintes et de ses ambitions futures : «Quand Trump a gagné cette élection je suis restée abasourdie, comme tout le monde. J’ai même passé une ou deux journées prostrée, incapable de réagir, de bouger. Mais je refuse de me laisser entraver, de me rendre malheureuse. Fuir, quitter le pays sous prétexte que son gardien est un fou dangereux, ce serait déserter. Aujourd’hui je me relève. Et j’écris. Il faut écrire.»
Source : celles qui osent

Toni Morrison, première écrivaine noire à décrocher le Prix Nobel de Littérature, pour Sylvie

C'est à Sylvie que je destine ce nouveau mail-art rendant hommage à cette femme extraordinaire et courageuse qu'était Toni Morrison ; c'est l'une des femmes remarquables de mon panthéon personnel que j'admire pour sa personnalité et pour son fort tempérament, même si je ne fais que commencer à découvrir son oeuvre sur le plan de la lecture. 

« Investie dans l’expérience noire, dans les vies noires et dans la conscience noire »…
Toni Morrison. Photographie : Tim Knox

Suite à un incendie survenu dans sa maison en 1993, Toni Morrison a commencé à faire don de ses notes, manuscrits et documents connexes à la bibliothèque de l'université de Princeton.
Photo : Une page corrigée de « Tar Baby ».Photo reproduite avec l'aimable autorisation des Collections spéciales de la bibliothèque de l'université de Princeton et publiée sur le site de ladite Université
Mon amie jurasienne a une grande bibliothèque où ne figurent pas uniquement des éditions jeunesse. Cultivée comme elle l'est, j'imagine bien qu'elle a déjà dû lire quelques-uns des nombreux romans, essais et autres publications écrits par Toni Morrison, une écrivaine majeure pour sa communauté et pour les  générations de filles afro-américaines qui lui ont succédé (et qui se sont beaucoup exprimé au moment de sa disparition sur leur gratitude à son égard, ses mots leur ayant permis d'accepter mieux la couleur de leur peau et de comprendre leur histoire) 

Mais ses écrits sont capitaux aussi  pour tous les autres lecteurs : Madame Toni Morrison est vraiment une grande dame de la littérature mondiale et elle est référencée dans les 100 premiers livres qu'il faudrait avoir lus dans sa vie. 

Chère Sylvie, je te souhaite une bonne réception de cette enveloppe textile et comme je te l'avais précisé, j'y ai glissé un timbre à illustrer dans un prochain échange. 

 Toni Morrison 23 avril 2003 in New York City. (Photo by Evan Agostini/Getty Images)
"S'il y a un livre que tu veux lire mais qu'il n'a pas encore été écrit, alors tu dois l'écrire"

Le premier de ses livres qui connu une renommée internationale fut "Beloved" en 1988 qui lui valut le Prix Pulitzer. Le Prix Nobel de Littérature lui fut attribué en 1993 pour l'ensemble de son oeuvre.

*** Un exemple de sa manière d'écrire avec le roman Délivrances ***
L’art de Toni Morrison s’exprime dans sa parfaite maîtrise du récit. Délivrances donne la parole aux différents personnages féminins, qui souvent s’adressent directement au lecteur. Les voix de Bride et de sa mère, de Brooklyn, de l’institutrice, de la petite Rain, font entendre chacune une musique particulière. Lorsqu’il s’agit de Booker, Toni Morrison a recours à la troisième personne, et l’on n’entend sa voix que dans les dialogues, ou dans les poèmes qu’il compose. C’est lui qui prononce les phrases-clés du roman : « Des mensonges. Le silence. Juste le fait de ne pas dire ce qui était vrai ni pourquoi » et « Scientifiquement, il n’existe rien de tel que la race, Bride, donc le racisme sans race est un choix. Enseigné, bien sûr, par ceux qui en ont besoin, mais c’est tout de même un choix. Les gens qui le pratiquent ne seraient rien sans lui ». L’art de Toni Morrison repose aussi sur la faculté d’évoquer la musique – le jazz rythme le roman – et de jouer avec les couleurs. Lorsque Lula Ann naît, sa mère décrit la couleur de la peau et la couleur des yeux de sa fille comme un « noir bleu ». Dans le deuxième chapitre, lorsque l’on entend pour la première fois la voix de Bride, les couleurs sont omniprésentes, que ce soit pour évoquer les panneaux d’autoroute ou la banalité d’un paysage ressemblant à un dessin d’enfant. La couleur noire, celle de la peau noire, n’est pas réductible à la synthèse soustractive des chimistes. Lorsque Bride décide, sur les conseils d’un coach, de ne plus s’habiller qu’en blanc, elle découvre que le blanc possède lui aussi une infinité de nuances, et n’est pas non plus réductible à la synthèse additive des physiciens. Permutation ultime : la blanche et blonde Brooklyn se coiffe en dreadlocks alors que les cheveux de Bride-la-noire-bleutée sont souples et bouclés.

Délivrances est un court roman d’une densité exceptionnelle. Tout y est précis, brillant.