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12 janvier 2026

16e JMFTA : Robert Badinter, l'homme juste, de Michel

Décidement, la Poste fait du ménage dans ses envois non distribués.

Voici le 2e envoi que Michel Charret m'a adressé pour la dernière JMFTA, pourtant envoyé le 20 novembre comme celui sur Claudia Cardinale, il me parvient aujourd'hui, 52 jours plus tard. Enfin, puisqu'il s'agit d'un courrier avec "affranchissement insuffisant,à taxer", on ne peut pas se plaindre, n'est ce pas?
Merci Michel pour ce deuxième courrier, où là encore Robert Badinter est représenté à la puissance 2, mais c'était un homme au rayonnement et à la pensée tellement grands que cela n'est pas du tout un problème. 

8 janvier 2026

16e JMFTA : 7 semaines plus tard, l'enveloppe avec faux-timbre d'artiste d'Emmanuelle enfin distribuée,

Ah aujourd'hui enfin, le facteur est passé, mais il n'y a pas que les intempéries de ces derniers jours qui ont bloqué le courrier dans les "tuyaux  postaux" de distribution.

J'en veux pour preuve le courrier de la dernière JMFTA qui m'arrive de Suisse : Emmanuelle s'interroge sur la "potentielle mort" de la Poste Suisse à cause du nombre de lettres décroissant.. et m'adresse à l'intérieur un appel à mail-art dont la date limite d'envoi est fixée au 31 décembre 2025!!!! 

Chère Isabelle, heureusement que tu m'as donné l'information autrement, car je n'aurai pas pu participer à ton appel à MA si original. Merci d'avoir pensé à moi dans tes envois JMFTA. A très bientôt.

18 décembre 2025

16e JMFTA : les 21 cartes textiles taxées m'ont été retournées

Bon décidément, la lettre du 8 décembre dernier n'était pas claire pour moi car je pensais naïvement qu'après avoir réglé l'amende, le courrier stoppé par La Poste pour défaut d'affranchissement, continuerait son acheminement vers mes correspondants. Mais que nenni : les 21 cartes viennent de m'être rendues, en paquet, mais heureusement sans autre dommage.

Après le réglement moyen de 7 Euros d'amende par courrier taxé,  je vais maintenant vous les renvoyer sous enveloppe affranchie de deux timbres (pli supérieur à 20g), afin de bien rester dans les clous cette fois. 

Je vous en souhaite une bonne réception cette fois-ci, un mois après la JMFTA, désolée que cette fête mailartistique qui me réjouit tant le coeur chaque année se termine ainsi!

13 décembre 2025

16e JMFTA : j'ai joué et j'ai perdu : 147,13 Euros de taxe à régler à La Poste pour que mes courriers bloqués puissent vous être distribués

Il me semblait bien que mes courriers de la dernière JMFTA mettaient du temps à parvenir à leurs destinataires : le dernier signalé par Sabine en Aveyron a été distribué au bout de 20 jours, mais compte tenu du caractère "non conforme" de ces envois, j'étais patiente. 

Aujourd'hui je viens de connaître la véritable raison du blocage : par un courrier pas sympa du tout en date du 8 décembre dernier, La Poste (qui me reconnaît par ailleurs comme cliente importante du service d'affranchissement) a bloqué 21cartes textiles sur les 36  postées le 20 novembre dernier, et me réclame le joli montant de 147.13 Euros pour les débloquer. 





Je vais m'acquitter de cette somme évidemment mais surtout j'ose espérer qu'ensuite ces courriers seront distribués à leur destinataire, en bon état. Cette fois-ci, je crois que pour moi, ce sera la dernière JMFTA car là cela va trop loin. J'ai participé 9 fois de suite à cette jolie fête créative qui met beaucoup de joie dans le mois de novembre toujours trop triste, il n'y aura pas de 10ème fois.

Dans cette stupide histoire, sachez que mon but n'a jamais été de léser La Poste, ni son service de "Protection du Revenu", car j'achète énormément de timbres chaque année et je pense que vous tous, mes correspondants, en avez régulièrement la preuve. Je suis une passionnée d'art postal et j'aime faire coïncider, autant que faire se peut, le timbre utilisé avec le thème de mon mail art.  

Voici ce que j'ai dépensé auprès de La Poste en achat de timbres sur les cinq dernières années :
(et aussi ce que j'ai acheté auprès de collectionneurs, surtout lorsque je fais une série comme celle dédiée à Brassens en jaune ou à Nougaro, en vert).

Non l'idée était juste de participer à un chouette moment de partage et de connivence artistique avec d'autres passionnés comme moi de l'Art Postal. D'autant que certaines années, je fais des envois en nombre raisonnable. Certaines fois d'ailleurs, les courriers n'ont pas été distribués, probablement poubellisés dès l'arrivée dans la boite aux lettres (c'était pour l'édition de la JMFTA pour Emmanuelle Rizer). 

Bon,  cette fois-ci c'était la fois de trop : j'ai joué et bel et bien perdu. Tant pis! Dommage!

Merci d'avance les amis de me faire savoir, si vous le voulez bien, dans quel état mes cartes vous parviendront : cela me tient particulièrement à coeur. 

4 décembre 2025

16e JMFTA : Claudia Cardinale, à la puissance 2, de Michel

Voici une enveloppe retardataire de la dernière JMFTA qui me parvient de la part d'un nouveau correspondant pour moi, mais très connu par ailleurs d'Eric Babaud. C'est au point que je reconnais immédiatement l'expéditeur car j'ai vu exactement la même enveloppe sur le site d'Eric tout récemment. 

Claudia Cardinale (CC) était une femme charmante, jusques-et-y compris à la fin de sa vie,  et une actrice respectée. Je te remercie Michel, pour cet envoi. 

28 novembre 2025

16e JMFTA : une belle gueule d'ahuri pour cet "écrabouillé", d'Eric

J'avais vu passer sur le blog de l'ami Eric, sa nouvelle technique pour créer des "gueules" improbables. En écrasant le carton de boites à oeufs dont il voulait se débarrasser pour que cela prenne moins de place dans le bac de tri, il s'est aperçu que cela avait créé fortuitement une sorte de visage!

C'est ainsi que lui est née l'idée d'en faire des motifs d'art postal, d'autant que nous avons un appel à mail-art sur ce thème pour l'exposition de l'an prochain au MIAP de l'ami Christophe. 


J'adore la créativité d'Eric. L'écrabouillé que je viens de recevoir a une belle gueule d'ahuri, ce qui peut se concevoir lorque l'on voit le faux-timbre d'artiste qui lui est adjoint : il y a là de quoi faire la gueule pour un bon moment ou bien... refuser de marcher.  

Merci Eric pour ton talent et ton humour caustique et décapant : le mail-art est arrivé en bon état , le timbre tamponné dans les règles de l'art pour l'affranchissement sans aucune taxe supplémentaire. Merci les postiers. 

26 novembre 2025

16e JMFTA : Quand on parle de "terres rouges", cela peut être celles d'Australie ou celles de chez Sabine

Alors là, elle a fait fort la copinaute Sabine : il est très chouette son faux timbre d'artiste avec la tête d'un kangourou pour rappeler cette île-continent qu'est l'Australie, d'autant que c'est aussi un pays de terres rouges comme son coin d'Aveyron. 

C'est d'autant plus sympa, qu'elle s'est servie d'un tout petit napperon chiné et brodé pour illustrer le propos tant au verso qu'au recto de son envoi circulaire. 

Bravo amie Sabine, c'est un bien joli envoi, qui me met en joie! Merci beaucoup 

16E JMFTA : une enveloppe avec la belle gueule d'une divinité indonésienne et une moitié de Christophe

Cette enveloppe-là, je l'attendais, tant il était certain que le  récipiendaire de la JMFTA de l'édition précédente qu'était l'ami Christophe n'allait pas louper le coche de cette belle fête de novembre. 


Et comme à son habitude désormais légendaire,  c'est par le savant pliage d'une enveloppe intégralement fabriquée maison où il a collé différentes "gueules"(thème de son nouvel appel à MA pour expo en 2026 au MIAP), qu'il s'est exprimé.

Merci beaucoup pour ce nouvel envoi où tu arrives toujour à réussir des collages et des découpages astucieux. 

25 novembre 2025

16e JMFTA : Feuilles de Gincko Biloba dans le style Art Nouveau , de Marc

Nous avions échangé récemment avec Marc sur ces arbres magnifiques que sont les Gincko Biloba à l'automne, précisément au moment où les feuilles prennent leur couleur d'or.

Alors je ne suis pas surprise du thème retenu par Marc pour fêter la Journée Mondiale du Faux-Timbre d'Artiste car cette année 2025 nous fêtons le centenaire du Mouvement de l'Art Nouveau.  

Marc a fait là un travail superbe intégralement dessiné au stylo Bic. Je le remercie beaucoup et  suis extrêment heureuse de voir que cette année encore j'ai la chance de recevoir l'une de ses oeuvres pour cette  JMFTA nouvelle formule. Pour le moment La Poste semble avoir joué le jeu, cela se passe bien ; pas de timbre barré, pas de coup de tampon "à taxer".... le bonheur quoi!

16e JMFTA - Le jeu du chat et de la souris à la Banksy, d'Isabelle (et Léon)

A l'occasion de la Journée Mondiale du Faux-Timbre d'Artiste, Isabelle a  abandonné pour un temps le grand sapin de Noël avec un chat noir, qu'elle est en train d'élaborer par petits carrés crochetés, pour l'appliquer sur le mur de sa maison, à la manière d Invader.

Et voici donc l'une de ses fameuses enveloppes en 3D où  je retrouve le fameux chat noir occupé à taquiner la souris sur le mur, tandis qu'une vraie souris grise fais friser ses moustaches et onduler sa queue, en sortant de son cadre. C'est très chouette et plein d'humour même si ce n'est pas facile à scanner. 
J'ai zoomé pour vous  laisser admirer son faux-timbre qui ne manque pas de mettre Léon en vedette ainsi que la laine qu'il produit et qu'Isabelle travaille admirablement. 

Merci infiniement, Isabelle, pour ce travail magnifique, je suis comblée par cet envoi.

24 novembre 2025

16e JMFTA : Un petit coucou de Rimbaud depuis Charleville-Mézières, de Michele

De passage à Charleville-Mézières, pour aller visiter Rimbaud en son musée, mon amie belge Michele en a profité pour m'adresser sa participation unique à la 16e JMFTA.



J'aime beaucoup le visage de Rimbaud en filigrane sur le fond du mail-art, le faux-timbre d'artiste réalisé à partir du ticket d'entrée au musée, quelques fragments d'un courrier rédigé de sa main, et les superbes timbres souvenirs que tu y as ajouté, pour faire bonne mesure. Une fine dentelle ancienne vient souligner le bas de l'ouvrage : tu ajoutes toujours une petite dédicace à ce que j'aime, c'est extrêmement gentil de ta part. 

Chère Michele, je te remercie infiniment pour ce mail-art, tu m'as beaucoup touchée en m'indiquant que c'est le seul envoi que tu as fait cette année, je suis flattée, c'est très réussi. Bravo et merci encore. 

16e JMFTA : Charlot fait du patin à roulettes, de Dominique

Tiens tiens, voici des nouvelles de Dominique, une connaissance récente, rencontrée à Rencurel l'été dernier. Je suis ravie de savoir qu'elle participe, elle aussi, à cette manifestation joyeuse et décomplexée qui éclaire notre mois de novembre, chaque année.

 

Je suis séduite par ce beau montage, avec Charlot qui s'est élancé sur des patins à roulettes, les anciens modèles bien sûr... une activité ludique pour beaucoup des enfants de mon âge, lorsque j'étais gamine, mais où je n'ai jamais réussi à trouver l'équilibre... bonjour les gamelles, comme Charlot, quoi!

Je te remercie beaucoup Dominique de m'avoir choisie comme destinataire pour cette seizième édition de la JMFTA, ton enveloppe est très réussie.

16e JMFTA : Visage fantaisiste et coloré, de Véronique

 "On n'enferme pas un rêve, même s'il est fou". Grégoire Lacroix

Cela me fait très plaisir de recevoir aujourd'hui une enveloppe de Véronique, je sais que son travail est prenant et qu'elle n'a pas beaucoup de temps pour créer. 

Cette tête rigolote aurait pu figurer au MIAP chez l'ami Christophe pour répondre à son appel sur les "gueules" qui sera exposé aux beaux jours de 2026. Mais à moi, il me fait très plaisir, avec ses couleurs joyeuses.

Un grand merci à toi, Véronique, c'est sympa d'avoir participé à cette édition de la JMFTA et de m'y avoir associée.

16e JMFTA : Une colombe et des feuilles de gincko pour en appeler à la paix dans le monde, de Chantal

Alors qu'elle ne pensait pas participer cette année, j'ai la joie de recevoir une belle carte de la part de Chantal, qui n'a finalement pas pu résister à l'appel addictif qu'est la Journée Mondiale du Faux-Timbre d'Artiste chaque mois de novembre.



Et avec ses feuilles de gincko, vraies ou reproduites, et l' utilisation de nombreuses langues différentes, ce mail-art est une ode à la paix dans le monde, symbolisée par cette colombe en plein vol.

Merci infiniment de ce beau cadeau, chère Chantal, je suis bien contente que tu aies fini par "craquer" et que tu m'aies choisie comme destinataire. Je suis flattée d'avoir reçu l'une de tes productions car tu te fais rare maintenant. 

16e JMFTA : Un blackfriday joliment illustré mais boycotté, de Claire

Tout comme moi, Claire ne rate jamais la JMFTA, c'est même à cette occasion-là qu'elle a découvert les joies de l'art postal, il y a quelques années déjà.

Composé de bandes de journaux, de magazines, de différents papiers noirs, c'est un mail-art engagé qu'elle m'adresse aujourd'hui, visant le Black Friday et ses excès.



A son tour, Claire s'insurge contre les délires de la publicité abusive qui nous inonde depuis plusieurs semaines pour encourager une surconsommation assumée alors qu'on devrait tous déjà mettre un grand coup de frein à cette addiction que les marques exercent sur nous. C'est vraiment assez de vouloir nous "culpabiliser" si toutefois nous ne possédons pas le dernier "air fryer" à la mode, où la dernière machine à faire du bon café en partant des grains, ou je ne sais quoi d'autre!!! 

Nous sommes des adultes capables de réfléchir et de nous rendre compte que cela ne nous rend pas davantage heureux de posséder le dernier truc à la mode et qui sera démodé dans les prochaines semaines... Pire, cela nous conditionne dans une espèce de roue infernale comme celle du hamster, où nous avons envie de toujours plus, de toujours mieux alors que dans nombre de foyers, le pouvoir d'achat a énormément baissé et que les charges incompressibles, elles, ont plutôt tendance à croître.
Enfin, chacun fera bien comme bon lui semble, mais rien, absolument rien ne nous oblige à acheter car l'achat le moins cher, la plus belle réduction à obtenir, c'est le non achat avec donc une remise de 100%. Et puis, après tout, le pouvoir est entre nos mains : si nous n'achetons pas autant, peut-être que la production sera revue à la baisse en nombre ou en mieux en qualité, in fine, pour éviter tous ces surplus à écouler au plus vite pour vider les rayons.

Merci Claire pour ce mail-art réalisé en 100 % recyclage de papiers et coupures de journaux divers. Et bravo pour cela! Merci pour cette nouvelle participation à la JMFTA, je te remercie de ce très chouette mail-art!

16e JMFTA : le damier et les flèches vibrionnantes de Tony

Quelle joie aujourd'hui de voir arriver les premières enveloppes des ami(e)s mail-artistes qui ont participé à la grande fête créative du mois de novembre qu'est la Journée Mondiale du Faux-Timbre d'Artiste!

A tout seigneur, tout honneur, je commence avec l'enveloppe très travaillée que j'ai reçue de l'ami Tony, l'organisateur de la si belle journée de détente, de créativité et de partage qu'est cette  manifestation.

J'ai eu le grand plaisir de trouver à l'intérieur un exemplaire de chacun des modèles de faux-timbre que notre génial troublion a fabriqué pour l'occasion. 

Merci infiniment Tony pour toute la joie que tu nous procures avec tes idées géniales et déjantées, merci de ta  fantaisie et de ton humour : nous en avons tellement besoin. Merci de concourir à ce que les liens entre les humains persistent au moment où l'on nous saoule avec l'intelligence artificielle, et où tout est fait pour renforcer l'individualisme et la virtualité. 

20 novembre 2025

On parle beaucoup de la 16e JMFTA dans la presse : article dans 20 Minutes hier et dans le Nouvel Obs, aujourd'hui!

Je relaie ici le message de l'ami Marc qui nous propose sur son blog l'intégralité de l'article  rédigé par Gaéton Goron dans le "Nouvel Obs." de ce 20 novembre 2025.

« L’art postal est quelque chose de complètement iconoclaste » : qui sont ces artistes qui dessinent des timbres et peignent des enveloppes ?

Récit : La Journée mondiale du Faux Timbre d’Artiste (JMFTA), ce jeudi 20 novembre, est un exemple de la vitalité de l’art postal, qui, sous forme de multiples galaxies artistiques incontrôlables, amène de l’humain dans un réseau – celui de La Poste – de plus en plus mécanisé.

Timbres en hommage à Louise Brooks et Charles Gleyre créés par l’artiste Tony Mazzocchin pour la 16ᵉ Journée mondiale du Faux Timbre d’Artiste (JMFTA). photo de Tony Mazzochin

Tout part d’une lettre, l’an dernier, une de celles envoyées au «Nouvel Obs» par les cruciverbistes de l’été. Elle contient une grille géante de mots croisés dûment remplie. L’enveloppe est magnifique, décorée, elle contient des informations sur l’art postal, j’échange quelques messages avec son auteur, Marc Halter, et, dans le flot des courriers, nous en restons là.

Cette année, rebelote, une nouvelle œuvre postale de ce Strasbourgeois me titille : qu’est-ce que l’art postal ? Depuis quand existe-t-il ? Comment est-il structuré ? Qu’en dit La Poste ? Les réponses, je les dois principalement à Lise Mouchiquel. Cette éducatrice auprès d’adolescents, la cinquantaine, a pas mal bourlingué et vit aujourd’hui près de Dijon. L’an dernier, elle a soutenu la thèse suivante : « Art postal, ou le pari de la lettre : préserver l’humain ». Voici sa définition de l’art postal : « Démarche artistique consistant à créer une composition en utilisant comme support une enveloppe postale ou un autre objet, en jouant sur l’emplacement du timbre, sur la place ou la graphie de l’adresse du destinataire, et en l’envoyant par La Poste, l’oblitération postale étant condition sine qua non de la création de l’œuvre.» La docteure en arts appliqués poursuit : «L’art postal est quelque chose de complètement iconoclaste, non officiel même dans le monde de l’art. On peut parler de démarches, de pratiques, mais pas de mouvement, il n’y a pas de chef de file. Pour se le représenter, le mieux, c’est de voir des galaxies un peu partout. »

Le point de départ, c’est l’arrivée du timbre, 1840 en Angleterre, 1849 en France. Par la suite, on trouve de l’art postal chez de nombreux auteurs et artistes, et aussi dans les tranchées où les poilus décorent leur abondant courrier. En 1962, l’Américain Ray Johnson crée une vraie-fausse école de correspondance, le mail art commence à imprimer. Aujourd’hui, les nouvelles technologies (blogs, Instagram) facilitent l’imitation, la transmission et l’exposition des œuvres.

Entre 1849 et 2025, avec les révolutions techniques, la concurrence, et la dégradation des services publics, La Poste a beaucoup changé. L’automation – fonctionnement d’un ensemble productif, sous le contrôle d’un programme unique – fait loi. Les machines reconnaissent les écritures manuscrites, adresses, codes postaux, des normes de présentation sont imposées, et le personnel n’est plus toujours formé à prendre en charge manuellement des courriers originaux. « L’autre jour, la personne à qui je m’adressais ne savait pas ce que voulait dire “oblitérer manuellement” », constate Lise Mouchiquel. Pascal Charveron le sait, lui. Agent à la poste de Voiron, dans l’Isère, pendant près de quarante ans, il se souvient : « Des objets spéciaux, parfois en laine, des choses qui ne passaient pas dans les machines, moi, j’adorais. Je les oblitérais. Je l’ai vue changer, La Poste. J’y ai travaillé de 1982 à 2019, ce genre de courriers, ce n’était plus du goût de la hiérarchie mais la règle, pour moi, ça a toujours été : un colis, tant qu’il n’y a pas de message haineux évidemment, on le prend. »

Un homme lui apportait ces colis particuliers : Tony Mazzocchin. Cet artiste vit à Voiron, après plusieurs années en Italie et en Suisse où il travaillait dans l’hôtellerie et l’organisation d’événements. En 2010, il enseigne les arts appliqués dans un lycée de Chambéry mais se retrouve en mal d’école quand il se casse la malléole. Collé à son canapé, il correspond avec ses élèves en mail art, des courriers décorés. « J’ai alors décidé que chaque année, le troisième jeudi du mois de novembre ne serait plus seulement celui du beaujolais nouveau mais aussi la Journée mondiale du Faux Timbre d’Artiste (JMFTA). » Il lance un appel, l’idée est simple : envoyer quelque chose par La Poste, affranchi avec un faux timbre créé par l’expéditeur. Il se désigne comme l’unique destinataire de toutes ces œuvres d’art postal et en reçoit 200, postées le même jour de novembre 2010.

Chaque année, un particulier, une association, un musée est l’unique destinataire des envois de la JMFTA, souvent exposés dans les mois qui suivent. En 2012, Tony Mazzocchin choisit, à son insu, «pour se faire connaître et rigoler un peu », le Musée de La Poste à Paris. Plusieurs centaines de courriers affluent dans le 15e arrondissement. La directrice de l’époque, Mauricette Feuillas, se souvient : « Je lui ai dit que c’était un peu fort de café de ne pas nous avoir prévenus, d’autant que les courriers n’étaient pas affranchis et que, dans ce cas-là, le destinataire peut avoir des surtaxes à payer. Après, on a discuté, c’est une opération sympathique, l’approche est intéressante et promeut La Poste et son réseau. On a laissé faire, je trouve simplement paradoxal de profiter d’un réseau de distribution sans en respecter les règles. »

« Avec un vrai timbre, on perdrait toute valeur artistique », proteste l’artiste, qui préfère s’affranchir de l’affranchissement, même si ça peut piquer. En 2016, l’artiste peintre Christophe Renoux annonce à son facteur l’arrivée de plusieurs centaines de lettres pour le troisième jeudi du mois de novembre. «L’information est remontée et, en réaction, le centre de tri de Villefranche-sur-Saône [Rhône] a décidé de bloquer toute lettre non oblitérée. J’ai dû payer plus de 400 euros pour libérer les courriers », se remémore Tony Mazzocchin. L’an dernier, un particulier qui héberge un mini-musée d’art postal, à Rencurel, à la lisière entre Drôme et Isère, n’a pas reçu les nombreux envois. « Trois cents euros cette fois-ci. On s’est cotisés, mais on n’a pas pu tout récupérer. » Mais c’est le jeu. « Couleurs, qualité de l’impression, oblitérations, il y a un caractère aléatoire de l’œuvre d’art postal obtenue après sa transmission. Le résultat peut être amusant, déroutant, esthétique… Souvent, le destinataire envoie une photo à l’expéditeur qui voit ainsi comment son œuvre a évolué. Ce jeu va jusqu’à accepter le risque que l’œuvre ne soit pas transmise ou soit abîmée. C’est un pari », analyse Lise Mouchiquel.

« Le manque à gagner pour La Poste est négligeable »

Dans son musée de la machine à écrire à Lausanne, en Suisse, Jacques Perrier a reçu des faux timbres de Biélorussie, du Brésil, d’un peu partout. Hôte de la JMFTA en 2023, il retient « l’ingéniosité, la folie des gens. On a reçu des machines à écrire faites au crochet, d’autres en carton, des couvercles de camembert, une spatule en bois, toujours avec des faux timbres. Ça touche un public complètement frappadingue, c’est ce qui manque dans notre société. » Dans son « musée-café artistique punk », Jacques Perrier accueille des événements culturels, lectures, ateliers d’écriture et de création pour la JMFTA. Le samedi qui précède le beaujolais nouveau, « on voit des hommes, des femmes, des jeunes, des sexagénaires, ça fabrique, ça se mélange ».

Créer une œuvre et du lien social, Tony Mazzocchin l’a fait plusieurs années avec ses élèves du lycée hôtelier de Chambéry. « Ce sont des gamins qui viennent de quartiers difficiles, qui ont souvent du mal avec l’école, qui manquent de confiance en eux, et avec les arts appliqués, et l’art postal en particulier, ils se rendent compte qu’ils peuvent réussir quelque chose. Ils me disaient que c’était le seul cours où ils voulaient rester après la fin. » La thésarde Lise Mouchiquel abonde : « L’art postal a su investir le champ éducatif. Un timbre, son image, son thème, c’est un outil pédagogique. Utiliser le timbre avec les jeunes, c’est leur permettre d’accéder à l’art. Des élèves illettrés, loin de leur famille, peuvent correspondre à l’autre bout du monde avec un collage et un timbre. Avec peu de moyens, on peut envoyer des courriers très personnels. »

Des courriers en mail art, on en trouve quelques-uns au Musée de La Poste à Paris. « L’art et le timbre » est le fil rouge de son deuxième étage, boulevard de Vaugirard, face à la gare Montparnasse. On y trouve des tableaux, des boîtes postales pailletées, repeintes et tous les vrais timbres français de 1849 à nos jours. Un bout de mur parle de « l’art posté », et propose une vingtaine de créations sur des enveloppes, mais aucune issue de la JMFTA 2012.

Que représente l’art postal pour La Poste ? Y a-t-il encore une place pour lui dans une entreprise aussi mécanisée ? Les faux timbres d’artistes peuvent-ils vous aider à trouver de vrais faussaires en améliorant vos machines ? Personne n’a répondu à ces questions envoyées par écrit. Après plusieurs jours d’échanges avec l’agence extérieure qui gère la communication du groupe La Poste, une visite au musée, et malgré des contacts avec des personnes qui semblaient individuellement sympathiques, la seule réponse obtenue est l’e-mail suivant : « Bonjour. La Poste travaille en étroite collaboration avec les autorités compétentes, notamment les douanes, pour prévenir et lutter contre la contrefaçon des timbres. La Poste ne communique pas sur les dispositifs de contrôle dans le cadre du secret industriel. Cordialement. »

Légère crispation autour de la communication, donc. Mais qui a le mérite de rappeler que le timbre est presque devenu un produit de luxe. En 2016, c’était 0,70 euro pour une lettre verte, ce sera 1,52 euro au 1er janvier 2026. « La Poste a un vrai travail de lutte contre les faussaires, et des machines très performantes pour cela. Mais il n’y a rien à voir avec ce que font les participants à la JMFTA. Je suis éducatrice, je ne peux pas encourager les envois non affranchis mais, lors de cette manifestation, le manque à gagner pour La Poste est négligeable. Ces artistes ne sont pas des rebelles violents, ils ne sabotent pas les machines, ce sont quelque part de doux anarchistes », sourit Lise Mouchiquel. « Il faut voir l’humanité de ces courriers à nu, les messages qu’ils transmettent, les sourires qu’ils créent chez les postiers. » On se rappelle Pascal, l’agent de Voiron, ravi de faire passer de jolis plis, on trouve une volonté de bien faire dans des courriers parvenus au café-musée de Jacques Perrier à Lausanne, en 2023. « Sur plus de 500 œuvres, 95 % sont arrivées, et certaines, parfois encombrantes, avec une pochette plastique, une lettre de La Poste française et un mot d’excuses si elles étaient endommagées. »

Pour éviter les problèmes, Tony Mazzocchin compte enlever, l’an prochain, le « F » de son sigle – « Après tout, ces faux timbres sont des vraies créations » – et il a mis fin au destinataire unique. Si vous lisez cet article avant 23h59 ce jeudi 20 novembre, vous pouvez donc envoyer – même si ce n’est pas recommandé par La Poste – à qui vous voulez votre œuvre avec un faux timbre de votre création en indiquant « JMFTA 2025 », vous verrez bien si elle passe comme une lettre à la poste.

***
Le quotidien 20 Minutes a également consacré un article à cette manifestation que nous célébrons tous le troisième jeudi du mois de novembre, avec bonheur. En voici la teneur :

Pourquoi vous pouvez envoyer gratuitement vos lettres ce jeudi (mais à une condition)

Journée timbrée  La journée mondiale du faux timbre d’artiste vise à mettre en valeur l’art postal, une discipline qui consiste à personnaliser les lettres ou les enveloppes avant de les envoyer par La Poste à des correspondants. Et ce, sans affranchissement officiel

La journée mondiale du faux timbre d'artiste a lieu tous les troisième jeudi du mois de novembre. L'idée est d'envoyer une lettre avec un timbre personnalisé et créatif, mais sans affranchissement officiel. - Tony Mazzocchin

Pour les amateurs de vin, le troisième jeudi du mois de novembre est une célébration du Beaujolais nouveau. Mais pour les passionnés d’art postal cette date est un rendez-vous important, celui de la Journée mondiale du faux timbre d’artiste (JMFTA).

Le principe est simple : il suffit d’envoyer jeudi des enveloppes avec de faux timbres, créatifs et personnalisés, à la place de l’affranchissement officiel en mentionnant « 16e JMFTA ». L’initiative a été lancée en 2010 par Tony Mazzocchin, artiste plasticien et ancien restaurateur, afin de mettre en avant le «mail-art», ou art postal en VF.

«Drôle, parfois provocateur »
Cette discipline artistique consiste à décorer ses lettres et ses enveloppes. Des poètes comme Victor Hugo ou encore Stéphane Mallarmé la pratiquait, puis ces correspondances créatives ont aussi été investies par les mouvements surréalistes, dadaïstes ou encore futuristes à travers l’histoire. « Il y a beaucoup de facettes, explique Tony Mazzochin à 20 Minutes. Vous pouvez utiliser n’importe quel média, que ce soit de la photographie, du collage, de la peinture, des objets, des écritures… Cela peut être drôle, parfois provocateur. » Une seule contrainte pour cette correspondance artistique : la lettre doit passer par les services de La Poste, pour être tamponnée et distribuée, sinon ça ne compte pas.
Un exemple d'art postal, une boîte de sardines décorée et affranchie.- photo de Tony Mazzocchin

Tony Mazzocchin est tombé dans le « mail art » au contact d’un de ses clients, ancien postier, alors qu’il travaillait en Suisse dans son restaurant. Il tient un blog, « Poste nomade », comme une « boîte aux lettres » dédiée au sujet. L’artiste lance la JMFTA en 2010, alors qu’il enseigne cet art créatif dans un lycée hôtelier près de Grenoble. Immobilisé à la suite d’une blessure, il demande à ses élèves de continuer cette correspondance. C’est ce qui lui donnera l’idée de cette journée de liberté. « Il y a un côté généreux, les personnes ont plaisir à le faire et à personnaliser leur enveloppe, comme un tableau », évoque-t-il.

Quelques blocages
Tony Mazzocchin n’a jamais rien demandé à La Poste, mais assure que l’institution joue le jeu, distribuant régulièrement ces courriers pourtant non timbrés. « Il y a parfois des blocages, des soucis techniques, une surtaxe à payer, sourit-il. Mais imaginez aussi, un postier dans un village qui reçoit d’un coup 500 lettres non timbrées ? On peut se poser des questions. » Chaque année, depuis la création de la JMFTA, le plasticien annonce une adresse à laquelle envoyer les correspondances créatives. Parfois l’adresse d’un ami « mail artist » ou les coordonnées d’une institution, à l’instar du Musée de la machine à écrire à Lausanne ou encore le MIAP (Micro musée international et indépendant de l’art postal) à Rencurel, en Isère.

Cette année pour la première fois, le mot d’ordre est : « Choisissez votre destinataire ». Les artistes du jour sont invités à transmettre par mail une photo de leurs créations pour alimenter le blog de Tony Mazzocchin, déjà récipiendaire d’environ 3.000 lettres à travers les années. « Les gens découvrent chaque année cette journée, c’est un stimulant », se réjouit-il. Et de rappeler : « Il ne faut pas être spécialement un artiste. L’art postal, c’est à la portée de tous. »

Source : VINGT MINUTES article de Mathilde Durand Publié le 19/11/2025 à 18h10

CH36 - Observée chez les chimpanzés, la notion de partage n'est pas propre à l'homme, pour Patricia

Voici pour Patricia (ou Romane comme elle aime à se faire appeler) un ultime mail-art dédié aux chimpanzés et à l'oeuvre immense initiée par Jane Goodall, qui fit tant pour mieux nous les faire connaître. Comme l'article ci-dessous le démontre, nous n'avons pas encore terminé d'en apprendre sur le comportement de notre plus proche cousin.
Couple de chimpanzés se partageant un fruit - Photo de SchutterStock

Des scientifiques filment chez les chimpanzés un comportement que l'on pensait propre à l'Homme

En étudiant les faits et gestes d'une femelle chimpanzé, des scientifiques ont eu la surprise de constater qu'un comportement qu'ils pensaient jusqu'à lors réservé aux humains pouvait également s'observer chez nos amis les primates. En l'occurence : "partager" pour mieux attirer l'attention de ses semblables.

On savait déjà que les chimpanzés partageaient de nombreux points communs avec les humains. Mais des scientifiques anglais viennent de découvrir que cette ressemblance est encore plus forte que ce qu'ils pensaient. Ces grands singes partageraient des objets avec leurs semblables, juste pour avoir de l'attention.

En Ouganda, dans le Kibale National Park, les scientifiques ont pu filmer pour la première fois ce type d'interaction. La découverte a été décrite dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Un comportement social semblable chez le chimpanzé et l'Homme
Une femelle adulte sauvage nommée Fiona a été filmée en train de ramasser une feuille, la mettre à la bouche, puis montrer ladite feuille à sa mère, Sutherland, pendant plusieurs secondes, avant de la retirer de sous son nez. Pour les experts, cela démontre bien que Fiona partage ce qu'elle possède uniquement pour avoir de l'attention. Ce comportement social était jusque-là uniquement associé aux humains.

"Il a été suggéré que le partage pour le partage est un trait uniquement humain, mais notre observation de ces chimpanzés sauvages remet cela en question", a déclaré l'auteur de l'étude, le Dr Claudia Wilke du département de psychologie de l'Université de York. "Nous avons observé un chimpanzé adulte montrant à sa mère une feuille qu'elle avait nettoyée, non pas parce qu'elle voulait qu'elle fasse quoi que ce soit avec la feuille, mais très probablement parce qu'elle voulait simplement qu'elle regarde aussi la feuille."

Avant d'ajouter : "L'attention de Sutherland était concentrée ailleurs pendant que Fiona faisait cela, et après avoir nettoyé la feuille pendant plusieurs secondes, Fiona l'a tendue vers Sutherland. Elle a repositionné son bras lorsque la tentative initiale n'a pas suscité de réponse. Une fois que Sutherland s'est occupée de la feuille en orientant complètement ses yeux et en se dirigeant vers elle, Fiona l'a retirée et a continué le toilettage des feuilles".

Une attitude similaire à celle des jeunes enfants
Afin d'en arriver à cette conclusion, l'équipe de scientifiques a examiné 84 événements similaires de nettoyage des feuilles, afin "d'explorer la motivation probable de Fiona pour son geste". D'autres explications, comme le partage de nourriture et le fait de se toiletter ou de jouer, ont ainsi été écartées.

Au final, les auteurs de l'étude comparent le geste de Fiona à de jeunes enfants qui aiment "partager l'attention avec d'autres sur des entités externes".

De prochaines recherchent auront pour but d'étudier d'avantage ce comportement.
Source : Article de Chloé Gurdjian sur Géo, initialement publié le 8 février 2023

CH35 - Les chimpanzés se soignent grâce aux plantes de la forêt aux vertus médicinales, pour Cathy

J'ai décidé d'associer mes partenaires de la récente expérience Conte & Art postal  à cette joyeuse aventure qu'est la JMFTA. Alors voici pour Cathy une groupe de chimpanzés adultes se soignant grâce aux plantes de la forêt tropicale.

Chimpanzé de l’Est dans le parc national de Kibale, Ouganda. Image de Bernard Dupond via Wikimedia Commons.

Les chimpanzés utilisent diverses techniques : certaines feuilles sont mâchées pour en extraire le jus et crachées sur la plaie, d’autres sont avalées pour agir de l’intérieur. Il leur arrive aussi de consommer de l’écorce, du bois mort, ou des feuilles rugueuses.

Ils mâchent des feuilles, appliquent des cataplasmes, et s’entraident pour guérir : comment les chimpanzés d’Ouganda transforment la forêt en véritable pharmacie.

Et si nos cousins les chimpanzés en savaient plus que nous sur les vertus médicinales des plantes ? En Ouganda, des scientifiques ont passé plus de 30 ans à documenter un fait fascinant : les chimpanzés de la forêt de Budongo utilisent leur environnement pour se soigner, parfois même pour soigner les autres. À travers feuilles mâchées, écorces, résines ou simples gestes d’hygiène, ces animaux démontrent une connaissance fine de leur écosystème.

« C’est assez impressionnant de voir qu’ils ont une connaissance des propriétés de certaines plantes qu’ils mangent et qu’ils arrivent à comprendre quand un autre individu a besoin d’aide », explique Harmonie Klein, primatologue à l’université de St Andrews, en Écosse, pour La Relève et La Peste.

 Les chimpanzés étudiés dans la forêt de Budongo ont été observés en train de mâcher des feuilles puis de les appliquer sur des blessures ouvertes, de presser leurs doigts humides de salive sur des plaies, ou encore utiliser des plantes spécifiques en cas de diarrhée, d’infections ou de douleurs. Ces comportements relèvent de la zoopharmacognosie, autrement dit l’usage de substances naturelles par les animaux pour prévenir ou soigner des maladies.

Sur 13 plantes identifiées dans les comportements de soin 88 % ont montré une action antibactérienne en laboratoire, et un tiers d’entre elles avaient aussi un effet anti-inflammatoire, selon une étude publiée en juin 2024 dans PLOS ONE. Ces plantes ne sont pas choisies au hasard : elles sont parfois consommées uniquement en cas de blessure ou d’inconfort, ce qui renforce l’hypothèse d’un usage thérapeutique ciblé.

 «Lorsqu’ils sont malades, on les voit manger ou utiliser des plantes qu’ils n’ont pas l’habitude de consommer – et qui n’ont pas de valeur nutritive. Cela laisse penser à un usage intentionnel », détaille Harmonie Klein.

 Les chimpanzés utilisent diverses techniques : certaines feuilles sont mâchées pour en extraire le jus et crachées sur la plaie, d’autres sont avalées pour agir de l’intérieur. Il leur arrive aussi de consommer de l’écorce, du bois mort, ou de s’essuyer à l’aide de feuilles rugueuses pour évacuer des parasites intestinaux.

Une preuve d’empathie

Les chimpanzés ne se contentent pas de se soigner eux-mêmes. Dans plusieurs cas documentés, ils soignent aussi leurs congénères : en aidant un individu coincé dans un piège à se libérer, en appliquant une plante mâchée sur la plaie d’un autre chimpanzé ou encore en pratiquant des gestes d’hygiène post-coïtal sur leur partenaire. 

Ces actes concernent aussi bien des proches que des individus non apparentés. Ce qui, pour les chercheurs, est un signe potentiel d’empathie, et surtout d’une culture sociale du soin, comme le révèle une vaste étude publiée en mai 2025 dans Frontiers.

« Le plus surprenant, c’est leur capacité à apporter de l’aide à d’autres individus avec lesquels ils n’ont pas forcément de lien de parenté. Donc pas de bénéfices directs pour eux. C’est une preuve d’empathie, une qualité qu’on pense souvent réservée aux humains », poursuit la primatologue pour La Relève et La Peste.

Un comportement rare dans le règne animal, où les gestes prosociaux (bénéfiques aux autres) sont généralement limités à la famille proche. Comment les chimpanzés savent-ils quelle plante utiliser, et dans quel contexte ? L’instinct seul ne suffit pas à expliquer cette complexité.

«  Il y a beaucoup de transmission chez les chimpanzés. Les enfants observent ce que les mères mangent. Par exemple, quand une mère mange de la viande, un jeune va venir essayer, et elle va le repousser parce qu’il est trop jeune pour ingérer cela », explique Harmonie Klein.

Ce type d’apprentissage par imitation semble jouer un rôle important dans la transmission des pratiques de soin. Mais certains comportements sont aussi observés dans au moins 16 sites à travers l’Afrique, ce qui suggère une part innée, commune à l’espèce.

Des applications pour la médecine humaine

Le plus surprenant, c’est que certaines des plantes utilisées par les chimpanzés sont aussi présentes dans les pharmacopées traditionnelles humaines. L’Alstonia boonei, par exemple, utilisée par les chimpanzés atteints de diarrhée, est connue pour ses vertus intestinales dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. En analysant les extraits de ces plantes, les scientifiques ont pu confirmer leur efficacité thérapeutique potentielle. Ces découvertes pourraient ouvrir la voie à de nouvelles molécules médicinales, utiles pour la recherche pharmaceutique humaine.

«Des chercheurs étudient déjà les plantes utilisées par les chimpanzés pour en extraire des principes actifs. En Ouganda, certaines espèces végétales servant à construire leurs nids ont révélé des propriétés anti-moustiques, ensuite exploitées par un laboratoire », précise Harmonie Klein.

Une partie de cette recherche pourrait même contribuer à la lutte contre la malaria, les parasites intestinaux ou d’autres maladies infectieuses.Cette “pharmacie naturelle” repose sur un équilibre fragile. La forêt de Budongo est aujourd’hui confrontée à la déforestation et au braconnage. Et avec elle, c’est tout un répertoire de connaissances animales – et de potentiels remèdes – qui risque de disparaître.

Source : article de La Relève etla Peste du 26 mai 2025 rédigé par Joana Blain

CH34 - Protéger les chimpanzés, c'est aussi protéger notre santé, pour Claire

 Voici pour Claire les taquineries d'un jeune chimpanzé avec un adulte dans un arbre.

Photo vue le site Instagram de Jane Goodall Institute auteurs de la photo : Anna Mosser / Stephano Lihedule / Nick Riley

*** Protéger les chimpanzés, c’est aussi protéger notre santé ***
post sur Instagram du JGI

Certaines maladies peuvent se transmettre entre les humains et les animaux
Ces zoonoses représentent une véritable menace pour les chimpanzés, nos plus proches cousins, à cause de notre grande similarité génétique.

Depuis les premières recherches du Dr Jane Goodall à Gombe, en Tanzanie, nous savons qu’un simple contact rapproché peut exposer les chimpanzés à des maladies contre lesquelles ils ne sont pas protégés.

Pour prévenir ce risque, le Jane Goodall Institute et le Gombe Stream Research Center ont créé le Gombe One Health Hub. Ce programme innovant vise à protéger la santé des chimpanzés, des humains et de leur environnement grâce à :
  • un suivi régulier de la santé des chimpanzés,
  • des analyses non invasives et des tests PCR,
  • et une collaboration étroite avec les communautés locales.
L'objectif poursuivi : prévoir, détecter et répondre aux maladies pour un avenir plus sain pour tous.