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2 novembre 2025

"L'homme qui lisait des livres" : un magnifique conseil de lecture pour se reconnecter à notre humanité

Je relaie ici l'intégralité du post de ce jour de l'ami Eric Babaud qui me paraît fort intéressant : je vais me procurer ce livre au plus tôt, car aujourd'hui lire est presque devenu un acte de résistance.

Sur le trajet de ma fugue en Ré, j'ai acheté dans une petite librairie un magnifique petit bouquin :"L'homme qui lisait des livres" de l’écrivain franco-marocain Rachid Benzine.

Je vous en conseille vivement la lecture.
L'homme qui lisait des livres - Rachid Benzine

"Des avis parlent d'un récit court et bouleversant, d'un chant discret et d'une fable historique qui donnent à voir la guerre du point de vue de ceux qui la subissent. Ils évoquent un cri de douleur et une solennité habitée d'espoir, comme une ode à la lecture."

"Entre les ruines fumantes de Gaza et les pages jaunies des livres, un vieil homme attend. Il attend quoi ? Peut-être que quelqu'un s'arrête enfin pour écouter. Car les livres qu'il tient entre ses mains ne sont pas que des objets – ils sont les fragments d'une vie, les éclats d'une mémoire, les cicatrices d'un peuple.

Quand un jeune photographe français pointe son objectif vers ce vieillard entouré de livres, il ignore qu'il s'apprête à traverser le miroir. " N'y a-t-il pas derrière tout regard une histoire ? Celle d'une vie. Celle de tout un peuple, parfois ", murmure le libraire. Commence alors l'odyssée palestinienne d'un homme qui a choisi les mots comme refuge, résistance et patrie.

De l'exode à la prison, des engagements à la désillusion politique, du théâtre aux amours, des enfants qu'on voit grandir et vivre, aux drames qui vous arrachent ceux que vous aimez, sa voix nous guide à travers les labyrinthes de l'Histoire et de l'intime. Dans un monde où les bombes tentent d'avoir le dernier mot, il nous rappelle que les livres sont notre plus grande chance de survie – non pour fuir le réel, mais pour l'habiter pleinement. Comme si, au milieu du chaos, un homme qui lit était la plus radicale des révolutions."

***

J'ai immédiatement fait le lien avec cette photo qui m'avait déjà marquée, avec ce libraire qui passe sa  journée à lire, dans une échoppe où il stocke des milliers de livres. C'est à cet homme-là que Rachid Benzine rend hommage avec son récit.

photo et article de Jamal Ikazban sur Facebook

Le libraire de 76 ans (1948), Mohamed Aziz, originaire de Rabat au Maroc, passe 6 à 8 heures par jour à lire des livres. Ayant lu plus de 5000 livres en français, arabe et anglais, il reste le plus vieux libraire de Rabat après plus de 43 ans au même endroit. Quand on lui a demandé pourquoi il avait laissé ses livres sans surveillance dehors, où ils pourraient potentiellement être volés, il a répondu que ceux qui ne savent pas lire ne volent pas de livres, et ceux qui savent lire ne sont pas des voleurs.

Il est connu comme le libraire le plus photographique au monde. Il a son stand de livres usagés depuis 1963 à la Médina, le plus vieux quartier de Rabat, la capitale du Maroc.

Orphelin à l'âge de 6 ans, il a essayé de pêcher pour réaliser son rêve d'obtenir son diplôme du lycée, mais à 15 ans, il a abandonné l'école parce qu'il ne pouvait pas se permettre les manuels scolaires, qui étaient trop chers pour sa famille. Frustré et sans études, il a décidé d'ouvrir une librairie, en plaçant des livres sur un tapis par terre sous un arbre, et maintenant depuis plus d'un demi-siècle, il dirige sa boutique, réalisant son rêve d'étudier.

Sa journée dure douze heures. Avant d'ouvrir la librairie, il cherche des livres usagés dans d'autres boutiques pour les lire et les revendre. Aujourd'hui, plus de sept ans, il dit qu'avec deux oreillers et un livre suffit pour se sentir heureux.

Il accumule des tours de livres et quand tu lui demandes combien il en a, il répond qu'il n'en a jamais assez. Il interrompt la lecture uniquement pour prier, fumer, manger et servir et conseiller les clients intéressés par des sujets spécifiques. Au fil du temps, sa librairie est devenue célèbre et beaucoup de touristes la visitent pour acheter des livres et prendre des photos de lui.

6 octobre 2025

Pour la Paix et la fin de l'état de siège à Gaza, une calligraphie d'Hassan Massoudy pour Ouiza

Pour ma correspondante Ouiza qui apprécie elle aussi les calligraphies arabes absolument superbes d'Hassan Massoudy, j'ai réalisé ce mail-art textile en repiquant l'une d'elles (La Paix) sur du tissu que j'ai agrémenté de quelques sequins : je sais que nous appelons toutes les deux de nos voeux la paix en Palestine (sans oublier tous les autres pays où des populations civiles sont sous le joug d'envahisseurs, de grands groupes industriels qui convoitent leurs ressources minières, de tyrans religieux qui les musellent ou les déplacent...).

La Paix : calligraphie d'Hassan Massoudy - Verso

Verso - Façade peinte à  Strabane en Irlande pour réclamer la fin du siège de Gaza 

A l'intérieur de l'enveloppe j'ai ajouté le texte d'une poésie inédite de Mahmoud Darvich dont vous trouverez ci-dessous l'intégralité.

Je te souhaite une bonne réception de cet envoi, chère Ouiza, et je te souhaite un bel automne.

***
« Etat de siège » par Mahmoud Darwich 

Ramallah, janvier 2002 : un poème inédit de Mahmoud Darwich
publié dans le Monde Diplomatique d'avril 2002

Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps
Près des jardins aux ombres brisées,
Nous faisons ce que font les prisonniers,
Ce que font les chômeurs :
Nous cultivons l’espoir.

Un pays qui s’apprête à l’aube. Nous devenons moins intelligents
Car nous épions l’heure de la victoire :
Pas de nuit dans notre nuit illuminée par le pilonnage.
Nos ennemis veillent et nos ennemis allument pour nous la lumière
Dans l’obscurité des caves.

Ici, nul « moi ».
Ici, Adam se souvient de la poussière de son argile.

Au bord de la mort, il dit :
Il ne me reste plus de trace à perdre :
Libre je suis tout près de ma liberté. Mon futur est dans ma main.
Bientôt je pénètrerai ma vie,
Je naîtrai libre, sans parents,
Et je choisirai pour mon nom des lettres d’azur…

Ici, aux montées de la fumée, sur les marches de la maison,
Pas de temps pour le temps.
Nous faisons comme ceux qui s’élèvent vers Dieu :
Nous oublions la douleur.

Rien ici n’a d’écho homérique.
Les mythes frappent à nos portes, au besoin.
Rien n’a d’écho homérique. Ici, un général
Fouille à la recherche d’un Etat endormi
Sous les ruines d’une Troie à venir.

Vous qui vous dressez sur les seuils, entrez,
Buvez avec nous le café arabe
Vous ressentiriez que vous êtes hommes comme nous
Vous qui vous dressez sur les seuils des maisons
Sortez de nos matins,
Nous serons rassurés d’être
Des hommes comme vous !

Quand disparaissent les avions, s’envolent les colombes
Blanches blanches, elles lavent la joue du ciel
Avec des ailes libres, elles reprennent l’éclat et la possession
De l’éther et du jeu. Plus haut, plus haut s’envolent
Les colombes, blanches blanches. Ah si le ciel
Etait réel [m’a dit un homme passant entre deux bombes]

Les cyprès, derrière les soldats, des minarets protégeant
Le ciel de l’affaissement. Derrière la haie de fer
Des soldats pissent — sous la garde d’un char -
Et le jour automnal achève sa promenade d’or dans
Une rue vaste telle une église après la messe dominicale…

[A un tueur] Si tu avais contemplé le visage de la victime
Et réfléchi, tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre
A gaz, tu te serais libéré de la raison du fusil
Et tu aurais changé d’avis : ce n’est pas ainsi qu’on retrouve une identité.

Le brouillard est ténèbres, ténèbres denses blanches
Epluchées par l’orange et la femme pleine de promesses.

Le siège est attente
Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête.

Seuls, nous sommes seuls jusqu’à la lie
S’il n’y avait les visites des arcs en ciel.

Nous avons des frères derrière cette étendue.
Des frères bons. Ils nous aiment. Ils nous regardent et pleurent.
Puis ils se disent en secret :
« Ah ! si ce siège était déclaré… » Ils ne terminent pas leur phrase :
« Ne nous laissez pas seuls, ne nous laissez pas. »

Nos pertes : entre deux et huit martyrs chaque jour.
Et dix blessés.
Et vingt maisons.
Et cinquante oliviers…
S’y ajoute la faille structurelle qui
Atteindra le poème, la pièce de théâtre et la toile inachevée.

Une femme a dit au nuage : comme mon bien-aimé
Car mes vêtements sont trempés de son sang.

Si tu n’es pluie, mon amour
Sois arbre
Rassasié de fertilité, sois arbre
Si tu n’es arbre mon amour
Sois pierre
Saturée d’humidité, sois pierre
Si tu n’es pierre mon amour
Sois lune
Dans le songe de l’aimée, sois lune
[Ainsi parla une femme
à son fils lors de son enterrement]

Ô veilleurs ! N’êtes-vous pas lassés
De guetter la lumière dans notre sel
Et de l’incandescence de la rose dans notre blessure
N’êtes-vous pas lassés Ô veilleurs ?

Un peu de cet infini absolu bleu
Suffirait
A alléger le fardeau de ce temps-ci
Et à nettoyer la fange de ce lieu

A l’âme de descendre de sa monture
Et de marcher sur ses pieds de soie
A mes côtés, mais dans la main, tels deux amis
De longue date, qui se partagent le pain ancien
Et le verre de vin antique

Que nous traversions ensemble cette route
Ensuite nos jours emprunteront des directions différentes :
Moi, au-delà de la nature, quant à elle,
Elle choisira de s’accroupir sur un rocher élevé.

Nous nous sommes assis loin de nos destinées comme des oiseaux
Qui meublent leurs nids dans les creux des statues,
Ou dans les cheminées, ou dans les tentes qui
Furent dressées sur le chemin du prince vers la chasse.

Sur mes décombres pousse verte l’ombre,
Et le loup somnole sur la peau de ma chèvre
Il rêve comme moi, comme l’ange
Que la vie est ici… non là-bas.

Dans l’état de siège, le temps devient espace
Pétrifié dans son éternité
Dans l’état de siège, l’espace devient temps
Qui a manqué son hier et son lendemain.

Ce martyr m’encercle chaque fois que je vis un nouveau jour
Et m’interroge : Où étais-tu ? Ramène aux dictionnaires
Toutes les paroles que tu m’as offertes
Et soulage les dormeurs du bourdonnement de l’écho.

Le martyr m’éclaire : je n’ai pas cherché au-delà de l’étendue
Les vierges de l’immortalité car j’aime la vie
Sur terre, parmi les pins et les figuiers,
Mais je ne peux y accéder, aussi y ai-je visé
Avec l’ultime chose qui m’appartienne : le sang dans le corps de l’azur.

Le martyr m’avertit : Ne crois pas leurs youyous
Crois-moi père quand il observe ma photo en pleurant
Comment as-tu échangé nos rôles, mon fils et m’as-tu précédé.
Moi d’abord, moi le premier !

Le martyr m’encercle : je n’ai changé que ma place et mes meubles frustes.
J’ai posé une gazelle sur mon lit,
Et un croissant lunaire sur mon doigt,
Pour apaiser ma peine.

Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit
pas, en toute liberté !!

Résister signifie : s’assurer de la santé
Du cœur et des testicules, et de ton mal tenace :
Le mal de l’espoir.

Et dans ce qui reste de l’aube, je marche vers mon extérieur
Et dans ce qui reste de la nuit, j’entends le bruit des pas en mon intention.

Salut à qui partage avec moi l’attention à
L’ivresse de la lumière, la lumière du papillon, dans
La noirceur de ce tunnel.

Salut à qui partage avec moi mon verre
Dans l’épaisseur d’une nuit débordant les deux places :
Salut à mon spectre.

Pour moi mes amis apprêtent toujours une fête
D’adieu, une sépulture apaisante à l’ombre de chênes
Une épitaphe en marbre du temps
Et toujours je les devance lors des funérailles :
Qui est mort…qui ?

L’écriture, un chiot qui mord le néant
L’écriture blesse sans trace de sang.

Nos tasses de café. Les oiseaux les arbres verts
A l’ombre bleue, le soleil gambade d’un mur
A l’autre telle une gazelle
L’eau dans les nuages à la forme illimitée dans ce qu’il nous reste

Du ciel. Et d’autres choses aux souvenirs suspendus
Révèlent que ce matin est puissant splendide,
Et que nous sommes les invités de l’éternité.

Mahmoud Darwich

22 septembre 2025

Free Palestine : Partageons et unissons nos pensées pour son peuple , de la part de Sabine

Sabine m'adresse un mail-art très engagé pour la cause palestinienne avec des symboles forts comme les quatre couleurs du drapeau, le keffieh, le personnage d'Handala et une tranche de pastèque, aujourd'hui 22 septembre 2025. C'est la date à laquelle la France enfin se décide à se bouger pour faire reconnaître la Palestine comme état, lors d'un sommet de l'ONU à New-York. 

Evidemment cela intervient fort tard -alors que ce qu'il reste de Palestiniens est à l'agonie-. Depuis le sept octobre 2023 notre pays n'a pas levé le petit doigt pour entraver l'action totalement génocidaire  de Netanyaou et de son gouvernement d'extrême-droite sur Gaza ; mieux il a continué à lui livrer des armes, a maintenu toutes ses relations commerciales et diplomatiques avec Israël, et envoie la police contre les citoyens français qui osent arborer un drapeau aux couleurs de la Palestine dans la rue.

Enveloppe Recto
Enveloppe Verso

Oui, il y a deux poids, deux mesures dans notre Pays : tout le monde pouvait pavoiser sa maison aux couleurs de l'Ukraine lorsque ce pays a été attaqué par la Russie en 2022 (et j'en faisais partie) mais pour la Palestine, ce n'est pas permis : pourquoi ? parce qu'il s'agit de défendre un peuple arabe, comme si ces gens là n'avaient pas un coeur au même endroit que nous, et le même sang rouge qui leur coule dans les veines?

Ah elle est bien jolie notre humanité, totalement gangrénée par la propagande israélienne, qui fait comme si rien ne s'était passé avant le 7 octobre 2023 sur le territoire historique de la Palestine alors qu'il y a 77 ans que cela dure :  démarré en 1948 le conflit s'est encore aggravé en 1967, la portion de territoire laissée aux Palestiniens se réduit comme peau de chagrin, ils y sont devenus des "sous-habitants" soumis à des tas de brimades en permanence, se faisant sans cesse harceler par les colons qui n'hésitent pas à les chasser de leurs terres pour ceux qui en avaient encore en Cisjordanie.

Qui peut décemment croire que des bambins de la bande de Gaza, agés de quelques jours ou de quelques mois,  puissent être des terroristes complices du Hamas? Qui peut encore penser que tant d'écoles, d'hôpitaux, d'infrastructures nécessaires à la production d'électricité, à la fourniture de l'eau, soient autant de cibles militaires alors que celles-ci sont bombardées systématiquement pour réduire le peuple palestinien à l'horreur, à la déportation et à la famine? Qui peut croire qu'il n'y a pas de blocus à Gaza pour empêcher tout apport de secours et de vivres par le mer? Qui peut penser que tous les humanitaires des ONG et les services de presse ne sont là que pour aider les terroristes du Hamas, alors qu'Israël a fait le choix de les éliminer pour étouffer tous leurs témoignages et supprimer toutes les aides possibles aux gazaouis!

Voulez-vous une preuve de plus : les Israéliens bombardent une cible en deux temps, sachant qu'à la deuxième frappe, ils pourront tuer un maximum de secouristes et d'autres personnes de la famille venues secourir les blessés! Oui tous ces gens-là, majoritairement des civils, sont exterminés sciemment  : ce sont de vrais crimes contre l'humanité qui sont perpétrés ici!

Et nous devrions nous taire face à une telle boucherie! Moi, cela me fait hurler!  

Je te remercie Sabine, pour ce mail-art particulier, si plein de belle humanité et de compassion pour ce peuple martyr. 

17 septembre 2025

Handala, icône de la résistance palestinienne, de la part d'Eric

C'est avec beaucoup d'émotion que je publie aujourd'hui l'enveloppe que m'a adressé Eric : elle contient à la fois toute l'horreur que vivent les Palestiniens au quotidien, mais aussi tout leur esprit de résistance avec ce petit personnage dessiné, Handala, inventé par le dessinateur de presse Naji Al-Ali.

à noter la petite fleur que Handala tient dans ses mains 

Ce dessin de gamin m'intriguait, je l'avais déjà repéré mais dont je ne connaissais absolument pas son origine ni toute l'histoire de son créateur. J'avais juste remarqué qu'un des bateaux de la Flottille en route pour briser le siège de  Gaza portait son nom, 

Je remercie vivement Eric de cet envoi et je relaie avec son accord l'article publié hier sur son blog, dont la lecture donne à penser vraiment sur ce qui se passe là-bas et depuis bien longtemps. 

***

« Il a tout d’abord été un enfant de Palestine pour ensuite devenir un enfant arabe et un enfant de l’Humanité » (Citation reprise dans l’avant-propos de « Le Livre de Handala », Naji Al-Ali, 2011, p. 5.)

Handala - Naji Al-Ali

C’est l’histoire des Palestiniens et du conflit israélo-arabe. C’est l’histoire de Handala, jeune garçon de 10 ans aux mains serrés et aux cheveux hérissés qui tourne le dos aux spectateurs parce qu’il se sent trahi. C’est l’histoire d’une indignation face à une situation vécue comme une injustice, mais plus que tout c’est l’histoire d’un combat, celui d’un enfant qui refuse de grandir pour ne pas se résigner, qui refuse de baisser les bras devant l’adversité. Handala incarne les souffrances et les espérances de son créateur, le dessinateur Naji Al-Ali et, à travers lui, celui du peuple palestinien. Handala n’acceptera de se retourner que lorsque son peuple aura un Etat [1]. Depuis sa naissance dans les années 60, son combat n’a pas pris une ride.

Naji Al-Ali : sa vie, son combat

« La Palestine est une de mes principales indignations. Les dessins de Naji Al-Ali la justifient et la renforcent. Sans doute parce qu’ils portent l’histoire des réfugiés palestiniens, ceux dont le sort est le plus incertain, bien qu’ils soient la racine de cette douloureuse et injuste histoire. Mais Naji Al-Ali, c’est aussi une création, et donc une résistance vivante. La puissance de sa non-violence l’a tué. Mais son espérance n’en est que plus à venir. » [2] (Stéphane Hessel, ancien ambassadeur de France, auteur de Indignez-vous !)

Qui est Naji Al-Ali ?

Vers 1937, année de sa naissance, Al-Shajara est encore un village palestinien situé dans le district de Tibériade, en Galilée, entre Nazareth et Tibériade. En mai 1948, après plusieurs jours de combat, l’armée israélienne s’empare et détruit le village, dont seules quelques décombres subsistent aujourd’hui, comme en témoigne l’historien Palestinien Walid Khalidi en 1992 : « les ruines des maisons et des barres d’acier brisées dépassent des lits de végétation sauvage. Un côté d’une porte voûtée tient toujours » [3]. Al-Shajara est l’un des près de 500 villages à avoir été détruits pendant la « Nakba » (catastrophe), et le jeune Naji, alors âgé d’une dizaine d’années, se trouve parmi ceux qui fuient les combats, parmi les plus de 750 000 réfugiés palestiniens [4] qui ont abandonné plus de la moitié de leur terre aux Israéliens. Lui et sa famille trouvent refuge au camp d’Aïn Al-Helwa, près de Saïda dans le sud Liban. Cette expérience marque sa vie et son œuvre jusqu’à sa mort : « De ces regards dans les yeux de nos mères et pères qui ne parlaient pas de faits, mais exprimaient une tristesse qui était la langue dans laquelle nous découvrions le monde, un langage de la colère qui trouve parfois son débouché dans le discours, parfois dans les actes. La plupart des garçons et des filles de la génération des années cinquante, à laquelle j’appartiens, a ressenti un profond sentiment d’abattement » [5].

Parallèlement à ses études en mécanique et en génie électrique dans un institut professionnel de Tripoli et à son activité d’ouvrier saisonnier agricole, il ne tarde pas à s’exprimer sur ce qu’il considère comme une injustice : dessiner sur les murs et les sols du camp de réfugiés, improviser avec ses camarades des pièces de théâtre prenant pour sujet la Palestine et la vie des réfugiés, manifester avec les membres du Mouvement des nationalistes arabes (actes pour lesquels il se fera plusieurs fois arrêter), tous les moyens sont bons.

Après une brève expérience à Djeddah, en Arabie saoudite, où il travaille comme tourneur de 1957 à 1959, il rentre au Liban où il décide de reprendre des études artistiques à l’Académie libanaise d’art en 1960. Cette expérience sera de courte durée. Sa participation dans le journal politique manuscrit Al-Sarkha (le cri), avec certains membres du Mouvement nationaliste arabe dont il a rejoint les rangs, lui vaut un bref séjour en prison. A sa sortie, il part pour l’école Jaafarite de Tyr où il enseigne le dessin pendant deux ans. C’est à cette période que sa vie bascule. L’écrivain Ghassan Kanafani (assassiné en 1972), en visite au camp d’Aïn Al-Helwa, remarque ses dessins et décide d’en publier quelques-uns dans le numéro 88 de la revue Al-Hurriya (La Liberté), le 25 septembre 1961.

En 1963, il part pour le Koweït où il exerce librement son art dans la revue d’opposition Al-Tali’a (l’Avant-Garde), puis au journal Al-Siyassa (La Politique) à partir de 1968 où il prêche l’espoir et la révolution. C’est là qu’il imagine le personnage de Handala, représentant sans détours et sans fioritures les problèmes auxquels les Palestiniens sont confrontés, nous plongeant par là même, avec une honnêteté parfois brutale, au cœur du conflit israélo-arabe. Quelques années plus tard, il retourne au Liban comme écrivain et caricaturiste pour le journal Al-Safir (L’Ambassadeur) à la demande de son éditeur en chef Talal Salman. Il est alors témoin et acteur de la guerre civile libanaise en 1982, année pendant laquelle il est détenu par les forces armées israéliennes avec d’autres réfugiés d’Aïn Al-Helwa. Il décide ensuite de repartir au Koweït où il travaille pour Al-Qabas (1983-1985), avant de s’en faire expulser sous la pression de Yasser Arafat. Eternel exilé, il doit quitter le monde arabe, craignant pour sa vie et conscient qu’il lui serait impossible d’y dessiner librement. Il part se réfugier à Londres où il intègre l’édition internationale du journal Al-Qabas. Son but : ne jamais oublier, toujours se battre pour la cause palestinienne : « J’ai toujours été troublé par mon incapacité à protéger les gens. Comment mes dessins allaient les défendre ? J’avais l’habitude de souhaiter pouvoir ne serait-ce sauver la vie d’un seul enfant » [6].

Mercredi 22 juillet 1987, vers 17h13, à Eves Street, au cœur de Londres. Sur son chemin vers les locaux du journal, Naji est victime d’un assassinat par balle. Le caricaturiste politique palestinien meurt de ses blessures cinq semaines plus tard, le 20 août 1987. Les commanditaires de son assassinat n’ont jamais pu être identifiés. Détracteur sans vergogne des régimes arabes et de l’occupation israélienne, Naji a été autant aimé qu’il a pu être détesté. Ses ennemis étaient nombreux et puissants, autorité palestinienne comprise - l’O.L.P l’aurait même menacé de représailles s’il ne corrigeait pas son attitude -, tant sa dénonciation était radicale et acerbe.

Porte-parole de la cause palestinienne, décrit par The Guardian en 1984 comme « la plus proche chose qu’il y ait d’une opinion publique arabe » [7], Naji Al-Ali a reçu de nombreuses distinctions. De son vivant, il obtient le premier prix de l’Association des caricaturistes arabes en 1979, et le premier prix ex-aequo en 1980. Un an après sa disparition, l’Union Internationale des éditeurs de journaux (FIEJ) remet en son nom à sa femme Widad et son fils Khaled le prix du Crayon d’or de la liberté, faisant de lui le premier arabe et le premier caricaturiste à en être honoré. Ses milliers de dessins [8] témoignent des souffrances du peuple palestinien autant qu’ils dénoncent la trahison et la corruption des régimes arabes.

Naji Al-Ali n’est plus, mais son œuvre lui survit. Et Handala, jeune garçon de 10 ans dessiné par Naji Al-Ali, se charge de poursuivre son combat.
Handala, « le gavroche palestinien [9] »

Son effigie est partout, taguée sur le Mur séparant Israéliens et Palestiniens, sur les porte-clés, les tee-shirts et même les pendentifs, représenté tel que Naji l’a imaginé : « Handala est né à l’âge de 10 ans et depuis son exil les lois de la nature n’ont aucune emprise sur lui. Il ne recommencera à croître que lors de son retour sur sa terre natale. Il n’est pas un enfant bien portant, heureux, serein et couvé. Il va nu-pieds comme tous les enfants des camps de réfugiés. Ses cheveux sont ceux de l’hérisson qui utilise ses épines comme arme. Bien qu’il soit rude, il a l’odeur de l’ambre. Ses mains, toujours derrière son dos, sont le signe du rejet des solutions porteuses de l’idéologie américaine. »

Ce personnage-culte, « aussi célèbre au Moyen-Orient que le keffieh », selon une expression de la journaliste Constance Desloire [10], s’inspire directement de la vie du caricaturiste. C’est vers l’âge de 10 ans que Naji fuit la Palestine, lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948. C’est la date de naissance d’un combat et d’un espoir, celui des réfugiés palestiniens qui veulent croire à un retour possible sur leur terre natale pour les uns, sur la terre de leurs ancêtres pour les autres. Avec Handala, Naji dresse un rempart symbolique contre le renoncement, et revendique le droit des Palestiniens à toute la Palestine historique. Handala, qui signifie « l’amertume de la coloquinte » en arabe, représenté pour la première fois le 13 juillet 1969 dans le journal koweitien Al-Siyassa, incarne cette espérance. Le jeune garçon, né le 5 juin 1967, se présente alors en ces termes : « Le nom de mon père n’est pas important, celui de ma mère est Nakba [la « catastrophe », l’exil de 1948], et ils ont appelé ma petite sœur Naksa [extension de la zone d’occupation israélienne après la défaite arabe dans la guerre des Six-Jours de 1967]. […] J’ai rencontré l’artiste Naji par hasard […]. Il m’a expliqué comment, à chaque fois qu’il dessine une caricature sur un pays, son ambassade proteste et les autorités officielles avertissent et menacent.[…] Je lui ai dit que j’étais disposé à dessiner ses caricatures pour lui chaque jour, que je n’avais peur de personne à part Dieu, et que celui qui se met en colère et n’aime pas les caricatures pouvait aller paver la mer ».

Handala représente l’innocence et la détermination de la Palestine combattante, le flambeau de la résistance, une résistance non-violente, faisant écho aux souffrances des Palestiniens, faisant appel aux émotions de l’ensemble des spectateurs. Il ne dévoilera son visage que le jour où « la dignité arabe ne sera plus menacée, et qu’elle aura retrouvé sa liberté et son humanité ». Plutôt que de représenter des hommes politiques spécifiques, les dessins en noir et blanc de Naji, riches en références historiques, parfois accompagnés de quelques mots, illustrent des situations et des réalités où personne n’est épargné : il condamne l’aide américaine à Israël, critique les abus contre les droits de l’homme dans les pays arabes, la complaisance des Etats du Golfe à l’égard des Etats-Unis, les régimes arabes qui préfèrent blâmer Israël plutôt que de reconnaitre leurs échecs. Il évoque la destruction, la prison, l’exil, la résistance mais aussi la colère, l’espoir et le désespoir, la patiente et la ténacité. Handala représente un garde-fou pour les nouvelles générations, mais aussi pour les anciennes et pour lui-même, comme il le dit en 1984 : « ‘’Je suis Handala du camp d’Ain Al-Helwa. Je donne ma parole d’honneur que je resterai fidèle à la cause… ‘’. C’était la promesse que je m’étais faite à moi-même. Le personnage de Handala était une sorte d’icône qui protégeait mon âme de la chute à chaque fois que je me sentais léthargique ou que j’oubliais mon devoir. Cet enfant était comme un vent d’air frais sur mon visage, me préservant de l’erreur et de l’oubli. Il était la flèche de la boussole, pointant constamment vers la Palestine » [11]. Selon le dessinateur, la mission de Handala, en plus de dénoncer les complots ourdis contre le peuple arabe, d’insuffler l’énergie du combat pour la justice et l’auto-détermination, de reconnaitre le rôle des femmes dans la résistance et l’espoir dans le panarabisme issu de Nasser, est de garder vivante la mémoire palestinienne :

« Reste le témoin de cette période, Handala, enregistre tout.
Enregistre tout, Handala, n’oublie rien ;
Laisse l’Histoire témoigner de qui nous a vendus.
Qui nous a trahis, qui s’est enrichi sur notre dos.
Enregistre et n’oublie personne. » [12].
Les dessins sont simples et sans artifices, faciles à comprendre et souvent dénudés de paroles ; son langage est symbolique. Handala est souvent accompagné de trois autres personnages récurrents : Fatima (dessin de gauche), l’homme bon (Al-Zalama, au milieu) et l’homme mauvais (à droite). Fatima représente une forme de refuge, la mère et la terre de Palestine, l’épouse dévouée, la femme souffrante et la protectrice. Elle incarne également l’implication des femmes palestiniennes dans la résistance. Al-Zalama est un homme honnête et bon qui représente, comme Handala, l’homme arabe ordinaire : « je ne suis ni Palestinien, ni Jordanien, ni Koweitien, ni Libanais, ni Egyptien, aucun. En bref, je n’ai pas de carte d’identité et ne suis pas intéressé à prendre la nationalité d’un quelconque pays. Je suis juste une personne arabe » [13]. Sa maigreur symbolise l’oppression et la pauvreté des réfugiés. Son antagoniste, l’homme mauvais - laid, obèse, paresseux, sale, sans jambes car sans soutien populaire - personnifie la stupidité, la bassesse, l’oppression, les trahisons et les complots contre la résistance palestinienne.

Naji utilise aussi toute une symbolique de la résistance : Jésus et la Croix, emblèmes du combat et du sacrifice ; la clé de la maison, symbole de la Palestine originelle et du droit au retour des Palestiniens ; le drapeau palestinien ; les tentes et les camps de réfugiés, etc. Puis tout un vocabulaire visuel réparti en deux registres : les « bonnes valeurs » (fleurs et bougies représentant l’espoir, la paix et l’amour ; racines et arbres, la Terre de Palestine ; le stylo et la plume, la démocratie et la liberté d’expression ; le cœur, l’attachement à la Palestine et au Liban) ; les symboles de l’occupation et de l’oppression (soldats, armes, fils barbelés, etc.).

Longtemps méconnu à l’extérieur des pays du Proche-Orient, l’œuvre de Naji tend ces dernières années à franchir les frontières (ici principalement linguistiques) séparant le monde musulman du monde occidental. « A child in Palestine » (2009) et le « Livre de Handala » (2011) l’introduisent respectivement dans le monde anglophone pour le premier, dans la sphère francophone pour le second, participant d’autant plus à faire de Handala, « enfant arabe », un « enfant de l’humanité » comme le souhaitait son créateur.

« Handala est un témoin de son époque et il ne mourra jamais, il pénètre la vie avec une force qui ne le quitte jamais, une légende dont l’existence est un défi à l’éternité. Ce personnage que j’ai créé ne disparaîtra pas après moi. Je ne crois pas exagérer en disant que je serai immortalisé à travers lui ». (Naji Al-Ali)

Pour approfondir :
– Naji Al-Ali, A child in Palestine : the cartoons of Naji al-Ali, Verso, 2009 (introduction de Joe Sacco).
– Naji Al-Ali, Le Livre de Handala. Les dessins de résistance de Naji Al-Ali ou l’autre histoire de Palestine, Scribest Publications, Hœnheim, 2011 (préface de Plantu, postface d’Alain Gresh).
– Olivier Gérard, Te retourne pas, Handala !, Kyklos Editions, 2010.
http://www.handala.org/ (site hélas désactivé sur internet)

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Handala, petit bonhomme dessiné devenu le symbole de la résilience palestinienne
Créé en 1969 par le dessinateur de presse palestinien Naji Al-Ali, le personnage de Handala aura éternellement 10 ans. Reconnaissable entre mille, sa frêle silhouette orne aujourd’hui de nombreuses fresques et banderoles, comme un symbole des horreurs de la guerre et du destin de la Palestine.
Source : Courrier International

27 août 2025

Qu'est devenue l'identité palestinienne? : cinq statuts différents pour un seul peuple, pour Eric

Je destine ce mail-art à Eric, car je le sais aussi révolté que moi par le destin funeste réservé au peuple palestinien.  

Ce post est destiné à éclairer sur la manière dont le gouvernement d'Israël s'emploie à organiser la discrimination entre les Palestiniens et la partition sur les différents petits bouts de territoire qu'on leur a laissé encore mais pour combien de temps? 
au recto de l'enveloppe, sur la copie d'un morceau d'une broderie Tatreez visualisée sur Instagram, quelques photos de presse montrant les incessants contrôles dont les Palestiniens sont victimes, dès qu'ils veulent se déplacer. 
au verso de l'enveloppe, le texte d'un poème de Mahmoud Darwich : carte identité

Sur le territoire de la Palestine historique existent deux couleurs différentes pour les cartes d'identité, mais avec des différences de statut pour "trier" les habitants des territoires occupés, afin d'entraver la libre circulation d'un peuple sur son propre territoire (voir ci-dessous) et surtout de limiter leurs droits de citoyens et de résidents.Pourtant, quoi de plus important pour s'identifier et se reconnaitre comme un être humain légitime au sein de son peuple, que d'avoir une carte d'identité ainsi que des droits fondamentaux communs? 

Rappelons-nous ce qu'à leur retour nous ont raconté les rescapés de l'Holocauste : le premier souci des nazis était de déshumaniser leurs prisonniers déportés dans les camps de concentration (essentiellement des juifs d'Europe faut-il le rappeler?) en les réduisant à un simple numéro de matricule avant de les exterminer, comme on le fait pour le bétail.  

Maintenant, regardons bien ce qui est en train de se passer à Gaza... si toutes ces manoeuvres ne font pas encore penser à un processus de déshumanisation, cela y ressemble beaucoup, non ?
Extrait du livre "Ce que la Palestine apporte au monde" que je viens de me procurer.
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Le système d'identification par code couleur d'Israël pour les Palestiniens - 
Vidéo de 2020 sur la chaine Youtube de l'Oeil du Moyen Orient

Depuis 1967, le gouvernement israélien est de facto le pouvoir souverain qui contrôle toute la Palestine historique. Les autorités israéliennes contrôlent le registre de la population et le système d'identification, limitant les lieux de résidence des Palestiniens, leur accès aux services et leur participation au système politique
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Pour en savoir davantage sur les cinq statuts accordés aux Palestiniens, je vous conseille l'écoute de cinq podcasts sur RFI rappelant l'histoire de ce peuple depuis 1948, publié sur la chaine Youtube de RFI.

Statut 1/5 – Carte d’identité : réfugié
En 1948, la création d’Israël s’accompagne d’un exode massif de Palestiniens. Plus de la moitié de la population arabe de ce territoire, jusque-là contrôlé par les Britanniques, fuit les combats ou est expulsée. Pour les Palestiniens, c’est la « Nakba », la catastrophe. Au terme de la guerre des Six Jours, une nouvelle vague d’exode ponctue la conquête israélienne de la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza. Beaucoup sont partis avec l’espoir de revenir quelques semaines plus tard. Mais l’exil se prolonge de décennie en décennie. Et le rêve du retour se transmet de génération en génération, façonnant l’identité palestinienne contemporaine.

Statut 2/5 / Carte d'identité - Cisjordanie

En Cisjordanie, l’occupation israélienne a commencé en 1967. Les civils palestiniens sont alors soumis au droit militaire israélien. Un « régime d’apartheid » pour les Palestiniens, dénoncé par la Cour internationale de justice (CIJ). Au terme d’un mouvement de protestation, la première Intifada (« soulèvement », en français), un processus de paix est engagé. Les accords d’Oslo suscitent l’espoir de faire naître un État palestinien. Après la poignée de main historique entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin sous les yeux de Bill Clinton, les négociations se figent peu à peu. La violence refait surface. L’impasse appelle à repenser la lutte nationale et le paradigme d’une solution à deux États.

Statut 3/5 : Carte d'identité : Hiérosolymitain
Jérusalem est une ville trois fois sainte : pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Cela en fait la ville la plus disputée, le cœur du conflit israélo-palestinien. Israël l'a déclarée « capitale unie et indivisible » et les Palestiniens aspirent à faire de Jérusalem-Est la capitale de leur État. Mais la présence palestinienne y est de plus en plus menacée, exacerbant les tensions dans cette ville symbolique et politiquement cruciale.

Statut 4/5 - carte d'identité : Gazaoui
Comment Gaza, port ouvert sur la Méditerranée et station balnéaire prise, est devenue une enclave isolée et associée aux images de guerre ? Au fil des années, Gaza a profondément changé. La ville et le territoire qui l'entourent ont accueilli de nombreux réfugiés. Politiquement, elle fut le fief du chef historique palestinien, Yasser Arafat, avant de tomber aux mains de ses rivaux du Hamas. Les Gazaouis ont traversé plusieurs guerres avec Israël. Mais celle qui a commencé le 7 octobre 2023 marque un tournant sans précédent dans l'histoire du conflit.

Statut  5/5 – Carte d’identité : Israélien 
Cela peut sembler paradoxal, mais près de 20 % de la population israélienne est palestinienne. Ces Palestiniens sont les descendants des Arabes qui sont restés sur leur terre après la création de l'État d'Israël en 1948. Ils ont la nationalité israélienne, mais leur relation avec l'État israélien reste délicate. Droits civiques, marginalisation et identité palestinienne, cette minorité vit une situation complexe en Israël.
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CARTE IDENTITE : Écrit en 1964 en Palestine-occupée, ce poème de Mahmoud Darvich est aussi connu que celui d’Éluard, Liberté, écrit dans la France-occupée en 1942, diffusé sous le manteau.

Dans les mots du poète, on sent toutes les brimades et toutes les privations endurées mais aussi la détermination de ce peuple à rester là, quitte à endurer le pire, et si les dernières strophes sont violentes, c'est qu'à un moment donné, après des années et des années à encaisser, même le plus pacifiste des êtres humains finit par se révolter devant tant d'injustice et de désespérance dans lesquels l'occupant colonisateur le maintient.

   

Carte d’identité

Inscris
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte est cinquante mille
J’ai huit enfants
Et le neuvième viendra… après l’été
Te mettras-tu en colère ?

Inscris
Je suis Arabe
Je travaille avec mes camarades de peine
Dans une carrière
J’ai huit enfants
Pour eux j’arrache du roc
La galette de pain
Les habits et les cahiers
Et je ne viens pas mendier à ta porte
Je ne me rabaisse pas
Devant les dalles de ton seuil
Te mettras-tu en colère ?

Inscris
Je suis Arabe
Mon prénom est commun
Je suis patient dans un pays
Bouillonnant de colère
Mes racines…
Fixées avant la naissance du temps
Avant l’éclosion des siècles
Avant les cyprès et les oliviers
Avant la croissance végétale
Mon père…
De la famille de l’araire
Et non des seigneurs de Noujoub
Mon grand-père, un paysan
Sans arbre généalogique
Il m’a appris les mouvements du soleil
Avant la lecture
Ma maison
Une hutte de gardien
Faite de roseaux et branchages
Es-tu satisfait de ma condition ?
Mon nom est commun

Inscris
Je suis Arabe
Cheveux… noirs
Yeux… marron
Signes distinctifs
Sur la tête un keffieh tenu par une cordelette
Ma paume, rugueuse comme le roc
Écorche la main qu’elle empoigne
Mon adresse :
Je suis d’un village perdu, sans défense
Et tous ses hommes sont au champ et à la carrière…
Te mettras-tu en colère ?

Inscris
Je suis Arabe
Tu m’as spolié des vignes de mes ancêtres
Et de la terre que je cultivais
Avec tous mes enfants
Et tu ne nous as laissé
Ainsi qu’à notre descendance
Que ces cailloux
Votre gouvernement les prendra-t-il aussi
Comme on le dit ?

Alors
Inscris
En tête de la première page
Moi je ne hais pas mes semblables
Et je n’agresse personne
Mais… si jamais on m’affame
Je mange la chair de mon spoliateur
Prends garde… prends garde
À ma faim
Et à ma colère !

Poème de Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich 1941-2008 Photo : D. R
https://elwatan-dz.com/litterature-arabe-mahmoud-darwich-le-defricheur-dombres

Mahmoud Darwich est né en 1941 à Birwa près de Saint-Jean-d’Acre en Palestine.
En 1948, son village est détruit par les forces sionistes et sa famille se réfugie au Liban. Mais il revient clandestinement la même année en Palestine pour y faire ses études.
Il commence très jeune une carrière de journaliste tout en publiant ses premiers poèmes. Engagé dans le combat politique, il milite dans le parti communiste israélien, ce qui lui vaut d’être emprisonné à plusieurs reprises de 1960 à 1970 et d’être assigné en résidence à Haïfa. Mahmoud Darwich quitte Israël en 1971 et choisit de s'exiler d'abord au Caire, puis à Beyrouth, à Tunis et Paris. Membre du comité exécutif de l’OLP, il démissionne en 1993 et partage son temps entre Amman et Ramallah.
Il s'est éteint le 9 août 2008 à Houston, Texas

25 août 2025

Baguettes de tradition pour les privilégiés que nous sommes, pour Christian

En préparant une réponse à un appel à mail sur le pain dans le monde, j'ai eu envie de mettre le doigt sur le fait qu'en France nous avons la chance d'avoir à notre disposition tant et tant de variétés de pains, pour la grande majorité d'entre nous, mais dans d'autres pays du monde certains n'ont pas cette chance, surtout dans les zones surpeuplées ou dans des zones de conflits où les ONG ont du mal à venir en aide.

Tout comme moi, je sais que Christian est depuis longtemps préoccupé par tout ce qui se passe à Gaza, avec cette famine organisée à grande échelle, dans une action génocidaire programmée de longue date mais désormais officiellement annoncée par Israël.

Photo trouvée sur le site d'un boulanger itinérant desservant la Roya
https://cotedazurfrance.fr/offres/artisan-boulanger-itinerant-charbonnett-breil-sur-roya-fr-5656662/
Ce qui est annoncé aussi officiellement par l'ONU c'est l'état de famine dans lesquels tentent de survivre les Palestiniens, bombardés, mutilés, hachés, estropiés, torturés, déplacés, internés dans des camps, ou emprisonnés... 

Dessin de Gérald Herrmann pour La Tribune de Genève placé au verso de mon mail-art
Le pain, aliment de base,leur manque là-bas depuis longtemps, certains sont réduits à manger du carton bouilli... quand ils ne sont pas pris pour cible par des snipers qui les attirent sur les lieux de "ravitaillement" pour les abattre froidement.

Par opposition je trouve que nous, nous ne sommes même plus étonnés d'avoir à notre portée autant de nourritures... certes pas toujours de bonne qualité (c'est même de moins en moins souvent le cas, tant les addidifs de tout ordre sont venus les compléter) mais c'est quand même une grande chance que de toujours pouvoir manger à sa faim! 

D'ailleurs, cela nous paraît tellement naturel qu'on se permet d'acheter trop et mal, de gaspiller, et/ou de jeter des produits aux dates de péremption trompeuses, faites pour nous pousser à consommer.

Moi j'aime le bon pain, celui "poussé"au levain, avec une belle croute dorée et une belle mie bien alvéolée. Hélas. je n'en trouve pas toujours et donc je n'en mange pas tous les jours. Pour en trouver du bon, il me faut aller dans deux villes de banlieue pas si près de Massy pour en trouver, si bien que je ne veux pas me mettre à dépenser du carburant uniquement pour aller acheter du pain.

Il me faut vous dire que lorsque le pain est bon, je le déguste avec davantage de plaisir que si je mangeais une patisserie. Et quoi de meilleur qu'une belle et bonne tranche de pain de campagne taillée dans une belle miche, accompagnée d'un bon fromage laitier. Ces jours là, c'est la fête!

Bonne réception de ce mail-art que je dédie au peuple palestinien et à son immense courage :  je te souhaite également une belle fin d'été, avec des températures plus supportables. 

14 août 2025

Tatreez, la broderie traditionnelle palestinienne devenue un symbole politique

L'art de la broderie traditionnelle est très répandu en Palestine. Initialement confectionnée et portée dans les zones rurales, cette pratique est aujourd'hui courante dans toute la Palestine et parmi les membres de la diaspora. 

Le costume villageois des femmes se compose généralement d'une longue robe, d'un pantalon, d'une veste, d'une coiffe et d'un voile. Chacun de ces vêtements est brodé de divers symboles, notamment d'oiseaux, d'arbres et de fleurs. Le choix des couleurs et des motifs indique l'identité régionale, le statut marital et économique de la femme. Sur le vêtement principal, la robe ample appelée thob, la poitrine, les manches et les poignets sont brodés. Des panneaux verticaux brodés descendent de la taille. La broderie est cousue au fil de soie sur de la laine, du lin ou du coton. 

© Zahara Hamad, Palestine, 2019 à gauche - © Wafaa Abu Gulmee, Palestine, 2020 à droite
co.org/fr/RL/l-art-de-la-broderie-en-palestine-pratiques-competences-connaissances-et-rituels-01722
Une Palestinienne brode une robe traditionnelle palestinienne (AFP/Hazem Bader)
La broderie est une pratique sociale et intergénérationnelle : les femmes se réunissent chez elles pour s'exercer à la broderie et à la couture, souvent avec leurs filles. Nombre d'entre elles brodent pour leur loisir, et certaines produisent et vendent des pièces brodées pour compléter les revenus de leur famille, seules ou en collaboration avec d'autres femmes. 
Le tatreez est un art qui se transmet de mère en fille et symbolise les liens familiaux © photo de Nizar Halloun/TSM
Ces groupes se réunissent chez les uns et les autres ou dans des centres communautaires, où ils peuvent également promouvoir leur travail. La pratique se transmet de mère en fille et par le biais de formations formelles.
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A la fin juin, juste avant les congés, j'ai réussi à faire l'acquision d'un livre d'occasion sur la broderie traditionnelle palestinienne ("tatreez" en langue arabe) référençant les couleurs et les modèles de points de croix utilisés et j'espérai avoir le temps de réaliser quelques jolies broderies à envoyer à mes correspondants.

Broderie palestinienne, de Shelag Weir et Serene Chadid - en anglais

Mais c'est ce que j'ai lu dans le courrier d'art postal que j'ai reçu hier de Ouiza qui m'a décidé à publier cet article maintenant car, à l'heure où Israël fait tout son possible pour éliminer le peuple palestinien à Gaza par la guerre intense et la famine mais également sous d'autres forme en Cisjordanie, il me semble essentiel de parler haut et fort de toutes les caractéristiques culturelles les plus ancrées dans la civilisation palestinienne, notamment cette broderie pratiquée depuis plus de 3000 ans

Page 36 du livre :  Plastron d’une robe de Ramallah au nord de Jérusalem, début des années 1930 ou plus tôt

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La broderie traditionnelle, marque de l'identité palestinienne 

Documentation que m'a transmis Ouiza Abidi



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La tatreez, broderie pratiquée par les Palestiniennes, ou l'art de résister : 
"C'est  une forme d'expression politique!"
(extrait d'un article du 5 janvier 2025 de l'envoyé spécial Dimitri Krier pour le Nouvel Obs)

La « tatreez », la broderie pratiquée par les Palestiniennes depuis trois mille ans, redevient un acte de résistance à chaque drame de l’histoire. Ultrapopulaire depuis le 7-Octobre, elle se transmet entre réfugiées et se vend des centaines de dollars dans le monde entier.

Un jour, peut-être, comme ses ancêtres avant elle, Selma racontera à l’aide de fils et d’aiguilles son histoire. Celle de sa grand-mère, Sabha, contrainte de quitter son village de Beer-Sheva pour Gaza en 1948, puis de fuir vers la Jordanie en 1967. Celle de sa mère, Aïcha, qui, après un exil au Soudan, l’a portée dans son ventre jusqu’en Jordanie. Celle de son père, resté au Soudan, qu’elle n’a jamais vu qu’à travers un écran de téléphone, mort cette année. Et celle de son oncle, tombé « en martyr » à Bethléem en 2002 lors de la Seconde Intifada /.../

Maisoun Musalam entourée de sa fille Raghad (à gauche) de sa nièce Sarah et sa fille Shourouq.
Elles habitent dans le camp de Hittin, où vivent près de 40000 Palestiniens, au Nord d'Amman en Jordanie.
© Nadia Bseiso pour "le Nouvel Obs"