6 novembre 2026

George Sand, une grande inspiratrice, symbole de liberté intellectuelle, pour Isabelle

Je continue de célébrer George Sand,  une femme remarquable à mes yeux, même si lorsque j'ai commencé cet hommage, j'étais loin de me douter de tout ce qu'elle a entrepris dans sa vie, pour la liberté et l'autonomie des femmes. 

George Sand, en femme libre et engagée : elle aborde pour mieux la comprendre son enfance, sa jeunesse, son éducation, ses combats personnels, mais aussi ceux qu’elle mena publiquement pour une société plus juste et plus humaine.

George Sand a puisé ses convictions dans la singulière éducation qu’elle reçut, puis dans toute une série de rencontres qui se montrèrent déterminantes dans la construction de sa pensée.

Son œuvre, dense et diversifiée, est le reflet des idées qu’elle défendit toute sa vie et, en premier lieu, son engagement sans faille pour la République. Loin des clichés de la courtisane qui lui colle encore à la peau, de la Bonne dame de Nohant qui élève ses petites-filles et qui fait ses confitures, l’introspection de sa vie et de ses écrits permet de côtoyer une femme de conviction, combattante exceptionnelle, et courageusement inscrite dans son siècle.
source : Musée George Sand

Pour l'anniversaire des 150 ans de la mort de l'écrivaine George Sand, nombre d'initiatives ont eu lieu dans différents domaine pour célébrer toutes les facettes de cette femme remarquable. Cela a notamment été le cas dans le domaine de la tapisserie comme je vous en fait le récit, ci-après.
 une partie de la fresque tapissée "George"- photo d'Alexander Overton et  timbre de la série George Sand
récemment publié par la Poste 
J'ai choisi un morceau de cette immense oeuvre toute en laine baptisée "George", pour en faire un mail-art destiné à Isabelle, je suis certaine que cette belle personne saura lui plaire et qu'elle connait comme la plupart d'entre nous quelques unes de ces oeuvres littéraires.


trois fragments de la fresque "George" photos d'Alexander Overton 

Le 3 juillet 2023 s’est déroulé le lancement du grand projet porté par la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson, “Hommage à George Sand”, dans la perspective de la commémoration des 150 ans de sa disparition en 2026.

Cette journée a permis, autour de Valérie Simonet, Présidente de la Cité internationale de la tapisserie et du Conseil Départemental de la Creuse et de Marc Fleuret, Président du Conseil Départemental de l’Indre, de découvrir la maquette de l’artiste Françoise Pétrovitch et de donner un éclairage sur les différents travaux préparatoires à la création de cette tapisserie monumentale. Celle-ci aura les dimensions suivantes, 23 mètres de long sur 2,20 mètres de haut et disposera de son propre dispositif de portance.

Les participants ont suivi un itinéraire entre Aubusson et la Maison de George Sand à Nohant, en faisant étape au château de Boussac où George Sand et Prosper Mérimée auraient découvert entre 1835 et 1840 la tenture de la Dame à la Licorne. Les participants ont été reçus à la Maison de Nohant par Elisabeth Braoun, du Centre des Monuments Nationaux et cette journée s'est terminée par une conférence de presse commune des Présidents des deux Conseils Départementaux.
À l’occasion des 150 ans de la disparition de George Sand, nous vous dévoilons la tapisserie-installation George, réalisée par la Manufacture Robert Four d’après une œuvre de l'artiste Françoise Pétrovitch.  
Zoom sur les matières, les textures et le travail de tissage qui composent cette création et qui rendent hommage au symbole de liberté intellectuelle et d’indépendance qu’elle représente encore aujourd’hui.

L'albatros, l'oiseau et la poésie de Baudelaire, pour l'Être anonyme

Comme elle a la chance de vivre pas très loin de la mer, j'imagine que l'Être anonyme connaît bien l'albatros, le plus grand des oiseaux marins.

Il faut avoir un oeil averti pour le repèrer car il vit souvent en mer pendant de longues périodes et même s'il est bien plus grand, de nombreux touristes ont tendance à le confondre avec des mouettes ou des goélands, oiseaux beaucoup plus communs et plus accessibles aussi. 
Composition à partir d'une illustration colorisée, Jacques Sève et Louis Legrand, Albatros, 1783, 
musée national d'Histoire naturelle, Paris.
Alors aujourd'hui, même si c'est un peu incon c'est moi qui envoie à ma correspondante des vers de poésie pour ce bel oiseau, décrit sous la plume de Baudelaire, un peu amer. J'espère que ce poème, bien connu, lui plaira et que ce mail-art confié aux bons soins d'Hermès lui parviendra en un délai raisonnable. 
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Des albatros se font la cour sur l'île de Géorgie du Sud, située dans le sud de l'océan Atlantique.
Photo du
 National Geographic Frans Lanting, Nat Geo Image Collection
Grands voyageurs des mers, les albatros déploient leurs immenses ailes pour parcourir de longues distances. À l’agitation frénétique, ils privilégient des techniques de vol plané spéciales pour limiter l'emploi de leurs muscles et la dépense d'énergie.

L'envergure de l’albatros hurleur peut atteindre jusqu'à 3,5 mètres, un record dans le monde des oiseaux.
c'est un oiseau maritime à la longévité exceptionnelle et la maîtrise des océans. La plupart des espèces se trouvent dans l’hémisphère Sud et les plus robustes peuvent vivre jusqu'à 60 ans durant lesquels ils auront parcouru des millions de kilomètres. S’ils atteignent leur maturité sexuelle autour de 5 ans, ils ne se reproduisent, généralement, qu’entre 7 et 10 ans. Leur alimentation repose principalement sur les poissons et fruits de mer. Le plus souvent, ils chassent en fonçant sur leurs proies lorsqu'elles apparaissent à la surface de l’eau, mais ils sont également capables de plonger pour attraper leur nourriture (à plus de 5 mètres de profondeur pour certaines espèces).

L'ALBATROS

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

L'albatros de Charles Baudelaire.
l'allégorie du poête incompris - les Fleurs du Mal - 1861
*** 

Que comprendre du poème l'Albatros ?


Dans Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire dresse avec L’Albatros une fresque symbolique puissante, où l’oiseau devient le miroir de la condition du poète moderne. Publié en 1861, ce poème – absent de la première édition de 1857 – occupe une place stratégique en deuxième position, signalant son importance dans la construction du recueil. Le texte dépasse la simple dénonciation sociale pour toucher à l’universel : la grandeur entravée, la noblesse tournée en dérision, la douleur transformée en matière poétique.

Le récit s’ouvre sur une scène presque banale : des marins capturent des albatros pour se divertir durant les longues traversées. L’anecdote maritime devient vite une fable cruelle. La mise en scène insiste sur l’habitude de cette pratique – le mot "souvent" en tête du poème et l’utilisation du présent d’habitude en attestent. La répétition, en ancrant l’action dans la régularité, donne à voir une violence banale, presque mécanique. L’oiseau, figure de liberté, devient une cible d’humiliation.

Dans ce théâtre cruel, l’albatros n’est pas seulement moqué : il est privé de son élément naturel, cloué au sol, les ailes inutiles sur les planches du navire. Cette déchéance physique est mise en relief par de fortes antithèses. L’opposition entre la majesté du vol et la maladresse sur terre, entre le "voyageur ailé" et l’"exilé sur le sol", marque une chute brutale, soulignée par des rimes croisées savamment orchestrées. L’espace poétique se resserre : le ciel s’éloigne, le ridicule s’impose.

À travers ces images, Baudelaire ne se contente pas de dénoncer la moquerie des hommes ; il esquisse une métaphore plus large. Le poète, comme l’albatros, est un être d’exception, capable de s’élever dans les hauteurs de la pensée et du langage, mais lourdement incompris dès qu’il tente de marcher parmi les autres. Le dernier quatrain opère cette translation explicite : "le Poète est semblable au prince des nuées". Ainsi, la lecture allégorique éclaire rétrospectivement tout le poème.

Ce portrait du poète ne relève pas d’un simple dolorisme. L’image de l’albatros rappelle celle du pélican chez Musset : un animal noble, solitaire, parfois grotesque, mais qui, dans la souffrance, puise la légitimité de son art. L’incongruité entre l’apparence et l’essence, entre le regard social et la vérité intérieure, devient le cœur du propos. La chute ne diminue pas l’albatros : elle l’élève sur le plan symbolique.

La brutalité des marins renforce cette lecture. Présentés comme rustres, ils ne perçoivent pas la beauté de l’oiseau. Leur moquerie prend la forme d’un discours indirect libre, inséré dans le troisième quatrain. Les exclamations et les verbes d’imitation soulignent la caricature : "qu’il est comique et laid !" Ce rejet, loin d’être anecdotique, illustre la tendance d’une société à tourner en dérision ce qu’elle ne comprend pas.

Cependant, le poème ne se limite pas à la seule posture du poète maudit. Il esquisse une réflexion plus large sur l’écart entre l’être et le paraître, sur l’impossibilité de concilier élévation intérieure et adaptation sociale. La noblesse de l’albatros, sa fidélité, son rapport harmonieux avec les éléments, tranchent avec l’étroitesse d’esprit de ceux qui le malmènent. L’humiliation infligée n’est donc pas une simple injustice : elle est la conséquence tragique d’un monde inapte à reconnaître la grandeur.

Enfin, la dimension allégorique se construit aussi par une dégradation progressive des images. Si l’envol est évoqué dans une langue fluide et aérienne, la suite du poème s’enlise dans un lexique plus pesant, plus terre-à-terre. La poésie épouse le mouvement de chute. Ce contraste marque un basculement fondamental : le passage du ciel à la scène, du sublime à la parodie, de l’idéal au prosaïque.

L’Albatros se lit ainsi comme une synthèse poignante de la condition du poète moderne : rejeté, moqué, mais habité d’une force intérieure qui transcende l’adversité. En le représentant sous les traits d’un oiseau inadapté à la marche, Baudelaire offre une métaphore saisissante de la grandeur en décalage avec son époque.
Source : article publié le 10 août 2025 Par ActuNautique Magazine

Sebastian Abbo, Le poète, 2022. Gravure édition limitée en vente dans notre Galerie d’Art

Les collages engagés de deux femmes street-artistes, pour Jacky

Pour ce tout nouveau correspondant, qui pratique avec délice le collage décalé en art postal -et pour ne pas le faire attendre trop longtemps avant que je me mette à réaliser les mail-arts de Noël et de la nouvelle année- j'ai décidé de révéler à Jacky que je ne connais pas encore bien, toute la poésie et la pertinence des messages collés par la street-artiste Madame, dont je suis très fan. 
Composition en partant d'une copie d'un  collage original de MADAME (la Goutte d'Or à Paris 2023) choisi pour son message de tolérance et d'anti-racisme

Celui qu'elle a collé sur ce mur me paraît particulièrement adapté à la période délétère que nous vivons où il me semble très sain d'affirmer que nous avons beaucoup à apprendre des autres car nous nous enrichissons mutuellement de nos différences, comme l'affirme Saint-Ex dans la citation suivante :

« Celui qui diffère de moi, loin de me léser, m'enrichit. »
Antoine de Saint-Exupéry - extrait de Pilote de guerre

J'y ai associé un timbre de Sonac paru dans un carnet collector de La Poste dédié aux street-artistes, et un autre pour louer l'anti-racisme, car rappelons-le toujours, surtout après la tragédie qui vient de se passer à Trappes fin octobre, le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit.

J'espère que ce premier envoi pour Jacky saura lui plaire, même si ma  manière d'utiliser essentiellement du tissu et différents articles de mercerie pour mailarter aura peut-être de quoi le surprendre. 
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La street-artiste MADAME 

Madame, pseudonyme d'Aurélie Ludivine Bidault, née le 1er août 1982, est une artiste visuelle, street artiste et collagiste de rue française originaire de Tours.
Issue d'une famille d'artistes, diplômée en lettres, comédienne et scénographe de formation, Madame s'est tournée vers les arts plastiques, la sculpture, la peinture, puis le collage depuis les années 2010, elle réalise ces derniers à partir d'images du début du XXe siècle jusqu’aux années 70.
Source Wikipédia

vidéo publiée sur le Youtube de Street Art Portrait 360 -intervention de Madame pour Le Point Mille Pages. 
Un grand collage sur le mur de cette belle librairie de Vincennes.
DIALOGUER AVEC LE STREET ART - vidéo sur youtube du Musée du Louvre / L’artiste Aurélie Ludivine, alias Madame, éclaire son processus créatif en posant sur les collections du Louvre le regard d’un chasseur d’images.

LIEN sur le site de son studio pour mieux apprécier encore son travail, sorte de pont entre le passé et le temps présent, où ses collages sont touchants de poésie maist aussi de messages féministes, souvent. 

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La street-artiste SONAC 

SONAC (souvent connue sous le nom de Sophie Photographe) est une artiste française, photographe et plasticienne du mouvement du street art. 

Pour la première fois, SONAC présente son travail en galerie après avoir recouvert les murs de ses animaux dans de nombreuses villes et institutions depuis 2010. Elle a exposé au Muséum national d'Histoire naturelle de Dijon en 2011, au Centre Pompidou en 2012, au Parc Floral de Paris en 2013, à la Cité des Sciences en 2016 et au Musée de la Poste à Paris en 2017.
Les pigeons voyageurs du Musée de La Poste : L'artiste a recouvert les palissades du chantier de rénovation du Musée de La Poste avec une installation d'une douzaine de pigeons voyageurs géants en noir et blanc (un clin d'œil direct à l'histoire postale et au messager ailé)
SONAC consacre son énergie à la réalisation d'une photographie personnelle et novatrice, où elle place la Nature et non l'Art au centre de sa vision du monde, à partir de laquelle elle capture des reflets dans ses clichés.
Collages vus sur le site https://www.isupportstreetart.com/festibition/affichage-sauvage-show/
Ses collages, installations éphémères, surgissent par surprise dans le quotidien des passants. En modifiant les conditions de perception, en éveillant l'attention, ils interpellent le spectateur en lui proposant un nouveau regard sur un lieu familier. La rue devient un décor dont elle se détourne.

L'animal s'approprie le lieu, il trouve sa place dans l'espace urbain. Ici, les animaux acquièrent une dignité nouvelle car ils sont au cœur de la création, porteurs de sens, d'imagination et de métaphores. Ces animaux, photographiés auparavant dans des zoos par l'artiste, sont libérés une fois imprimés et affichés dans la rue, une usine désaffectée, un site d'exploration urbaine ou un musée.

Un rapport récent du WWF a informé la communauté de la disparition de plus de 60 % des animaux sauvages depuis 1970. Les installations de SONAC nous aident à réfléchir, tant qu'il est encore temps, à la place des animaux dans notre société et, plus globalement, dans le monde.

« Sensibiliser le public à la protection de notre patrimoine naturel est la première étape vers une prise de conscience et un changement de comportement. » Mon installation « Sauvage » vise à concrétiser cette idée, confie l'artiste.

Comment Andrée Chedid vivait la poésie, pour Isabelle

J'ai déjà évoqué plus tôt sur ce blog la grande poétesse qu'était Andrée Chedid ; sa faculté d'avoir les mots pour exprimer en permanence son amour de la vie et son espoir toujours dans l'avenir, malgré les guerres et les tourments qui bouleverse le Liban, son autre pays de coeur, la rende à mes yeux tout à fait digne de figurer dans ma liste des femmes remarquables. 

Je destine ce mail-art à Isabelle, en espérant lui faire plaisir. Je lui en souhaite une très bonne réception.

"Je veux garder les yeux ouverts sur la cruauté du monde mais aussi célébrer la vie et tout ce qui aide à parier sur l'avenir " 
- Andrée Chedid -
Composition à partir de la copie d'un pochoir de C215 (pseudonyme de Christian Guémy), à Arcueil (2018).
 Photographie de Lionel Gripon
***
portrait réalisé par Louis Monier pour Bridegeman, relevé sur le site Le livre scolaire 
Andrée Chedid,
la poètesse d’origine arabe qui a trouvé à Paris son souffle de création

Andrée Chedid occupe une place singulière dans la littérature francophone. Son nom résonne à la fois au Liban, en Égypte et en France, mais c’est à Paris qu’elle a véritablement trouvé un espace d’écriture capable d’accueillir son imaginaire, ses blessures et ses espérances. Poète, romancière et dramaturge, elle a laissé une œuvre marquée par la douceur, la lucidité et une profonde attention à l’être humain. Paris n’a pas seulement été le cadre de sa vie. La ville est devenue un lieu intérieur, un territoire d’où elle a pu transformer son expérience orientale en une langue universelle.

Née au Caire au sein d’une famille libanaise, Andrée Chedid grandit au croisement de plusieurs cultures. Son enfance égyptienne lui offre la lumière, le Nil, l’intensité des couleurs et une intimité quotidienne avec le monde arabe. Mais dès son plus jeune âge, elle lit en français, fréquente des écoles où se côtoient des sensibilités variées et développe une ouverture rare. Cette pluralité ne la quittera jamais. Elle deviendra l’une des matrices essentielles de son écriture.

Lorsque Andrée Chedid arrive à Paris dans les années quarante, elle découvre une ville encore marquée par les traumatismes de la guerre, mais animée par un bouillonnement intellectuel intense. Les cafés, les librairies, les rencontres littéraires et les grandes figures de l’après-guerre constituent un environnement fertile. La capitale française accueille son regard neuf et sa voix venue d’ailleurs. Elle y trouve un climat propice à l’exploration de thèmes qui deviendront centraux dans son œuvre. La fragilité de l’existence, le lien entre les vivants, la quête d’un sens possible dans un monde secoué par les conflits et les déchirures.

Paris n’efface pas l’Orient de sa mémoire. Au contraire, Andrée Chedid fait de cette double appartenance un terrain poétique. Ses premiers recueils témoignent d’une écriture où la lumière du Caire dialogue avec la sobriété parisienne. Elle compose des poèmes où la douceur côtoie la douleur, où l’élan vers l’autre devient une manière de résister au désespoir. Son univers se nourrit de la simplicité du geste humain, de l’attention portée à la moindre émotion et de la conviction que la poésie peut réconcilier ce que la violence sépare.

L’une des grandes forces d’Andrée Chedid est sa manière de parler de la condition humaine avec une limpidité qui n’exclut jamais la profondeur. Elle écrit sans emphase. Elle préfère la parole calme, directe et lumineuse. Ses poèmes disent la fragilité, mais ne cèdent pas à la résignation. Ils témoignent d’une volonté de garder vivant le lien entre les êtres, même lorsque le monde semble déchiré. Cette sensibilité touche particulièrement le public parisien, qui reconnaît dans sa voix un équilibre rare entre la méditation et l’espoir.

Au fil des années, Paris devient le lieu où Andrée Chedid construit une œuvre vaste. Elle écrit des romans, des pièces de théâtre, des recueils de poésie et des textes courts où la vie quotidienne s’ouvre à des interrogations plus larges. La ville n’est pas seulement un décor. Elle est une présence. Les rues, les jardins, les ponts et les saisons alimentent son imaginaire. Loin de l’agitation littéraire, elle mène une existence discrète mais féconde, accordant une importance essentielle au travail, au silence et à la fidélité à l’écriture.

L’empreinte orientale, elle, ne disparaît jamais. Elle se manifeste par la chaleur émotionnelle, par l’attention au corps, par une forme de spiritualité douce qui traverse ses poèmes. Andrée Chedid ne revendique pas cette identité de manière directe. Elle l’incarne sans effort, dans sa manière d’accueillir la vie, dans sa capacité à écouter la douleur des autres et à la transformer en un geste poétique. Les lecteurs français trouvent dans cette voix une possibilité de rencontre avec un Orient débarrassé de l’exotisme, un Orient humain et proche.

La reconnaissance de son travail en France témoigne de la force de cette écriture. Plusieurs prix littéraires saluent son talent. Son nom circule avec respect dans les milieux culturels. Ses œuvres sont étudiées, traduites et jouées. Son fils, le chanteur et auteur Louis Chedid, puis son petit-fils, le musicien M, contribuent à élargir encore la présence de cette famille au sein du paysage artistique français. Mais Andrée Chedid reste avant tout une poète, quelqu’un qui fait confiance au pouvoir du mot pour éclairer l’obscurité.

La guerre, l’exil et la souffrance humaine sont des thèmes qu’elle aborde avec pudeur. Contrairement à beaucoup d’écrivains de sa génération, elle ne dramatise jamais. Elle choisit plutôt de célébrer la résistance intime. Elle rappelle que même au cœur de l’épreuve, l’être humain conserve une dignité irréductible. Ce regard profondément humain a trouvé à Paris un terrain particulièrement réceptif. La ville, avec son histoire faite d’accueils et de ruptures, a souvent été sensible aux voix venues d’ailleurs qui parlent de l’espoir avec sincérité.

Andrée Chedid a réussi quelque chose de rare. Elle a fait dialoguer les paysages du Nil avec la lumière parisienne, la mémoire arabe avec la modernité française, la douleur avec la douceur. Elle a montré qu’il est possible d’être du monde sans renier ses origines. Elle a incarné une forme de présence universelle qui dépasse les frontières et les appartenances.

Aujourd’hui encore, son œuvre continue de s’imposer dans les librairies françaises. Ses poèmes circulent dans les écoles, dans les universités et dans les cercles de lecture. Paris se souvient d’elle comme d’une voix qui a apporté une sensibilité nouvelle à la langue française. Elle a transformé sa propre histoire, faite de déplacements et de réinventions, en une source de lumière accessible à tous.

Rendre hommage à Andrée Chedid, c’est reconnaître la beauté d’une écriture qui ne cherche jamais à éblouir. C’est célébrer une femme qui a fait de Paris son foyer intérieur et qui a offert à la littérature française l’une de ses voix les plus justes. Sa poésie reste un lieu où l’on peut revenir lorsque la vie devient trop bruyante. Elle rappelle que la douceur n’est pas faiblesse, que la lumière peut naître de la fragilité et que la poésie demeure une manière de tenir debout.

Dans l’histoire littéraire de Paris, Andrée Chedid occupe désormais une place essentielle. Elle représente ce moment où une voix venue de l’Orient trouve en France un espace pour se déployer pleinement. Sa présence continue d’habiter la ville et de nourrir un dialogue silencieux mais profond entre les cultures. À travers son œuvre, l’Orient et Paris ne sont plus deux mondes séparés, mais deux rives d’un même fleuve intérieur.
Source / PO4OR – Portail de l’Orient, Paris /05 décembre 2025


Terre et Poésie

Vivre en poésie, ce n’est pas renoncer ;
c’est se garder à la lisière de l’apparent et du réel,
sachant qu’on ne pourra jamais réconcilier, ni circonscrire.

L’instant de poésie : fragile, à cause de nous qui ne savons pas séjourner ;
pas à cause d’elle, poésie, qui est égale inlassablement.

La poésie, comme l’amour, charge de tout son contenu,
force à tous ses espaces le visage, le geste, le mot.
Sans elle, à l’instant d’être, ils seraient déjà morts – ou cernés
jamais en leur étroite forme, ce qui est mourir d’une autre façon.

Le poème apparaît souvent comme un éboulis de mots,
dépourvus de sens pour l’oeil non exercé.

La poésie suggère.
En cela, elle est plus proche qu’on ne pense de la vie,
qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe.

Nous ne donnons rien au poème qu’il ne nous rende au centuple.
Nous croyons le faire ; c’est lui qui, secrètement, nous fait.

Quand on a pris goût à l’espace sans dimension de la poésie,
on n’accepte que par à-coups
– parfois aussi par égard pour les autres –
le quotidien et les ruelles exactes.

Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie
que cet homme qui – sans parole aucune –
se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre,
ou le coeur attentif à la voix d’un ami.

L’appel du poème est rarement contraignant.
Le plus souvent discret, ne dirait-on pas que son premier désir
est qu’on veuille bien, tout d’abord, écouter.

Si la poésie n’a pas bouleversé notre vie,
c’est qu’elle ne nous est rien.
Apaisante ou traumatisante, elle doit marquer de son signe ;
autrement, nous n’en avons connu que l’imposture.

Tant que nous n’aurons pas résolu le problème des origines
– et il semble que la clef translucide ne sera jamais à notre anneau -,
la poésie gardera sa raison d’être.
De la certitude de ne jamais savoir tout à fait,
elle seule et l’amour nous consolent.

Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain
aussi certainement que nous portons notre corps,
cela s’appelle : Poésie.

Le poème se nourrit de mouvements ;
mouvements de cet être intérieur que certains appelleraient « âme ».
Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.

Andrée Chedid

L'artiste rom Ceija Stojka, grand témoin du génocide des roms et tziganes pendant la 2e guerre mondiale, pour Éric

J'aimerai faire découvrir à Éric cette femme remarquable qu'était Ceija Stojka (1933-2013) - ce qu'elle a vécu et son témoignage au travers de sa peinture et de ses écrits font qu'elle fait aussi partie de mon panthéon personnel.-
Composition sur tissu avec copie de deux tableaux de Ceija Stokja, sans titre, -représentant à gauche, l'arrestation des tziganes dans leur campement par les Nazis,  et à droite, tous les yeux et les mains des suppliciés des camps,
ces yeux qu'il faut toujours garder ouverts! 

Autodidacte, rom et autrichienne, cette survivante des camps de concentration nazis (Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen) commence à peindre sur le tard, à 56 ans, pour conjurer le silence autour du génocide des Roms et des Tziganes (le Samudaripen*).

Elle possède une force poignante née d’une violente dichotomie entre d'une part la mémoire et l'horreur des camps (ses oeuvres sombres) souvent en noir et blanc aux traits bruts et expressifs qui dépeignent les baraquements, les barbelés, les corbeaux et l’horreur de la déshumanisation et, d'autre part, la célébration de la vie nomade, symbole de son peuple, ses "oeuvres claires" baignées de lumière, de coquelicots et de tournesols (fleurs préférées des roms), reflet de son enfance libre et heureuse. On retrouve de façon récurrente dans sa création le thème de l'oeil, qui refuse de fermer les paupières devant la beauté du monde comme devant la barbarie, faisant de son art un acte vital de résistance, de dignité et de transmission.

Même si ce mail-art fait référence à une période très sombre de l'histoire, je suis certaine qu'il ne laissera pas Éric indifférent, car cette femme-là ne doit jamais être oubliée, témoin s'il en fut de tout ce que son peuple nomade a pu souffrir et souffre encore de xénophobie, de racisme et de rejet.

Cher Éric je t'en souhaite une très bonne réception.

* lien vers le Monde Diplomatique à propos du Sumadaripen 

***  Ceija STOJKA ***
A gauche, Photo vue sur le site de la galerie Christophe Gaillard et sur d'autres sites également, sans date ni nom d'auteur
 à droite, photo relevée sur Wikipédia, prise lors d'une présentation d'un de ses livres à Vienne en 2008
Ceija Stojka naît dans le Land autrichien de Styrie. Ses parents sont issus d’une lignée de marchands de chevaux roms, originaires de Hongrie et installés depuis deux siècles en Autriche, les Lovara. Alors qu’elle est encore une petite fille, en raison des restrictions et des discriminations qui touchent la communauté tsigane, sa famille se voit obligée de se sédentariser. En 1941, son père est déporté à Dachau et sa mère se cache avec ses enfants. L’année suivante, son père est assassiné au centre de mise à mort de Hartheim, où il a été transféré. En 1943, C. Stojka, sa mère et ses cinq frères et sœurs sont arrêté·e·s et déporté·e·s à Auschwitz-Birkenau. Un an plus tard, elle est envoyée à Ravensbrück avec sa mère et une de ses sœurs ; très jeune, elle est témoin de scènes d’une terrible cruauté. La famille est encore séparée l’année qui suit : C. Stojka est déplacée à Bergen-Belsen, avant d’être libérée par les troupes anglaises. Plus tard, elle dira qu’elle a dû sa survie dans ce dernier camp à une branche d’arbre dont elle a gratté l’écorce pour en récupérer la sève.

Avec sa mère, C. Stojka rentre à pied à Vienne où elle retrouve ses deux sœurs et deux de ses frères qui ont réchappé des camps. On estime que 90 % de la population rom autrichienne, déportée massivement dès la fin des années 1930, a été exterminée ; les rescapé·e·s revenu·e·s dans le pays vivent dans des conditions très difficiles à leur retour.

La famille Stojka reprend son commerce de chevaux à la fin des années 1940 ; en 1955, C. Stojka, qui habite toujours à Vienne, vend des tissus au porte-à-porte, puis obtient quelques années plus tard un permis pour exercer le métier de marchande de tapis sur les marchés. Au milieu des années 1980, son frère Karl (1931-2003) commence à exécuter des tableaux figurant son expérience concentrationnaire. En 1988, C. Stojka fait publier un premier texte (Wir leben im Verborgenen, paru plus tard en français sous le titre Nous vivons cachés), dans lequel elle raconte ses souvenirs de la guerre, et elle réalise ses premières peintures et dessins.

Il est difficile de classer sa production picturale en différentes périodes, dans la mesure où elle ne travaille pas par séries, sa pratique étant davantage dictée par une manière de naviguer entre différents éléments autobiographiques : des œuvres joyeusement colorées, représentant une enfance heureuse au milieu de sa famille, en côtoient d’autres marquées par une grande noirceur, évoquant les mois passés à se cacher, le choc de l’arrestation, les épisodes de violence et de brutalité vécus dans les camps, jusqu’à leur libération.

Pour ses dessins et ses peintures, Ceija Stojka travaille à la main comme au pinceau, par grands mouvements énergiques, sur du carton, du papier ou du papier cartonné, utilisant de l’acrylique ou de la peinture à l’huile, de la craie, du sable coloré, un stylo-bille, de l’encre ou des paillettes. Les scènes concentrationnaires sont généralement complétées de textes, incarnant la voix de sa mère ou la sienne, ou encore les injonctions des bourreaux. En souvenir de Bergen-Belsen, elle accompagne la signature de certains de ses tableaux d’un dessin de branche d’arbre, par exemple dans Personne n’avait vu cela… (1995) ou Là, il n’y avait pas de place pour les vivants (2005).

Son travail est montré au public pour la première fois en 1991, à l’Amerlinghaus à Vienne, et par la suite dans de nombreuses institutions, notamment au Mémorial de Ravensbrück (1996-1997) ou au Jüdisches Museum de Vienne (2004). Elle décède en 2013, après avoir fait paraître des essais de poésie, et son œuvre continue d’être présentée au sein d’expositions collectives et monographiques.

Camille Paulhan
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2021
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Ceija Stojka, la petite Tsigane d'Auschwitz sur la chaine Youtube Anita Historia

Margarethe Ceija Stojka est née à Kraubath en Styrie, le 23 mai 1933. Elle grandit dans une famille tsigane pauvre mais aimante, entourée de ses cinq frères et sœurs. En 1941, son père est arrêté puis sa grand-mère est assassinée par la Gestapo. Alors qu’elle n’a que 10 ans, elle est envoyée en camp de concentration avec le reste de sa famille. Elle est forcée de travailler. Devenue une artiste et poète, elle va commencer à témoigner pour son peuple. 
Sources : STOJKA, Ceija, Nous vivons cachés : récits d'une Romni à travers le siècle, Editions Isabelle Sauvage, 2018 STOJKA, Ceija, Auschwitz est mon manteau et autres chants tsiganes, Editions Bruno Doucey, 2018
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Écoutez ici un extrait de l'un de ses poèmes, lu par Jacques Bonnafé du 12 mars 2018 - Année de l'exposition dédiée à l'artiste à la Maison Rouge à Paris (qui n'existe plus hélas), et à la Belle de Mai à Marseille en cliquant sur ce lien : Podcast sur France Culture : auschwitz est mon manteau 
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A la découverte de Ceija Stojka, artiste rom et militante - vidéo de la chaine Youtube de Magma - 2008
Les journalistes citoyens de Magma, accompagnés par Biser, Nasko, Valérie, Olivier et Stéphanie, des acteurs sociaux et culturels de Bruxelles, Roms et non-Roms, se sont rendus à la Maison Rouge de Paris à l'occasion de l’exposition éphémère de Ceija Stojka. Cette artiste rom exceptionnelle est un symbole d’une histoire collective méconnue.  
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Pour avoir plus de détails sur la manière dont sa peinture fit sensation lors de la dernière exposition de ses oeuvres à Besançon en 2026, voici l'accès au dossier de presse.
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Voici une évocation des travaux d’écriture de Ceija Stojka avec un poème extrait du livre Nous vivons cachés de Ceija Stojka qui est surtout composé de prose.


J’ai la liberté
Et bien des années après,
une fois libérés,
c’était très difficile
de revenir dans le monde,
dans le beau monde,
où le vert pousse,
où personne ne nous menace
et désire nous assassiner.
La peur est toujours en nous
Je ne réussirai jamais
à oublier cela.
Jamais.
Tant que je vivrai
je penserai à
ce qu’ils ont fait de nous,
ce Hitler et ses gens.
Ce que je désire du monde
est que les gens fassent attention
et qu’ils gardent les yeux ouverts
sur le monde qu’ils traversent et qu’ils veillent
à ce que cela
ne se reproduise jamais.
Chacun doit penser en soi :
j’ai la liberté
de tuer quelqu’un d’autre
et de lui prendre sa vie.

Ce poème témoigne de la difficulté de Ceija Stojka à oublier ce qu’elle a vécu dans les camps mais aussi de la vie qui attend les déportés après les camps. Elle évoque la méfiance qu’elle aura toujours envers les gens due à tout ce qu’elle a vécu dans les camps dans lesquels elle était tenue prisonnière. Elle déclare ne pas arriver pas à effacer de sa mémoire les horribles souvenirs de la déportation et qu’elle n’arriverait jamais à les oublier. Elle nous met également en garde et nous rappelle à tous l’atrocité des actions commises par les nazis et de faire attention au monde qui nous entoure, de sorte que cela ne se reproduise plus jamais

Extrait d'un long article vu sur le site La répression des Tziganes 1939 -1945- Ceija Stojka

Superbes portraits de LPVD*A , le street-ponceur qui sait faire "parler" le bois, pour Michèle

Vous le savez déjà, je suis une fan inconditionnelle du travail du street-ponceur Antoine Guignard, plutôt connu sous le pseudo Les Pinceaux Verts d'Antoine. Or je viens de découvrir sur internet ses travaux les plus récents effectués dans la commune de Nendaz, dans le canton suisse du Valais, au cours de cet été 2026.

Ce que je trouve admirable chez lui, c'est la manière dont il sait faire "parler" le vieux bois, tanné par les intempéries : il choisit essentiellement de réaliser le portrait de jeunes enfants ou au contraire, des personnages qui ont du vécu et qui sont une sorte de mémoire collective pour les habitants d'une communauté. Ses portraits, qu'il commence généralement par les yeux pour avoir un repère afin de mettre en place l'intégralité du visage, sont toujours tellement "vivants", pleins d'humanité et d'avenance.

Je destine ce nouveau mail-art à Michèle, grande amatrice de street-art et par ailleurs très sensible à l'art et à la beauté . Je ne doute pas qu'elle sera ravie de le recevoir, et qu'elle appréciera toute la finesse du travail d'Antoine. Je lui en souhaite une bonne réception, dans les meilleurs délais. 
Le visage de Jean Gillioz à gauche - été 2026-  et Antoine à pied d'oeuvre sur une façade

Ce sont quatre personnages emblématiques des communes de Basse Nandaz et Haute-Nandaz qui ont été ainsi célébrés pour le bonheur de tous : un muletier, une villageoise,  un guide de montagne et un pionnier dans la plantation de framboiseraie.
Le visage de Jean Gillioz (1864-1934) guide de montagne célébré sur une grange de Basse-Nendaz grâce à l'artiste LPVD*A
photos publiés sur le site de la commune de Nandaz à gauche, et sur le site instagram de l'artiste à droite

Pour plus de détails sur le travail d'Antoine Guignard à Nandaz, je vois renvoi à l'article "Fresques sur les granges" où la commune précise qu'elle a souhaité mettre en valeur son patrimoine bâti et créer un dialogue entre art contemporain et identité locale. Les œuvres, réalisées directement sur le bois des granges, s’intègrent ainsi au paysage et au patrimoine nendard.

Poète à sa façon, Antoine Guignard a inventé le street-art écologique, pour Michèle

Comme je suis absolument bluffée par la technique tout à fait spécifique de cet artiste suisse autodidacte qu'est Antoine Guignard, et sensible à sa belle philosophie de vie découverte lors de son passage sur la RTS dans l'émission "Passes moi les jumelles",  j'ai eu envie de continuer à le faire connaître à d'autres de mes correspondants, qui seront sensibles à son art, si novateur et surtout si écologique.

Aucun solvant, aucun acide, aucune peinture, rien que des disques abrasifs, une ponceuse, une meuleuse pour travailler à la surface des bois anciens dont sont faits les vieux chalets de montagne ou les portes cochères dans les villages : Antoine Guignard sait "lire" le bois et en exploiter les aspérités et surtout les couleurs, pour y représenter des personnages en rapport avec l'histoire du lieu qui lui a donné mandat pour exécuter sa fresque. Ce qui est absolument fou, c'est la façon extraordinaire qu'il a de saisir le regard de ses personnages qu'il sait rendre incroyablement vivants.

Je destine cet mail-art à Michèle qui a la chance de vivre dans une région où il reste peut-être encore de telles granges comme celle qui a servi de support à Antoine.



Cette réalisation a été effectuée dans le cadre de la collaboration avec le Musée des Forges et moulins de Pinsot dans le cadre des journées du Patrimoine 2021. Ici il nous propose les portraits de trois enfants arborant de larges sourires (clichés Août 2021). Localisation : Rue Louise Barnier, Pinsot (Isère)

Voilà bien une personne très attachante, dont l'humanisme et les qualités de coeur sont extrêmement touchantes et j'espère que ce nouveau mail-art à la gloire du street-artiste LVPD*A (nom d'artiste d'Antoine, signifiant Les Pinceaux Verts D'Antoine) saura également toucher Michèle à qui j'en souhaite une très bonne réception. 

Magnifiques mains d'artiste révélées par la ponceuse d'Antoine Guignard, pour Thérèse

Depuis que j'ai découvert la technique tout à fait spécifique de cet artiste suisse autodidacte qu'est Antoine Guignard, lors de son passage sur la RTS dans l'émission "Passes moi les jumelles", j'ai eu envie de continuer à le faire connaître à d'autres de mes correspondants, qui seront sensibles à son art.

Passionné de dessin depuis son enfance, paysagiste et graffeur, c'est lorsqu'Antoine a repris l'ancien chalet d'estive de son grand-père pour y vivre,  qu'il a découvert en le retapant petit à petit,  la joie que procure le travail du bois ancien, rien qu'avec les outils de décapage : le ponçage entre ses mains est devenu un nouvel art, qu'il appelle le street-ponçage. 

C'est donc à Thérèse qui aime beaucoup les mains, que j'ai composé un mail-art pour lui faire connaître ce bel artiste, à partir d'un ancien tableau encadré montrant les mains d'une artiste peintre,  en l'associant, par le timbre à une autre artiste pour laquelle la sensation du toucher est tout à fait esssentielle et complémentaire à la vue.  
tableau original de LPVD*A - pas de date ni de titre retrouvé sur internet
Compte tenu de sa petite taille, j'imagine que c'est une pièce marquant les débuts de l'artiste avec sa ponceuse, ses fresques sur portes cochères et façades de granges du Pays de Vaud, viendront plus tard.

La composition est réalisée sur un fond de tulle vieilli, avec une copie des vieilles mains de peintre extraite du tableau original ci-dessus signé LPVD*A, associé au timbre embossé réalisé par La Poste, à partir du travail de l'artiste Prune Nourry

Lignes de vie : En octobre 2023, faisant suite au Projet Phénix de Prune Nourry et à ses huit bustes de personnes malvoyantes réalisés les yeux bandés par l'artiste, dont les lignes de vie sont embossées sur du papier, La Poste française a émis 450 000 exemplaires d'un timbre qu'elle avait conçu. Elle avait choisi comme motif les mains d'Aïcha, élève de l'INJA, l'Institut National des Jeunes Aveugles à Paris. En tant que sculptrice, Prune Nourry est particulièrement sensible au sens vital du toucher – «l’outil de son métier» et un prolongement de ses yeux. 
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Voici LPVD*A à l'ouvrage dans une autre de ses oeuvres sur la façade de l'Ecole Jurassienne du Bois de Délémont largement détaillée dans le journal télévisuel local (2024)

 Antoine Guignard devant sa peinture sur la façade de l'École Jurassienne du Bois, 
le centre de formation des charpentiers et menuisiers de Delsberg.- Photo de Sébastien Anex
Une fresque monumentale a été inaugurée ce week-end sur la façade de l'école du bois à Delémont (JU). L'artiste Antoine Guignard, alias "LPVDA", a mis un mois pour créer cette œuvre unique de 90 mètres carrés à la ponceuse et à la disqueuse.

L'œuvre représente deux enfants et les fait symboliquement participer à la construction de l'école du bois. Si le résultat conquiert Estelle, la modèle, il n'est pas le plus important pour son créateur. Pour lui, ce qui compte, c'est le processus, exprime-t-il dans le 12h45 lundi. Il a aimé "avoir le sourire des gens, les passants au fur et à mesure que l’œuvre avançait. Les gens étaient souriants, ça leur donnait du bonheur. Et moi j’étais très content."

Un mois de travail : le projet a commencé fin septembre par une séance photo des deux modèles dans une maquette construite pour l'occasion. Ensuite, Antoine Guignard a dû teindre la façade de l'école "pour avoir une teinte foncée et uniforme"  Il a poursuivi en dessinant une première esquisse sur la façade, qu'il a ensuite poncée à l'aide d'une disqueuse, d'une ponceuse et du papier de verre, en s'aidant de la photo de ses modèles sur son téléphone comme seul repère.

Cette fresque a été commandée par l’association jurassienne des métiers du bois pour son centenaire. Elle est pour elle à la fois un marqueur et une perspective. "Les messages au travers de cette œuvre sont nombreux. On voit ressortir l’art, l’artiste, et ça, c’est génial. Mais au travers de ça, il y a une histoire, on voit cet artisanat et aussi l’avenir au travers des deux enfants", se réjouit Stéphane Willemin, le Président de la Commission de formation de l'école du bois jurassienne.
Source : Article d' Olivier Kurth publié le 4 novembre 2024 JUMA

Un long article de Barbara Spycher est dédié à ce bel artiste dans le journal alémanique Tages Anzeiger publié le 14 novembre 2024 auquel je n'ai pas eu  un accès complet. On peut y lire néanmoins qu'Antoine Guignard, originaire de Vaud, a inventé avec ses fresques une forme d'art qui donne un visage aux bâtiments, uniquement grâce à un polissage virtuose.

On y comprend combien sont essentiels à son épanouissement et à son art la vie simple, la liberté, la nature, et bien sûr le matériau extraordinaire qu'est le bois,  sans oublier les gens, dont il sait si bien rendre toute l'humanité.