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| Même pour un simple papillon, tout le ciel est nécessaire - Photo Pixabay |
Et
si on vivait de poésie ?
Tu vois, moi, je ne suis pas doué pour grand-chose. Je ne sais pas faire
fortune. Je ne sais pas toujours comment aborder les gens, et encore moins
comment les retenir. Mais il y a des choses que je sais. Je sais écouter le
vent dans les branches. Je sais reconnaître la chanson d’un merle moqueur. Je
sais la couleur du ciel et ses humeurs.
Et
ça, personne ne peut me le prendre. Les autres courent après l’argent. Moi, je
cours après l’instant.
Vivre
de poésie, ce n’est pas compliqué. C’est même ce qu’il y a de plus simple.
C’est laisser la chanson finir avant de penser à la suivante. C’est s’attarder sur l’ombre dansante d’un palmier.
C’est toucher la place tiède dans le lit, juste après que l’autre s’est levé.
La poésie, c’est trouver que la pluie a du rythme, que le vent a du
vocabulaire, que le silence a des choses à dire pour qui prend le temps de se
taire.
La poésie, c’est ramasser une feuille morte et la trouver encore vivante. C’est
rentrer par le chemin le plus long pour passer sous les platanes. C’est acheter
un livre dont on ne connaît pas l’auteur, pour un titre qui nous console. C’est
sourire à la lueur d’un coquelicot, d’un tournesol.
Les poètes voient ce que les autres survolent, entendent ce que les autres
enterrent. Ils ont ce don précieux de rendre le monde habitable en lui rendant
sa beauté véritable.
Et
le beau, mon ami, c’est de la résistance. Dans un siècle qui a fait du cynisme
une élégance et du désenchantement un loisir, choisir la poésie, c’est
désobéir.
C’est garder, au fond de soi, cette petite voix qui murmure : il y a encore des
choses qui valent la peine. Les mésanges qui picorent sur les rebords des
fenêtres valent la peine. Les mains qui se cherchent sous la table valent la
peine. Les soirs qui dorent les vitres des bus valent la peine.
Tout vaut la peine, pour qui sait voir.
Alors
Ecris. Danse. Dessine.
Regarde.
Écoute. Caresse. Cueille
Console.
Invente…
Invente-toi
des raisons.
Invente-toi
des saisons.
Invente-toi
des chansons.
La
vie a une histoire
Et
ce qui l’écrit, c’est la poésie
Regarde
les statues, regarde les palais
Regarde
les livres sur les étagères, tout ce qui reste de nous, tout ce qui traverse les siècles, tout ce qui
résiste à l’oubli… c’est toujours de la poésie – en pierre, en bronze, en
musique, en papier .
Mais
toujours toujours de la poésie
Alors
demain matin, quand tu ouvriras les yeux, regarde comme si tu voyais pour la
première fois.
Une
couleur, un nuage, un arbre, un visage…
Et
tu verras,
Oui
tu verras
Comment
le monde te répondra.
Valentin AUWERCX Poète contemporain
texte
extrait du recueil « trop vivants »
















