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6 août 2026

On l'appelait Le Maestro : adieu Francesco Guccini, chanteur de l'amitié et des gens simples!

Francesco Guccini - photographie de La Presse

Tout le peuple italien en deuil rend hommage à Francesco Guccini, l'un des plus grands auteurs-compositeurs-interprètes de la Péninsule. Ses chansons, d'une grande portée artistique, existentielle, politique et sociale, ont marqué l'histoire de la chanson italienne. L'artiste s'est éteint à son domicile de Pavana, à l'age de 83 ans. "Guccio" comme il était aussi surnommé, était très populaire et très aimé, beaucoup par les provinciaux et les petites gens :  aujourd'hui beaucoup ont le sentiment d'avoir perdu un ami véritable. 

Je vous mets un lien vers son site internet officiel où  sa biographie est détaillée, lui l'enfant de Modène né le 14 juin 1940 soit quatre jours après l'entrée en guerre de l'Italie fasciste. 

Au cours des cinq décennies de sa carrière musicale, il a enregistré 16 albums et collections en studio et 6 albums live. Il est aussi écrivain, ayant publié des romans autobiographiques et des romans noirs, ainsi que comique. Francesco Guccini a également travaillé comme acteur, compositeur de bandes sonores, lexicographe et dialectologue.
Ses textes ont été loués pour leur valeur poétique et littéraire et ont été utilisés dans les écoles de poésie moderne. Guccini a gagné l'appréciation des critiques et des fans, qui le considèrent comme une figure emblématique. Il a reçu plusieurs prix pour ses travaux ; un astéroïde, une espèce de cactus et une sous-espèce de papillon ont été baptisés de son nom. L'instrument principal de la plupart de ses chansons est la guitare acoustique. 
Personnage placé à gauche sur l'échiquier politique, Francesco Guccini a traité des questions politiques et plus généralement du climat politique de son époque dans certaines chansons.
(source Wikipédia)

Comme je ne parle pas sa langue, même si j'ai 50% de sang italien dans les veines, j'ai voulu, avec trois de ses chansons, vous donner à entendre et à lire la grande humanité et le profond engagement de cet immense auteur- compositeur-interprête, qu'était Francesco Guccini.

Premier choix : ode à la liberté

Chanson live La tua liberta - Vidéo publiée sur la chaine Youtube de Haller 

LA TUA LIBERTA / TA LIBERTÉ

Oltre le mura / au-delà des murs
Delle città / des villes
Un orizzonte insegue un orizzonte / un horizon poursuit un horizon
A un'autostrada, un'altra seguirà / une autoroute en suivra une autre
Gli spazi sono fatti per andare / les espaces sont faits pour avancer
La tua libertà / ta liberté
Se vuoi / si tu le veux
La puoi trovare / tu peux la trouver
 
E un uomo saggio / Et un homme sage
Regole farà / fera des règles,
Una prigione fatta di parole / une prison faite de mots ;
I carcerieri di una società /les geôliers d’une société
Ti impediranno di cercare il sole - vous empêcheront de chercher le soleil
La tua libertà / ta liberté
Se vuoi / si tu le veux
La puoi trovare / tu peux la trouver

Fossi un uccello / J’étais un oiseau
Alto nel cielo / haut dans le ciel
Potrei volare senza aver padroni / je pourrais voler sans avoir de maîtres;
Se fossi un fiume / si j’étais une rivière
Potrei andare / je pourrais y aller
Rompendo gli argini nelle mie alluvioni / en brisant les digues dans mes inondations

E boschi e boschi / Et bois et forêts
Cerco attorno a me / je cherche autour de moi
Dov'è la terra che non ha barriere? /  Où est la terre qui n’a pas de barrières?
Dov'è quel vento che ci spingerà / où est ce vent qui nous poussera
Come le vele o come le bandiere / comme les voiles ou les drapeaux ;
La tua libertà / ta liberté 
Se vuoi / si tu veux
La puoi trovare / tu peux l'avoir
Fossi un uccello / J’étais un oiseau
Alto nel cielo / haut dans le ciel
Potrei volare senza aver padroni / je pourrais voler sans avoir de maîtres;
Se fossi un fiume /si j’étais une rivière
Potrei andare / je pourrais y aller
Rompendo gli argini nelle mie alluvioni / en brisant les digues dans mes inondations

Ma sono un uomo / Mais je suis un homme
Uno fra milioni / un parmi des millions
E come gli altri ho il peso della vita / et comme les autres j’ai le poids de la vie
E la mia strada lungo le stagioni / et ma rue au fil des saisons
Può essere breve, ma può essere infinita / peut être courte, mais elle peut être infinie ;
La tua libertà / ta liberté

Cercala / Cherche-la
Che si è smarrita / qui s’est perdue
Cercala / Cherche-la
Che si è smarrita / qui s’est perdue
Cercala / Cherche-la
Che si è smarrita / qui s’est perdue
Cercala / Cherche-la
Che si è smarrita / qui s’est perdue
Cercala / Cherche-là
Source: LyricFind
Songwriters: Francesco Guccin i- lyrics © Sony/ATV Music Publishing LLC
Deuxième choix : une chanson pour la mémoire et que jamais ne soient oubliés les millions de personnes qui partirent en fumée dans les camps nazis. Tout d'abord la version originale chantée par son auteur, puis, en live, cette magnifique chanson interprétée par le groupe folk-rock italien I Nomadi, pour le frisson, lorsque le public reprend à l'unisson. 
La chanson de l'enfant dans le vent - Auschwitz - Chanson de Francesco Guccini ‧ 1967

LA CONZONE DEL BAMBINO NEL VENTO - AUSCHWITZ
LA CHANSON DE L ENFANT DANS LE  VENT - AUSCHWITZ
Son morto con altri cento / Je suis mort avec cent autres
Son morto ch'ero bambino / je suis mort quand j'étais enfant
Passato per il camino / Passé par la cheminée
E adesso sono nel vento / Et maintenant je suis dans le vent
E adesso sono nel vento / Et maintenant je suis dans le vent

Ad Auschwitz c'era la neve / Il y avait de la neige à Auschwitz
Il fumo saliva lento / La fumée montait lentement
Nel freddo giorno d'inverno / Dans la froide journée d'hiver
E adesso sono nel vento / Et maintenant je suis dans le vent
Adesso sono nel vento / Maintenant je suis dans le vent

Ad Auschwitz tante persone / De nombreuses personnes à Auschwitz
Ma un solo grande silenzio / Mais juste un grand silence
È strano non riesco ancora / C'est étrange, je ne peux toujours pas
A sorridere qui nel vento / Souriant ici dans le vent
A sorridere qui nel vento / Souriant ici dans le vent

Io chiedo come può un uomo / Je demande comment un homme peut
Uccidere un suo fratello /Tuer un de ses frères
Eppure siamo a milioni / Pourtant nous sommes des millions
In polvere qui nel vento / Épousseté ici par le vent
In polvere qui nel vento / Épousseté ici par le vent

Ancora tuona il cannone / Le canon gronde encore
Ancora non è contento / Il n'est toujours pas content
Di sangue la belva umana / La bête humaine est ensanglantée
E ancora ci porta il vento / Et toujours le vent nous amène
E ancora ci porta il vento / Et toujours le vent nous amène

Io chiedo quando sarà / Je demande quand ce sera
Che l'uomo potrà imparare / Cet homme peut apprendre
A vivere senza ammazzare / Vivre sans tuer
E il vento si poserà / Et le vent s'installera
E il vento si poserà / Et le vent s'installera

Io chiedo quando sarà / Je demande quand ce sera
Che l'uomo potrà imparare / Cet homme peut apprendre
A vivere senza ammazzare / Vivre sans tuer
E il vento si poserà / Et le vent s'installera
E il vento si poserà / Et le vent s'installera
E il vento si poserà / Et le vent s'installera

La conzone del bambino nel vento - Auswichz par le groupe I NOMADI
enregistrement live de 1992 publiée sur la chaine youtube du groupe
Dernier choix : une très belle chanson d'amour : Vorrei
 VORREI,  extraite de son album "D’amour, de mort et d’autres balivernes" (vidéo publié sur la chaine youtube de l'artiste)

VORREI / JE VOUDRAIS

Vorrei conoscer l'odore del tuo paese / J’aimerais connaître l’odeur de ton pays
camminare di casa nel tuo giardino, /marcher de la maison dans ton jardin,
respirare nell'aria sale e maggese, /respirer dans l’air salin et maigre,
gli aromi della tua salvia e del rosmarino / les arômes de ta sauge et du romarin

Vorrei che tutti gli anziani mi salutassero / Je voudrais que tous les anciens me saluent
parlando con me del tempo e dei giorni andati,/ me parlant du temps et des jours passés,
vorrei che gli amici tuoi tutti mi parlassero, / J’aimerais que tous tes amis me parlent,
come se amici fossimo sempre stati. / comme si on avait toujours été amis.

Vorrei incontrare le pietre, le strade, gli usci / Je voudrais rencontrer les pierres, les rues, les lieux
e i ciuffi di parietaria attaccati ai muri, / et les mèches de pare-air attachées aux murs,
le strisce delle lumache nei loro gusci, / les bandes des escargots dans leurs coquilles,
capire tutti gli sguardi dietro agli scuri /comprendre tous les regards derrière les ténèbres

E lo vorrei / Et je le voudrais
perché non sono quando non ci sei / pourquoi je ne suis pas quand tu n’es pas là
e resto solo coi pensieri miei ed io... / et je reste seulement avec mes pensées et moi...

Vorrei con te da solo sempre viaggiare,/ J’aimerais voyager toujours seul avec toi,
scoprire quello che intorno c'è da scoprire / découvrir ce qu’il y a à découvrir autour
per raccontarti e poi farmi raccontare / pour te raconter et ensuite me faire raconter
il senso d' un rabbuiarsi e del tuo gioire; / le sens d’un frisson et de ta joie ;
vorrei tornare nei posti dove son stato, / je voudrais retourner dans les endroits où j’ai été,
spiegarti di quanto tutto sia poi diverso / vous expliquer à quel point tout est différent
e per farmi da te spiegare cos'è cambiato / et pour que tu m’expliques toi-même ce qui a changé
e quale sapore nuovo abbia l'universo. / et quelle nouvelle saveur a l’univers.

Vedere di nuovo Istanbul o Barcellona / Voir à nouveau Istanbul ou Barcelone
o il mare di una remota spiaggia cubana / ou la mer d’une lointaine plage cubaine
o un greppe dell'Appennino dove risuona / ou une colline des Apennins où résonne
fra gli alberi un'usata e semplice tramontana / parmi les arbres une tramontane simple et d’occasion

E lo vorrei / Et je le voudrais
perché non sono quando non ci sei / pourquoi je ne suis pas quand tu n’es pas là
e resto solo coi pensieri miei ed io... / et je reste seulement avec mes pensées et moi...
Vorrei restare per sempre in un posto solo / Je voudrais rester pour toujours dans un seul endroit
per ascoltare il suono del tuo parlare / pour écouter le son de votre parole
e guardare stupito il lancio, la grazia, il volo / et regarder, étonné, le lancement, la grâce, le vol
impliciti dentro al semplice tuo camminare / implicites à l’intérieur de ta simple marche
e restare in silenzio al suono della tua / et rester silencieux au son de la tienne
o parlare, parlare, parlare, parlarmi addosso / ou parler, parler, parler, me parler
dimenticando il tempo troppo veloce / en oubliant le temps trop rapide
o nascondere in due sciocchezze che son commosso. / ou cacher dans deux bêtises que je suis ému.
Vorrei cantare il canto delle tue mani,/ Je voudrais chanter le chant de tes mains,
giocare con te un eterno gioco proibito / jouer avec toi un éternel jeu interdit
che l'oggi restasse oggi senza domani / que l’aujourd’hui restait aujourd’hui sans demain
o domani potesse tendere all'infinito / ou demain pourrait tendre à l’infini
E lo vorrei / Et je le voudrais
perché non sono quando non ci sei / pourquoi je ne suis pas quand tu n’es pas là
e resto solo coi pensieri miei ed io... / et je reste seulement avec mes pensées et moi...
***
Comme je comprends l'immense peine des italiens si émus par la disparition de ce formidable artiste, lui qui  savait si bien parler d'eux et de leur vie quotidienne, avec tant de poésie et une très grande liberté de ton.
Surtout ne vous limitez pas à la sélection forcément très parcellaire que je vous propose, allez l'écouter sur votre plateforme favorite ou sur internet où il est facile de traduire les paroles, comme je l'ai fait.
ADIEU et MERCI Maestrone! Soyez en Paix 
***
Pour terminer voici ce qu'en dit la chaine italienne RAI-News
Le chanteur-compositeur qui a marqué toute une génération est décédé à 86 ans.
 Le pays est en deuil, notamment sa région natale, l'Émilie-Romagne. Paolo Sommaruga -
Vidéo pulbiée sur la chaine italienne @RaiNews

6 juin 2026

Elle dessinait pour la liberté : adieu et merci Marjanne

C'est avec beaucoup de tristesse que j'apprends seulement aujourd'hui la disparition  de la grande artiste Marjane Satrapi, d'origine iranienne, morte "de tristesse" le jeudi 4 juin, juste une année après la perte de son mari. Elle n'avait que 56 ans.

Je relaie ci-après, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, le superbe hommage qu'Éric Babaud lui a dédié ce jour sur son blog  en soulignant l'importance de son oeuvre de dessinatrice et de réalisatrice et la richesse de sa personnalité.

Dans ses interviews, Marjane Satrapi insistait sur l'importance de vivre pleinement et librement, et de lutter contre l'ignorance, les préjugés et les égocentriques ridicules.

Dans ses bande-dessinées, Marjane Satrapi commençait toujours par dessiner les yeux. Selon elle, on comprend tout des autres en regardant leurs yeux. Elle nous a prêté les siens, dans ses livres, ses œuvres et ses films, pour regarder le monde. Elle nous apprend à en rire, malgré tout – pour mieux l’aimer. 

Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer « l’attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran », qui connaissait alors une nouvelle vague de répression. « Depuis un moment, j’ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l’Iran », avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de « jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas.

Je rajoute que son film Persépolis, du même nom que ses célèbres bandes dessinées, est actuellement visible gratuitement sur France TV.

Merci Marjane, tu vas nous manquer, ainsi qu'à tout ton peuple.

11 avril 2026

Hommage au grand poète que fut Georges Moustaki

C'est en participant à l'appel à mail-art de Christophe Blaise sur les "gueules"que j'ai eu envie de parler de celle d'un "métèque" dont j'ai particulièrement apprécié les chansons et que j'ai envie d'honorer aujourd'hui, car cela fait déjà un bon moment qu'il est parti rejoindre les étoiles filantes. 

Georges Moustaki était un artiste complet, un auteur-compositeur-interprète d'origine italo-grecque naturalisé français en 1985 mais, c'est moins connu, il était aussi artiste-peintre, écrivain et acteur.
Georges Moustaki photographié lors de son concert à Rotterdam, en 1980. Photo Gerard van Bree/Alamy Stock Photo

Débutant dans l'ombre des géants (il écrit pour Edith Piaf, Yves Montand et Barbara), Georges Moustaki s'est hissé au rang des très grands auteurs-compositeurs et interprètes de la chanson française. Le «Métèque», d'après le classique qu'il chante en 1969, est devenu un vétéran atypique et incontournable et offre l'exemple d'une personnalité artistique longuement mûrie avant de s'affirmer durablement sous les feux de la rampe. Célébré par un coffret en 2002, Georges Moustaki n'en continue pas moins d'enregistrer les albums Moustaki (2003), Vagabond (2005) et Solitaire (2008) et d'effectuer quelques tournées. Ce géant de la chanson né à Alexandrie (Égypte) en 1934 dans une famille juive originaire de Grèce, s'éteint le 23 mai 2013 à l'âge de 79 ans.

*** Georges MOUSTAKI ***
1934-2013

de g à d : Moustaki en 1955 photo Sacem / Photo prise le 23-11-1972 du chanteur Georges Moustaki -Belga-AFP/ photo en couleur non datée sans légende ni auteur précisé

Yussef (Giuseppe) Mustacchi est né à Alexandrie (Egypte) le 3 mai 1934, dans une famille juive grecque. Le fils Mustacchi parle italien à la maison, arabe dans la rue et français à l'école : ses parents libraires, attachés à la culture noble, ont tenu à ce qu'il étudie dans une institution française. L'éducation cosmopolite et francophile du jeune homme l'amène à s'intéresser à la musique française, et à se piquer de reprendre au piano des standards de Tino Rossi, Charles Trenet ou Edith Piaf. Après avoir décroché le bac, le futur Georges Moustaki fait un voyage à Paris et en revient convaincu de son désir de vivre dans la capitale française. Ayant obtenu l'autorisation de son père, il s'expatrie définitivement et s'installe chez l'une de ses soeurs, qui tient une librairie à Paris avec son époux.

L'expatrié
Ce Grec de culture francophone n'obtiendra pourtant la nationalité française qu'en 1985. Le jeune homme tente d'abord de gagner sa vie en vendant des livres de poésie au porte-à-porte, puis en travaillant dans la presse (il écrit des chroniques de la vie culturelle parisienne pour un journal égyptien dont il est le correspondant). Les lettres ne nourrissant pas leur homme, il travaille également comme barman dans un piano-bar, ce qui lui permet de rencontrer des personnalités du monde du spectacle. Grattant un peu de la guitare, il s'interroge encore sur sa voie. Un soir, il assiste aux Trois Baudets à un récital de Georges Brassens : bouleversé, cet amateur de musique est convaincu que son chemin se trouve dans le spectacle. Il n'aura de cesse de le considérer comme son maître, allant jusqu'à adopter son prénom comme nom de scène. Ayant peu après l'occasion de le rencontrer, Giuseppe lui montre les textes qu'il écrit ; Georges Brassens l'encourage à continuer.

Georges, Edith et les autres
La pente est cependant escarpée et Moustaki, chargé de famille à peine majeur, hésite encore entre la musique et la peinture, tout en chantant occasionnellement dans des cabarets parisiens. Il a l'occasion de rencontrer quelques figures de la chanson française comme Henri Salvador et le guitariste Henri Crolla. C'est ce même Crolla qui, en 1958, présente Georges Moustaki à l'une de ses idoles, Edith Piaf : de cette rencontre naît une liaison entre le jeune aspirant musicien et la star, de 19 ans son aînée. Celui-ci devient auteur-compositeur pour Piaf, pour laquelle il écrit la chanson « Milord », grand succès de la chanteuse. C'est un début de notoriété pour le jeune Moustaki, que Piaf présente à la télévision française : encore gauche et timide, la voix hésitante, il se produit pour la première fois devant une caméra. Il accompagne ensuite Piaf dans ses tournées, mais leur relation est vite mise à l'épreuve par le caractère entier de la chanteuse et par ses problèmes de santé. Au cours de la tournée américaine de la « Môme » Piaf, pendant laquelle elle tombe gravement malade, le couple se sépare. Un peu secoué par son passage dans la vie publique, Georges Moustaki se met un peu en retrait et se perfectionne en étudiant la guitare classique, tout en continuant son activité de parolier-compositeur : il écrit pour Colette Renard, Yves Montand ou Barbara. Il sort quelques disques au début des années 1960 mais préfère encore son activité d'auteur à celle d'interprète. Pathé-Marconi met un terme à son contrat de chanteur en 1965.

Le juif errant
Georges Moustaki profite de cette période d'inactivité pour voyager en Grèce, découvrant ainsi le pays de ses parents. Il ne tarde cependant pas à rebondir, grâce à sa rencontre avec Serge Reggiani : à 42 ans, le comédien souhaite prendre de la distance avec le cinéma et se concentrer sur une carrière de chanteur, qu'il commence en 1963 en interprétant des textes de Boris Vian. Georges Moustaki compose pour lui plusieurs chansons à succès, comme « Sarah » ou « Ma Solitude ». Désormais remis en selle en tant qu'auteur, il écrit pour d'autres fortes personnalités de la scène française, comme Barbara, avec qui il se lie d'amitié.
Georges Moustaki et Barbara chantent la  dame brune - vidéo publiée par Ina Chansons 
En 1968, il interprète en duo avec elle « La Longue dame brune », chanson douce et tendre qui devient un standard des deux interprètes. La même année, au cours d'une tournée, Barbara est prise d'un malaise avant de monter sur scène. Malgré son trac, Georges Moustaki la remplace au pied levé et s'affirme comme un chanteur capable de charmer le public. L'année suivante, à 35 ans, il se révèle enfin avec le grand succès de la chanson « Le Métèque », touchante ode au déracinement et à l'amour, qui demeure le titre le plus connu de son auteur. Ce titre et le 33-tours enregistré dans la foulée lui valent de remporter le prix de l'Académie Charles Cros, avant de réaliser un tour de chant qui le mène jusqu'à Bobino. Chanteur chaleureux et sensible, Georges Moustaki crée un lien intimiste avec le public des années 1970, qui en redemande : deux albums se succèdent, et une tournée internationale achève de le consacrer, tardivement mais sûrement. Il affirme une personnalité de chanteur à textes à la voix chargée d'émotion, dans la lignée de son maître Georges Brassens. Sa personnalité de poète cosmopolite à l'indolence revendiquée séduit les spectateurs, d'autant que s'ajoute à ce côté « baba-cool » un grand talent d'auteur et d'interprète. Moustaki développe également son image d'artiste « libertaire » et anarchiste, engagé à gauche, qui ne se démentira jamais : poussé à la fois par sa sincérité et sa gentillesse, le chanteur s'engagera au fil des années dans de nombreuses causes médiatiques, allant du plus consensuel (l'opposition à la dictature des colonels en Grèce dans les années 1960), au plus hasardeux (la défense de Cesare Battisti en 2004).

Après avoir assisté en 1972 au festival de la chanson populaire de Rio de Janeiro - ce qui lui donne l'occasion de rencontrer notamment Chico Buarque et Gilberto Gil -, Georges Moustaki agrémente sa musique d'influences brésiliennes, notamment de bossa nova, qui se font sentir dans l'album Déclaration (1973). Il adapte des chansons brésiliennes en français et continue de s'imprégner des influences musicales du monde entier grâce à ses tournées internationales qui satisfont également son goût des voyages et de la découverte. Tout en se montrant très productif, démentant ainsi sa paresse revendiquée, Georges Moustaki parcourt le monde (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Egypte...) sans jamais se départir de sa tendresse de poète épris d'universel. En 1979, il se produit à l'Olympia pendant deux semaines avant de partir en tournée européenne. Attiré par les influences musicales du sud, il cherche aussi à se diversifier en se tournant vers les pays du nord, notamment en collaborant avec le groupe néerlandais Flairk, avec lequel il sort un album et fait une tournée (1982).

Une activité qui ne s'essouffle pas
Ayant quitté en 1986 sa maison de disques Polydor pour le label Blue Silver, il réalise l'album Jou Jou, avec la collaboration de Maxime Le Forestier, Paco Ibañez et Richard Galliano. Il réalise à cette occasion une originale « tournée dans Paris intra-muros », passant d'une salle à une autre, avec dix-neuf dates. Dans les années suivantes, un double album live et un livre - Les Filles de la mémoire - honoré par une préface de l'écrivain brésilien Jorge Amado, viennent s'ajouter à ses succès professionnels. Sa production chez Polydor est recueillie en 1992 dans un coffret, Balades en Ballades, qu'accompagne un double album studio. Une nouvelle tournée suit en 1993.

Georges Moustaki multiplie les rencontres artistiques et les collaborations, élargissant son univers : on le voit adapter un poème soufi du turc Yunus Emre, et réaliser des duos avec Nilda Fernandez ou Enzo Enzo. Son véritable intérêt tient cependant dans les tournées, qui lui permettent de satisfaire ses envies de découverte et de nouvelles rencontres, avec des artistes et des publics différents. En dehors des modes, comptant sur l'affection d'un public fidèle, il poursuit loin des médias les plus branchés une carrière des plus actives : concert à l'Olympia joué à guichets fermés en 2000, tournée en 2001, bilan de carrière avec un coffret de dix CD en 2002, nouvel album en 2003 (Moustaki, avec pour la première fois sa propre version de « Milord », la chanson écrite pour Piaf) et encore un album en 2005 (Vagabond, enregistré au Brésil). Un autre album suit en 2008, baptisé Solitaire. Atteint de problèmes respiratoires, Georges Moustaki doit annuler une série de concerts en 2009 en raison d'une hospitalisation. Il s'installe ensuite à Nice où il s'éteint au matin du 23 mai 2013, à l'âge de 79 ans, d'une maladie des bronches. Dès l'annonce de sa disparition, les hommages tant artistiques que politiques affluent envers ce géant de la chanson.

Ayant brillamment creusé un sillon clair et profond dans l'univers de la chanson française, Georges Moustaki a su conserver une authenticité artistique formée au creuset de la tendresse, de « l'amour de l'amour » et d'une identité irréductiblement cosmopolite. À force de penser que « l'homme dépend du songe », le « Métèque » a su réaliser ses rêves et se faire une place dans le coeur des Français.

Source :  Le site d'Universal Music

*** Ecoutons-le encore chanter et raconter son parcours ***


L'invité de TV5MONDE rend hommage à Georges Moustaki le citoyen du monde - Vidéos réalisées en 2005
Partie 1 - J'ai révé ma vie jusqu'au bout 
Partie 2 - Piaf, mon amour 

Pour finir, voici quelques chansons, des pépites que je connais par coeur et qui m'accompagnent toujours, mais peut-être que c'est aussi le cas pour vous. 
Le facteur : Georges Moustaki chante "le facteur"... un de ses plus beaux textes ouverts à de multiples interprétations. De qui parle Georges Moustaki, peut-être d'un jeune homme qu'il a connu autrefois ou bien peut-être de lui même, de sa jeunesse enfuie ? Qui a tué ce jeune facteur, est-ce une guerre, un accident, ou seulement le temps qui passe ?... 
La chanson originale est en grec et a été écrite par Manos Hadjidakis en 1961.
Georges Moustaki chante "ma solitude" la seule compagnie qui ne vous quitte que pour votre bien et jamais tout à fait... 
C'est une Chanson pleine de gratitude à contrepoint de celle de Barbara. 
La solitude est pour Georges Moustaki, le prix de la vraie liberté...
Georges Moustaki chante "voyage"... Pris au piège d'une ensorcelante courtisane, le voyageur onirique consent à se faire dévorer avec délice sur les ailes du sommeil...
Georges Moustaki chante "en Méditerranée": très belle évocation poétique d'une région de brassage culturel, lieu magnifique de rencontres et d'affrontements perpétuels entre trois continents, mais aussi fausse carte postale dans laquelle le chanteur dénonce en creux l'air de rien, les dictatures européennes de l'époque, le régime de Franco en Espagne et celui des colonels en Grèce... Chanson peu connue à faire découvrir et à (re)découvrir... car hélas toujours d'actualité en ces temps troublés de démocraties plus ou moins triomphantes et de violence fanatique ...
Georges Moustaki, accompagné de sa choriste chilienne Marta Contreras, chante "Portugal" en 1975, traduit du portugais et composé par Chico Buarque et écrit par Ruy Guerra réalisateur mozambicain exilé au Brésil, un an après la victoire contre la dictature salazariste du 25 avril 1974... La révolution des oeillets redonnait espoir aux voisins Espagnols, toujours soumis à Franco, et aussi aux exilés grecs, qui avait fui le putsch des colonels du 21 avril 1967.
Georges Moustaki chante "Flamenco" au théâtre de la ville en 1976... et s'insurge de toute sa poésie contre Franco : auprès de son label, l'Ambassade d'Espagne intervient pour supprimer la chanson. A cette date, Georges Moustaki avait déjà chanté pour la cause de la démocratie en Grèce ("chansons pour Andréas de Théodorakis") , et au Portugal ("Portugal")... Franco meurt l'année suivante, mais de sa "belle mort"... Il n'y aura pas de "défaite" finale du franquisme ni de condamnation internationale claire de la dictature franquiste mais une transition démocratique pour ainsi dire à l'amiable... Certes heureusement mais pas complète ni définitive. De ce fait, la mémoire est tronquée, et loin d'être unanime en Espagne, elle reste l'enjeu de confrontations et de provocations de part et d'autres des deux camps adversaires, et quarante cinq ans après, une flaque de sang, rouge comme une robe de flamenco sépare encore les descendants des acteurs de cette guerre civile...
Georges Moustaki chante "Une blessure"... de celles indélébiles qu'on garde pourtant précieusement au fond de soi..
Georges Moustaki chante "Nous sommes deux"... et dénonce la torture et les mauvais traitements subis par les prisonniers politiques en Grèce au temps des colonels. Il s'agit du titre "Imaste dio", de Mikis Théodorakis, compositeur grec en exil en France après avoir été emprisonné sous le régime de la dictature, de 1967 à 1973. Très beau texte engagé pour la résistance et la lutte, finalement justifiées par les violences commises contre elles. Qui veut étouffer le cri de la liberté ne fait que la renforcer : un puis deux puis trois aujourd'hui à tomber seront demain des milliers à se lever...
Ma Liberté avec sa musique originale 
Georges Moustaki chante "ma liberté" sa dernière compagnie, joliment accompagné au piano pour cette sérénade nocturne, dans l'air d'un soir d'été, quelque part en Allemagne. 

Dans ces chansons,  Georges Moustaki nous prouve s'il en était encore besoin qu'on peut être sensible et s'engager pour parler des maux du monde avec tant de si belle poésie. Merci l'Artiste d'avoir éclairé mon âme et réjouit mon coeur avec tes beaux textes et tes musiques, à jamais. 

10 mars 2026

Nina Simone : sa musique "classique de noire" inclassable, immortelle, pour Ouiza

Je créé donc un mail-art supplémentaire (voir ICI et ) que j'envoie à Ouiza car, oui, j'ai envie d'insister sur le destin brisé, autant que sur une série de chefs-d’œuvre pour le patrimoine de la musique mondiale qui caractérise la très grande et exceptionnelle artiste qu'était Nina Simone.

Dotée de l'oreille absolue, et également d'un fort caractère, elle a débuté très tôt avec son instrument pour jouer sur l'orgue de l'église où sa mère est pasteur. En Elle joue durant des heures sur son piano, répétant inlassablement ses gammes. A l'age de 10 ans, 26 avril 1943, elle est invitée pour la première fois à jouer sur le piano dans l'église principale de Saint-Luc, habillée d'une belle robe blanche. Mais soudain, elle voit qu'on oblige ses parents à laisser leurs places du devant pour que des fidèles blancs s'y installent , et qu'on leur demande d'aller s'assoir sur les sièges du fond. Elle s'en offusque ouvertement. Celle qui s'appelait encore Eunice Waymon a refusé de jouer si ses parents ne venaient pas s'assoir au premier rang et a obtenu gain de cause. "Bach a eut le dernier mot". 

Nina Simone dont la vie a été un long parcours remplie de frustrations malgré son immense talent, parce que les Etats-Unis de 1950 ne lui permettront pas de réaliser son rêve, celui d'être reconnue comme la première femme artiste pianiste classique virtuose noire. Malgré ses longs entrainements et l'excellence qu'elle a visée pendant son long apprentissage, elle est refusée au Curtis Institute de Philadelphie, parce que noire. Cette blessure ne cicatrisera jamais, elle en conservera une rage qui ne cessera de grandir.

Loin d’oublier toutes ses années d’apprentissage, elle s’en inspirera pour créer un genre inédit empreint de jazz, de gospel… et d’improvisations éblouissantes autour de Bach ! Et c’est dans les bars d’Atlantic City, loin des églises et des salles de récitals, qu’Eunice éprouvera son style et entamera sa mue, devenant Nina Simone.

Toute sa vie elle resta fidèle à ses engagements en faveur des droits civiques et pour l'amélioration de la condition de la population afro-américaine. Comme je l'ai déjà écrit, c'est vraiment l'une des femmes remarquables de mon panthéon personnel, pour toutes ces raisons.

En septembre 1963, révoltée par l’attentat contre l’église baptiste de la 16ᵉ rue de Birmingham (Alabama) qui a coûté la vie à quatre fillettes, ainsi que par l’assassinat du militant des droits civiques Medgar Evers, Nina Simone compose Mississippi Goddam, sa première protest song. Dès lors, elle s’engage activement dans le mouvement des droits civiques. Elle fréquente ainsi plusieurs grandes figures du mouvement, Martin Luther King, Malcom X ou Stokely Carmichael, époux de Myriam Makeba. Elle joue lors de grands rassemblements en faveur des droits civiques, comme les marches de Selma à Montgomery (Alabama) en 1965. Sur ses albums des années 1960, Nina Simone interprète des chansons sur la condition des Afro-Américains dans le Sud, tels Strange Fruit de Billie Holliday (sur l’album « Pastel Blues » en 1965) ou en compose, comme Wild is the Wind (sur l’album « Four Women » en 1966). En 1968, elle dédie la chanson Why ? The King of Love is Dead à Martin Luther King trois jours après son assassinat. Puis en 1969 To Be Young, Gifted and Black devient une chanson emblématique pour les jeunes Afro-Américains.
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On l'a souvent classée comme artiste de jazz mais c'est une qualification qu'elle objecte : "Le jazz est un terme blanc pour parler des Noirs. Ma musique est de la musique classique noire" dira-t-elle

D'ailleurs il est très difficile de cataloguer sa musique dans un genre donné tant elle est empreinte à la fois de classique (avec de nombreuses improvisations autour des Sonates de Beethoven, Suites de Bach, ou Variations Goldberg),  de jazz, de gospel, de soul, voire de musique folk... C'est tout-à-fait grandiose et inclassable!

Une fois que j'ai compris Bach, j'ai voulu être pianiste de concert. 
C'est grâce à Bach que j'ai consacré ma vie à la musique 
et c'est lui qui m'a fait découvrir son monde.
Nina Simone

Recto : Photo d’ouverture © Jack Robinson  / Verso haut gauche : Nina Simone par Roger Kasparian. Paris, 1968 / haut droite: Nina Simone (1933-2003) chanteuse, pianiste et activiste américiane à Londre en 1968 1968. (Photo by Ron Howard/Popperfoto via Getty Images) /en bas :Concert de Nina Simone au Beacon Theatre le 1er mai 1993 à New York (Photo Ebet Roberts/Redferns)
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Faisons nous encore plaisir à l'écouter dans les quelques enregistrements vidéo qui suivent car nous avons la chance que les concerts de Nina aient été captés et qu'il nous sont aujourd'hui offert, afin que jamais nous n'oubliions cette grande artiste.

Nina Simone en concert au Fabrik de Hambourg le 6 mai 1988, vidéo publiée sur la chaine Youtube de l'artiste
Morceaux : 
1-When I Was In My Prime 
2-In The Evening By The Moonlight 
3-To Be Young, Gifted, and Black 
4-When I Was In My Prime (reprise) 
5-Color Is A Beautiful Thing 
6-Mississippi Goddam 
7- See-Line Woman 
8-Fodder In Her Wings 
9-I Want A Little Sugar In My Bowl 
10-Do I Move You? 
11-See-Line Woman (reprise) 
12-Backlash Blues 
13-My Baby Just Cares For Me 
14-Consummation
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A suivre  un enregistrement en live mais seulement audio, vers la fin de sa carrière en 2000 à Marciac : si sa voix a vieilli, sa passion et son jeu au piano sont toujours intacts (d'après les connaisseurs, dommage que le speaker de France Inter qui enregistre ce concert soit un peu trop présent sur les ondes).


Nina Simone : En concert à Marciac — 9 août 2000 (Concert intégral - Audio uniquement)
Nina Simone se produit en concert au festival Jazz in Marciac en Occitanie, France, le 9 août 2000. 
Chansons : Black Is The Color Of My True Love's Hair / les cheveux de mon véritable amour sont noirs
Every Time I Feel The Spirit / Chaque fois que je ressens l'esprit
Here Comes The Sun Just / Voici le soleil 
 Like A Woman / Tout comme une femme
See-Line Woman /
Get Up, Stand Up /
Why? (The King Of Love Is Dead) /
Nobody's Fault But Mine / C'est la faute de personne sauf la mienne
Mississippi Goddam  
I Loves You, Porgy / Je t'aime Porgy (Gerschwin)
Ne Me Quitte Pas
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Quelques compléments si vous voulez en écouter et en savoir davantage (liste non exhaustive)

* Podcast Radio France : Nina Simone, Viva Nina
* Podcast Radio France : Nina Simone, Black Swan
* Podcast Radio France : Nina Simone, l'histoire de sa vie 

Non, Nina Simone n'est pas juste "une chanteuse de jazz", pour Éric

Si Ferrat ne chantait pas "pour passer le temps", Nina Simone non plus ne jouait pas du piano pour «divertir». Elle jouait pour se venger. Après s’être fait fermer la porte du monde classique à cause de sa couleur de peau, elle a transformé son clavier en arme de guerre.

En fond, partition de la chanson I whish i jnew hom it wold feed to be free (j’aimerai savoir comment ça ferait d’être libre). Nina Simone performe dans un show télévisé au BBC Centre de Télévision de Londres en 1966
(Photo by David Redfern/Redferns)

Page extraite d'un livre jeunesse "Les Pianos de Nina" de Sophie Andersen et Chloé Mayoux :
 la vie de Nina Simone racontée par ses pianos aux éditions Le grand jardin

Vraiment,  depuis que j'écrit sur sa personnalité j'ai presque envie d'en parler au présent tant Nina Simone, cette femme admirable, artiste inclassable est toujours très présente et très écoutée ; heureusement pour nous, des vidéos permettent encore de la voir en scène. Alors regardez-là bien!

Nina Simone « Four Women » (quatre femmes) - vidéo publiée sur la chaine youtube de Par si par là 
Nina Simone, au Mickery Theatre à Loenersloot, dans la banlieue d'Amsterdam dans un programme de la télévision publique néerlandaise . Lisle Atkinson à la basse, Rudy Stevenson à la guitare et Bobby Hamilton à la batterie. Ce concert a été enregistré (ou diffusé ? ) le 25 décembre 1965. 

Si tu regardes cette vidéo, tu vois quoi ? La puissance, le jazz, l’icône cool ? Regarde mieux. Ce n’est pas du spectacle. C’est de la rage pure. Elle révèle une vérité brutale : Les plus grands artistes ne naissent pas du talent, mais du rejet.

Paroles de Quatre femmes : 

Ma peau est noire
Mes bras sont longs
Mes cheveux sont laineux
Mon dos est fort 
Assez fort pour endurer la douleur
Elle a été infligée encore et encore
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle tante Sarah

Je m'appelle tante Sarah
Ma peau est jaune
Mes cheveux sont longs 
Entre deux mondes 
J'ai ma place 
Mon père était riche et blanc 
Il a forcé ma mère tard une nuit 
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle Safronia

Je m'appelle Safronia
Ma peau est bronzée 
Mes cheveux sont bien
Mes hanches t'invitent
Et mes lèvres sont comme du vin 
De qui suis-je la petite fille ? 
Eh bien, la tienne si tu as assez d'argent pour m'acheter
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle Sweet Thing 

Je m'appelle Sweet Thing 
Ma peau est marron 
Et mes manières sont grossières 
Je tuerai la première mère que je verrai
Parce que ma vie a été trop grossière
Je suis horriblement amère ces jours-ci 
Parce que mes parents étaient esclaves
Comment m'appelle-t-on ? 
Je M'appelle Peaches 

*** "Four Women", la chanson qui incarne Nina Simone ***
Article de France Musique par Clémence Guinard Publié le vendredi 21 avril 2023 à 12h10

"Four Women" est un cri de révolte, un titre engagé, puissant, dans lequel Nina Simone exprime toute sa colère face aux injustices subies par les femmes noires.

Sorti en 1966, dans l'album Wild is the Wind, le titre Four Women est le seul composé par la chanteuse sur cet opus. Il dresse le portrait de quatre femmes afro-américaines : Aunt Sarah, Saffronia, Sweet Thing et Peaches, qui illustrent, chacune à leur manière, la violence raciale aux Etats-Unis, mais aussi les différentes facettes de l'artiste, réputée pour son tempérament révolté. « Il incarne totalement la personnalité de Nina Simone qu'on a souvent jugée 'TROP' : trop forte, trop violente », explique la productrice radio et journaliste Nathalie Piolé. Le morceau est d'ailleurs jugé si violent qu'il fut interdit de diffusion sur certaines radios à sa sortie.

Dans ce morceau, Nina Simone chante en s’accompagnant de son instrument fétiche, le piano. Elle débute dans une douceur mélodieuse, et peu à peu sa voix se tend, comme son jeu de piano, pour terminer dans un cri déterminé et rageur. La chanteuse conclut en hurlant le nom de son dernier personnage, Peaches.

Une chanson qui fait écho à ses engagements
Le morceau dresse le portrait de quatre femmes. 
La première, Aunt Sarah, incarne l’histoire esclavagiste des États-Unis. La musique, sereine en apparence, fait ressortir toute la violence des paroles : « Mon dos est fort, assez fort pour supporter la douleur infligée encore et encore »

Ce lourd passé résonne encore cruellement en 1966 alors que le pays est englué dans les questions de ségrégation raciale. À cette époque, l'artiste est elle-même pleinement engagée dans la lutte pour les droits civiques : elle participe aux marches de Selma et chante devant des milliers de personnes. Elle fréquente des activistes comme Angela Davis, Malcolm X et bien sûr Martin Luther King, avec qui elle n’est pas forcément d’accord. Contrairement au pasteur, qui prône la non-violence, Nina Simone est persuadée qu’une action violente est nécessaire dans cette révolution contre la ségrégation.

Le miroir d’une carrière avortée de pianiste classique
Vient ensuite Saffronia, née dans la violence : « mon père était riche et blanc, il a forcé ma mère une nuit ». En tant que métisse, elle vit entre deux mondes, celui des Noirs et des Blancs, un déchirement entre deux cultures qui n’est pas sans rappeler la propre histoire de Nina Simone.

Formée comme pianiste classique, elle se tourne vers le jazz lorsqu’elle est recalée à l’examen d’entrée du prestigieux Curtis Institute. Elle s’exprimera avec amertume, tout au long de sa vie, sur cet évènement : «Ils m’ont refusé à cause de la couleur de ma peau. J'aurais aimé être la première concertiste noire. J’aurais été plus heureuse...»

Un cri qui appelle à la révolte
Le troisième portrait de la chanson présente Sweet Thing, en français La douce chose. Elle est acceptée par les Noirs et par les Blancs, parce qu’elle vend son corps. « Mes hanches t’invitent, mes lèvres sentent bon comme le vin. De qui suis-je la petite fille ? De celui qui a assez d’argent pour m’acheter ». Le ton de la chanson s’assombrit encore, pour aboutir au climax final.

« Je tuerai le premier salaud que je verrai » : avec ces mots la quatrième femme, Peaches, donne le ton. « Peaches porte les histoires des trois femmes précédentes sur ses épaules, et sa réaction c’est le cri, la rage, explique Nathalie Piolé. Et Peaches est indispensable dans ce morceau, car c’est la seule qui exprime sa colère ».

Four Women n’est pas le seul morceau engagé de l’artiste, mais contrairement à son célèbre Ain’t got No/I got Life (« Je n’ai pas de maison, de chaussure, d’argent... Mais j’ai mes yeux, mon nez, ma bouche, mon sourire...») qui porte un message d’espoir, Four Women est plus rude : « L’espoir ne vient que par le cri et la révolte », insiste Nathalie Piolé. 

Un morceau puissant qui personnifie Nina Simone, comme figure de femme libre et révoltée. 

Aujourd'hui ses "soeurs" continuent de porter son message.
Four women (quatre femmes) : ici chanté par Lisa Simone, Dianne Reeves, Lizz Wright, Angélique Kidjo 
vidéo publiée sur la chaine Youtube de Nina Simone

Alors si vous comprenez la rage et la révolte de Nina Simone et appréciez son art, continuez de vous régaler en l'écoutant et la regardant dans les vidéos suivantes : 

Nina Simone en concert en Angleterre le 14 septembre 1968 :
1. Go To Hell (va en enfer)
2. Ain't Got No/I Got Life (Je n'ai pas de vis, j'ai la vie)
3. Backlash Blues (le blues du conttrecoup)
4. Put A Spell On You (je t'ai jeté un sort)
5. Don't Let Me Be Misunderstood (ne me laissez pas être incompris)
6. Why? The King Of Love Is Dead (pouruoi le Roi de l'Amour est mort?)

Concert intégral de Nina Simone dans le cader du 
Festival International de Jazz de Juan-les-Pins, Antibes, France,
Nina s'est produite deux fois à Jazz à Juan en 1965 : les 24 et 25 juillet. Voici l'enregistrement intégral de son premier concert cette année-là. Nina apparaît avec Lisle Atkinson (basse), Rudy Stevenson (guitare et flûte) et Bobby Hamilton (batterie).
Morceaux :
1-Strange Fruit / Fruit étrange
2-Little Girl Blue / Au Clair de la Lune (medley)
3-Nobody Knows You When You're Down and Out/Personne ne vous connaît quand vous ètes au plus bas
4-Trouble in Mind / Troubles de l'esprit
5-Zungo (extrait)
5-Images
6-Be My Husband / Sois mon mari
7-I Loves You, Porgy / Je t'aime Porgy (Gerschwin)
8-Children Go Where I Send You / Les enfants vont où je les envoie
9-Put a Spell on You / Je t'ai jeté un sort

Pour en savoir davantage sur cette artiste sur laquelle j'ai déjà beaucoup écrit, je vous renvoie à l'article que je viens de lui dédier, pour décrire son parcours de vie et son oeuvre ICI

Cher Éric, toi le musicien, je ne sais pas si tu apprécies le blues et le jazz, mais je suis convaincue que le destin de cette femme remarquable ne te laissera pas indifférent. Je te souhaite une bonne réception de ce mail-art!