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25 septembre 2026

George Sand : femme remarquable à plus d'un titre pour Tony

George Sand est inscrite depuis longtemps dans mon panthéon personnel des femmes remarquables : aussi en  l'année du cent-cinquantenaire de sa disparition je tenais à lui rendre hommage pour son oeuvre bien sûr, mais aussi pour ce qu'elle sut faire de sa vie, sa grande liberté, son humanisme et son engagement pour la cause des femmes.

J'adresse ce mail-art crocheté en laine velours à Tony, avec en médaillon la photo d'un célèbre portrait de George Sand jeune, peint par Auguste Charpentier entre 1837 et 1839. 
sur fond crocheté en laine velours, portrait de George Sand jeune
réalisé par Auguste Charpentier

George Sand est le pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant, romancière, auteur dramatique, critique littéraire française, journaliste, née à Paris le 1er juillet 1804 et morte au château de Nohant-Vic le 8 juin 1876. 

Elle compte parmi les écrivains prolifiques avec plus de soixante-dix romans à son actif, cinquante volumes d'œuvres diverses dont des nouvelles, des contes, des pièces de théâtre et des textes politiques. À l'image de son arrière grand-mère par alliance qu'elle admire, Madame Dupin (Louise de Fontaine 1706-1799), George Sand prend la défense des femmes, prône la passion, fustige le mariage et lutte contre les préjugés d'une société conservatrice. George Sand a fait scandale par sa vie amoureuse agitée, par sa tenue vestimentaire masculine, dont elle a lancé la mode, par son pseudonyme masculin, qu'elle adopte dès 1829, et dont elle lance aussi la mode : après elle, Marie d'Agoult signe ses écrits Daniel Stern (1841-1845), Delphine de Girardin prend le pseudonyme de Charles de Launay en 1843. 

Malgré de nombreux détracteurs comme Charles Baudelaire ou Jules Barbey d'Aurevilly, George Sand contribue activement à la vie intellectuelle de son époque, accueillant au domaine de Nohant ou à Palaiseau des personnalités aussi différentes que Franz Liszt, Frédéric Chopin, Marie d'Agoult, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Eugène Delacroix, conseillant les uns, encourageant les autres. Elle a entretenu une grande amitié avec Victor Hugo par correspondance, ces deux grandes personnalités ne se sont jamais rencontrées. 

Elle s'est aussi illustrée par un engagement politique actif à partir de 1848, inspirant Alexandre Ledru-Rollin, participant au lancement de trois journaux : La Cause du peuple, Le Bulletin de la République, l'Éclaireur, plaidant auprès de Napoléon III la cause de condamnés, notamment celle de Victor Hugo dont elle admirait l'œuvre et dont elle a tenté d'obtenir la grâce après avoir éclipsé Notre Dame de Paris avec Indiana, son premier roman. Son œuvre est très abondante et la campagne du Berry lui sert souvent de cadre. Ses premiers romans, comme Indiana (1832), bousculent les conventions sociales et magnifient la révolte des femmes en exposant les sentiments de ses contemporaines, chose exceptionnelle à l'époque et qui divisa aussi bien l'opinion publique que l'élite littéraire. 

Puis George Sand ouvre ses romans à la question sociale en défendant les ouvriers et les pauvres (Le Compagnon du Tour de France) et en imaginant une société sans classe et sans conflit (Mauprat, 1837 - Le Meunier d'Angibault, 1845). Elle se tourne ensuite vers le milieu paysan et écrit des romans champêtres idéalisés comme La Mare au diable (1846), François le Champi (1848), La Petite Fadette (1849), Les Maîtres sonneurs (1853). 

George Sand a abordé d'autres genres comme l'autobiographie (Histoire de ma vie, 1855) et le roman historique avec Consuelo (1843) où elle brosse, à travers la figure d'une cantatrice italienne, le paysage artistique européen du xviiie siècle, ou encore Les Beaux Messieurs de Bois-Doré (1858) qui multiplie les péripéties amoureuses et aventureuses dans le contexte des oppositions religieuses sous le règne de Louis XIII.

Source : Wikipédia

Dorothea Lange, une femme engagée dans le documentaire photographique, pour Nadine

Aujourd'hui encore, je veux mettre à l'honneur une femme remarquable de mon panthéon personnel et cette fois-ci ce mail-art est destiné à mon amie suisse qui sait apprécier la photographie. Voilà pourquoi  je pense que l'univers capté par Dorothea Lange saura lui plaire, elle qui s'est appliquée à immortaliser  des moments singuliers dans la vie des gens simples dans une période si particulière aux USA.

A travers ses photos, Dorothea Lange s’est fait la porte-parole de l’Ouest américain abandonné lors de la Grande Dépression des années 1930 ; la  période même décrite par John Steinbeck dans son roman "Les raisins de la Colère". 

en haut en partant de la gauche : autoportrait de  Dorotea Lange  / famille de migrants avec sur la droite de la tente la célèbrissime "Migrant mother" 1936 /
en bas, en partant de la gauche : Famille de migrants qui a voyagé en train de fret jusqu’à la vallée de Yakima, 1939 / Famille sur la route Oklaoma 1938 / Jeune garçon en train de travailler dans les champs
verso : citations et deux timbres édités par les USA sur deux photos particulièrement importantes dans sa carrière :
 la mère migrante et le travailleur migrant

Je suis heureuse d'avoir retrouvé un tout petit peu d'énergie aujourd'hui et j'en ai profité pour élaborer quelques correspondances qui ne pouvaient souffrir davantage de retard. Chère Nadine, je t'en souhaite une très bonne réception.

 *** Dorothea Lange, pionnière du documentaire social  ***
Autoportrait en 1936
La photographe américaine, Dorothea Lange (1895-1965), est souvent réduite à une seule photo Migrant Mother, devenue une icône. Le Jeu de Paume lui consacre une exposition passionnante (en 2018) et très documentée, levant le voile notamment sur un épisode méconnu de l’histoire des Etats-Unis : l’internement des citoyens américains d’origine japonaise en 1942. Retour sur le parcours d’une femme engagée qui a fait de la photographie un outil documentaire et politique.

« Il faut vraiment utiliser l’appareil photo comme si on devait être frappé de cécité demain »
Dorothea Lange :

Dorothea Nutzhorn (1895-1965) naît dans le New Jersey dans une famille d’immigrants allemands de la deuxième génération. Dès l’âge de dix-huit ans, elle se lance dans la photographie et apprend son métier d’abord à New York, auprès des photographes portraitistes de studios renommés comme Arnold Genthe ou Clarence H. White. Après 1900, le pictorialisme vit encore de belles heures ; et les premiers travaux de Lange révèlent une pratique de la photographie d’art, même si elle semble avoir manifesté dès le début un intérêt pour le social. « Sa capacité prononcée à s’identifier aux figures marginales de la société a très certainement ses racines dans les séquences émotionnelles laissées par les deux événements que sont le handicap et la perte du père », souligne Sandra S. Philips. En effet, à sept ans, Dorothea contracte la poliomyélite, sa jambe droite restera déformée. Cinq ans plus tard, le père abandonne sa famille.

En 1918, elle ouvre son propre studio à San Francisco et adopte le nom de jeune fille de sa mère, Lange. Son studio devient un centre de la vie artistique de la ville et lui offre une indépendance financière. Mariée au peintre Maynard Dixon, elle est mère de deux garçons. Même pour elle, qui est depuis longtemps une portraitiste bien implantée dans le milieu local, le krach boursier de 1929 et la crise économique qui s’ensuit, représente une césure dans son cursus professionnel.

« Les gens que ma vie a touchés », 1932-1934 
En 1932, au cœur de la Grande Dépression, Dorothea Lange se détourne du portrait de studio pour se concentrer sur des scènes de rues et montrer les conséquences de la récession à San Francisco ainsi que l’agitation sociale qui y règne. Elle photographie manifestations et personnes sans abri. Ses portraits urbains comme White Angel Breadline (1933) deviendront plus tard autant d’images représentatives de cette période. Car pour la photographe, « le but n’est pas la bonne photographie, mais les implications de la photographie. »

Cette période de deux ans marque un tournant dans sa vie : elle prend conscience de l’importance de la condition humaine dans son travail. Son traitement novateur attire l’attention de Paul Schuster Taylor, professeur d’économie à l’université de Californie à Berkeley et spécialiste des conflits agricoles des années 1930 ; il deviendra plus tard son second mari. En 1934, il utilise l’une des photos de Lange pour illustrer son article consacré à la grève maritime la plus longue et la plus importante de l’histoire des Etats-Unis.

L’investigation documentaire – le récit de la migration, 1935-1941
En 1935, Lange accompagne Taylor sur le terrain ; l’objectif : rendre compte de la situation des migrants ayant quitté le Middle West pour la Californie rurale. Taylor se sert des photographies de Lange pour illustrer les articles qu’il publie dans Survey Graphic, de même que les rapports qu’il adresse aux autorités fédérales. La force des images de Lange est telle que les pouvoirs publics entreprennent de construire des camps d’hébergement au profit des travailleurs agricoles migrants, dans le cadre de la politique du New deal définie par Roosevelt. L’un des programmes : la Farm Security Administration, aboutit à la création des plus vastes archives photographiques jamais constituées aux Etats-Unis : regroupant plus de 130 000 négatifs, elles rendent compte de la contribution du New Deal à l’endiguement de la pauvreté dans les régions rurales.

Dorothea Lange, qui a couvert vingt-deux Etats différents, s’est vu confier deux contrats, l’un portant sur la période 1935-1937, l’autre de 1938 à la clôture du programme en janvier 1941. Elle considère que les photographies qu’elle réalise dans ce cadre font partie intégrante de son œuvre. Elle produit à cette occasion des images iconiques, comme Migrant Mother.

Un an plus tard, Lange et Taylor sont engagés par des agences fédérales instituées dans le cadre du New Deal de Roosevelt. Durant trente ans, leur relation professionnelle et personnelle se nourrira d’une volonté commune de créer un récit qui rende compte par le texte et l’image de quelques-unes des grandes étapes de l’évolution de la société américaine. Ils vont comme de nombreux autres photographes et sociologues être chargés de documenter les politiques agricoles fédérales. Ils publient en 1939 An American Exodus : A Record of Human Erosion qui témoigne des conditions sociales dans les Etats ruraux. Avec cet ouvrage, ils font connaître au grand public le récit des déplacements de population et la précarité de l’époque de la Grande Dépression. Le média photo est un outil documentaire et politique.

Dorothea Lange se détourne de l’agriculture industrialisée pour s’intéresser à une nouvelle forme de migration intérieure celle provoquée au début des années 1940 par l’expansion galopante des industries, des programmes de formation navale et les organisations de défense militaire dans la région de la baie de San Francisco. C’est dans ces zones urbaines que s’est installée une partie de la population autrefois méprisée et rejetée de travailleurs agricoles migrants, les « Okies », qui désormais contribuent fièrement à l’effort de guerre.

En 1944, Dorothea Lange est chargée par le magazine Fortune de photographier les chantiers navals Kaiser, jeune entreprise fondée à Richmond pour soutenir cet effort et qui emploie à cette époque près de 100 000 ouvriers non qualifiés grâce à la mise en œuvre de techniques révolutionnaires de fabrication et d’assemblage. Elle photographie les rotations des équipes de trois-huit, l’intense activité du chantier naval, la diversité de la main d’œuvre, les conditions de vie mais aussi l’isolement et la solitude des nouveaux venus, et en particulier des Afro-Américains qui demeurent des parias. Elle s’intéresse également au nouveau statut de la femme, devenue ouvrière dans le secteur industriel.

« Une photographie documentaire n’est pas en soi une photographie factuelle. C’est une photographie qui communique entièrement le sens et la portée de l’épisode, ou de la circonstance, ou de la situation, lesquels – parce qu’il n’est pas vraiment possible de les montrer – ne peuvent être révélés que par cette autre qualité. En fait, on ne peut pas vraiment parler de guerre entre l’artiste et le photographe documentariste. Un photographe doit être les deux. »

Pour voir davantage de photos, voici un lien expliquant 10 des plus célèbres d'entre elles.

18 septembre 2026

Colette Magny, l’artiste qui portait la voix des oubliés jusque dans les usines en grève, pour Éric

J'adresse ce mail-art hommage à mon ami Éric qui a probablement entendu parler de cette artiste si particulière. Je suis à peu près certaine que cette chanteuse-là ne le laissera pas indifférent, si toutefois il ne la connaissait pas encore. 

Cher Éric, je t'en souhaite une très bonne réception. 
recto avec photo sur un fond de dentelle tiré d'un vieux rideau

verso : à gauche photo trouvée sur le site https://souljazzbluesnco.canalblog.com
à droite phtot trouvée sur le site https://colette-magny.over-blog.com

***
2026 étant l'année du centenaire de sa naissance, j'ai eu envie de vous parler de cette femme remarquable qu'a été Colette Magny (1926-1997) probablement oubliée de la plupart d'entre vous, si ce n'est pas carrément une inconnue. 
Dactylo devenue chanteuse dans les années 60, Colette Magny a choisi de mettre en musique et en chansons la révolte et les luttes sociales plutôt que de faire carrière. Des planches de l’Olympia jusqu’aux usines en grève ou aux mines de charbon, elle acquiert une notoriété parmi les classes populaires.

Chanteuse, autrice-compositrice qui a commencé sa carrière sur le tard et totalement en décalage avec ce qui se faisait à l'époque (celle des yés-yés). elle a été une figure majeure de la chanson engagée et du blues en France.

Ce que j'admire en elle, au-delà de sa voix puissante au timbre si particulier, c'est sa probité, son engagement total et sans aucune concession : elle n'a jamais fait que ce qu'elle a voulu, ce qui lui a valu d'être personna non grata dans beaucoup de lieux dédiés au music-hall, et censurée comme personne dans toutes les radios. 

Elle chantait par conviction pure : jamais elle n'a voulu céder à tous ceux qui voulaient bien de son chant mais pas de sa musique ni de ses paroles. Or, ce qu'elle voulait au-dela de tout, c'est s'exprimer grâce à sa voix mais aussi car elle avait beaucoup à dire, notamment sur tous les grandes questions agitant le monde (la guerre d'Algérie, la guerre au Vietnam, Mai 1968,... ), se plaçant toujours du coté des plus petits, des exploités du monde ouvrier.
Colette Magny chante une chanson autobiographique "Mélocoton" au « petit conservatoire de la chanson » de Mireille le 4 mars 1967 /ORTF - Si cette chanson la fait connaître du grand public, elle finira par ne plus supporter qu'on la lui demande
 tant elle a occulté tout le reste de son oeuvre (230 chansons)
 
En 1963, le succès de sa chanson Melocoton est fulgurant et la conduit à l'Olympia en première partie de... Sylvie Vartan, mais il est sans lendemain. Elle refuse de devenir la blues-woman blanche promise au succès et son répertoire personnel, plus politisé (Co-opération, Viva Cuba), ne plaît pas à CBS. L'éditeur progressiste Le Chant du Monde la prend sous contrat, lui offre toute liberté de création et une série d'albums mémorables verra le jour: Frappe ton cœur, VietNam 67, Feu et Rythme, Répression, Transit, jusqu'à Visage-Village, son chef-d'œuvre de 1977.

Parallèlement, elle se produit sur des scènes conformes à ses convictions: la Cartoucherie, la Fête de l'Humanité ou celle du PSU, mais aussi dans les foyers déjeunes travailleurs, les MJC, les usines occupées. Son répertoire composite reflète une grande cohérence de la forme et du fond. Il défie le monde du spectacle par sa diversité : blues magistralement interprétés, free jazz, mélodie française, poèmes mis en musique (Hugo, Aragon, Louise Labé, LeRoi Jones, Neruda...), chansons-collage truffées de citations ou écrites au cœur des luttes. Ses thèmes dérangent: la répression policière, le conflit israélo-palestinien, les enfants handicapés. À l'occasion, Colette pratique l'humour voire l'autodérision comme dans le célèbre Ras-la-trompe ("Je suis un petit pachyderme de sexe féminin").

Elle invente une écriture très personnelle, fruit d'une recherche formelle exacerbée, faisant éclater le genre jusqu'à chanter le dictionnaire ! Avec une diction et une articulation qui swinguent naturellement, elle recompose les textes à partir de leur rythme propre afin de leur donner du sens. Sa voix vient des tripes : elle systématise l'usage du cri, les borborygmes, les coulées verbales à la scansion hachée, les modulations inédites. À son crédit, de nombreuses collaborations inter-arts avec le free jazz (François Tusques), la musique classique (Sylvie Dubal) ou contemporaine (André Almuro), le rhythm'n'blues (Mickey Baker) et les arts plastiques (Ernest Pignon-Ernest). Elle s'implique dans des créations collectives: Femmes en lutte avec Catherine Ribeiro et la Haïtienne Toto Bissainthe, Chili: un peuple crève... avec Le Forestier et Mara ou, en 1979, avec les enfants d'un institut médico-pédagogique. Éveillée à la politique au temps de la guerre d'Algérie, elle hurle mieux que quiconque les révoltes d'alors. Un temps, ses spectacles furent perturbés par des militants intransigeants, au point qu'elle délaissa la scène plusieurs années.

On ne peut citer que quelques joyaux parmi les 230 titres enregistrés : Saint James Infirmary, Les Tuileries, VietNam 67, À Saint-Nazaire, Jabberwocky, Répression, Chronique du Nord, La Panade, La mort me hante, Quand j'étais gamine... Respectée par la profession (nombreux prix Charles-Gros) bien que boudée du grand public, d'une rare rigueur artistique et morale, Colette était généreuse jusque dans ses emportements, qui cachaient mal une nature sensible. Sa corpulence impressionnante avait une certaine grâce et elle exerçait une séduction réelle sur les publics féminins, mais resta toujours discrète sur ses amours particulières. Malade de la colonne vertébrale, elle vécut ses dernières années dans une semi-retraite et des conditions précaires. Avant que ses saintes colères et son rire tonitruant ne laissent un grand vide.
C.M.

Source : le blog https://colette-magny.over-blog.com/ qui contient de nombreuses références et articles sur la chanteuse. Je vous en conseille la lecture.

 Colette Magny - Répression / Exil (1972) Entre deux chansons récentes de son répertoire, Colette Magny se confie sur le bonheur, sa manière de chanter, la société et la politique.Vidéo publiée sur la chaine Youtube de la RTS Archives
Colette Magny - Oink Oink - sur l'album "Répression" (1972)vidéo sur la chaine Youtube de Fida le Rebecc

Pour en écouter davantage sur le grand répertoire de Colette Magny, voici le lien qui donne accès aux clips et permet d'écouter ses textes si forts et malheureusement toujours actuels. 

Merci à toi Colette, une vraie citoyenne rebelle, une belle personne sans concession, comme il en existe de moins en moins. Pour conclure, voici une dernière et tellement percutante chanson :

Colette Magny « Les gens de la moyenne » enregistré sur l'ORTF le 3 décembre 1966 dans l'émission de Guy Béart "Bienvenue à Jean-Pierre Chabrol - Vidéo publiée sur la chaine Youtube de Par si Par là 

LES GENS DE LA MOYENNE

Comment ça va les gens de la moyenne ?
vous savez sans vous, on ne peut rien du tout 
comment ça va les gens de la moyenne ? 
savez-vous que sans vous, on ne peut rien du tout.

Les études se sont guère nécessaires 
pour les hommes que l'on dit ordinaires
 4 % de fils d'ouvriers à l'université 
mais pour voter, même par une croix à signer 
on vous incitera et si jamais trop nombreux 
vous refusez d'y aller un jour 
si vous n'y prenez garde 
on vous y conduira par aiguillon électrique
un bétail pour aller plus vite comme en Amérique 

Mais c'était à Selma Alabama
c'est pas notre chair
c'est pas notre sang 
on s'en fout ! 

Comment ça va les gens de la moyenne ?
vous savez sans vous, on ne peut rien du tout
comment ça va les gens de la moyenne ? 
savez-vous que sans vous, on ne peut rien du tout. 

Les étudiants ont manifesté 
par la police, ont subi des sévices 
mais c'était à Lisbonne, au Portugal 
mais cette fois, c'était leur chair, c'était leur sang. 
les bourgeois de la ville 
ont renié publiquement
quarante années de gouvernement. 

Comment ça va les gens de la moyenne ?
vous savez sans vous, on ne peut rien du tout 
comment ça va les gens de la moyenne ? 
savez-vous que sans nous, personne ne peut rien du tout.

10 mars 2026

Nina Simone : sa musique "classique de noire" inclassable, immortelle, pour Ouiza

Je créé donc un mail-art supplémentaire (voir ICI et LÀ) que j'envoie à Ouiza car, oui, j'ai envie d'insister sur le destin brisé, autant que sur une série de chefs-d’œuvre pour le patrimoine de la musique mondiale qui caractérise la très grande et exceptionnelle artiste qu'était Nina Simone.

Dotée de l'oreille absolue, et également d'un fort caractère, elle a débuté très tôt avec son instrument pour jouer sur l'orgue de l'église où sa mère est pasteur. En Elle joue durant des heures sur son piano, répétant inlassablement ses gammes. A l'age de 10 ans, 26 avril 1943, elle est invitée pour la première fois à jouer sur le piano dans l'église principale de Saint-Luc, habillée d'une belle robe blanche. Mais soudain, elle voit qu'on oblige ses parents à laisser leurs places du devant pour que des fidèles blancs s'y installent , et qu'on leur demande d'aller s'assoir sur les sièges du fond. Elle s'en offusque ouvertement. Celle qui s'appelait encore Eunice Waymon a refusé de jouer si ses parents ne venaient pas s'assoir au premier rang et a obtenu gain de cause. "Bach a eut le dernier mot". 

Nina Simone dont la vie a été un long parcours remplie de frustrations malgré son immense talent, parce que les Etats-Unis de 1950 ne lui permettront pas de réaliser son rêve, celui d'être reconnue comme la première femme artiste pianiste classique virtuose noire. Malgré ses longs entrainements et l'excellence qu'elle a visée pendant son long apprentissage, elle est refusée au Curtis Institute de Philadelphie, parce que noire. Cette blessure ne cicatrisera jamais, elle en conservera une rage qui ne cessera de grandir.

Loin d’oublier toutes ses années d’apprentissage, elle s’en inspirera pour créer un genre inédit empreint de jazz, de gospel… et d’improvisations éblouissantes autour de Bach ! Et c’est dans les bars d’Atlantic City, loin des églises et des salles de récitals, qu’Eunice éprouvera son style et entamera sa mue, devenant Nina Simone.

Toute sa vie elle resta fidèle à ses engagements en faveur des droits civiques et pour l'amélioration de la condition de la population afro-américaine. Comme je l'ai déjà écrit, c'est vraiment l'une des femmes remarquables de mon panthéon personnel, pour toutes ces raisons.

En septembre 1963, révoltée par l’attentat contre l’église baptiste de la 16ᵉ rue de Birmingham (Alabama) qui a coûté la vie à quatre fillettes, ainsi que par l’assassinat du militant des droits civiques Medgar Evers, Nina Simone compose Mississippi Goddam, sa première protest song. Dès lors, elle s’engage activement dans le mouvement des droits civiques. Elle fréquente ainsi plusieurs grandes figures du mouvement, Martin Luther King, Malcom X ou Stokely Carmichael, époux de Myriam Makeba. Elle joue lors de grands rassemblements en faveur des droits civiques, comme les marches de Selma à Montgomery (Alabama) en 1965. Sur ses albums des années 1960, Nina Simone interprète des chansons sur la condition des Afro-Américains dans le Sud, tels Strange Fruit de Billie Holliday (sur l’album « Pastel Blues » en 1965) ou en compose, comme Wild is the Wind (sur l’album « Four Women » en 1966). En 1968, elle dédie la chanson Why ? The King of Love is Dead à Martin Luther King trois jours après son assassinat. Puis en 1969 To Be Young, Gifted and Black devient une chanson emblématique pour les jeunes Afro-Américains.
***

On l'a souvent classée comme artiste de jazz mais c'est une qualification qu'elle objecte : "Le jazz est un terme blanc pour parler des Noirs. Ma musique est de la musique classique noire" dira-t-elle

D'ailleurs il est très difficile de cataloguer sa musique dans un genre donné tant elle est empreinte à la fois de classique (avec de nombreuses improvisations autour des Sonates de Beethoven, Suites de Bach, ou Variations Goldberg),  de jazz, de gospel, de soul, voire de musique folk... C'est tout-à-fait grandiose et inclassable!

Une fois que j'ai compris Bach, j'ai voulu être pianiste de concert. 
C'est grâce à Bach que j'ai consacré ma vie à la musique 
et c'est lui qui m'a fait découvrir son monde.
Nina Simone

Recto : Photo d’ouverture © Jack Robinson  / Verso haut gauche : Nina Simone par Roger Kasparian. Paris, 1968 / haut droite: Nina Simone (1933-2003) chanteuse, pianiste et activiste américiane à Londre en 1968 1968. (Photo by Ron Howard/Popperfoto via Getty Images) /en bas :Concert de Nina Simone au Beacon Theatre le 1er mai 1993 à New York (Photo Ebet Roberts/Redferns)
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Faisons nous encore plaisir à l'écouter dans les quelques enregistrements vidéo qui suivent car nous avons la chance que les concerts de Nina aient été captés et qu'il nous sont aujourd'hui offert, afin que jamais nous n'oubliions cette grande artiste.

Nina Simone en concert au Fabrik de Hambourg le 6 mai 1988, vidéo publiée sur la chaine Youtube de l'artiste
Morceaux : 
1-When I Was In My Prime 
2-In The Evening By The Moonlight 
3-To Be Young, Gifted, and Black 
4-When I Was In My Prime (reprise) 
5-Color Is A Beautiful Thing 
6-Mississippi Goddam 
7- See-Line Woman 
8-Fodder In Her Wings 
9-I Want A Little Sugar In My Bowl 
10-Do I Move You? 
11-See-Line Woman (reprise) 
12-Backlash Blues 
13-My Baby Just Cares For Me 
14-Consummation
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A suivre  un enregistrement en live mais seulement audio, vers la fin de sa carrière en 2000 à Marciac : si sa voix a vieilli, sa passion et son jeu au piano sont toujours intacts (d'après les connaisseurs, dommage que le speaker de France Inter qui enregistre ce concert soit un peu trop présent sur les ondes).


Nina Simone : En concert à Marciac — 9 août 2000 (Concert intégral - Audio uniquement)
Nina Simone se produit en concert au festival Jazz in Marciac en Occitanie, France, le 9 août 2000. 
Chansons : Black Is The Color Of My True Love's Hair / les cheveux de mon véritable amour sont noirs
Every Time I Feel The Spirit / Chaque fois que je ressens l'esprit
Here Comes The Sun Just / Voici le soleil 
 Like A Woman / Tout comme une femme
See-Line Woman /
Get Up, Stand Up /
Why? (The King Of Love Is Dead) /
Nobody's Fault But Mine / C'est la faute de personne sauf la mienne
Mississippi Goddam  
I Loves You, Porgy / Je t'aime Porgy (Gerschwin)
Ne Me Quitte Pas
***
Quelques compléments si vous voulez en écouter et en savoir davantage (liste non exhaustive)

* Podcast Radio France : Nina Simone, Viva Nina
* Podcast Radio France : Nina Simone, Black Swan
* Podcast Radio France : Nina Simone, l'histoire de sa vie 

Non, Nina Simone n'est pas juste "une chanteuse de jazz", pour Éric

Si Ferrat ne chantait pas "pour passer le temps", Nina Simone non plus ne jouait pas du piano pour «divertir». Elle jouait pour se venger. Après s’être fait fermer la porte du monde classique à cause de sa couleur de peau, elle a transformé son clavier en arme de guerre.

En fond, partition de la chanson I whish i jnew hom it wold feed to be free (j’aimerai savoir comment ça ferait d’être libre). Nina Simone performe dans un show télévisé au BBC Centre de Télévision de Londres en 1966
(Photo by David Redfern/Redferns)

Page extraite d'un livre jeunesse "Les Pianos de Nina" de Sophie Andersen et Chloé Mayoux :
 la vie de Nina Simone racontée par ses pianos aux éditions Le grand jardin

Vraiment,  depuis que j'écrit sur sa personnalité j'ai presque envie d'en parler au présent tant Nina Simone, cette femme admirable, artiste inclassable est toujours très présente et très écoutée ; heureusement pour nous, des vidéos permettent encore de la voir en scène. Alors regardez-là bien!

Nina Simone « Four Women » (quatre femmes) - vidéo publiée sur la chaine youtube de Par si par là 
Nina Simone, au Mickery Theatre à Loenersloot, dans la banlieue d'Amsterdam dans un programme de la télévision publique néerlandaise . Lisle Atkinson à la basse, Rudy Stevenson à la guitare et Bobby Hamilton à la batterie. Ce concert a été enregistré (ou diffusé ? ) le 25 décembre 1965. 

Si tu regardes cette vidéo, tu vois quoi ? La puissance, le jazz, l’icône cool ? Regarde mieux. Ce n’est pas du spectacle. C’est de la rage pure. Elle révèle une vérité brutale : Les plus grands artistes ne naissent pas du talent, mais du rejet.

Paroles de Quatre femmes : 

Ma peau est noire
Mes bras sont longs
Mes cheveux sont laineux
Mon dos est fort 
Assez fort pour endurer la douleur
Elle a été infligée encore et encore
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle tante Sarah

Je m'appelle tante Sarah
Ma peau est jaune
Mes cheveux sont longs 
Entre deux mondes 
J'ai ma place 
Mon père était riche et blanc 
Il a forcé ma mère tard une nuit 
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle Safronia

Je m'appelle Safronia
Ma peau est bronzée 
Mes cheveux sont bien
Mes hanches t'invitent
Et mes lèvres sont comme du vin 
De qui suis-je la petite fille ? 
Eh bien, la tienne si tu as assez d'argent pour m'acheter
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle Sweet Thing 

Je m'appelle Sweet Thing 
Ma peau est marron 
Et mes manières sont grossières 
Je tuerai la première mère que je verrai
Parce que ma vie a été trop grossière
Je suis horriblement amère ces jours-ci 
Parce que mes parents étaient esclaves
Comment m'appelle-t-on ? 
Je M'appelle Peaches 

*** "Four Women", la chanson qui incarne Nina Simone ***
Article de France Musique par Clémence Guinard Publié le vendredi 21 avril 2023 à 12h10

"Four Women" est un cri de révolte, un titre engagé, puissant, dans lequel Nina Simone exprime toute sa colère face aux injustices subies par les femmes noires.

Sorti en 1966, dans l'album Wild is the Wind, le titre Four Women est le seul composé par la chanteuse sur cet opus. Il dresse le portrait de quatre femmes afro-américaines : Aunt Sarah, Saffronia, Sweet Thing et Peaches, qui illustrent, chacune à leur manière, la violence raciale aux Etats-Unis, mais aussi les différentes facettes de l'artiste, réputée pour son tempérament révolté. « Il incarne totalement la personnalité de Nina Simone qu'on a souvent jugée 'TROP' : trop forte, trop violente », explique la productrice radio et journaliste Nathalie Piolé. Le morceau est d'ailleurs jugé si violent qu'il fut interdit de diffusion sur certaines radios à sa sortie.

Dans ce morceau, Nina Simone chante en s’accompagnant de son instrument fétiche, le piano. Elle débute dans une douceur mélodieuse, et peu à peu sa voix se tend, comme son jeu de piano, pour terminer dans un cri déterminé et rageur. La chanteuse conclut en hurlant le nom de son dernier personnage, Peaches.

Une chanson qui fait écho à ses engagements
Le morceau dresse le portrait de quatre femmes. 
La première, Aunt Sarah, incarne l’histoire esclavagiste des États-Unis. La musique, sereine en apparence, fait ressortir toute la violence des paroles : « Mon dos est fort, assez fort pour supporter la douleur infligée encore et encore ». 

Ce lourd passé résonne encore cruellement en 1966 alors que le pays est englué dans les questions de ségrégation raciale. À cette époque, l'artiste est elle-même pleinement engagée dans la lutte pour les droits civiques : elle participe aux marches de Selma et chante devant des milliers de personnes. Elle fréquente des activistes comme Angela Davis, Malcolm X et bien sûr Martin Luther King, avec qui elle n’est pas forcément d’accord. Contrairement au pasteur, qui prône la non-violence, Nina Simone est persuadée qu’une action violente est nécessaire dans cette révolution contre la ségrégation.

Le miroir d’une carrière avortée de pianiste classique
Vient ensuite Saffronia, née dans la violence : « mon père était riche et blanc, il a forcé ma mère une nuit ». En tant que métisse, elle vit entre deux mondes, celui des Noirs et des Blancs, un déchirement entre deux cultures qui n’est pas sans rappeler la propre histoire de Nina Simone.

Formée comme pianiste classique, elle se tourne vers le jazz lorsqu’elle est recalée à l’examen d’entrée du prestigieux Curtis Institute. Elle s’exprimera avec amertume, tout au long de sa vie, sur cet évènement : «Ils m’ont refusé à cause de la couleur de ma peau. J'aurais aimé être la première concertiste noire. J’aurais été plus heureuse...»

Un cri qui appelle à la révolte
Le troisième portrait de la chanson présente Sweet Thing, en français La douce chose. Elle est acceptée par les Noirs et par les Blancs, parce qu’elle vend son corps. « Mes hanches t’invitent, mes lèvres sentent bon comme le vin. De qui suis-je la petite fille ? De celui qui a assez d’argent pour m’acheter ». Le ton de la chanson s’assombrit encore, pour aboutir au climax final.

« Je tuerai le premier salaud que je verrai » : avec ces mots la quatrième femme, Peaches, donne le ton. « Peaches porte les histoires des trois femmes précédentes sur ses épaules, et sa réaction c’est le cri, la rage, explique Nathalie Piolé. Et Peaches est indispensable dans ce morceau, car c’est la seule qui exprime sa colère ».

Four Women n’est pas le seul morceau engagé de l’artiste, mais contrairement à son célèbre Ain’t got No/I got Life (« Je n’ai pas de maison, de chaussure, d’argent... Mais j’ai mes yeux, mon nez, ma bouche, mon sourire...») qui porte un message d’espoir, Four Women est plus rude : « L’espoir ne vient que par le cri et la révolte », insiste Nathalie Piolé. 

Un morceau puissant qui personnifie Nina Simone, comme figure de femme libre et révoltée. 

Aujourd'hui ses "soeurs" continuent de porter son message.
Four women (quatre femmes) : ici chanté par Lisa Simone, Dianne Reeves, Lizz Wright, Angélique Kidjo 
vidéo publiée sur la chaine Youtube de Nina Simone

Alors si vous comprenez la rage et la révolte de Nina Simone et appréciez son art, continuez de vous régaler en l'écoutant et la regardant dans les vidéos suivantes : 

Nina Simone en concert en Angleterre le 14 septembre 1968 :
1. Go To Hell (va en enfer)
2. Ain't Got No/I Got Life (Je n'ai pas de vis, j'ai la vie)
3. Backlash Blues (le blues du conttrecoup)
4. Put A Spell On You (je t'ai jeté un sort)
5. Don't Let Me Be Misunderstood (ne me laissez pas être incompris)
6. Why? The King Of Love Is Dead (pouruoi le Roi de l'Amour est mort?)

Concert intégral de Nina Simone dans le cader du 
Festival International de Jazz de Juan-les-Pins, Antibes, France,
Nina s'est produite deux fois à Jazz à Juan en 1965 : les 24 et 25 juillet. Voici l'enregistrement intégral de son premier concert cette année-là. Nina apparaît avec Lisle Atkinson (basse), Rudy Stevenson (guitare et flûte) et Bobby Hamilton (batterie).
Morceaux :
1-Strange Fruit / Fruit étrange
2-Little Girl Blue / Au Clair de la Lune (medley)
3-Nobody Knows You When You're Down and Out/Personne ne vous connaît quand vous ètes au plus bas
4-Trouble in Mind / Troubles de l'esprit
5-Zungo (extrait)
5-Images
6-Be My Husband / Sois mon mari
7-I Loves You, Porgy / Je t'aime Porgy (Gerschwin)
8-Children Go Where I Send You / Les enfants vont où je les envoie
9-Put a Spell on You / Je t'ai jeté un sort

Pour en savoir davantage sur cette artiste sur laquelle j'ai déjà beaucoup écrit, je vous renvoie à l'article que je viens de lui dédier, pour décrire son parcours de vie et son oeuvre ICI

Cher Éric, toi le musicien, je ne sais pas si tu apprécies le blues et le jazz, mais je suis convaincue que le destin de cette femme remarquable ne te laissera pas indifférent. Je te souhaite une bonne réception de ce mail-art!

Nina Simone, compositrice, chanteuse et militante des droits civiques, pour Claire

Il y a 93 ans, au mois de février, naissait Eunice Weymon que nous connaissons davantage sous son nom d'artiste de Nina Simone.  Ce n'est pas trop du répertoire de l'artiste que je méconnais mais bien de la femme que j'ai envie de vous parler aujourd'hui : combattante et engagée toute sa vie pour les droits civiques de la communauté Afro-américaine, elle fait partie elle aussi des femmes remarquables à mes yeux,  celles dont le courage et la détermination sont à célébrer à jamais.

"Je vais te dire ce qu'est la liberté pour moi : pas de peur" 

à gauche, Nina Simone à Londres en avril 1967 à droite, une peinture de Clémence Powney

J'adresse ce mail-art à Claire, dont je ne connais absolument rien de ses goûts musicaux. Pourtant je suis à peu près certaine qu'elle a été forcément touchée par le parcours incroyable de cette femme qui n'a pas eu la chance de naître au bon endroit ni avec la bonne couleur de peau pour pouvoir exaucer son rêve de devenir la première pianiste classique virtuose noire, alors qu'elle en avait toutes les dispositions. 

Qu'elle soit ici honorée à la hauteur de son engagement et de sa pugnacité pour faire reconnaître les droits et le respect de tout un chacun sur cette terre.

Bonne réception de ce mail-art, chère Claire, le racisme et la xénophobie étant plus que jamais présents et exacerbés dans le monde d'aujourd'hui, il y a une sorte d'urgence à affirmer notre humanité et notre solidarité, au moins par la pensée, avec tous ceux qui sont minorés et qui en  souffrent.
Nina Simone, diva d'une colère noire : vidéo sur la chaine Youtube de France Culture 

Son rêve était de devenir la première pianiste classique noire. Le voeu de Nina Simone n’aura jamais été exaucée. "Je veux que les jeunes Noirs se rendent compte que je me bats encore pour leur cause, comme je l’ai fait pendant 20 ans. Je le fais car j’ai souffert encore plus qu’eux. Nina Simone"

Des détails bouleversants sur la vie de Nina Simone : vidéo sur le Youtube de Grunge

Comment une jeune fille nommée Eunice Waymon, originaire de Tryon, en Caroline du Nord, est-elle devenue l'une des artistes et militantes des droits civiques les plus marquantes du XXe siècle ? L'histoire de Nina Simone, à l'image de sa musique, est audacieuse et inoubliable.

*** Mississippi Goddam ***

« Mississippi Goddam » de Nina Simone. Enregistrement : Live à Antibes, les 24 et 25 juillet 1965. 
le sixième Festival de Jazz d'Antibes Juan-les-Pins s'est déroulé du 24 au 29 juillet.
En mars 2019, la prestigieuse Library of Congress (la Bibliothèque du Sénat) a classé la chanson «Mississippi Goddam» de Nina Simone parmi les 25 enregistrements « culturellement, historiquement ou esthétiquement importants » du pays. Le morceau sort pourtant en 1964, alors que le Sénat n’a pas encore aboli la ségrégation dans le sud du pays où l’artiste, née le 21 février 1933, a grandi.

«Ça c’est une chanson pour un spectacle, mais le spectacle de cette chanson n’a pas encore été écrit! ». C’est par cette phrase elliptique et grinçante que Nina Simone introduit ce morceau devant un public majoritairement blanc. On est en 1964 au légendaire Carnegie Hall, à New York, et il s’agit du premier enregistrement officiel de ce morceau. « Mississippi Goddam» va faire scandale, car bien entendu, tout le monde sait bien hélas que l’histoire de cette chanson a déjà été écrite. Elle renvoie au meurtre du militant noir américain Medgar Evers, assassiné en juin 63, à Jackson (Mississippi), par un suprémaciste blanc du Ku Klux Klan. Evers, défenseur des droits de l’homme, se battait pour l’accès des Afro-Américains à l’université du Mississippi.

« Et je pense que chaque jour sera mon dernier » 
L’Amérique est ébranlée par cette tragédie qui inspire aussi une chanson à une des idoles rebelles de l’époque, Bob Dylan (« Only a Pawn in Their Game« ).

Mais alors que Dylan se veut descriptif et raconte les balles qui sifflent, Nina Simone, elle, ne cite pas le nom d’Evers. Elle envoie tout bouler et cogne les touches de son piano : « tout le monde sait ce qui se passe dans le Mississippi Bon Dieu!» (ou tout le monde sait ce qui se passe dans le Mississippi putain!).
Nina Simone, elle, lie l’assassinat du militant à un autre épisode tragique de l’histoire du sud des États-Unis. Car trois mois plus tard, une bombe explosait dans une église baptiste de Birmingham en Alabama. L’attentat est revendiqué par le KKK. Il tue quatre gamines noires (Addie Mae Collins, Carole Robertson, Cynthia Wesley et Denise McNair) et blesse vingt-deux autres personnes. En pointant l’Alabama, le Mississippi et le Tennessee, Nina Simone dessine surtout avec clairvoyance la folie d’une société hypocrite, sourde et profondément injuste. On y sent le souffle chaud d’un sud poisseux, les nuques baissées rendues dociles, et surtout la peur et la mort qui rôdent quand elle chante :

Hound dogs on my trail / Chiens de chasse sur ma piste
School children sitting in jail / Des écoliers dans les prisons
Black cat cross my path / Un chat noir croise mon chemin
I think every day’s gonna be my last / Et je pense que chaque jour sera mon dernier !

Il faut dire que Nina Simone est née en 1933, après la Grande Dépression, dans la ségrégation du sud des États-Unis. Là, le soir, les voisins et les patrons portent des cagoules blanches du Ku Klux Klan, et le dimanche, sa mère prêche à l’Église. Eunice Kathleen Waymon (son nom à l’état civil) étudie le piano et donne son premier concert à 12 ans. Et refuse que ses parents cèdent leur siège à des spectateurs blancs ! « Quand tu naissais et que tu grandissais dans ce sud des États-Unis à l’époque, à 12 ans, c’était comme si tu en avais 50 ! Tu avais tellement vu et tellement vécu de choses terribles que ça faisait ta maturité » raconte le frère de Nina Simone, Sam Waymon.

Lorsque sa couleur de peau lui interdit de devenir pianiste classique et d’intégrer le fameux Curtis Institute de Philadelphie, la jeune Eunice se réinvente en Nina Simone, pour rendre hommage à son idole d’alors, l’actrice française Simone Signoret. À l’époque, la jeune fille sage ne dit pas de gros mots comme goddam! Intégrer ce juron à un titre de chanson, et en plus l’accoler à un « respectable » État lui vaut les plus vives critiques et même l’interdiction du morceau dans plusieurs états. C’est d’ailleurs, du propre aveu de la chanteuse, le morceau qui « a le plus nui à sa carrière ».

Nina au pays des mensonges
Pourtant, sur l’album Live At Carnegie Hall qui révèle « Mississippi Goddam », il y a aussi une chanson peut-être plus explicite sur les lois du pays. Dans « Old Jim Crow », elle réagit aux lois de la ségrégation. Mais « Mississippi Goddam » est la chanson qui sacre Simone comme une des icônes du mouvement des droits civiques. 

Quand sa colère monte, elle chante :
All I want is equality / Tout ce que je veux c’est l’égalité
For my sister my brother my people and me /Pour ma sœur mon frère mon peuple et moi
Yes you lied to me all these years / Oui tu m’as menti toutes ces années
You told me to wash and clean my ears / Tu m’as dit de me laver et de nettoyer mes oreilles
And talk real fine just like a lady / Et de bien parler comme une dame
And you’d stop calling me Sister Sadie / Et tu arrêterais de m’appeler sœur Sadie
Oh but this whole country is full of lies / Oh mais tout ce pays est plein de mensonges

Nina Simone chante encore cette chanson devant 40 000 personnes à la fin des fameuses « Marches de Selma à Montgomery » (1965), célèbres manifestations contre la ségrégation. À cette occasion, on lui présente Martin Luther King. En lui tendant la main, elle le prévient : « Je ne suis pas une non-violente, moi ! » Il lui aurait répondu calmement : « Aucune importance, ma sœur. »

Trois ans plus tard, le 4 avril 1968, l’assassinat de celui qui disait I Had A Dream met fin au rêve de non-violence du pays. Des émeutes éclatent dans les grandes villes américaines, et trois jours plus tard Nina Simone monte sur la scène de Westbury. Avant de chanter « Mississippi Goddam », elle raconte : 
«Il y a quelques années, quatre petites filles étaient été tuées en Alabama. À ce moment-là, ces morts nous avaient donné l’inspiration d’écrire cette chanson. Mais la mort du Dr King m’a laissée tellement anéantie que je ne sais plus où j’en suis, vraiment. Vous avez entendu la chanson «Shed A Little Light»  de James Taylor composée spécialement pour ce triste jour. J’espère que d’ici la fin de l’année, nous nous serons assez remis pour écrire des chansons qui plongent dans notre Histoire et qui rendent hommage à ces gens merveilleux et courageux qui ne sont plus de ce monde aujourd’hui.»

Dans ce concert, elle bouscule le public pour qu’il chante s’il «est ému par ce qui se passe, et s’il connaît ses chansons», et glisse qu’elle n’a pas l’intention de «rester non violente, ma chérie!» Pourtant la chanson qu’elle vient d’écrire pour King, le roi de l’amour (The King of love) est une chanson plus poignante qu’un appel à la guerre.

« C’était spontané et triste à la fois raconte Sam son frère présent sur scène ce jour-là. On ne savait pas à quoi le monde allait ressembler après tout ça. Quand j’étais sur scène, c’était le lieu et le moment où je me sentais le plus libre de ma vie, pour Nina c’était pareil parce que sur scène on existe et on se sent en sécurité. Je n’ai jamais eu peur sur scène, jamais. Le seul lieu où je me sentais menacé c’était dans le sud des États-Unis… »

Les leaders non violents sont assassinés ou en exil, et Nina doute. Changera-t-elle les États-Unis pour en faire un pays plus juste ? L’art peut-il révolutionner le monde ?

Dans son autobiographie Nina Simone écrit :  L’Amérique telle que je la rêvais pendant les années 60 était devenue une mauvaise blague avec Nixon à la Maison-Blanche, et la révolution noire remplacée par la disco (…) L’assassinat de Malcom X a renforcé ma conviction que notre lutte ne pourrait se livrer sans violence, et que si on tardait à le comprendre on tomberait comme des mouches, comme je le disais dans « Mississippi Goddam »».

Avant de prendre un révolver, Nina Simone quitte le pays, elle part pour des années d’errance et de voyages, entre la Barbade, la Suisse ou la France avec un passage par le Libéria où elle sera « enfin heureuse ». Elle dépense beaucoup, tombe amoureuse et voit son père en rêve… « J’ai vu des éclairs en Afrique. Ils vous foudroient et vous laissent sans voix », écrit-elle dans ses mémoires. Elle restera hantée par ses fantômes et ses fantasmes d’un monde plus juste avant de finir sa vie face à la mer sur la Côte d’Azur. Dr. Nina Simone y joue Bach, Debussy, Ravel et Chopin. Aujourd’hui, « Mississippi Goddam » repose à la Librairie du Congrès parmi les œuvres les plus importantes que les États-Unis aient créées. Ce n’est que justice.
Source : Article de PAM Pan Aafrican Music

*** Nina SIMONE, sa vie, son oeuvre ***

Nina Simone voit le jour le 21 février 1933 sous le nom d’Eunice Kathleen Waymon à Tryon, en Caroline du Nord (États-Unis). Elle est la sixième d’une famille afro-américaine modeste de huit enfants : son père est barbier, sa mère est femme au foyer et pasteure méthodiste. Prenant, dès l’âge de 3 ans, des leçons de piano, elle se révèle très douée. Aspirant à mener une carrière de pianiste concertiste classique, elle est toutefois recalée en 1950 à l’examen d’entrée du prestigieux Curtis Institute of Music de Philadelphie. Très déçue, Eunice Waymon attribue ce refus à sa couleur de peau.

Elle débute alors une carrière de pianiste de club : elle est engagée en 1954 dans un bar d’Atlantic City (New Jersey). Elle chante surtout des standards du jazz des années 1930, qu’elle interprète librement avec des improvisations tendant vers le blues, le gospel et le classique. Pour cacher son activité à ses parents, elle prend le nom de « Nina Simone » en hommage à l’actrice française Simone Signoret.

Elle connaît son premier succès en 1957 avec sa version de I Love You Porgy, tiré de Porgy and Bess, l’opéra de George Gershwin. Son premier album, « Little Girl Blue », sort en 1959 sur le petit label new-yorkais Bethlehem Records. On y retrouve notamment My Baby Just Cares for Me. De façon inattendue, ce titre deviendra un tube trente ans plus tard, en 1987, lorsque Chanel l’utilisera dans un spot publicitaire pour son parfum n° 5. Le style original de Nina Simone, issu d’un mélange entre jazz, gospel, blues, folk et musique classique, s’impose. Les années 1960 la voient enregistrer de nombreux albums pour de grandes maisons de disque (Colpix, Philips et RCA) et faire de grandes tournées, y compris hors des États-Unis.

En septembre 1963, révoltée par l’attentat contre l’église baptiste de la 16ᵉ rue de Birmingham (Alabama) qui a coûté la vie à quatre fillettes, ainsi que par l’assassinat du militant des droits civiques Medgar Evers, Nina Simone compose Mississippi Goddam, sa première protest song. Dès lors, elle s’engage activement dans le mouvement des droits civiques. Elle fréquente ainsi plusieurs grandes figures du mouvement, Martin Luther King, Malcom X ou Stokely Carmichael, époux de Myriam Makeba. Elle joue lors de grands rassemblements en faveur des droits civiques, comme les marches de Selma à Montgomery (Alabama) en 1965. Sur ses albums des années 1960, Nina Simone interprète des chansons sur la condition des Afro-Américains dans le Sud, tels Strange Fruit de Billie Holliday (sur l’album « Pastel Blues » en 1965) ou en compose, comme Wild is the Wind (sur l’album « Four Women » en 1966). En 1968, elle dédie la chanson Why ? The King of Love is Dead à Martin Luther King trois jours après son assassinat. Puis en 1969 To Be Young, Gifted and Black devient une chanson emblématique pour les jeunes Afro-Américains.

Écœurée par l’essoufflement du mouvement des droits civiques, brouillée avec de nombreuses personnes et en difficulté avec le fisc américain, Nina Simone n’a plus vraiment l’énergie pour composer au début des années 1970. En 1974, elle quitte alors les États-Unis pour le Liberia. Elle s’installe ensuite en Europe : en Suisse, aux Pays-Bas et en France.

Souffrant d’un cancer du sein, elle s’éteint le 21 avril 2003, à l’âge de soixante-dix ans, à Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône, où elle venait de s’installer. 

COMBLE DE L'IRONIE : À l'avant-veille de sa mort, elle reçoit un diplôme honorifique du conservatoire Institut Curtis de Philadelphie, celui-là même qui lui refusa l'admission en 1950.

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Quelques compléments si vous voulez en écouter et en savoir davantage. 

* Podcast Radio France : l'adieu au classique de Nina Simone 
* Podcast Radio France : Nina Simone, mesure et démesure
* Podcast Radio France : les faces cachées de Nina Simone