Si Ferrat ne chantait pas "pour passer le temps", Nina Simone non plus ne jouait pas du piano pour «divertir». Elle jouait pour se venger. Après s’être fait fermer la porte du monde classique à cause de sa couleur de peau, elle a transformé son clavier en arme de guerre.
En fond, partition de la chanson I whish i jnew hom it wold feed to be free (j’aimerai savoir comment ça ferait d’être libre). Nina Simone performe dans un show télévisé au BBC Centre de Télévision de Londres en 1966
(Photo by David Redfern/Redferns)
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| Page extraite d'un livre jeunesse "Les Pianos de Nina" de Sophie Andersen et Chloé Mayoux : la vie de Nina Simone racontée par ses pianos aux éditions Le grand jardin |
Vraiment, depuis que j'écrit sur sa personnalité j'ai presque envie d'en parler au présent tant Nina Simone, cette femme admirable, artiste inclassable est toujours très présente et très écoutée ; heureusement pour nous, des vidéos permettent encore de la voir en scène. Alors regardez-là bien!
Nina Simone « Four Women » (quatre femmes) - vidéo publiée sur la chaine youtube de Par si par là
Nina Simone, au Mickery Theatre à Loenersloot, dans la banlieue d'Amsterdam dans un programme de la télévision publique néerlandaise . Lisle Atkinson à la basse, Rudy Stevenson à la guitare et Bobby Hamilton à la batterie. Ce concert a été enregistré (ou diffusé ? ) le 25 décembre 1965.
Si tu regardes cette vidéo, tu vois quoi ? La puissance, le jazz, l’icône cool ? Regarde mieux. Ce n’est pas du spectacle. C’est de la rage pure. Elle révèle une vérité brutale : Les plus grands artistes ne naissent pas du talent, mais du rejet.
Paroles de Quatre femmes :
Ma peau est noire
Mes bras sont longs
Mes cheveux sont laineux
Mon dos est fort
Assez fort pour endurer la douleur
Elle a été infligée encore et encore
Comment m'appelle-t-on ?
Je m'appelle tante Sarah
Je m'appelle tante Sarah
Ma peau est jaune
Mes cheveux sont longs
Entre deux mondes
J'ai ma place
Mon père était riche et blanc
Il a forcé ma mère tard une nuit
Comment m'appelle-t-on ?
Je m'appelle Safronia
Je m'appelle Safronia
Ma peau est bronzée
Mes cheveux sont bien
Mes hanches t'invitent
Et mes lèvres sont comme du vin
De qui suis-je la petite fille ?
Eh bien, la tienne si tu as assez d'argent pour m'acheter
Comment m'appelle-t-on ?
Je m'appelle Sweet Thing
Je m'appelle Sweet Thing
Ma peau est marron
Et mes manières sont grossières
Je tuerai la première mère que je verrai
Parce que ma vie a été trop grossière
Je suis horriblement amère ces jours-ci
Parce que mes parents étaient esclaves
Comment m'appelle-t-on ?
Je M'appelle Peaches
*** "Four Women", la chanson qui incarne Nina Simone ***
Article de France Musique par Clémence Guinard Publié le vendredi 21 avril 2023 à 12h10
"Four Women" est un cri de révolte, un titre engagé, puissant, dans lequel Nina Simone exprime toute sa colère face aux injustices subies par les femmes noires.
Sorti en 1966, dans l'album Wild is the Wind, le titre Four Women est le seul composé par la chanteuse sur cet opus. Il dresse le portrait de quatre femmes afro-américaines : Aunt Sarah, Saffronia, Sweet Thing et Peaches, qui illustrent, chacune à leur manière, la violence raciale aux Etats-Unis, mais aussi les différentes facettes de l'artiste, réputée pour son tempérament révolté. « Il incarne totalement la personnalité de Nina Simone qu'on a souvent jugée 'TROP' : trop forte, trop violente », explique la productrice radio et journaliste Nathalie Piolé. Le morceau est d'ailleurs jugé si violent qu'il fut interdit de diffusion sur certaines radios à sa sortie.
Dans ce morceau, Nina Simone chante en s’accompagnant de son instrument fétiche, le piano. Elle débute dans une douceur mélodieuse, et peu à peu sa voix se tend, comme son jeu de piano, pour terminer dans un cri déterminé et rageur. La chanteuse conclut en hurlant le nom de son dernier personnage, Peaches.
Une chanson qui fait écho à ses engagements
Le morceau dresse le portrait de quatre femmes.
La première, Aunt Sarah, incarne l’histoire esclavagiste des États-Unis. La musique, sereine en apparence, fait ressortir toute la violence des paroles : « Mon dos est fort, assez fort pour supporter la douleur infligée encore et encore ».
Ce lourd passé résonne encore cruellement en 1966 alors que le pays est englué dans les questions de ségrégation raciale. À cette époque, l'artiste est elle-même pleinement engagée dans la lutte pour les droits civiques : elle participe aux marches de Selma et chante devant des milliers de personnes. Elle fréquente des activistes comme Angela Davis, Malcolm X et bien sûr Martin Luther King, avec qui elle n’est pas forcément d’accord. Contrairement au pasteur, qui prône la non-violence, Nina Simone est persuadée qu’une action violente est nécessaire dans cette révolution contre la ségrégation.
Le miroir d’une carrière avortée de pianiste classique
Vient ensuite Saffronia, née dans la violence : « mon père était riche et blanc, il a forcé ma mère une nuit ». En tant que métisse, elle vit entre deux mondes, celui des Noirs et des Blancs, un déchirement entre deux cultures qui n’est pas sans rappeler la propre histoire de Nina Simone.
Formée comme pianiste classique, elle se tourne vers le jazz lorsqu’elle est recalée à l’examen d’entrée du prestigieux Curtis Institute. Elle s’exprimera avec amertume, tout au long de sa vie, sur cet évènement : «Ils m’ont refusé à cause de la couleur de ma peau. J'aurais aimé être la première concertiste noire. J’aurais été plus heureuse...»
Un cri qui appelle à la révolte
Le troisième portrait de la chanson présente Sweet Thing, en français La douce chose. Elle est acceptée par les Noirs et par les Blancs, parce qu’elle vend son corps. « Mes hanches t’invitent, mes lèvres sentent bon comme le vin. De qui suis-je la petite fille ? De celui qui a assez d’argent pour m’acheter ». Le ton de la chanson s’assombrit encore, pour aboutir au climax final.
« Je tuerai le premier salaud que je verrai » : avec ces mots la quatrième femme, Peaches, donne le ton. « Peaches porte les histoires des trois femmes précédentes sur ses épaules, et sa réaction c’est le cri, la rage, explique Nathalie Piolé. Et Peaches est indispensable dans ce morceau, car c’est la seule qui exprime sa colère ».
Four Women n’est pas le seul morceau engagé de l’artiste, mais contrairement à son célèbre Ain’t got No/I got Life (« Je n’ai pas de maison, de chaussure, d’argent... Mais j’ai mes yeux, mon nez, ma bouche, mon sourire...») qui porte un message d’espoir, Four Women est plus rude : « L’espoir ne vient que par le cri et la révolte », insiste Nathalie Piolé.
Un morceau puissant qui personnifie Nina Simone, comme figure de femme libre et révoltée.
Aujourd'hui ses "soeurs" continuent de porter son message.
Four women (quatre femmes) : ici chanté par Lisa Simone, Dianne Reeves, Lizz Wright, Angélique Kidjo
vidéo publiée sur la chaine Youtube de Nina Simone
Alors si vous comprenez la rage et la révolte de Nina Simone et appréciez son art, continuez de vous régaler en l'écoutant et la regardant dans les vidéos suivantes :
Nina Simone en concert en Angleterre le 14 septembre 1968 :
1. Go To Hell (va en enfer)
2. Ain't Got No/I Got Life (Je n'ai pas de vis, j'ai la vie)
3. Backlash Blues (le blues du conttrecoup)
4. Put A Spell On You (je t'ai jeté un sort)
5. Don't Let Me Be Misunderstood (ne me laissez pas être incompris)
6. Why? The King Of Love Is Dead (pouruoi le Roi de l'Amour est mort?)
Concert intégral de Nina Simone dans le cader du Festival International de Jazz de Juan-les-Pins, Antibes, France,
Nina s'est produite deux fois à Jazz à Juan en 1965 : les 24 et 25 juillet. Voici l'enregistrement intégral de son premier concert cette année-là. Nina apparaît avec Lisle Atkinson (basse), Rudy Stevenson (guitare et flûte) et Bobby Hamilton (batterie).
Morceaux :
1-Strange Fruit / Fruit étrange
2-Little Girl Blue / Au Clair de la Lune (medley)
3-Nobody Knows You When You're Down and Out/Personne ne vous connaît quand vous ètes au plus bas
4-Trouble in Mind / Troubles de l'esprit
5-Zungo (extrait)
5-Images
6-Be My Husband / Sois mon mari
7-I Loves You, Porgy / Je t'aime Porgy (Gerschwin)
8-Children Go Where I Send You / Les enfants vont où je les envoie
9-Put a Spell on You / Je t'ai jeté un sort
Pour en savoir davantage sur cette artiste sur laquelle j'ai déjà beaucoup écrit, je vous renvoie à l'article que je viens de lui dédier, pour décrire son parcours de vie et son oeuvre ICI.
Cher Éric, toi le musicien, je ne sais pas si tu apprécies le blues et le jazz, mais je suis convaincue que le destin de cette femme remarquable ne te laissera pas indifférent. Je te souhaite une bonne réception de ce mail-art!


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