2 avril 2026

Une bien belle gueule de métèque, pour Christophe et le MIAP

Je n'ai jamais été admirative de Johnny Halliday et donc pas réceptive non plus à son répertoire, dont la  fameuse chanson "qu'est ce qu'elle a ma gueule"? Il y a plusieurs explications à cela, sans doute parce qu'avant la musique ce sont les mots des chansons qui me touchent, surtout quand elles viennent d'un auteur-compositeur-interprètre. 

Pour répondre à l'appel à mail-art lancé de Christophe Blaise sur le thème des "gueules", mon choix s'est porté sur un autre artiste, qui, s'il n'a pas eu la même aura, a été très important dans le paysage de la chanson française. Nous avons perdu notre Phare d'Alexandrie lorsqu'il s'est éteint en 2013 : vous avez déja compris, je veux vous parler de Georges Moustaki un chanteur français issu d’un brassage culturel oriental, ce qui en faisait toute la richesse.

J'ai eu la chance d'écouter Georges Moustaki précisément l'année où il a rencontré le succès, en 1969, avec cette fameuse chanson Le métèque. Il chantait sur une scène devant laquelle nous, spectateurs, étions assis par terre en plein air, totalement bouleversés à l'écoute de cette magnifique chanson. D'y repenser j'en ai encore le poil au garde-à-vous.

Le métèque

Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec et mes cheveux aux quatre vents
Avec mes yeux tout délavés qui me donnent l'air de rêver, moi qui ne rêve plus souvent
Avec mes mains de maraudeur, de musicien et de rôdeur qui ont pillé tant de jardins
Avec ma bouche qui a bu, qui a embrassé et mordu sans jamais assouvir sa faim

Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec et mes cheveux aux quatre vents
Avec ma peau qui s'est frottée au soleil de tous les étés et tout ce qui portait jupon
Avec mon cœur qui a su faire souffrir autant qu'il a souffert sans pour cela faire d'histoires
Avec mon âme qui n'a plus la moindre chance de salut pour éviter le purgatoire

Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec et mes cheveux aux quatre vents
Je viendrai ma douce captive, mon âme sœur, ma source vive, je viendrai boire tes 20 ans
Et je serai prince de sang, rêveur ou bien adolescent comme il te plaira de choisir
Et nous ferons de chaque jour toute une éternité d'amour que nous vivrons à en mourir

Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d'amour
Que nous vivrons à en mourir

Source : Musixmatch/Parolier : Paroles et Musique de Georges Moustaki/1969

Vous parler aujourd'hui d'une gueule de métèque en ces temps où le racisme et la xénophobie n'ont jamais été aussi présents et décomplexés en France, me fait énormément plaisir. S'il en était encore besoin de le prouver, la France est riche de toutes les personnes étrangères qui y sont venues et sont restées,  attirées par l'esprit des lumières et amoureuses de la langue française comme l'était Georges Moustaki, le juif errant, le pâtre grec comme il aimait à se décrire.  

Il a fallu attendre qu'il disparaisse pour que les media lui rendent véritablement hommage. Lui, le citoyen du monde très cultivé, parlant six langues et extrêmement prolifique dans la création de chansons et de musiques, tellement belles, n'a pas eu forcément la carrière qu'il aurait mérité en rapport avec son immense talent. Mais l'important pour ceux qui l'ont cotoyé, c'est d'avoir la conviction d'avoir apprécié un homme magnifique, un grand humaniste dont la poésie et les mots nous font encore le plus grand bien aujourd'hui. 

Un post particulier lui sera dédié spécifiquement, sous peu, pour lui rendre hommage.

Aucun commentaire: