18 mai 2026

PO07 - "Sensation" de Rimbaud dans un festival de couleurs

Depuis quelques temps ma correspondante parisienne, Michèle, s'adonne avec succès à l'art du pastel sec et elle a utilisé cette technique pour répondre à mon nouvel appel permanent sur la poésie.

Aujourd'hui j'en reçois une belle preuve que je suis contente de voir arriver dans ma boite aux lettres car La Poste a pris pas mal de retard  dans la distribution du courrier, quand elle ne le perd pas. Il s'agit d'un poème d'Arthur Rimbaud accompagné de magnifiques couleurs.


Sensation
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue.
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds
je laisserai le vent baigner ma tête nue 
Arthur Rimbaud (1889)

Son envoi s'accompagne d'une bien jolie carte de correspondance avec à son recto une reproduction d'une oeuvre de Frantisek Kupka, artiste peintre tchèque dont j'ai beaucoup entendu parler lors de mes cours de patchwork.
Les touches de piano, le lac - 1909- Kupka 1909
Kupka, dans son cheminement vers l'abstraction, mêle ici deux scènes :en haut une barque avec des voyageurs est amarrée au ponton d'un lac ; en bas, une main parcourt le clavier d'un piano qui se défait

En effet, notre professeur nous avait demandé de choisir une oeuvre de l'un des quatre pionniers de l'art abstrait (Vladimir Kandinsky, Piet Mondrian, Kasimir Malevitch ou Frantisek Kupka) pour en reproduire tout ou partie en patchwork ; c'est ainsi que j'ai eu l'occasion de réaliser en 2014 une pièce textile en appliqué,  représentant le tableau "Bleus mouvants II, 1936" de Kupka (le choix de la couleur bleue ne vous étonnera pas!).
tableau original à gauche, ma réalisation textile à droite

Je te remercie Michèle de cette très belle réalisation et de la poésie superbe de Rimbaud que je connais très mal. Belle continuation et bel été à toi. 

Au fil de l'amitié, nous avons noué une belle complicité, pour l'Association AGIR en Pays Jalignois

Et voici ma troisième et dernière participation à l'appel à mail-art lancé par l'Association littéraire AGIR en Pays Jalignois, sur le thème de l'amitié. 

L’amitié, c’est ce fil invisible qui relie deux âmes, capable de vous soutenir dans les moments difficiles et d’illuminer vos journées de rires. De la complicité sincère aux souvenirs partagés, chaque lien est unique et précieux. De telles amitiés se forgent souvent dans des collectifs, comme la classe de l'école ou le groupe des scouts auquel on appartient, ou encore l'équipe de football où l'on joue. 

Pour ma part, c'est assez tardivement, sur mon lieu de travail que j'ai rencontré une véritable amie, hélas désormais partie rejoindre les étoiles, beaucoup trop jeune. Nous avons connu quatorze années d'une bien belle et forte amitié que je n'oublierai jamais.  

"L’amitié véritable se révèle souvent dans la simplicité des moments partagés et dans la capacité à être présent pour l’autre, dans les instants de joie comme de peine" 
Albert Camus

Auteur de la photo anonyme et libre de droits : Amis ensemble au coucher du soleil
Cette citation d’Albert Camus nous rappelle que le cœur de l’amitié réside non pas dans la recherche d’une justification aux épreuves ou aux bonheurs vécus ensemble, mais plutôt dans l’acceptation et le soutien mutuel inconditionnel. C’est une philosophie qui encourage à cultiver des relations authentiques et profondes où règnent confiance et compréhension mutuelle. En ces temps où l’individualisme peut parfois prendre le dessus, se souvenir de l’importance des liens humains est un message à la fois spirituel et profondément humain qui nous incite à regarder au-delà de nos propres expériences pour embrasser celles des autres avec empathie et amour.

Je souhaite une très bonne réception de ce mail-art à l'association AGIR en Pays Jalignois, en espérant qu'ils recevront beaucoup de courrier sur ce très beau thème. Merci à eux d'avoir lancé cet appel à art postal .

Une amitié à l'épreuve du temps, pour l'Association AGIR en Pays Jalinois

Voici ma seconde participation à ce bel appel à mail-art lancé par AGIR en Pays Jalignois, dont le thème cette année est consacré à l'amitié.

Une amitié qui dure et ne vieillit pas c'est quelque chose d'extraordinaire.
Émilie Carles dans Une soupe aux herbes sauvages

Composition sur fond de broderie anglais sur tissu bleu, avec une double photo illustrant particulièrement bien ce que je voulais démontrer, avec un texte et une photo trouvés sur Facebook avec le commentaire ci-après.

Depuis toutes ces années aucune des deux n’avait changé, jamais elles ne s’étaient séparées, toujours marchant main dans la main.
De la petite école à la retraite elles ne s’étaient jamais lâchées la main.
Pour elles quand elles aimaient ça devait durer toute la vie.
Toutes deux étaient veuves et avaient vécu le décès de leur époux comme un abandon qu’elles ne comprenaient pas.
Alors toutes deux se sont consolées mutuellement, bras dessus bras dessous comme dans leur enfance et ce fut une nouvelle jeunesse.
Cela fut difficile car perdre leur époux avait été quelque chose de monstrueux qui avait empli leur cœur jusqu’à le faire éclater.
Alors cette profonde amitié qui les liait depuis l’enfance se transforma en un profond amour platonique qui ne remplaçait pas l’amour de leur époux mais qui leur permettait de survivre.
C’était une forme d’amitié amoureuse qui les unissait non seulement par le cœur mais par les âmes.
70 ans de cette amitié indéfectible, qui résiste à tout, plus fort que l’amour en cela qu’elle peut commencer dans la petite enfance et perdurer jusqu’au à son dernier jour.
Bras dessus bras dessous avec leur cartable pour partir et revenir de l’école, main dans la main avec leur cabas pour aller et revenir du marché.

extrait d'un article de JFMauran du Groupe Les plumes Sacrées 

Je souhaite une belle moisson d'art postal à cette association littéraire, et une belle exposition à suivre. 

Une première histoire d'amitié très forte, pour l'Association AGIR en Pays Jalignois

Pour répondre à l'appel à mail-art sur le thème de l'amitié, lancé par l'Association AGIR en Pays Jalignois, j'ai choisi  d'évoquer l'amitié que j'ai rencontré dans mes premières lectures. 

Composition réalisée avec une copie sur tissu des couvertures de livres de la première édition du Club des Cinq à la Bibliothèque rose + un dessin des cinq compagnons dont je n'ai pas retrouvé l'auteur 

Si j'ai choisi d'illustrer l'amitié par l'exemple qu'en donnaient les enfants  du Club des Cinq,  c'est que, gamine, comme beaucoup d'autres de mon age, j'étais friande de leurs  aventures. Les nombreuses histoires inventées par Enid Blyton étaient publiées dans "La bibliothèque rose", en version originale traduite de l'anglais et parue en France à compter de 1955 (mon année de naissance). J'appréciai tout particulièrment leur indéfectible amitié très utile pour agir efficacement dans la résolution de leurs enquêtes qu'ils démystifiaient, dans une belle complicité. Déja sans doute pointait en moi le goût de la recherche de la vérité, de percer les mystères : mes premières histoires "policières" en quelque sorte.

Etant plutôt une fillette solitaire, j'admirai particulièrement l'amitié qui liait la fratrie de François, Mick, Annie, avec leur cousine Claude et son chien Dagobert. Dans le cas où une fâcherie troublait leur belle entente ou bien qu'une incompréhension temporaire s'établissait entre l'un et les autres membres du Club, cela n'allait jamais bien loin : on les sentait toujours aussi unis que les doigts d'une seule main, à pouvoir compter les uns sur les autres, en toute circonstance,  ce qui est vraiment pour moi une belle définition de l'amitié.

Je souhaite une belle réception d'art postal sur un si beau sujet à l'Association et je leur souhaite aussi une belle exposition à suivre. 

*** le Club des Cinq ***

Enid Blyton, l'autrice du Club des Cinq, et d'autre publication pour la jeunesse comme le Clan des Sept et Oui-Oui

Voici les personnages principaux des livres de la série du Club des Cinq - 21 titres écrits par Enid Blyton - que j'ai lu pour la plupart et, à l'époque, qui m'avaient enthousiasmée :

 - Claudine « Claude » Dorsel  a onze ans. Elle veut que tout le monde l'appelle Claude car elle trouve son prénom trop féminin. Elle possède une île dont sa mère a hérité (ainsi que la maison), laquelle lui a dit « qu'elle la lui donnait ». Cette île est le domaine des Cinq, qui y vont souvent camper. Claude adore son chien Dagobert et l'emmène partout, même dans son collège. Elle est très généreuse et ne ment jamais, mais elle a un caractère difficile. Elle n'en fait qu'à sa tête et n'obéit qu'à son instinct. Dans les deux premiers livres tout du moins, Claude a une forte personnalité et joue un rôle majeur. Elle refuse de se comporter comme devrait le faire une fille (selon les attentes sociales de l'époque) et affirme son égalité avec les deux garçons du groupe

- François Gauthier  est l'aîné des enfants. Très raisonnable pour ses douze ans, il est responsable de son frère, de sa sœur et de sa cousine. Il est grand et fort, prudent et sérieux. Il pense à tout, mais est parfois un peu « lourd » pour ses cadets avec ses recommandations. Pessimiste, il n'a pas beaucoup de patience.

-Michel « Mick » Gauthier  fait souvent équipe avec sa cousine Claude qui est du même âge que lui. Petit et malin, il taquine toujours tout le monde sur tout : Claude sur son prénom et son attitude masculine, François sur sa prudence exagérée et sa gourmandise et Annie sur sa taille et sa timidité. Mais il sait être courageux et réfléchi quand il le faut. Il est très optimiste, mais casse-ou. C'est un incorrigible gourmand et il est vite insupportable avec ses blagues incessantes.

 -Annie Gauthier (Anne Kirrin) du haut de ses « dix ans », est la plus petite. Mick et Claude la traitent souvent de « bébé ». Claude trouve Annie trop « fifille » et froussarde, Annie trouve Claude trop intrépide et garçon manqué, mais elles s'entendent bien. Très douce et très timide, elle est cependant très maligne et, quand elle est en colère, devient redoutable. Elle surgit dans l'action au moment où l'on s'y attend le moins pour sauver ses amis en danger. Elle aime être la ménagère et la cuisinière du groupe. Elle fait souvent des gaffes.

-Dagobert, souvent abrégé en « Dag » ou « Dago » (Timothy, souvent abrégé en Tim ou Timmy) est le chien de Claude. C'est un chien très affectueux qui ne se sépare jamais de sa maîtresse. Il ne possède pas de pedigree. Claude ne s'en séparerait pour rien au monde : il sait monter la garde, suivre une piste, effrayer les bandits, mais il peut aussi être calme, doux et joueur. Un chien parfait et le plus intelligent au monde, selon Claude.

***

Lorsque j'ai préparé ce sujet, j'ai été chagrinée d'apprendre que les nouvelles éditions de leurs aventures se sont largement appauvries tant dans le texte (pour adopter un langage simplifié, proche de celui de la jeunesse d'aujourd'hui, ainsi que l'utilisation systématique du présent, pour ne pas "complexifier" la lecture avec le passé simple!) que dans les illustrations (celles de l'intérieur du livre ont disparu, ne reste que la seule couverture du bouquin).

Comme vous pouvez le voir ci-dessous les nouvelles premières de couverture ne sont vraiment pas attrayantes, les personnages y sont dessinés grossièrement à la manière des mangas. Je n'ai rien contre les mangas, mais c'est un genre différent, ne mélangeons pas tout!

Les premières de couverture de la première édition à la toute dernière 

Décidément, l'édition sous toutes ses formes  n'est  plus ce qu'elle était  au pays des Lumières, rachetée de plus en plus souvent par des milliardaires plus férus d'idéologie que de littérature,  y compris pour la jeunesse et même les manuels scolaires,  comme c'est aussi le cas pour la presse écrite et télévisuelle (ce sont les mêmes acteurs),

Faisons travailler toutes les fois que possibles les librairies indépendantes, puisque nous avons la chance que le prix du livre soit  unique en France. Si nous voulons éviter une mainmise totale de l'idéologie de ces magnats sur tous les circuits d'information, c'est à nous qu'il appartient de faire en sorte de maintenir un pluralisme indispensable pour éviter que fake-news, révisionnisme et  nivellement par le bas deviennent monnaie courante. 

Par l'imaginaire, sortir de la sidération et envisager d'autres futurs

Aujourd'hui, je relaie un article de Reporterre le Média, magazine de l'écologie, dont j'ai eu connaissance via le blog de l'ami Éric.

Nous n'en pouvons plus de supporter ces injonctions à subir "la loi du marché" et à prendre toujours en pleine face ses conséquences, nos dirigeants s'employant tous à nous faire croire que nous sommes les responsables et coupables de cette situation, si la "croissance" n'est pas au rendez-vous, si "le coup du travail est exorbitant",si "les caisses de l'Etat sont vides" etc... Si nous nous élevons contre les problèmes de pollution de l'air et des sols, et de spoliation de l'eau par l'agro-industrie, nous devenons pour eux des éco-terroristes. Alors comment imaginer des futurs plus réjouissants ? 

Des  récits nous emmènent dans d'autres possibles : je vous laisse en lire la proposition. 

Reporterre et la maison d’édition La Volte publient le 14 mai le livre Lucioles,

dont la couverture est signée Aline Zalko. © E.B / Reporterre

L’imaginaire : un levier essentiel pour nous sortir du capitalisme mortifère

Face à la dystopie dans laquelle nous vivons, comment sortir de la sidération ? Créer des imaginaires dissidents est l’une des clés. Reporterre le Média publie un recueil de 15 fictions écologiques, dont voici la postface.

 

Wendy Delorme, Catherine Dufour, Elio Possoz, Juliette Rousseau... En tout 15 autrices et auteurs de fiction ont répondu à l’appel pour raconter des futurs réjouissants, écologiques et subversifs. 

 

On y découvre des utopies anarchistes ou matriarcales, des alliances inter-espèces ou des pirates de l’espace qui kidnappent les milliardaires de la tech dans leurs fusées, entre autres récits destinés à combattre l’imaginaire capitaliste.

 

Nous publions ici, dans une version raccourcie, la postface de l’ouvrage, dans laquelle notre journaliste Vincent Lucchese développe pourquoi la guerre des imaginaires est un levier essentiel pour sortir le monde de l’ornière.

 

« Éclater l’horizon des possibles » ; « percer la chape de plomb qui écrase l’avenir » ; « donner à voir des futurs écologiques, excitants et subversifs, pour contrer les récits dystopiques dans lesquels nos dirigeants nous ont enfermés ».

 

Voilà à quoi pouvaient ressembler les consignes distillées depuis 2024 par Reporterre à des autrices et auteurs de fiction, dont les textes ont été publiés sur notre site. Une partie de ces récits a été regroupée dans ce livre, édité avec la maison d’édition La Volte.

 

Aux origines de ce projet, une question lancinante traversait la rédaction : comment sortir de la sidération ? Pas un jour ne passe sans apporter son lot de nouvelles cataclysmiques. « L’atrocité climatique » est déjà là, le réchauffement menace les fondements de nos civilisations et le vivant s’effondre à un rythme effréné. Pas une source d’eau qui ne soit polluée aux pesticides, microplastiques et autres déchets toxiques. Pas une forêt qui ne soit menacée de partir en fumée ou de dépérir dans les années à venir. 

Assécher l’imaginaire pour mieux régner

Partout, l’autoritarisme, la répression et les guerres se multiplient. La montée du fascisme répond à la destruction écologique du monde, comme les deux faces d’une même pièce. Les deux conséquences logiques du capitalisme et de son insatiable volonté de prédation : pour assouvir le besoin d’accumulation du capital, il faut presser les humains et la Terre jusqu’à la dernière goutte.

 

En bref, nous vivons en pleine dystopie.

 

Et pourtant, aucune révolte d’ampleur ne gronde à l’horizon. Des alternatives et des résistances existent, bien sûr, et sont même foisonnantes. Mais elles restent marginales à l’échelle de la société, et loin d’être susceptibles d’entraver la course du rouleau-compresseur à l’origine de ces catastrophes.

 

Chez de nombreux activistes, le burn-out militant guette. Le matraquage des corps n’y est pas étranger. Mais l’abattement touche aussi, si ce n’est plus, les esprits. Le surgissement du pire, déjà bien engagé, paraît pour beaucoup inéluctable. Le fatalisme domine. On est alors tenté de ressortir l’adage attribué alternativement aux philosophes Fredric Jameson et Slavoj Žižek : « Il est plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. » 

« Le désespoir n’est pas naturel ; il est fabriqué »

Voilà le cœur du problème. C’est là la plus fine ruse mobilisée par la classe dominante pour maintenir le statu quo : assécher l’imagination. Imprégner les esprits de l’idée qu’« il n’y a pas d’alternative ».

« La première question que nous devrions nous poser est : comment cela est-il arrivé ? Est-il normal que les êtres humains soient incapables de s’imaginer à quoi ressemblerait un monde meilleur ? », interrogeait dès 2008 l’anthropologue David Graeber 

 

 « Le désespoir n’est pas naturel ; il est fabriqué », poursuit-il. Et d’expliquer comment les dirigeants du monde eurent pour obsession de défaire tout mouvement contestataire naissant, à coups de répression et de propagande, pour tuer dans l’œuf toute idée d’alternative possible. « Ce système n’existe que pour broyer et pulvériser l’imagination humaine, pour détruire toute possibilité d’envisager d’autres futurs. »


La religion du marché

Ce zèle de la part de la classe dominante n’est évidemment pas anodin. Elle détruit les imaginaires dissidents car elle sait à quel point les fictions collectives, les mythes, sont au fondement de tout pouvoir politique.

 

De nombreux chercheurs et penseurs ont théorisé le rôle que jouaient les grands récits communs dans la légitimation et la cohésion de l’ordre social. Le philosophe Cornelius Castoriadis parlait d’« imaginaire social instituant » à propos de la puissance de l’imaginaire collectif, capable de façonner, transformer et légitimer les institutions d’une société. L’anthropologie a quant à elle documenté dans de nombreuses sociétés traditionnelles le « fondement mythique de la légitimité du pouvoir politique ».

 

« Le réel est façonné de toutes pièces, et en grande partie par nos imaginaires. Il n’est pas exagéré de dire que nous vivons dans un monde inventé, résultat d’une évolution où le présent serait le fruit de nos choix antérieurs — eux-mêmes opérés selon des croyances bien plus que des décisions rationnelles », résume Vincent Gerber dans L’Imaginaire au pouvoir. Science-fiction politique et utopies (Le Passager clandestin, 2024).

Et si les mythes, les religions et les idéologies constituent les plus puissants de ces récits collectifs, notre époque est indubitablement dominée par la religion du capitalisme. Le marché fait office de dieu tout-puissant, la croissance à tout prix est son premier commandement, Adam Smith l’un de ses prophètes et les économistes néoclassiques sont ses oracles.

De nombreux chercheurs ont travaillé très sérieusement sur cette « théologie du libéralisme » et son fondamentalisme religieux qui ne tolère aucune remise en cause.

« Autrefois, les prophètes entraient en transe et informaient la populace inquiète de l’humeur des dieux, de l’opportunité d’entreprendre un voyage, de se marier ou de faire la guerre. Aujourd’hui, les désirs versatiles du marché sont élucidés par les bulletins quotidiens de Wall Street et des autres organes sensoriels de la finance. Ainsi, nous pouvons savoir au jour le jour si le marché est “inquiet”, “soulagé”, “nerveux” ou parfois “exubérant” », écrivait en 1999 le chercheur et théologien Harvey Cox, dans un article de The Atlantic.

Faire vaciller les récits dominants

On ne compte plus le nombre de réformes politiques brutales et iniques imposées au nom des impératives « lois du marché ». L’imaginaire constitue l’un des plus puissants atouts du pouvoir mais il est aussi son talon d’Achille. Car il suffit que la fiction sur laquelle il est bâti se délite pour que tout s’effondre, parfois bien plus rapidement qu’on ne le pense. Prenons l’exemple d’un des plus grands empires ayant jamais existé : l’Union soviétique.

Dans les années 1980, aucun des observateurs occidentaux n’aurait imaginé que la puissante URSS puisse se disloquer si rapidement en 1991, rappelle dans un article Léon Aron, spécialiste étasunien de cette période. Certes, l’Union soviétique traversait alors de graves difficultés économiques, sociales et militaires, mais rien de nécessairement fatal.

Le modèle soviétique s’est effondré parce que plus personne, ou presque, n’y croyait. La promesse de l’avènement prochain du communisme réel avait peu à peu disparu des discours officiels, le régime perdit peu à peu en crédibilité et la catastrophe nucléaire de Tchernobyl porta un coup terrible au récit d’une science soviétique supérieure, génératrice d’une société vivant en harmonie avec la nature.

L’ensemble de ces facteurs, parmi d’autres, « amène à une remise en cause complète du récit soviétique. Et là, tout craque », résume à Géo Julie Deschepper, historienne de l’URSS. Il ne s’agit évidemment pas de minorer l’importance des faiblesses économiques et politiques structurelles de l’Union soviétique mais de souligner le rôle crucial d’un imaginaire et de ses récits dans la cohésion, et en l’occurrence dans la destruction, d’un ordre social.

C’est d’un tel arrachement à l’imaginaire morbide du capitalisme dont nous avons urgemment besoin aujourd’hui.

De fait, les promesses de ce système ne font déjà plus rêver grand monde, du moins en Occident, où sa propagande règne depuis trop longtemps pour ne pas laisser paraître l’envers du décor, la misère, les maladies et les destructions des milieux de vie qu’il génère.

La fiction comme « réservoir cognitif »

L’imaginaire du capitalisme tient encore debout mais il a l’allure d’un mort-vivant titubant sans but ni grand-chose à proposer. Paradoxalement, son mythe fondateur reste pourtant solidement ancré. L’impératif de croissance économique constitue toujours un argument massue dans le débat public. S’y opposer est très généralement inaudible.

Prôner la sobriété, questionner la finalité de la technologie, ou même promouvoir l’égalité et le respect des minorités valent d’être traité d’Amish et de « wokiste ». Le violent retour de bâton masculiniste en cours, porteur d’un idéal réactionnaire antiwoke nostalgique d’une « pétromasculinité » menacée, montre la prégnance de ces imaginaires frelatés.

Il faut donc briser le carcan. Les œuvres de science-fiction alternatives et autres récits subversifs existent. Ils s’emploient à élargir les fissures dans le bloc de l’imaginaire dominant, à « désincarcérer le futur », ainsi que le proclame le collectif Zanzibar, dont plusieurs de ses membres signent des nouvelles de notre recueil.

Notre conviction est qu’il est urgent d’amplifier le mouvement. De rendre audibles au plus grand nombre ces récits d’autres futurs possibles. Car la sidération et l’atonie actuelles viennent en partie d’un vertige, d’une peur du vide : que faire et par quoi remplacer ce système abject ? Comment inventer tout un monde ?

« La science-fiction crée à ce titre ce que [le chercheur en science politique] Yannick Rumpala a appelé un “réservoir cognitif”, un stock d’expériences capables de “travailler les possibilités”. […] elle permet d’appréhender, de se familiariser avec cet inconnu », écrit Vincent Gerber.

Les utopies n’ont d’ailleurs pas vocation à offrir sur un plateau la recette pour établir une société parfaite. Pour la bonne et simple raison qu’une telle société ne peut exister. L’être humain étant lui-même condamné à l’imperfection, la société la plus harmonieuse qui puisse être est celle qui tâtonne, écoute, prend soin des relations entre ses membres (humains et non humains) et se réinvente en permanence. Une utopie figée, certaine de ses règles parfaites, sacrifierait la liberté humaine et tomberait instantanément dans la dystopie, celle d’un « paradis pour automates », résume encore Vincent Gerber.

Notre espoir est que ce livre ait apporté quelques contributions au tâtonnement révolutionnaire. Évidemment, la littérature ne peut pas tout ; tout au plus peut-elle servir de catalyseur. Mais, pour piocher une dernière citation dans le décidément très riche ouvrage de Vincent Gerber, laissons Terry Pratchett conclure : « Vous avez besoin de croire dans les choses qui ne sont pas vraies. Autrement, comment pourraient-elles advenir ? »

12 mai 2026

Une des jolies maison créoles de la Réunion, pour France

Il y a bien longtemps que nous n'avons pas joué ensemble au "jeu du timbre imposé" que nous pratiquions alors en groupe d'une dizaine de personnes lorsque nous fréquentions conjointement le forum Mailarter à l'infini, il y a une grosse dizaine d'années.Le Covid est passé par là, le prix exorbitant du timbre aussi,  si bien que nombre de personnes ont laissé tombé l'art postal et le forum a largement perdu en fréquentation et en intérêt.

Dans un échange mail récent, France m'a écrit être  partante pour remettre cela à deux, car, comme moi, elle avait gardé un bon souvenir de cet exercice qui nous pousse un peu dans nos retranchements, surtout quand on tourne un peu en rond et qu'on n'a pas trop d'inspiration. Quoi de  mieux qu'un beau timbre pour amener un sujet ? Vous qui me connaissez bien savez quelle place importante tient le  timbre dans la composition de mes cartes de mail-art textile (je n'ai pas toujours un timbre original, mais dans ce cas, j'en fait une photocopie à la bonne dimension, que j'appelle un timbre image). 

Maison Folio - Propriété et maison créole à Hell Bourg dans le Cirque de Salazie,
 vue  sur le Site Carte de la Réunion 
carte montrant les sites où visiter les plus belles maisons créoles de La Réunion

Je profite donc de son récent séjour à La Réunion pour lui faire un clin d'oeil et lui envoyer dans cette enveloppe fabriquée dans un beau papier de récupération,  une magnifique demeure créole, contenant pour  notre prochain échange un timbre imposer à intégrer.

Je t'en souhaite bonne réception, France, amuses-toi bien avec ce timbre que je n'ai pas choisi par hasard. Prends tout ton temps pour réaliser ton mail-art car moi je fais un break et ne serai pas en mesure de te répondre de sitôt.

Les aventures d'Henry de Monfreid sur la Mer Rouge et la Corne de l'Afrique, pour l'Association des Rencontres de la Baie de Carentec

Navigateur, contrebandier, pirate, pécheur de perles, écrivain, poète, journaliste et peut-être davantage encore : Henry de Monfreid, encouragé par Joseph Kessel, a laissé à la postérité une œuvre prolixe inspirée de sa vie aventureuse dans la corne de l'Afrique. Plus que tout autre, il incarne à mes yeux le voyage, la soif d'aventure et la liberté absolue, même s'il risqua plusieurs fois d'y laisser sa vie. C'est en lisant Fortune Carrée de Joseph Kessel que j'en suis arrivée à lire en premier lieu "Les secrets de la Mer Rouge", puis bien d'autres de ses livres par la suite.

"Partir avec un itinéraire où tout est réglé au jour le jour et à l'heure, élimine précisément ce qui fait la beauté du voyage : l'imprévu et l'aventure".
Henry de Monfreid

Henry de Monfreid, en rade de Djibouti à la proue d’un zaroug, vers 1930 -
 la photo sur le bateau est tiré d'un long article dédié à Monfreid dans les croisières du haschich

Je vous mets en partage une vidéo "Sur les traces d'Henry de Monfreid, écrivain & pirate de la mer Rouge (La case du siècle, 2024) pour que vous puissiez vous faire une idée du bonhomme!

En 1911, Henry de Monfreid quitte la France pour l'Abyssinie. Au coeur des régions interdites du Yémen et de l'Ethiopie, il sera pêcheur de perles, marchand d'armes et de haschich, et même espion. Navigateur insatiable, il affronte la mer Rouge et ses tempêtes. Contrebandier, photographe, dessinateur et écrivain épris de liberté, Henry de Monfreid ne cesse d'écrire sa propre légende. Ce personnage ambivalent a fasciné des générations de lecteurs par sa profonde singularité, son jusqu'au-boutisme, et son ambigüité. Son histoire peut aussi se comprendre comme celle d'un Occident malade venant se regénérer au contact de l'Afrique et de son mysticisme.

ainsi qu'un témoignage du grand Joseph Kessel qui l'a rencontré et a vécu quelques mois avec lui. Il le définit comme un pur aventurier, un vrai professionnel de l'aventure (via un écran Facebook, même si on n'est pas sur ce réseau social, comme c'est mon cas). 

Henry de Monfreid (au premier plan) sur le pont du bateau le Massabieh, Paris-Soir, 15 mars 1935 – source : RetroNews-BnF

Carte marine ancienne de la Côte d’Arabie, Mer Rouge et Golfe de Perse, tirée de la carte française de l’Océan Oriental. Epreuve originale réalisée en 1740. Bellin cartographe.
Jacques-Nicolas Bellin, né à Paris en 1703, mort à Versailles le 21 mars 1772, est un cartographe hydrographe français. En 1721, Bellin est nommé hydrographe du ministère de la Marine suite à la création de l’office hydrographique français et du Dépôt des cartes et plans de la Marine. Membre de l’Académie de Marine et la Royal Society of London. Au cours d’une carrière de 50 ans, il est l’auteur d’un grand nombre de cartes et d’atlas. Ses cartes du Canada et des territoires français de l’Amérique du Nord (Nouvelle-France, Acadie, Louisiane) sont d’une valeur considérable.

Pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur ce personnage incroyable, lien sur son site

 ***

Je souhaite à l'Association des Rencontres de la Baie de Carentec un bien beau festival et une très belle exposition d'art postal, tant je suis certaine que ce thème aura bien plu. Et grand merci à l'Être anonyme d'avoir relayé cet appel. 

En Afghanistan avec les cavaliers de Joseph Kessel, pour l'Association des Rencontres de la Baie de Carentec

Je vous avais informé ici d'un appel à mail-art relayé par notre amie L'Être anonyme, sur le thème du voyage en littérature pour le printemps 2026. Nous approchons de la date limite de réception des envois fixée au 20 mai prochain et il est maintenant temps de concrétiser ma participation sur ce thème très inspirant.

Deux idées principales sur ce sujet m'ont traversée,  relatives à des lectures de jeunesse,  donc déjà lointaines mais qui m'ont laissé de fortes impressions et m'ont fait découvrir le monde, je n'avais alors que la lecture pour voyager.

Photo d'une partie de bouskachi vue sur le site Mag.moncheval.com 
le vrai timbre est une chèvre, comme la dépouille qui sert d'enjeu dans ce "sport national" afghan

"Les cavaliers" est le premier des livres de Joseph Kessel que j'ai lu. Ce roman d'aventure me fit voyager en Asie Centrale, pour découvrir le coté absolument fascinant d'un pays -l'Afghanistan- à la géographie très tourmentée avec l'Hindou Kouch, immense barrière montagneuse, prolongation du massif de l'Himalaya qui occupe une bonne partie du pays, et qui, par le biais d'une sorte de sport national pratiqué à cheval qu'est le bouskachi, m'a fait appréhender le caractère fier et sauvage de ces hommes ainsi que l'importance de leurs montures dans leur vie, toujours associées à leurs émotions. 

Le bouzkachi peut regrouper des centaines de joueurs, généralement répartis en équipes de dix joueurs. Une carcasse décapitée, traditionnellement celle d’une chèvre, est lancée sur le sol au milieu du cercle des cavaliers. Au signal, les cavaliers se ruent vers la carcasse et tentent de la ramasser, tâche qui à elle seule nécessite une grande force. 
Le bouskachi, l'impressionnant sport équestre afghan - tourné en 2020
Video de la chaine youtube imineo Cheval et équitation - le générique est très long, commercer à 1:39'
Considéré comme sport national, la province de Samangan célèbre le “bouzkachi” - AFP 04.11.2021

Moi qui admire tant les chevaux, cela ne va pas trop vous surprendre, mais ce roman-là m'a prise aux tripes et je n'ai pas pu le lâcher tant que je n'en ai pas lu la dernière page. C'était un monde tellement éloigné du mien mais si envoutant que ma mémoire s'en souvient encore fortement, d'autant que le talent de conteur de Kessel est formidable.

Dans ce roman Les Cavaliers, Joseph Kessel impose une galerie de personnages forts, dans un contexte qui tient de l'épopée, à travers une folle traversée de l'Afghanistan. On retient également la place particulière accordée aux chevaux, en particulier à Jehol, le Cheval fou, conçu comme un personnage du roman à part entière. 
Source :Wikipédia

Je souhaite une bonne réception de ce premier mail-art sur le thème du Voyage à l'Association des Rencontres de la Baie de Carentec. J'en prépare un second sur un autre écrivain voyageur que me fit découvrir Joseph Kessel, dans son livre Fortune carrée. 

Joseph KESSEL (1898 - 1979)

La vie de Joseph Kessel est un roman, qui mêle grande Histoire et histoire personnelle. Ou plutôt elle ressemble à une volonté de vivre au plus près l’Histoire, au point d’en devenir un acteur. 

Durant soixante ans, Joseph Kessel a parcouru les continents sur la trace de ces instants de vie où l'homme affronte la mort. Homme d'action autant qu'homme de lettres, cet écrivain voyageur, journaliste, aventurier, résistant, aviateur est le témoin direct et le conteur exceptionnel des événements qui ont marqué l'histoire du xxe siècle.

Pour mieux appréhender la complétude de la vie de l'écrivain-aventurier, je vous propose de visualiser une courte vidéo  proposée par France Culture où Joseph Kessel décrit lui-même comment il aborde les rencontres qu'il a fait dans sa vie, si extraordinaire, mais aussi si dangereuse. 

Olivier Weber, lui-même écrivain voyageur, dans son livre "Kessel, le nomade éternel" résume toutes les factettes de ce personnage très attachant. En brossant le portrait d'un personnage mythique, Olivier Weber nous emmène en voyage à travers tous les paysages qui ont marqué l'immense écrivain. "Les sentiments en bataille qui parcourent les livres de Joseph Kessel ne sont que le reflet d'une âme chavirée, mais qui demeure d'abord un coeur pur, où l'amitié des hommes compte autant que le goût du baroud. Plus que reporter au long cours, chantre de la grandeur humaine, il fut chroniqueur du monde, dans le fracas des guerres et le tourment des sentiments. Conteur des steppes, Jef, ainsi que le surnomment ses amis, reste un témoin parmi les hommes, un marcheur dans le siècle traversé avec passion, un chantre de la souffrance et du bonheur des êtres, quels qu'ils soient." 

8 mai 2026

Chant des Partisans & Complainte des Partisans, deux chants internationalement connus, associés à la Résistance

Aujourd'hui 8 mai, jour de l'armistice de la deuxième guerre mondiale, c'est le jour où se remémorer toutes les victimes de ce conflit terrible, le jour pour célébrer  tous ceux qui se sont battus afin que la France redevienne libre, et pour remercier tous ceux qui sont tombés pour cela (et pas seulement un jour férié de mai qui permet de faire le pont et de pouvoir partir en week-end prolongé).

Dans cette période noire de l'Occupation, il y eut des moments singuliers comme l'histoire de ces deux chants patriotiques, qui sont parfois un peu confondus, alors qu'ils n'ont pas tout à fait la même histoire. Peut-être est-ce parce que, dans les deux cas,  la chanteuse Anna Marly a participé à leur création (musique et paroles russes du Chant des Partisans - et musique pour la complainte) ainsi qu'à leur diffusion.  

1 / "Le Chant des partisans" (ou "Chant de la libération") devenue l'hymne de la Résistance 
La musique, initialement composée en 1941 sur un texte russe, est due à la Française Anna Marly, ancienne émigrée russe qui en 1940 avait quitté la France pour Londres. A l'origine il est utilisé comme indicatif musical d'une émission de la BBC consacrée à la France libre. Pourquoi ? Outre la mélodie entraînante, à même de susciter le désir de libération, l'air sifflé permettait de traverser le brouillage ennemi !

Ce n'est qu'à la Libération, en 1945, que "Le Chant des partisans" s'impose comme l'hymne de la Résistance.

Anna Marly raconte la création du " Chant des partisans " et de " Complainte du partisan " enregistrée en 2000 -  
Vidéo youtube de lysgauty1 collection disques David Silvestre
Le Chant des partisans ou Chant de la libération est l'hymne de la Résistance française pendant l'occupation par l'Allemagne nazie, pendant la Seconde Guerre mondiale. La musique, initialement composée en 1941 sur un texte russe, est due à la Française Anna Marly, ancienne émigrée russe qui en 1940 avait quitté la France pour Londres.

Les paroles originales en français ont ensuite été écrites en 1943 par Joseph Kessel, également d'origine russe, et son neveu Maurice Druon qui ultérieurement ont tous deux rejoint les Forces françaises libres.  

Le Chant des Partisans : 

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme. 
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes. 
Montez de la mine, descendez des collines, camarades ! 
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades. 
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite ! 
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite... 

C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères. 
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère. 
Il ya des pays où les gens au creux des lits font des rêves. 
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève... 
Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe. 
Ami, si tu tombes un ami sorte de l'ombre à ta place. 
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes. 
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute
... 
Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu'on enchaîne ! 
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ! 
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh ........

2/ Chant "La complainte du partisan" largement reprise à l'international 

La Complainte du Partisan (écrite en 1943, à Londres) enregistrée en 1963 par Anna Marly
Paroles : Emmanuel d'Astier de la Vigérie dit "Bernard" - Musique : Anna Marly 
vidéo publié par Les Chansons Youtube

La Complainte des Partisans 

Les All'mands étaient chez moi 
On m'a dit : "Résigne-toi",
Mais je n'ai pas pu.
Et j'ai repris mon arme
Personne ne m'a demandé
D'ou je viens et où je vais
Vous qui le savez, 
Effacez mon passage. 
J'ai changé cent fois de nom 
J'ai perdu femme et enfant
Mais j'ai tant d'amis 
Et j'ai la France entière.
Un vieil homme dans un grenier
Pour la nuit nous a cachés 
Les All'mands l'ont pris
Il est mort sans surprise
Hier encore nous étions trois 
Il ne reste plus que moi 
Et je tourne en rond 
Dans la prison des frontières 
Le vent souffle sur les tombes 
Et la liberté reviendra 
On nous oubliera! 
Nous rentrerons dans l'ombre.
Le partisan chanté par Léonard Cohen, publié sur la chaine Youtube de aszad
Cette version mêle l'adaptation en anglais de Hy Zaret ("Song of the French Partisan")
avec les paroles d'Emmanuel d'Astier de la Vigérie (dit « Bernard ») et la musique d' Anna Marly

Paroles et traduction de la chanson «The Partisan» par Leonard Cohen

When they poured across the border /Quand ils eurent traversé en masse la rivière
I was cautioned to surrender, / Ils me demandèrent de capituler
This I could not do ;/Mais je ne pouvais pas faire ça
I took my gun and vanished./J'ai pris mon arme et j'ai disparu.

I have changed my name so often,/J'ai changé si souvent de nom
I've lost my wife and children/J'ai perdu ma femme et mes enfants
But I have many friends,/Mais j'ai beaucoup d'amis,
And some of them are with me./Et certains sont avec moi.

An old woman gave us shelter,/Une vieille femme nous a hébergé
Kept us hidden in the garret,/Nous gardant caché sous la mansarde,
Then the soldiers came ;/Puis les soldats vinrent ;
She died without a whisper./Elle mourut sans un murmure.

There were three of us this morning /Nous étions trois ce matin
I'm the only one this evening /Il n'y a plus que moi ce soir
But I must go on ; Mais je dois continuer ;
The frontiers are my prison./Les frontières sont ma prison.

Oh, the wind, the wind is blowing,/Oh, le vent, le vent souffle,
Through the graves the wind is blowing,/A travers les tombes, le vent souffle,
Freedom soon will come ;/La liberté viendra bientôt ;
Then we'll come from the shadows./Puis nous sortirons de l'ombre.

Les allemands étaient chez moi,
Ils m'ont dit : "résigne-toi",
Mais je n'ai pas peur ;
J'ai repris mon arme.
J'ai changé cent fois de nom,
J'ai perdu femme et enfants
Mais j'ai tant d'amis ;
J'ai la France entière.
Un vieil homme dans un grenier
Pour la nuit nous a caché,
Les allemands l'ont pris ;
Il est mort sans surprise.

Oh, the wind, the wind is blowing,/Oh, le vent, le vent souffle,
Through the graves the wind is blowing,/A travers les tombes, le vent soufle,
Freedom soon will come ;/La liberté viendra bientôt ;
Then we'll come from the shadows./Puis nous sortirons de l'ombre.

PS : Selon les versions traduites, il peut exister encore quelques variantes dans les paroles du texte en français. 
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Je vous souhaite à tous une bonne journée du 8 mai, une journée du souvenir capitale.