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2 janvier 2026

Meilleurs voeux pour l'année 2026 : redonner toute sa place au monde sauvage, pour Vincent

En un autre siècle, des civilisations autres que la nôtre étaient qualifiées de sauvages, donc de primitives, termes se rejoignant dans l’opprobre et le déclassement : alors même que ces peuplades n’avaient que très rarement détruit leur environnement, destruction qui est une des belles preuves de civilisation que notre société productiviste persiste à étaler au gré de ses appétits.

Nonobstant le « bon sauvage » cher à Rousseau, nous avons partout méprisé, écrasé ce qui n’était pas nous, imposé notre pouvoir, notre religion, notre technologie, ivres de puissance et de fatuité.

L'animal sauvage est réputé res nullius (sans maître, mais appropriable). Il est livré « au plus tirant  » ! traqué et tué au gré des lobbys et de ceux qui ne voient en lui qu’objet de loisir, en lui déniant tout droit d’existence.

Il est alors grand temps de célébrer le sauvage, de savoir admirer la magie des plumes, des rameaux, des herbes et des vents, des épines et des ombres, des mousses et de leur espace de libre expression, ce jardin de nature qui vit s’épanouir l’incroyable diversité du vivant.

Nous en sommes comptables : le sauvage, que d’aucuns voudraient rejeter dans le passé, est notre avenir, si tant est que nous soyons encore demain ouverts à l’émerveillement de l’altérité .(source téla botanica)

 
Le sauvage est notre avenir : en 2026, transitons joyeusement vers un monde plus vivant

19 décembre 2025

MO10 - Les ouvriers au travail à l'usine, comme l'a chanté Jean Ferrat avec "Ma môme", par Vincent

Je suis vraiment gâtée aujourd'hui car je retrouve dans ma boîte aux lettres un mail-art que m'adresse Vincent pour illustrer magnifiquement le monde ouvrier en France, avec ces ouvriers travaillant à la chaîne dans l'industrie automobile dans les années 1960.


Les 90 ans de Citroën / Jean pierre foucault - Editions Lafon 2009 - Citroën communication - Chaine de production des tractions 1934 usine Quai de Javel

Sur Instagram, lorsque j'ai vu la publication de l'envoi de Vincent sans savoir qu'il m'était destiné, je lui ai fait un commentaire pour lui dire combien j'appréciais la chanson qu'il avait choisie pour accompagner son post. Cette chanson c'était « Ma môme » de Jean Ferrat où il  parle de la vie ouvrière à travers le portrait d’une femme simple et discrète. Il évoque le travail, le quotidien et les liens modestes, avec des mots simples.
"Ma môme" de Jean Ferrat : audio officielle sur le site Youtube de Jean Ferrat
« Ma Môme » de Jean Ferrat dans un extrait du  film « Vivre sa vie », de Jean-Luc Godard 
Vidéo publiée sur le site Youtube de La bas si j'y suis.
Et cette chanson m'est terriblement familière, découverte petite car beaucoup écoutée chez mes parents, mais également toujours dans ma play-list à l'heure actuelle, comme toutes les chansons de Jean. Il savait ce qu'était le monde ouvrier, ayant lui-même travaillé quelques temps dans un laboratoire de chimie quelques années avant de se consacrer à la chanson ;  tout au long de sa vie, il ne s'est jamais éloigné des petites gens, c'est pour cette raison qu'il est autant aimé, encore aujourd'hui.

Avec Cecile et l'Être anonyme, Vincent est un fidèle pourvoyeur d'art postal pour nourrir ce thème du monde des ouvriers en France, qui me tient tant à coeur mais qui n'intéresse pas grand monde. Comment s'en étonner, avec la très grande désindustrialisation de la France et donc la quasi disparition des ouvriers, remplacés de plus en plus par des robots qui ont l'avantage de ne pas faire grève et de pouvoir travailler 24 heures sur 24. 

Merci infiniment Vincent de ce chouette mail-art : tu sais que ce monde-là  est celui de mes origines et que j'en suis fière. Cela me touche beaucoup, merci infiniment.

10 décembre 2025

Le monde onirique de Marta Runemark et ses sculptures théâtrales, pour Vincent

Et voici le second mail-art préparé pour Vincent : j'ai "craqué" lorsque j'ai découvert les personnages très particuliers conçus par cette artiste sculptrice suédoise Marta Runemark car son univers nous emmène dans une autre dimension,  comme dans un monde parallèle et onirique... et cela fait beaucoup de bien. 
Sur un fond aquarellé, le cheval ailé conçu par Marta Runemark
Voici quelques autres de ses créations, beaucoup sur le thème du cirque, avec clowns, jongleurs et écuyers car le cheval y est beaucoup représenté. Je n'ai pas trouvé de renseignements sur la taille de ces créations apparemment faites de papier maché combiné à différents matériaux de récupération. 

Je vous laisse apprécié la poésie de ces personnages et le monde onirique qu'ils suggèrent. Peu de renseignements sur elle hélas, son site web n'existe plus mais elle est présente sur Istagram pour ceux qui peuvent la suivre #martarunemark

Cher Vincent, je ne sais pas si tu seras aussi sensible que moi au charme de ce cheval ailé, mais je t'en souhaite une très bonne réception. Je te souhaite également de bien terminer l'année. 

Quand le cheval de Prezwalski contribue au réensauvagement du territoire en Espagne, pour Vincent

Il y a un peu trop longtemps que je n'ai rien envoyé à Vincent, car avec la JMFTA j'ai pris pas mal de retard (et en plus à trois semaines de l'envoi, tout n'est pas arrivé chez mes destinataires, loin s'en faut).
Alors, pour me faire pardonner je lui ai réalisé deux mails-art toujours sur le thème des chevaux, inépuisable tant on les retrouve partout. 
Photo vue sur le site La relève et la Peste Crédit : Lidia Valverde / Rewilding Spain

Ici c'est plutôt une bonne nouvelle car le cheval de Prezwalski est une race très ancienne, domestiquée dans l'Antiquité mais à un moment donné, ils sont retournés vivre à l'état sauvage. D'ailleurs, ils constituent la plus ancienne population de chevaux vivant à l'état sauvage et représentent à cet égard un groupe dont la protection est fondamentale. Ils sont découverts en Dzoungarie, en 1879, par l'explorateur Nikolaï Mikhaïlovitch Prjevalski, qui leur lègue son nom.

Perpétués dans les zoos à partir d'un petit groupe de reproducteurs, les chevaux de Przewalski souffrent de consanguinité. Depuis les années 1990, différents programmes visant à leur réintroduction ont permis de rendre de petits groupes à l'état sauvage dans différentes régions, et notamment en Mongolie, en République populaire de Chine, en France, en Espagne mais aussi en Ukraine, sur le site de la catastrophe de Tchernobyl.

Actuellement ils sont mis en avant pour ré-ensauvager des terres qui ont été tellement érodés à cause de l'exploitation que les hommes en ont fait directement, par l'agriculture intensive, ou indirectement par le réchauffement climatique et la rareté de l'eau. C'est le cas en espagne comme j'en parle ci-après.

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Le cheval de Przewalski à la rescousse de la biodiversité en Espagne

Article de Cheval Mag rédigé par Maïssane Fraiji publié le 19 juillet 2023 
Les chevaux de przewalski ont été introduits en Hongrie en 1997. ©AdobeStock/joël BEHR
Dans l’est de l’Espagne, sur les plateaux boisés des highlands ibériques, c’est sur le cheval de Przewalski et d’autres espèces que l’on compte pour faire revivre la biodiversité et l’économie de la région.

Originaire des steppes de l’Asie centrale, le cheval de Przewalski est considéré comme le dernier cheval sauvage au monde. Ces petits équidés robustes ont été poussés à l’extinction par leur plus grand prédateur, l’être humain, qui voulait les apprivoiser, en vain. Ils ont été réintroduits avec succès dans leur habitat naturel à la fin du XXème siècle.
Un troupeau français

En mai dernier, selon le journal britannique The Guardian, un troupeau de dix chevaux a voyagé de la France jusqu’au massif montagneux de la région de Serranía de Cuenca, Alto Trajo et Montes Universales, situé à deux heures de route de Madrid. Le but étant de réintroduire le troupeau sur les 850 000 hectares de steppes, forêts, canyons et rivières pour transformer l’une des régions les moins peuplées en un état sauvage et cela en l’espace de vingt ans.

Les chevaux commenceront par s’acclimater sur une parcelle de dix-sept hectares. Ils seront ensuite relâchés sur l’entièreté du territoire en septembre. Ce petit coin espagnol serait alors le deuxième endroit en Europe, après Tchernobyl, ou l’on peut trouver des chevaux de Przewalski en totale liberté. Tout ce processus fait partie du projet « Rewilding Spain » (Réensauvager l’Espagne). Celui-ci vise à redonner vie à ce territoire, actuellement peu peuplé avec moins de deux personnes par kilomètre carré. 

Bien plus que les chevaux

Le cheval de Przewalski n’est pas la seule espèce animale à être réintroduite dans cette région. Ces terres, qui étaient un jour remplies de moutons, sont maintenant désertes et abandonnées. Cependant, depuis quelques années, les biches et les rennes ont refait leur apparition et peuvent être observés partout sur le territoire. Ce projet se concentre surtout sur la réintroduction de grands herbivores et leur prédateurs pour assurer un équilibre écologique. Certaines espèces, qui se trouvaient sur le territoire auparavant mais se sont éteintes, sont aussi réintroduites. On y trouve ainsi le grand vautour noir et le lynx ibérique. Toutes ces espèces, cheval de Przewalski inclus, sont totalement adaptées au climat et à l’environnement de la région. En effet, les hivers sont très froids et la température peut descendre à un point que peu d’espèces peuvent supporter.
 
Un projet aussi environnemental qu’humain
Ce projet a aussi pour but de redynamiser l’économie de la région. En effet, le but n’est pas de faire renaître la biodiversité et de dire aux derniers habitants de ne rien toucher de la nature. Il est aussi important d’observer les bénéfices économiques apportés en développant l’écotourisme et la vente de produits locaux. Les chevaux de Przewalski jouent là aussi un rôle très important. Leur première source de nourriture étant l’herbe, ils vont contribuer à la régénération des sols. Ils amélioreront ainsi la biodiversité, soumise à des années d’élevage intensif pendant lesquelles de nombreux pesticides ont été utilisés. Ces derniers ont considérablement affecté la population d’insectes qui participe au maintien de la santé des sols. Les paysages, déjà magnifiques, retrouveront leur splendeur et attireront plus de touristes.

Pour le moment, le projet « Rewilding Spain » ne peut apporter que du positif à cette région et aux habitants qui y vivent. D’un point de vue économique et environnemental, le projet devrait permettre d’obtenir des résultats positifs et favorables.

20 novembre 2025

CH30 - L'épouillage est consciencieux et mutuel chez les chimpanzés, pour Vincent

Voici pour Vincent une séance de grooming entre chimpanzés.: réalisé de manière réciproque entre chimpanzés, l'épouillage consiste au retrait des poussières, parasites et peaux mortes. Il s’agit d’un acte social d’une grande importance pour les chimpanzés car il permet de renforcer leur lien et apaiser les éventuelles tensions sociales.
 Epouillage entre chimpanzés- DSG photo Wikimédia Commons
Pratiqué par de nombreux primates, l'épouillage (grooming social) contribue à resserrer les liens entre les membres du groupe. Les relations d'épouillage peuvent avoir lieu entre une mère et son enfant, ou entre des singes adultes (partenaires sexuels ou non). La vie en groupe est parfois rude, et de nombreux singes usent de leurs services d'épouillage comme d'une monnaie pour s'octroyer certaines faveurs ou avoir accès aux choses qui peuvent améliorer un tant soit peu leur estime. Le toilettage évacue les tensions que crée la concurrence. Un stress trop important réduit la fertilité des femelles: les hormones du stress bloquent l'action des hormones de reproduction comme les oestrogènes et la progestérone (les ovaires ne libèrent plus d'ovules ou la grossesse peut se trouver compromise).

L'épouillage est un équilibre; il stimule la production de substance aux effets semblables à ceux de l'opium, qui annihilent les effets des hormones du stress.

Source : extrait d'un article lu sur le site Louise Tremblay  https://www.louisetremblay.com/grooming-social

8 septembre 2025

L'Akhal-Téké, un cheval d'or, pour Vincent

Pour Vincent je continue une série que j'ai amorcé avec lui sur le thème des chevaux, principalement dans l'art, mais dans la vraie vie également. 

Image d'illustration @Adobe Stock / Mooseshop publiée dans Cheval Magazine
https://www.chevalmag.com/bien-etre/protection-des-chevaux/ukraine-le-cheval-akhal-teke-menace/

Aujourd'hui j'avais envie de parler d'un animal extraordinaire à la robe si fine, souvent dorée et toujouirs brillante. C'était le cheval préféré de ma meilleure amie cavalière, disparue plus de depuis 17 ans maintenant. Ce post est rédigé en souvenir d'elle et de notre belle connivence : il s'agit du cheval Akhal-Téké.

Le cheval Akhal-Téké de Russie et d’Ukraine représente un matériel génétique important de la race. Ancienne race du désert oriental, il est connu pour son endurance et son intelligence. Il est originaire d’Asie Centrale et plus précisément du Turkménistan. Des restes équins ressemblant à l’Akhal-Téké ont été découverts et permettent de dater la naissance de la race au sixième siècle avant Jésus-Christ.

La région couverte par le désert de Karabum a influencé le développement de la race. Son isolement dans le pays offre à la race son caractère pur et devient un emblème national du Turkménistan, représenté sur les timbres, la monnaie et les armoiries. L’Akhal-Téké était beaucoup utilisé pour la guerre en raison de sa forte endurance et résistance physique. En 1881, le pays d’Asie Centrale est envahi par l’Empire Russe qui s’empare de l’Akhal-Téké devenant un cheval populaire en Russie. La Russie actuelle et le Turkménistan constituent d’importants centres d’élevage de la race équine.

Pour sauver l’Akhal-Téké de la guerre en Ukraine, les associations ont organisé une cagnette au début de la guerre dans le Dombass et souhaitent mettre à profit les dons récoltés pour évacuer d’avantage de chevaux hors de l’Ukraine.

Étalon Akhal-teke avec la robe isabelle / Photo personnelle de Artur Baboev sur Wikipedia Commons
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L’art de l’élevage du cheval Akhal-Teke et les traditions des ornements pour chevaux 
Inscrit en 2023 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité
Source : https://ich.unesco.org/fr/RL/l-art-de-l-elevage-du-cheval-akhal-teke-et-les-traditions-des-ornements-pour-chevaux-01978

L’Akhal-Teke est une race de chevaux créée sur le territoire de l’actuel Turkménistan. Se distinguant par leur grande taille, leur intelligence, leur agilité, leur force et leur robe brillante, les Akhal-Teke sont robustes et peuvent se passer de nourriture et d’eau pendant de longues périodes.
Les chevaux Akhal-Teke font l’objet de nombreuses coutumes et traditions, notamment des rituels d’attribution de noms, des concours de beauté pour chevaux et des jeux de course et d’équitation. Ils sont également étroitement liés aux cérémonies de mariage, au cours desquelles le marié emmène la mariée sur un cheval Akhal-Teke paré d’ornements. Les bijoux et la dentelle utilisés pour habiller les chevaux sont principalement créés et transmis par les femmes. Les connaissances et les compétences liées à l’élevage et aux soins des chevaux Akhal-Teke se transmettent par le biais d’un apprentissage formel et informel, au cours duquel les jeunes éleveurs apprennent à établir le contact, à toiletter et à nourrir les chevaux. Ils apprennent ensuite à maîtriser les connaissances et les compétences pour monter et dresser les chevaux. Les établissements d’enseignement supérieur et les centres de formation équestre contribuent également au transfert formel des connaissances et des compétences spécifiques à l’Akhal-Teke. Les chevaux constituent une part importante de l’identité historique et culturelle du Turkménistan, et les traditions qui s’y rattachent contribuent à la cohésion sociale et à une meilleure prise de conscience de l’importance du patrimoine vivant en général.
© Hasan Magadov, Turkmenistan, 2022
Vidéo publiée sur la chaine Youtube de l'UNESCO

20 août 2025

MO007 - Force et dignité des luttes ouvrières, avec Rose Zehner, de la part de Vincent

Aujourd'hui encore Vincent me gâte avec un nouveau mail-art sur mon thème "en mémoire du monde ouvrier de France". 

Cette fois c'est par le biais d'une  photo de Willy Ronis que le monde ouvrier est représenté : voici l'histoire incroyable de cette photo et celle de la syndicaliste Rose Zehner, s'adressant aux femmes de son atelier en vue d'une grève à suivre chez Citroën Javel, en 1938 ! Bravo à elle, elles n'étaient pas si nombreuses les femmes à oser prendre de telles responsabilités et à oser tenir un poste si exposé !

Rose Zehner, déléguée syndicale CGTU-Manifestation chez Citroën Javel en 1938-Photo de Willy Ronis

les deux photos sont aussi de Willy Ronis, mars 1938- à gauche, Rose Zehner, à droite auvriers à la cantine
Figure emblématique des luttes sociales de l’entre-deux-guerres, Rose Zehner incarne la détermination et la dignité du monde ouvrier. "De celle qui chante debout, qui travaille et qui lutte… De celle qui n’a jamais baissé les bras."
Histoire de la photographie

Cette photographie est prise, le 23 mars 1938, à la veille de la grève des ouvriers métallurgistes par Willy Ronis — qui signait ses clichés à l'époque de son pseudonyme, Roness — pour le journal communiste Regards. La photographie, largement sous-exposée, n'est pas publiée à l'époque parce que Ronis ne dispose pas du papier argentique adéquat. Devant rendre les clichés pour 17 heures au plus tard, il en est très frustré puis l'oublie. Son tirage n'interviendra que quarante-deux années plus tard.

Sur la photographie, on voit Rose Zehner, de retour du ministère de la Guerre, en train de faire le compte rendu de la délégation pour la « solidarité avec les gars d'Espagne » face aux travailleuses réunis dans l'atelier de sellerie de Citroën-Javel.

Willy Ronis explique : « J'étais dans l'usine, en grève, j'ouvre une porte et je tombe sur cette scène. C'était l'époque où les conquêtes sociales de 1936 étaient remises en question. Les gens criaient de colère. Je n'ai pas eu une vraie réaction de reporter : l'atmosphère était tellement tendue que je me suis senti de trop et suis parti. Je n'ai fait qu'une photo, celle-là. Il a fallu attendre 1982 pour que je rencontre cette femme, Rosette [Rose Zehner]. Nous avons reparlé de cette époque et elle m'a dit qu'elle avait eu le temps de me voir et cru que j'étais un flic ! Tout au long de ma vie, j'ai fait mienne la lutte des hommes pour leur dignité et leur mieux- être. »

En 1980, pour la sortie de son livre, Sur le fil du hasard, Willy Ronis parcourt ses vieux clichés. Il tombe sur la photo de l'usine Citroën et décide de la publier dans son ouvrage. Une cousine de Rose découvre la photographie et en parle à celle-ci qui se met en contact avec Willy Ronis.

Qui était Rose Zehner

Rose Zehner, née Rose Francine Goderel, à Paris (XVe), le 8 avril 1901 et morte le 1er août 1988 à Laigle dans l'Orne.

Rose Zehner est orpheline dès l'âge de neuf ans. Très jeune, elle doit travailler comme ouvrière. Sa "grande gueule», son humour la font connaître de tous. Militante communiste, elle adhère et milite au sein de la CGTU. En 1938, lors des grèves chez Citroën, elle est photographiée par Willy Ronis tandis qu'elle harangue la foule des ouvrières réunies dans la sellerie de l'usine de Paris, dans le quartier de Javel.

Après les grèves de 1938, elle est licenciée du fait de son action militante. Elle ouvre alors un bistrot rue Saint-Charles, le Où va-t-on ? Chez Lulu et Rosette. À la fin de la guerre, elle s'installe dans l'Orne.

En 1983, elle est invitée dans le cadre des Rencontres de la photographie d'Arles. Elle est acclamée par la foule.
***
Je remercie tout particulièrement Vincent pour sa constance et son audace : il est le principal contributeur de ce thème qui n'est pas facile et pour lequel il n'y a guère d'engouement .

Dommage de ne pas vouloir se souvenir de toutes les luttes et les acquis sociaux obtenus grâce à la détermination et à la dignité de ces ouvriers et ouvrières-là. Combien de tous ceux qui sont en train de faire bronzette sur la plage en ce moment se souviennent encore que c'est grâce à leurs actions que nombre d'avancées sociales ont pu voir le jour.. et qu'il faut continuer à rester vigilants pour qu'elles ne se réduisent pas davantage à peau de chagrin (le processus est déjà bien avancé). 

Alors merci doublement à Vincent d'avoir pris ce sujet à bras le corps et choisi de magnifiquement l'illustrer sur Instagram par la chanson de Jean Ferrat "Ma France" écrite en 1969 - ce que je fais également:

Ma France
De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnait le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France

13 août 2025

En balade à la Pointe Courte à Sète, de Vincent

Lorsque j'ai laissé un commentaire sur Instagram sous le post où Vincent publiait une copie de cet envoi j'ignorai tout-à-fait qu'il m'était destiné ; je dois dire qu'il m'arrive souvent que dans les jours qui suivent, je retrouve l'original dans ma boite aux lettres, preuve que Vincent commence à bien me cerner et à savoir comment et par quoi me toucher. 

Là encore, avec Brassens, il a fait mouche : effectivement, j'ai passé plus de 4 mois juste après le décès de ma maman, à écouter toutes les chansons de Brassens entre juin et octobre 2021 car je m'étais promis de lui consacrer une série, dans la mesure où cette année-là marquait à la fois les 100 ans de sa naissance mais aussi les 40 ans de sa disparition.  Et je l'ai redécouvert et apprécié toute la modernité de ses textes, dont je n'avais pas forcément conscience avant. 

C'est un personnage qui n'a jamais eu la grosse tête, qui est resté lui-même malgré son succès, fidèle à ce qu'il a toujours été. Suivant son bonhomme de chemin, entouré de ses amis et de ses chats, Georges n'a jamais sacrifié à la mode. Et c'est cette attitude-là que j'admire chez lui, en plus de ses chansons et de ses poèmes -qui m'ont bien aidé cette année-là à contenir mon chagrin-.

Revoir les nasses et les filets sécher dans ce quartier des pécheurs de Sète ramène aussi ma pensée vers une autre artiste que j'admire :  Agnès Varda y réalisa son tout premier film (qui fut aussi le premier film de la Nouvelle Vague) en 1955 précisément à cet endroit,sous ce nom de "La Pointe Courte".   

Merci Vincent pour ces beaux souvenirs que tu viens réveiller, même si pour moi ces deux artistes là ne sont jamais vraiment partis car toujours présents en mon coeur. Passes une belle fin d'été.

24 mai 2025

MO05 - Hommage aux ouvriers maghrébins, par Vincent

Vincent est l'un des mes correspondants le plus assidu sur mon thème "en mémoire du monde ouvrier" et je l'en remercie vivement.

Il a été inspiré cette fois par un documentaire "504" de Mohamed El Khatib, diffusé sur France3, dont voici le résumé : 

Trois chiffres, quatre roues, et des milliers de souvenirs sous le capot. Qu'auraient été les retours au bled sans la 504, cette bagnole capable d'avaler sans broncher les kilomètres, lestée de pyramides de valises, de casseroles et de gazinières? De cet increvable "chameau mécanique" Mohamed El Khatib fait le oteur d'une plongée vivante et intime dans l'histoire populaire. Mêlant son propre récit familial aux témoignages de celles et ceux qui ont vécu cette transhumance estivale vers le Maghreb....

...Derrière l'anecdote des souvenirs vacanciers pointe l'inconfort de ceux qui revenaient au pays dans leurs plus beaux habits, cherchant à incarner prospérité et réussite alors qu'ils "étaient écrasés et broyés toute l'année". Et le mal-être ressenti de 'être plus vraiment d'ici ni complètement de là-bas...(source Telerama n°3891-3892 du 07/08/24).

On y voit une Peugeot 504 chargée à bloc, sur le départ. Ce n'est pas qu'une voiture : c'est un témoin silencieux. Des hommes venus d'Algérie, du Maroc, de Tunisie y ont mis ce qu'ils pouvaient emporter de leur vie. 

Ils ont vécu dans les foyers Sonacotra, travaillé dans le béton, le bitume, l'acier, sur les chaines de montage. Leurs mains ont bâti la France, des années 60 à 80, dans l'ombre.

***

Pour illustrer musicalement (comme il l'a fait sur Instagram en publiant le post relatif à cet envoi) Vincent préconise une chanson Ya Rayah, écrite par Dahmane El Harrachi et reprise plus tard par Rachid Taha. 

Pour Vincent, cette chanson "parle de ceux qui partent, de ceux qui espèrent revenir, de ceux qu'on oublie".  Par ce mail-art, mon correspondant a voulu leur rendre un peu de place car ils n'ont pas laissé beaucoup d'archives, mais ils ont laissé des traces, parfois une photo suffit à les faire réapparaitre.

Cette chanson, Ya Rayah je la connais et je l'ai fredonnée mais j'ignorai tout des paroles.Voici ce qu'en disait Rebecca Manzoni sur France Inter dans son émission Tubes and Co. 

Il y a combien de kilomètres entre l’Aveyron et l’Algérie ? Beaucoup je crois.

Mais nous y sommes. Sur les routes de l’Aveyron, c'est l’été. Fenêtres ouvertes et musique à fond. On chante en yaourt : “Ya rayah win m’safar trouh taya wa twali”. On ignore ce que ça dit mais la bagnole devient un club, et tout de suite.

Plus tard, on saura que “Ya Rayah”, ça veut dire “toi qui t’en vas”. Que cette chanson parle d’Ulysse, des arabes, des juifs, des ritals ou de ceux qu’on appelle aujourd’hui “les migrants”. Ça fait du monde. Tous ceux qui quittent. Parfois pour le pire. 
Cette chanson dit ceci : Toi le voyageur, où vas-tu ? Tu t’épuiseras et reviendras. Combien de gens peu avisés l’ont regretté avant toi et moi.

Une chanson de l’exil, avec l’espoir au départ et la souffrance pour point de chute. Une chanson écrite à Paris. Dans le Paris immigré du début des années 70. L’auteur, c’est Dahmane El Harrachi, maître du chââbi algérois, dont voici la voix.

Rachid Taha reprend cette chanson une première fois en 1993. En Algérie, ce sont les années noires. Là-bas, et ici, on entend les mots Front Islamique du Salut. “Ya Rayah” passe alors totalement inaperçu.

Taha ressort le titre fin 97 et en Mai 98. Or le 12 Juillet 1998, il se passe ceci…Jacques Vendroux au micro. La France est black blanc beur ! Tout le monde s’aime ! Le monde est merveilleux. A partir de là “Ya Rayah” devient une chanson qui fait le tour du monde et Rachid Taha devient star internationale.

Au début des années 90, il a posé les fondements de l’électro à la sauce arabo–franco–anglaise avec un album injustement méconnu. En 98, la musique électronique française dite French touch explose enfin... et lui fait quoi ? Il remplit un devoir de mémoire.

De ce début de la chanson, il disait : Il suffit d’écouter l’intro jouée au luth pour se rendre compte du respect envers l’auteur, envers son histoire et envers ceux à qui s’adresse cette complainte.

A ce respect de l’histoire, Rachid Taha ajoute une pulsation du futur, conçue par le producteur anglais Steve Hillage. Chaâbi traditionnel et techno s’allient dans la transe. Et "Ya Rayah" réconcilie.

Une réconciliation entre la première génération d’immigrés, que raconte cette chanson. Une génération hantée par le retour au pays. Une réconciliation avec leurs fils et leurs filles qui sont d’ici et qui ont hérité d’une nostalgie pour un pays qu’ils ne connaissent pas.

Ce “Ya Rayah” des dancefloor par Rachid Taha, c’est la fierté, la célébration moderne d’un patrimoine. Des nuits de joie sur des larmes.

Paroles de "Ya Rayah" (Traduction)

"Toi voyageur"
Ô toi qui pars, où que tu ailles, tu finiras par revenir

Combien de gens peu avisés l'ont regretté avant toi et moi

Combien de pays surpeuplés et de régions désertes as-tu vu?
Combien de temps as-tu gaspillé? Combien vas-tu en perdre encore et que laisseras-tu?

Ô toi l'émigré, combien tu t'épuises à force de te démener dans le pays des autres
Le destin et le temps suivent leur course mais toi tu l'ignores
Les difficultés ne durent pas, et toi tu ne construiras, ni n'apprendras rien de plus, ainsi
Ô toi qui pars, où que tu ailles, tu finiras par revenir

Pourquoi ton cœur est-il si triste? Pourquoi restes-tu planté là comme un malheureux?
Les jours ne durent pas, tout comme ta jeunesse et la mienne
Ô le malheureux dont la chance est passée, comme la mienne
Ô toi qui pars, où que tu ailles, tu finiras par revenir

Ô toi qui voyage, je te donne un conseil à suivre tantôt
Vois ce qui te convient avant de vendre ou d'acheter
Ô toi l'endormi, des nouvelles de toi me sont parvenues, il t'est arrivé ce qui m'est arrivé
Ainsi reviens le cœur à son créateur le Très Haut

Ô toi qui pars, où que tu ailles, tu finiras par revenir
Ô toi qui pars, où que tu ailles, tu finiras par revenir

Clip vidéo de Rachid Taha interprétant Ya Rayah. © 1997 Barclay
publié sur la chaine Youtube de l'artiste
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Cher Vincent, je te remercie d'autant plus de cet envoi qui m'a enthousiasmé à plus d'un titre, car, rares sont les personnes, comme toi, qui savent reconnaître l'apport incontestable à notre économie de toutes ces personnes qui ont tout abandonné, au pays, pour trouver du travail en France.

Encore aujourd'hui, les travailleurs immigrés sont  indispensables à ce pays, dans toutes les tâches les plus ingrates, les plus difficiles, les moins payées et les plus précaires, souvent sans contrat de travail, voire sans contrat de séjour. Combien sont morts anonyment, coulés dans le béton, ou axphysiés par des émanations toxiques, car non protégés dans les règles de l'art?  Ils mériteraient davantage notre respect et notre gratitude.

Et c'est la petite fille d'immigrés italiens, qui te le dit. Un énorme merci à toi!

********* encore un beau coup de La Poste *********

Bien qu'affranchie avec un beau timbre à 2.58 Euros (soit davantage que le prix courant d'un envoi non urgent de moins de 20g) l'enveloppe initiale a été retournée à mon correspondant "parce que le destinataire est inconnu à l'adresse". 
Pour me parvenir dans une nouvelle enveloppe libellée exactement de la même manière, Vincent a du s'acquitter d'un nouvel affranchissement de 2.78 Euros, 
soit un coût total de 5.36 Euros pour l'acheminement de cette correspondance. 
Bravo La Poste qui décidément, n'en rate pas une : non, ce n'est plus une entreprise de service. 

3 mai 2025

Art populaire Fraktur : Georges Washington à cheval, pour Vincent

J'avais tellement de retard dans mes réponses aux courriers généreux de Vincent que voici pour lui,  encore un sur le thème du cheval dans l'art (inépuisable à mes yeux), pour être enfin à jour.

Il s'agit d'une représentation de Georges Washington à cheval, traité dans le style Fraktur, un art populaire pratiqué depuis le 18e siècle par des migrants européens ayant choisi de fuir les persécutions dont ils étaient l'objet pour s'implanter en Pennsylvanie. 

Georges Washington à cheval - Auteur inconnu.

Dessin dit « fraktur ». Réalisé par des artistes allemands de Pennsylvanie, il présente un style rappelant l'art des manuscrits enluminés médiévaux. Le nom « fraktur » signifie en réalité « écriture fracturée » et fait référence à la pointe de l'écriture gothique allemande. Le peintre qui a créé ce portrait de Washington est inconnu ; les historiens de l'art le surnomment « l'artiste Washington-Sussel », car son œuvre a été étudiée pour la première fois par un collectionneur du même nom.Encre, aquarelle sur papier, H 20, L 16 cm,

J'ai décrit ce style et son histoire dans un post précédent -j'ai été enthousiasmée par cette découverte- et je joins les explications pour Vincent à ce mail-art, en lui en souhaitant une bonne réception.

29 avril 2025

MO04 - A partir de 1880, revendication pour le passage aux huit heures de travail quotidien, par Vincent

Vincent me fait très plaisir en m'adressant aujourd'hui un mail-art sur le monde ouvrier, thème qui l'interpelle ; je l'en remercie infiniement car ce n'est pas un sujet qui intéresse grand monde! 

Et pourtant tous ces ouvriers et ces ouvrières ont largement contribué à l'enrichissement du pays, après-guerre mais aussi jusqu'au moment des "trente glorieuses", ce que beaucoup de  personnes semble avoir oublié aujourd'hui, quand ils n'en ont pas honte. 

Beaucoup de ces petites abeilles y ont laissé leur santé, ont eu une vie raccourcie souvent pénible et n'ont guère eu le temps de bénéficier d'une retraite, trop abimés ou malades pour cela.  

mail art recto
mail-art verso
Merci Vincent, pour leur mémoire et pour ton envie de traiter de ce sujet là, merci beaucoup.

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l'affiche originale et le contexte de sa parution 

L'application des 8 heures (source : https://histoire-image.org/etudes/application-8-heures)
Date de publication : Octobre 2003 Auteur : Danielle TARTAKOWSKY

Contexte historique / La loi des 8 heures

La limitation de la durée de la journée de travail à 8 heures constitue l’une des revendications majeures du monde du travail dès les années 1880. A partir de 1890, la manifestation internationale du 1er Mai s’organise autour de cet objectif. Au sortir de la Grande Guerre, dans un climat marqué par une forte pression revendicative et par la crainte d’une contagion révolutionnaire, le gouvernement Clemenceau satisfait à cette exigence. La loi est votée le 23 avril, une semaine avant un 1er Mai dont il craint qu’il ne donne le coup d’envoi d’une puissante grève générale. Le texte contient toutefois des restrictions et dérogations propres à susciter l’inquiétude syndicale. Cette affiche éditée pour le premier mai la donne à voir.

Analyse des images / Poursuivre le combat

Les affiches que le mouvement syndical publie avant guerre sont des placards dépourvus d’illustrations (ou presque). C’est à la une de la presse syndicale qu’on trouve ces dernières. Cette affiche constitue à cet égard un tournant. Elle émane de l’Union des syndicats de la Seine. En son centre, un énorme huit avec, dans sa boucle supérieure, le label et le sigle CGT et dans l’autre une horloge où des lettres se substituent à chacune des douze heures. En fond, un paysage industriel exprimant une dynamique à l’œuvre : le ciel est couleur de soleil, les cheminées d’usines fument à plein, une grue charge ou décharge des marchandise et des derricks, signe de modernité, se mêlent aux échafaudages de constructions, selon une diagonale ascendante qui fait mouvement. De part et d’autre du huit en forme d’horloge, deux groupes de personnages suspendus à une corde tentent d’agir sur le temps a contrario. A gauche, deux employés, deux ouvriers et deux femmes, identifiables à leur tenue : chapeaux mous et costumes, manches de chemises retroussées, tablier de forgeron, ceinture de terrassier, femmes « en cheveux ». Ils s’essaient à ramener l’aiguille des minutes vers 8 heures précises. A droite, quatre bourgeois portant un chapeau haut de forme ou melon et une dame en chapeau. Le graphisme crée une apparente symétrie au prix d’une jambe supplémentaire du côté des salariés... Mais, pour l’heure, les possédants pèsent un peu plus lourd.

Interprétation / Une défiance à double détente

Cette affiche subvertit très légèrement une affiche confédérale contemporaine. Elle révèle les divergences entre la centrale dirigée par Léon Jouhaux, qui se réclame alors d’une « participation aux affaires de la nation » et l’union parisienne, où les syndicalistes révolutionnaires sont en position de force. La différence majeure entre les deux affiches s’exprime dans les messages explicites. On peut lire sur l’affiche confédérale, sous le bandeau 1e rmai, en marge, « Ouvriers, employés, encore un effort et... ». La phrase se prolonge sur l’horloge à la faveur des lettres qui font mot : « NOUS AURONS LES » et, barrant comme ici l’horloge : 8 heures. Le pluriel fait ici place au singulier, pour mieux responsabiliser chacun et l’inviter à agir. Puis le texte se transforme : « Le principe en est voté mais seule ton action... APPLIQUERA LES 8 heures ». La partie graphique demeure inchangée à une nuance près : dans l’affiche confédérale, le groupe des ouvriers et des employés avait pratiquement ramené l’aiguille à 8 heures. L’optimisme est moindre ici puisqu’il est presque 8 heures 2 : la mobilisation du 1er Mai demeure nécessaire

25 avril 2025

Les chevaux sauvages du graveur Hans Baldung Grien, pour Vincent

Toujours à la recherche d'oeuvre artistiques avec de beaux chevaux, je me suis régalée en trouvant sur Gallica l'oeuvre d'un graveur sur bois exceptionnel, éléve de Dürer, qui a magnifiquement traité des groupes de chevaux sauvages avec une observation très fine des détails, lors des parades précédent l'accouplement. Ils sont siréalistes et paraissent si vivants !

Je ne vous ai pas encore dit qu'il s'agit d'Hans Baldung Grien. A travers les gravures consacrées aux chevaux sauvages, Baldung traite de l’instinct animal et développe par là même un langage plastique à part entière.

Sept chevaux sauvages dans la forêt, avec un singe

Le combat des chevaux sauvages 

Groupe de six chevaux combattant

Les chevaux de Hans Baldung Grien Mende 77-79

Dans cette suite de bois gravés, sans précédent dans la peinture, Hans Baldung Grien aborde sous trois angles différents le comportement frénétique de chevaux sauvages dans une forêt, notamment lors de diverses phases d'accouplement. 

Ainsi, la première planche représente sept chevaux libres, sans harnais ni selle, offrant l'image d'une mêlée confuse entre l'étalon central et le reste des équidés. Les deux bois suivants illustrent de manière explicite leurs tentatives d'approche, entre rut et ruade. Baldung, ayant vraisemblablement répondu à une commande de dessins anatomiques, s'est aidé de croquis pris sur le vif. Ceux réalisés à la pointe d'argent et conservés aujourd'hui à Karlsruhe (Koch 195-199) peuvent difficilement être considérés comme des études préparatoires, voire contemporaines des gravures. L'on imagine mal que de telles études soient à la base de figures équines rendues avec un tel réalisme. L'intérêt de l'artiste pour les luttes de chevaux est déjà décelable vers 1515, puisqu'il avait apporté sa contribution à la décoration des marges d'un livre de prières pour Maximilien Ier, en mettant en scène ces animaux. 

Ainsi, le Combat de chevaux sauvages (Koch 51) représente un groupe de trois chevaux en pleine dispute, tandis qu'une quatrième monture porte un enfant, sous le regard d'un putto ailé, témoin de la scène. Dans le dessin, l'effet produit est beaucoup plus fade que dans la série des bois, car les têtes de chevaux sont esquissées sans grande précision à la plume. Plus tard, en 1531, Baldung va poursuivre ce travail à la plume, en dessinant Quatre étalons se querellant (Koch 131). Les similitudes entre les dessins et les gravures sont d'ordre général. Dans la série qui nous intéresse, c'est pourtant le graphisme, proche d'un dessin spontané à la plume, qui crée la sensation de mouvement violent propre à chaque tableau. Les chevaux, pris individuellement, sont cernés par un trait de contour, tandis que de petites hachures parallèles suggérant le modelé de leur corps, et en particulier de leur croupe, délimitent avec netteté les zones d'ombre et de lumière des montures. Même le parterre herbeux de la forêt participe de l'effet dramatique : les traits se multiplient entre le premier plan et le fond tout obscurci qui souligne le côté impénétrable des lieux. L'interprétation globale de la série est allée longtemps dans le sens que lui avait donné Carl Koch, soit ' la passion amoureuse et l'amertume amoureuse de [toutes] les créatures '. Dans la deuxième gravure, la présence au loin à gauche d'un observateur vêtu à la mode de l'époque indique que le sujet de la composition ne relève ni de l'histoire ni de la mythologie classique ; et le singe tenant la tablette munie de la signature de Baldung suggère que l'intérêt de la représentation dépasse le simple rendu réaliste d'une horde de chevaux sauvages dans une forêt septentrionale. Utilisé à des fins symboliques très variées, le singe, en effet, placé de surcroît sous le sexe en érection de l'étalon, devient ici une allégorie de la puissance sexuelle. Il est d'ailleurs souvent associé, comme le cheval, au tempérament sanguin. Depuis l'Antiquité, les équidés, mâles et femelles, sont reconnus pour leurs appétits sexuels. Baldung, au travers des yeux exorbités des montures, de leurs expressions d'angoisse, traduit avec une rare intensité la frénésie de ces animaux sauvages, apparemment libres, mais enfermés dans une forêt obscure et livrés au quotidien à la violence de leur sexualité. Les trois gravures offrent aussi une lecture de la condition humaine, puisque la présence dans la deuxième planche d'un singe, symbolisant la Chute, se trouve être une allusion à l'incapacité de l'homme, ou de l'animal à résister au désir sexuel. Simple constat, sans jugement moral de la part de Baldung. Décrivant la puissance sexuelle comme quelque chose d'imparable, l'artiste propose un point de vue sombre, à relier vraisemblablement à l'apparition, dans la deuxième gravure, d'un élan, traditionnellement représentatif de l'humeur mélancolique. Dans cette suite, le bois intitulé Sept chevaux sauvages dans une forêt (cat. 96 et 97) provient de la collection du Strasbourgeois Ferdinand Reiber et a été acquis en 1896 au lendemain de sa mort, lors de la mise en vente de son riche fonds d'alsatiques (cat. Reiber 1896, p. 284, no 4556), qui va véritablement signer l'envol du Cabinet des Estampes et des Dessins. Aussi cette estampe est-elle considérée comme faisant partie des oeuvres fondatrices du musée. (Anny Claire Haus) ; voir aussi : Sept Chevaux sauvages dans une forêt (77.985.7.2)
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Biographie d'Hans BALDING 1484-1545


à gauche Hans Baldung. Autoportrait (v. 1516) -Huile sur bois, détail du maître-autel de la cathédrale de Fribourg
à droite, son monogramme.

Hans Baldung naît en 1484 ou 1485 à Schwäbisch Gmünd, ville située à 200 km à l’est de Strasbourg, à proximité de Stuttgart. Cette ville faisait partie à l’époque de la région appelée Souabe. Baldung appartient à une famille ayant fréquenté l’Université, chose rare pour les peintres du 15e siècle. Son père, Johann Baldung, est un juriste qui exerce la fonction de conseiller de l’évêque de Strasbourg. L’un de ses oncles est docteur en médecine et son cousin est professeur de droit à Fribourg. Dès sa petite enfance, la famille s’installe à Strasbourg.
La formation artistique de Hans Baldung commence entre 1498 et 1502, comme compagnon chez divers maîtres de Souabe et du Rhin supérieur. Les peintres étaient considérés comme des artisans devant effectuer leur « tour », c’est-à-dire mener une vie itinérante d’apprentissage. En 1503, à l’âge de 18 ans, Hans Baldung devient l’assistant d’Albrecht Dürer dans son atelier de Nuremberg. Il y reste jusqu’à 1507 et assimile parfaitement le style de Dürer. Sa prédilection pour la couleur verte lui vaut un surnom de Grien (vert) qu’il utilisera ensuite dans le monogramme lui permettant de signer ses œuvres et qu’il ajoutera à son patronymique (Hans Baldung Grien).

L’exceptionnelle polyvalence de Dürer permet à Baldung de s’initier à tous les aspects des arts graphiques : dessin, gravure sur bois, peinture, vitrail. Il est très apprécié par Dürer et certains historiens évoquent une véritable amitié entre les deux artistes. A la mort de Dürer en 1528, il recevra une mèche de cheveux du maître. Des dessins destinés à la gravure ou à la réalisation de vitraux sont créés par Baldung pendant son séjour chez Durër

A partir de 1507, Hans Baldung devient un artiste indépendant, créateur de retables, l’un des premiers étant le Retable de saint Sébastien à Nuremberg.

Élève le plus célèbre d’Albrecht Dürer, Hans Baldung devint, comme son maître, un artiste polyvalent dont l’œuvre comporte des dessins, des gravures, des tableaux sur bois (portraits, scènes religieuses et mythologiques, allégories) et de grands polyptyques. Son œuvre reflète la transition entre la Renaissance et le maniérisme.