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16 avril 2024

T166 - Fleurs et papillons pour des rêves en bleu, de Nicole

Aujourd'hui Nicole me fait un triple cadeau : celui du bleu de l'enveloppe et celui du dessin et des couleurs qu'elle y a dessinées, totalement inspirés par le timbre "fleurs et papillons". 

Ce timbre fait partie d'une série éditée par la Poste sur les motifs dessinés par Emile-Alain Seguy, décorateur et ornementaliste de la période art nouveau puis art déco.
J'aime beaucoup toutes ces circonvolutions  pour représenter à la fois des fleurs mais aussi des ocelles comme sur les ailes des papillons, c'est très beau. 

Puis, à l'intérieur de la missive, en référence à mon thème sur les peuples premiers, le cadeau d'une bien jolie reproduction d'un tableau réalisé par un artistes aborigène, dont malheureusement je n'ai pas réussi à retrouver le nom.

Nicole sait combien j'apprécie ces peintures d'apparence naïve : c'est la première fois que je vois ainsi une peinture du milieu marin, où l'on ne retrouve pas les multiples points de couleurs ni les animaux couramment représentés dans les créations traditionnelles des aborigènes d'Australie. 

Tu sais toujours me surprendre : merci beaucoup Nicole pour ce bel envoi!

20 février 2024

Jean Malaurie, l'ami des Inuits n'est plus : merci Monsieur pour votre amour de la Terre et des Hommes

Jean Malaurie
22 décembre 1922 - 05 février 2024

Les peuples premiers m'ont toujours fascinée car ils nous apprennent ce que les hommes dès l'origine ont été capables de faire avec la seule ressource de leur intelligence adaptée à leurs territoires et à leur environnement. Je ne pouvais donc pas passer sous silence la disparition de ce grand homme que fut Jean Malaurie, dont la vie fut tellement marquée par le peuple Inuit : « Je suis un enfant des Inuits, ils m'ont tout appris. » La clef de son existence réside dans sa vie avec les Esquimaux au Groenland.

Je me souviens de son livre Les derniers Rois de Thulé, le premier édité dans la magnifique collection "Terre Humaine", que Jean Malaurie a créée et qu'il a continué d'encadrer pendant très longtemps. 

Ethnologue, géographe, explorateur, écrivain, éditeur, passeur de sciences. Jean Malaurie était un grand scientifique, un grand littéraire, un grand humaniste. S'il a tant affronté le froid polaire, ce n'était que pour mieux transmettre au monde sa chaleureuse amitié avec les peuples premiers du Grand Nord. Au contact des Hommes, au contact de la Terre.

Il était entré dans la légende le 29 mai 1951… en devenant, à 29 ans, le premier Européen à atteindre le pôle Nord en traîneau à chiens. Un exploit auquel il associait systématiquement le guide inuit qui l'avait accompagné (Kutsikitsoq). Jean Malaurie est décédé le lundi 5 février 2024 à 101 ans, a annoncé sa famille.

Un extrait du film de Jean Malaurie : Les derniers rois de Thulé.
En 1951, le géographe et anthropologue Jean Malaurie mène une expédition de quatre mois en solitaire, au Groenland, dans la région de Thulé, un hameau de trois cent habitants, la plus au nord de la planète. Là, il est le témoin d'une tragédie irréparable : la construction par les américains d'une base militaire nucléaire en pleine guerre de Corée. En 1968, un avion s'écrase, porteurs de quatre bombes qui se pulvérisent sur la banquise. Jean Malaurie part immédiatement pour Thulé. Il y tourne un film documentaire pour montrer au monde la vie quotidienne de ce petit peuple légendaire menacé de disparition.

Ecologiste et humaniste bien avant l'heure, il avait un respect infini pour les Hommes vivant sur la Terre et notamment une passion assumée toute sa vie pour l'Arctique et pour les peuples du Groenland. Sa vie durant, il s'est employé à faire respecter l'identité  propre de chaque entité humaine.

Ci-après quelques vidéos indiquant magnifiquement quel genre de bonhomme vous étiez :  respect Monsieur Malaurie, et merci.

Ethnologue, géographe, écrivain, explorateur du grand Nord, Jean Malaurie est mort le 5 février 2024, laissant derrière lui un héritage scientifique et humain inestimable.⁠ Jusqu'à la fin de sa vie, il a défendu les peuples premiers, partagé sa passion pour l'Arctique et résisté à l'unification des cultures. En 2016, Nicolas Martin le recevait dans "La Méthode scientifique". Écoutez-le. Visuel de la vignette : Jean Malaurie et les Inuits de Thulé, Groenland, 1951. © Fonds Malaurie / DR -
Vidéo publiée sue le Youtube de France Culture
Vidéo "Jean Malaurie, le sage des Glaces" publiée sur le Youtube de La Semaine Hebdo, le 16 décembre 2009 

17 octobre 2023

TP31 - Belles rencontres en Papouasie et au Pérou, de Claire

Claire a le chic pour trouver des revues originales et ainsi avoir des sujets exceptionnels pour ses collages. Elle me fait ainsi profiter d'une récente trouvaille comportant de magnifiques photos de tribus du monde, au sein d'un calendrier édité chaque année par le maitre torréfacteur-aventurier Paul Dequilte, lequel sillonne le monde avec sa femme, pour dénicher les plus belles cerises des caféiers .

C'est ainsi que sur l'enveloppe très grand format, nous nous trouvons dans la belle compagnie de Lala,  une Papouasienne habitant Goroka dont le costume traditionnel succinct est fait d'une sorte de pagne avec une ceinture de lianes et de perles ; le haut de son corps est décoré avec des coquillages appelés kina. Sa tête est ornée d'une de  ces étonnantes coiffes faites à partir de plumes d’oiseaux du paradis, dont certaines peuvent mesurer plus d’un mètre de haut.

  
Pour compléter le dépaysement, nous allons changer de continent pour nous retrouver au Pérou afin de caresser l'alpaga blanc de cette jeune fille photographiée à Colca.
La jupe ample est ornée jusqu'au tiers de sa hauteur de jolis galons brodés, avec un fond rouge et le haut porté comme un cache-coeur est intégralement brodé. Cette tenue est magnifique et haute en couleurs comme aiment à les porter les Péruviennes.

Merci Claire pour le dépaysement et pour le plaisir de pouvoir détailler les costumes portées par des populations lointaines. Bonne continuation à toi.

21 septembre 2023

PP07 - Patrimoine des Aborigènes d'Australie : didgeridoo et peintures ethniques, de Nicole

Mon appel à mail-art sur les peuples premiers n'a jamais eu trop d'échos, alors vous imaginez ma joie lors de  la réception de cette enveloppe magnifique que m'a concoctée Nicole.

Nicole fait partie des rares correspondants qui se sont investis dans ce thème que j'ai lancé en 2021 ; cela ne m'étonne pas vraiment car je sais combien il la touche, voilà encore un point commun entre nous. 

Que ce soit dans les Terres australes, au fin fond de l'Afrique ou en Papouasie, etc...,il existe tant de pure beauté dans les oeuvres créées par ces peuplades primitives, qu'il est fort dommage de ne pas les mettre en lumière, alors qu'elles ont déjà eu tant de mal à perdurer pour parvenir jusqu'à nous. Leur culture a été niée souvent,  parfois détruite par les colons qui, par leur suprématie sur les territoires conquis, ont voulu rabaisser les autochtones et  les couper de leurs racines (cf. article ci-dessous)

Je suis pour ma part absolument admirative de toutes les peintures des aborigènes et de leur culture sur laquelle j'avais déjà rédigé un long article et vous en trouverez un autre, ci-dessous. 

Merci pour la recherche et l'harmonie entre l'émeu peint sur l'enveloppe et le timbre australien correspondant, sans oublier l'empreinte d'un pied de héron pour le deuxième timbre. 
Merci infiniment Nicole pour cette si belle enveloppe, où tu as eu autant de patience que ces belles artistes qui apposent des milliers de points de peinture sur leur toile,  merci pour le beau cadeau. 
***
Peinture aborigène : découverte d’un art unique entre mythes et couleurs
© Galerie Gondwana
«Quel que soit le type de peinture fait dans ce pays, elle appartient toujours au peuple, à tout le monde. C’est un culte, un travail, une culture. C’est un rêve. Il y a deux manières de peindre, et les deux sont importantes parce que c’est la culture.» Artiste aborigène Wenten Rubuntja pour The Weekend Australian Magazine (avril 2002). Découvrons ensemble l’art de cette peinture aborigène…

L’art des aborigènes d’Australie : l’art des aborigènes d’Australie est qualifié d’art premier, à savoir un art produit par les cultures non occidentales. On parle aussi d’art traditionnel ou encore d’art ethnographique mais ces termes peuvent parfois être perçus comme péjoratifs.

Il revêt plusieurs formes : la peinture aborigène, mais aussi la sculpture, la gravure, la danse et la musique avec le chant et le fameux didjeridoo. Il englobe aussi bien les œuvres millénaires que celles d’artistes contemporains d’aujourd’hui.

Le temps du rêve : aussi appelé « Dreamtime », il désigne la mythologie des aborigènes et les êtres qui la composent. Le Temps du Rêve correspond à ce que l’on appelle la Création. C’est donc autour de lui que gravite la vie religieuse de ce peuple.

C’est aussi une sorte de monde sacré parallèle avec lequel ils peuvent entrer en contact lors de cérémonies particulières, lorsqu’ils se trouvent des lieux sacrés ou encore lorsqu’ils chantent, qu’ils dansent ou qu’ils peignent. Pour eux, l’art est avant tout spirituel et permet d’activer, d’utiliser l’énergie créatrice et de la faire circuler.

Dans la peinture aborigène, les figures et dessins sont presque toujours liés au Temps du Rêve. Ses mythes et personnages sont une inépuisable source d’inspiration pour les artistes aborigènes.

La peinture aborigène : Certaines peintures rupestres aborigènes remontent à plus de 40 000 ans avant notre ère et seraient donc plus vieilles que certaines représentations trouvées en Europe, comme Lascaux par exemple. Il s’agit donc de l’art le plus ancien connu à ce jour.

Aboriginal rock paintings
Au départ, la peinture aborigène se faisait sur la roche (peintures rupestres), mais aussi sur des supports plus éphémères tels que le sable, les écorces d’arbres, la peau, etc. Les peintures au sol étaient réalisées pendant les rituels et pouvaient parfois s’étendre sur des kilomètres et des kilomètres.

Bien que de nombreuses œuvres aient été abîmées par le temps, par les colons de l’époque ou encore par les touristes aujourd’hui, on trouve encore de nombreuses peintures aborigènes sur le continent, notamment dans le nord de l’Australie (nord du Western Australia, Territoires du Nord, Kakadu) mais aussi dans le centre, à Uluru (Ayers Rock). Elles sont situées dans des grottes et autres lieux considérés comme sacrés par les aborigènes.

On trouve deux types de peinture aborigène selon les régions : un art naturaliste représentant des silhouettes et des peintures figuratives (nord du pays, Terre d’Arnhem, Queensland), et un art plus schématique dans le centre et le sud du pays, avec beaucoup de motifs géométriques.

Évolution de la peinture aborigène

La tradition picturale : à l’époque, les peuples aborigènes ne possédaient pas encore l’écriture. La peinture, avec les chants notamment, était un moyen de transmettre un héritage ancestral, de perpétuer les traditions et de passer une mémoire collective. Certaines peintures servaient, quant à elles, aux rites d’initiation. Cet art n’est donc pas figé et peut évoluer au fil du temps puisque l’histoire elle-même évolue. Par exemple, il n’est pas rare de trouver des peintures rupestres superposées les unes sur les autres.

La peinture a toujours fait partie intégrante de la vie de ce peuple. Les styles et techniques diffèrent d’une tribu à l’autre. Chaque représentation a sa propre symbolique et raconte quelque chose de précis.

Pour les aborigènes, la peinture est avant tout un art collectif, chaque œuvre appartient donc à la communauté et pas uniquement au peintre. C’est pour cette raison que de nombreuses toiles ne sont pas signées par l’artiste.

La peinture aborigène fut aussi utilisé à différentes fins (politique, initiatique, sociale, etc.). Il fit notamment office de manifeste politique ayant pour but la reconnaissance des aborigènes et de leurs terres.

Du sol à la toile : naissance d’un véritable mouvement artistique :

Spinifex Art Project by Aboriginal Signature
Le mouvement artistique de la peinture aborigène à proprement parler est né en 1971, dans la communauté aborigène de Papunya (centre de l’Australie). Geoffrey Bardon, un professeur anglais, proposa alors aux élèves de l’école de reproduire des motifs du Temps du Rêve sur les murs, puis sur des panneaux, et enfin sur des toiles. Le succès de ces représentations fut tel que les aborigènes décidèrent de se réunir en coopératives dans le but de vendre leurs peintures. Ces premières œuvres contemporaines permirent à l’art aborigène de faire son entrée sur la scène internationale.

Cette même époque contemporaine a d’ailleurs apporté une certaine individualité aux artistes qui ont commencé à peindre pour eux et selon leur propre style, plus seulement pour la communauté. Ils se sont alors mis à représenter de nouveaux paysages et à utiliser d’autres couleurs.

Le pointillisme : cette technique consiste à effectuer une série de points particulièrement serrés qui se suivent mais ne se mélangent pas. Elle est particulièrement utilisée par les peintres aborigènes. On la retrouve sur certaines peintures rupestres, mais aussi sur les peintures sur le sol réalisées lors de rassemblements rituels.

Le pointillisme propre aux peintures sur toile serait également apparu à Papunya. En comprenant que leurs peintures relatant des récits sacrés seraient montrées à des « non-initiés », certains aborigènes auraient choisi d’utiliser cette technique pour flouter les motifs initiaux. Une façon pour eux de conserver le caractère secret et sacré de leur œuvre, en ne montrant que la partie profane.

Les points ont aussi une portée esthétique dans la peinture aborigène, puisqu’ils permettent de densifier certains motifs, de remplir une toile en remplaçant les espaces vides et de la sublimer.

La symbolique : la peinture aborigène représente soit des personnages du Temps du Rêve, soit des sortes de cartes stylisées de la Terre vue du ciel. Comme précisé plus haut, la signification de l’œuvre dépend du peintre, de la tribu ou encore de l’histoire racontée. De nombreux signes ne sont lisibles que pour les initiés et les peintures recèlent de secrets.

On retrouve tout de même des signes similaires sur différents types de peintures, notamment lorsqu’il s’agit d’animaux, d’éléments ou de personnages.

Quelques grands artistes aborigènes  :parmi les plus connus, on peut notamment citer Emily Kame Kngwarreye, Clifford Possum Tjapaltjarri, Rover Thomas et Jack Kala Kala qui ont pu exposer leurs œuvres dans les plus grandes villes du monde.

Source : https://www.australia-australie.com/articles/la-peinture-aborigene-entre-mythes-et-couleurs/

***
Histoire : Les Aborigènes dans l'enfer de la colonisation

En 1770, quand les britanniques posent le pied en Australie, les Aborigènes sont ses seuls occupants. Débute alors pour eux un calvaire de deux siècles dont leur peuple va ressortir meurtri et quasiment anéanti.
Pas de troupeaux, pas de champs labourés, pas de fermes. Quand James Cook débarque à Botany Bay, en Australie, en 1770, il applique ses propres critères pour déterminer que cette terre n’appartient à personne (Terra nullius). Dans son journal, l’explorateur britannique décrit les Aborigènes – qui sont entre 300 000 et 1 million sur cet immense territoire (quatorze fois la France !) – comme une « nation errante, sans agriculture ni industrie ». Il estime donc qu’il peut légitimement prendre possession de cette terre au nom de la couronne britannique, pour laquelle il effectue une mission cartographique.

Ce que Cook n’a pas voulu voir, c’est que les Aborigènes possèdent une connaissance très avancée de la nature et ont des techniques de gestion des ressources bien différentes de celles des Européens. Ils protègent les jeunes pousses et les bébés animaux, prélèvent uniquement les quantités de nourriture qu’ils peuvent consommer. Au-delà, le lien à la terre est constitutif de leur identité : chaque lieu est sacré et porte la trace des ancêtres qui y ont vécu.

L’expansion des colons déclenchent des conflits

Dix-huit ans après la visite de Cook, un tout autre genre de flotte débarque. Onze bateaux britanniques atteignent Sydney Cove, au nord de Botany Bay, avec à leur bord 1 300 hommes, femmes et enfants, dont la moitié sont des bagnards. Ce sont des voleurs, des prostituées, des faussaires. L’Angleterre veut les éloigner de ses grandes villes. Les Aborigènes sont étonnés par ces êtres à la peau blanche. Ils ont observé qu’une fois morts, la peau des leurs blanchit. Ces nouveaux venus seraient-ils des fantômes ? Leurs ancêtres venus leur rendre visite ?

Pour les colons, les premiers temps sont durs. La famine règne. La plupart des moutons apportés par bateau meurent à cause de plantes qu’ils ne digèrent pas. En avril 1789, dans les criques proches de la colonie, on retrouve des corps d’Aborigènes couverts de pustules. En deux mois, des centaines meurent de la variole. Les Anglais ne sont pas touchés. Ont-ils développé des défenses naturelles pendant les épidémies répandues longtemps auparavant en Europe ? Ont-ils importé le virus avec eux ?

Rapidement, les volontés d’expansion des colons déclenchent des conflits. Ils chassent les Aborigènes de leurs terres, brûlent des forêts pour cultiver du maïs ou faire paître leurs bêtes. Pour les autochtones, cette façon de remettre en question leur possession de leur terre est incompréhensible : elle fait partie d’eux-mêmes, chacun est dépositaire de la mémoire d’un lieu particulier. « Les conflits sont causés par la rivalité pour occuper des lieux d’une importance particulière », explique l’anthropologue Marcia Langton, porte-parole des Aborigènes auprès des Nations unies, dans son livre First Australians (2008, traduit en français en 2012 sous le titre Aborigènes et peuples insulaires).

Un homme incarne la résistance face aux colons. Pemulwuy, du clan des Bediagal, est respecté par les siens et il n’entend pas céder son territoire aux Britanniques. Il brûle des fermes et des récoltes. Blessé à plusieurs reprises puis arrêté, il réussit à s’échapper de l’hôpital avec du plomb dans la tête et une jambe en fer, ce qui augmente son prestige. Le nouveau gouverneur britannique, Philip Gidley King, met sa tête à prix. En 1802, Pemulwuy est abattu par Henry Hacking, un marin aventureux et alcoolique. Sa tête tranchée est envoyée en Angleterre. Pemulwuy et ses partisans « équipés de lances et de gourdins, et dépassés en nombre par des hommes armés de mousquets, sont parvenus à retarder l’expansion du plus puissant empire du monde », écrit Marcia Langton.

Le darwinisme en toile de fond

Toujours dans les années 1800, le gouverneur ordonne de tirer sur les Aborigènes qui s’approchent des habitations des colons. « La plupart des Blancs étaient convaincus que les hommes qu’on assassinait appartenaient à une race inférieure, condamnée tôt ou tard à disparaître, explique l’écrivain suédois Sven Lindqvist, auteur de Terra Nullius. Ils se référaient en cela à la plus haute autorité de l’époque en matière de biologie : Charles Darwin. Dans le cadre de la théorie de l’évolution, l’extermination des peuples indigènes n’était plus considérée comme un crime mais plutôt comme le résultat de processus naturels, la condition d’avancées ultérieures. »

Les colons blancs s’approprient d’immenses domaines

A partir de 1820, des dizaines de milliers de colons libres arrivent. Des moutons mérinos sont introduits, qui produisent une laine de grande qualité. Les troupeaux se multiplient. L’Australie devient le principal fournisseur de laine de l’Angleterre industrielle, qui développe son industrie textile. Les éleveurs s’approprient d’immenses domaines. Certains rencontrent une violente opposition : les Aborigènes massacrent hommes et bêtes, incendient les récoltes.

En 1834, le peuple nyungar lutte farouchement contre l’installation de colons dans la fertile vallée du fleuve Murray. Le gouverneur James Stirling, accompagné de 11 soldats, 5 policiers et de nombreux chiens, décide d’y mettre bon ordre et attaque par surprise au petit matin. En une heure, 80 Aborigènes sont tués, soit la moitié de la tribu. Du côté des Blancs, seuls sont à déplorer un blessé et une chute de cheval. De tels massacres jalonnent l’histoire de la colonisation australienne. Face à un rapport de force aussi inégal, les Aborigènes, qui ne veulent pas quitter les sites sacrés qu’ils ont le devoir de protéger et d’honorer, sont contraints de travailler dans les ranchs.

Jusque dans les années 1960, beaucoup ne recevront pour tout salaire que de la nourriture, du tabac ou des vêtements. Des familles aborigènes se mettent aussi à l’agriculture. Mais leurs fermes sont souvent confisquées par le gouvernement ou par des colons voisins qui voient d’un très mauvais oeil l’émancipation de cette main-d’oeuvre gratuite.

1851 : la ruée vers l’or

En 1851, coup de théâtre ! De l’or est découvert en Nouvelle-Galles du Sud et dans le Victoria. L’Australie devient un eldorado. En 1860, on dénombre 1,2 million de colons. Dans le Nord-Ouest, des Blancs observent que des jeunes Aborigènes plongent et rapportent des perles. Ils décident d’exploiter cette ressource.

Des hommes de main partent capturer des enfants et adolescents dans le désert, au lasso. Dès le lever du jour, des petites embarcations les emmènent en mer. Ils vont jusqu’à 10 mètres de profondeur pour ramasser les précieuses perles. Ils risquent leur vie à chaque plongée, sont battus s’ils ne sont pas performants. La plupart ne tiennent pas deux ans, ceux qui survivent gardent des séquelles à vie. Dans tous les cas, ils ne sont pas payés.

« Assimiler la race »

Parallèlement, des milliers d’Aborigènes sont déplacés de façon autoritaire dans des missions où il leur est interdit de pratiquer leurs rites, de chasser, de se marier sans autorisation. Les viols de femmes aborigènes sont monnaie courante. Quand les Blancs voient le nombre de métis augmenter, ils décident d’enlever ceux qu’ils jugent suffisamment clairs de peau à leurs mères pour les placer dans des orphelinats ou au service de familles de colons. Il s’agit de préserver la part d’hérédité blanche, d’« assimiler la race ». De 1885 à 1967, entre 70 000 et 100 000 enfants vont subir ce terrible sort, soit entre 30 et 50% des enfants aborigènes.

Ces fonctionnaires sont convaincus d’agir pour le bien de l’enfant et d’aller dans le sens du progrès, comme l’inspecteur James Idell, qui écrit en 1905 : « L’enfant métis est intellectuellement supérieur à l’Aborigène. C’est le devoir de l’Etat de lui donner une chance d’avoir une vie meilleure que celle de sa mère. Je n’hésite pas une seconde à séparer un enfant métis de sa mère. Passé les premiers chagrins, elles oublient très vite leur progéniture » (extrait du rapport du gouvernement australien Bringing Them Home de 1997). Les enfants enlevés à leurs familles sont éduqués dans la honte de leur culture. On leur donne un nouveau nom. On leur fait croire que leurs parents ne veulent plus les voir, les ont abandonnés. Aux parents, on raconte que leur enfant refuse de les rencontrer.

Des essais nucléaires dans le désert

Dans les années 1950, au désastre humain s’ajoute le désastre écologique. Les Britanniques testent leur arme nucléaire dans le désert australien. Le 15 octobre 1953, une bombe de dix kilotonnes explose à Emu. Le nuage radioactif s’élève à 4 500 mètres d’altitude et se déplace ensuite au-dessus du continent. Des centaines d’autres essais suivront. Les Aborigènes voient maintenant leurs terres irradiées.

Un début de reconnaissance

Malgré ces décennies d’oppression, les Aborigènes ne désarment pas. Dans les années 1960, ils s’approprient les techniques du militantisme occidental pour faire entendre au monde leur principale revendication : le droit à la terre. En 1967, ils obtiennent une première grande avancée : un référendum leur accorde les mêmes droits que les autres Australiens.

En 1992, la Haute Cour reconnaît que les Aborigènes occupaient les terres avant l’arrivée des colons. La même année, le Premier ministre Paul Keating s’exprime ainsi : «C’est nous qui avons dépossédé les Aborigènes. Nous avons pris leurs terres traditionnelles et brisé leur mode de vie. Nous avons apporté un désastre.»

Chronologie :

  • – 40 000 Des chasseurs-cueilleurs arrivent en Australie.
  • Avril 1770 James Cook débarque dans le sud-est de l’île.
  • 26 janv.1788 La couronne britannique fonde une colonie pénitentiaire dans la baie de Sydney.
  • 1851 Ruée vers l’or. De 400000, le nombre de colons grimpe à 1,2million en 1860 et 1,6million en 1870.
  • 1er janv. 1901 Sous le nom de Commonwealth of Australia, les colonies prennent leur indépendance par rapport au Royaume-Uni.
  • 1967 La discrimination contre les Aborigènes dans la Constitution est abolie.
  • 1992 Annulation du principe de Terra nullius (terre sans maître) en vigueur depuis Cook.
  • 13 fév. 2008 Le gouvernement australien présente des excuses officielles aux peuples aborigènes.

Source : Écrit par l'équipe Ça m'intéresse Le 29/07/2020

9 octobre 2021

PP06 - Paysanne au long du Mékong, en Thailande, d'Isabelle

Quel plaisir de recevoir du courrier d'Isabelle, depuis son emménagement tout récent dans un nouveau département et une nouvelle ville! Et ce courrier fait vraiment voyager à l'autre bout du monde.

Si la scène se passe en Thaïlande, le long du Mékong, malgré mes recherches je n'ai pas non plus réussi à identifier le nom de l'ethnie à laquelle cette jeune paysanne appartient ; le sarrau qui l'habille et le foulard qui masque sa chevelure ne sont pas des indices forts pour la caractériser.

Il faut savoir que le fleuve Mékong, très long, irrigue et traverse tant  de pays (Chine, Birmanie, Laos, Thaïlande et Vietnam) et que ces derniers sont peuplés indépendamment de leurs frontières, par des minorités ethniques nombreuses, là depuis toujours, comme le peuple hmong,  lao, karen, akha, entre autres.

Merci Isabelle d'avoir pensé à moi, alors que tu es encore dans les cartons. 

4 août 2021

T119 - Fonte fatale au Nunavut, de Chantal

Quel beau mail art reçu ce jour de la part de Chantal, la grande spécialiste du quilling. Il est d'autant plus cher à mes yeux que Chantal souffre du poignet ce qui l'handicape beaucoup dans son art. 
Outre qu'il est en plein dans le sujet qui me préoccupe beaucoup sur le dérèglement climatique et la disparition dramatique de la banquise et de ses hôtes comme l'ours polaire, cette belle création répond également à deux de mes thèmes, celui de l'harmonie entre le sujet traité et le timbre, mais également  sur les peuples premiers, avec cette femme inuit et son enfant. 

Voyez comme son personnage fait de paperolles est ressemblant à ces monuments qu'on appelle inukshuk (inukshuiit au pluriel)

Inukshuk, dans la langue Inuit, signifie "celui qui ressemble à un homme". les Inukshuiit sont construit avec des pierres de façon à ressembler grossièrement à un être humain. Les inukshuiit ont joué un rôle important dans la chasse traditionnelle au caribou. Les inukshuiit étaient disposés, comme des épouvantails de pierre pour attirer les caribous dans un cul de sac, lieu d'embuscade sur une colline. Les chasseurs, armés d'arcs et de flèches, étaient cachés derrière les inukshuiit. Les femmes et les enfants servaient de rabatteurs.

L' inukshuk pouvait aussi servir de point de repère ou de cairn identifiant la position d'une cache pour la nourriture. De nos jours il en subsistent encore sur les collines, dispersés ici et là sur la terre gelée, visibles à des kilomètres. Les voyageurs peuvent les utiliser comme des repères directionnels. Certains auraient plus de 10 siècles. L'inukshuk est un des thèmes de l'art inuit, entre l'abstrait et le figuratif.

Inukshuk : monument inuit érigé pour  servir de repère et rappelant une forme humaine

Chantal en profite pour me parler du livre "de pierre et d'os" de  Bérangère Cornut, une histoire qui l'a transportée au sens propre et au sens figuré. Dans un  arctique magique on y suit les péripéties d'une jeune femme inuit qui se trouve isolée de sa famille à cause d'une grande faille qui parcoure subitement la banquise. 
Prix Fnac 2019 pour Bérangère Cornut avec "de pierre et d'os"
Pour écrire ce livre, l'auteure a travaillé sur les fonds Jean Malaurie et Paul-Émile Victor du Muséum national d’histoire naturelle, et fait relire son livre par des anthropologues. C'est une très belle occasion de faire connaître la culture de cette ancienne civilisation qui n'est probablement plus du tout la même de nos jours, chez les rares survivants de ce peuple  premier.

Je n'ai pas encore lu ce livre, mais je viens illico d'en passer commande,  ainsi que le livre précédent de la même auteure, relative au peuple amérindien des Hopis. De belles heures de découverte et d'évasion en perspective.

Alors, doublement merci Chantal pour ce très bel envoi, et prend bien garde de ne pas faire de trop gros efforts avec ton poignet... ce serait vraiment dommage que la douleur vienne gâcher ton plaisir de créer., pour notre plus grand plaisir.

18 mai 2021

PP05 - Hozho, peinture de sable et de guérison du peuple Navajo, de la part de Nicole

En 1996, Nicole a participé avec son travail à une manifestation culturelle sur le thème des peuples menacés comme elle m'en a déjà fait part dans un post précédent. 

Elle poursuit sur ce thème dans ce nouveau mail-art, dédié aux peintures de sable, tout à fait éphémères, réalisées par les chamans dans un but de guérison chez les amérindiens Navajo.

Entre autres documents et livres qu'elle a lus sur le sujet, Nicole s'est aussi rendue cette année-là  à une exposition qui se tenait à la Villette -cf. le player ci-dessus- où il est précisé au verso :

Pour la première fois en France, des "medecine men navajo" réalisent en public des peintures éphémères et sacrées.  Les peintures de sable sont l'un des temps forts des complexes cérémonies pratiquées en terre Navajo depuis des siècles.
Leur but est d'entretenir ou de rétablir l'harmonie qui unit l'être humain à l'ensemble de son environnement naturel, social, moral, voire politique.
Pendant près de six semaines, six indiens navajos, venus d'Arizona, se relaieront, à la Villette, pour créer, en présence du public, des oeuvres éphémères commencées le jour et effacées le soir même.
Cette exposition-création exceptionnelle livrera aux visiteurs une approche inédite de la pensée d'un peuple qui place la santé au coeur de sa philosophie, à travers la présentation d'une vingtaine d'oeuvres fixes, tapisseries, aquarelles et peintures dont certaines n'ont jamais été montrées au public

Quelle chance Nicole, tu as eu d'être témoin de cette manifestation-là! Tu dois en garder un grand souvenir.  Je te remercie infiniment, car comme toujours, ton art postal est  très documenté. Tu sais combien j'en suis particulièrement friande. 

Pour compléter, quelques chants navajos sont joints à l'envoi : 

Chant de la beauté 
Dans la beauté je marche
Avec la beauté devant moi, je marche
Avec la beauté derrière moi, je marche, 
Avec la beauté au-dessus de moi, je marche
Avec la beauté autour de moi, je marche
La beauté est revenue
La beauté est revenue
La beauté est revenue
La beauté est revenue.

Chant de la guérison
Avec joie, je guéris
Avec joie, la fraîcheur me pénètre
Avec joie, mes yeux retrouvent leur pouvoir
Avec joie , la fraîcheur pénètre ma tête
Avec joie, mes membres retrouvent leur pouvoir
Avec joie, je retrouve le pouvoir d'entendre
Avec joie, le sortilège a fini
Avec joie, je retrouve le pouvoir de marcher
Insensible à la douleur, je marche, 
Léger au-dedans, je marche,
Les sens aiguisés, je marche.

Chant du pollen 
Que le pollen arrête tes pieds,
Que le pollen immobilise tes mains,
Que le pollen fasse baisser ta tête !
Alors, tes pieds deviendront pollen. 
Tes mains, pollen
Ton corps, pollen
Ton esprit, pollen
Ta voix , pollen :
Le chemin est beau
Sois en paix.

Ci-dessous, vous trouverez de quoi en connaître davantage sur ces  rites chamaniques de guérison, hélas en train de s'éteindre petit à petit,  tout comme ce peuple amérindien.

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Peintures de sable, de guérison (hozho) Navajos

Le terme navajo pour désigner les peintures de sable, "sandpaintings" : "iikààh" peut être traduit littéralement par "l'endroit par lequel les dieux viennent et vont".
Ces dessins sont faits à base de pierres pulvérisées, de sable sec saupoudré et coloré avec des pigments naturels. L'intention de ces peintures est de permettre au patient d'être investi par les pouvoirs des êtres mythiques présents à travers ce diagramme coloré et de le guérir.

Feest et de rares auteurs utilisent plus spécifiquement le terme de "peintures sèches" ou "drypaintings" pour qualifier les peintures navajos originelles. En effet, elles ne sont pas uniquement faites à l'aide de sables colorés, rouges, jaunes (dépôt d'ocre) et blancs (craie), mais également de matières, à l'état pur et mélangées, telles que farine de maïs, pollen, pétales de fleurs pulvérisées et charbon de bois, qui sont répandues sur un fond sableux généralement doré. On observe l'utilisation d'autres matériaux, végétaux, minéraux.

Avant la cérémonie, sont déposés sur un tapis une grande pierre à moudre, du sable et des pierres de couleurs variées. En général ce sont les femmes qui pilent les différents sables colorés qui sont ensuite utilisés comme colorants. "Il y avait des grès blancs, rouges et jaunes, du charbon de bois noir qu'il fallait mêler à du sable pour le rendre plus lourd ; des racines de chêne de rocaille qui, pilées avec du sable blanc, donnaient un beau ton bleu clair. D'autres couleurs telles que le brun, le rose et le gris étaient obtenues en mélangeant plusieurs teintes existantes."

La peinture de sable navajo est l'un des éléments les plus importants d'une cérémonie de guérison. A travers ce dessin, élaboré et coloré, dont les teintes noire, rouge, jaune, blanche et turquoise sont sacrées aux yeux des Navajos, les Etres Saints sont contactés afin de guérir le patient.

Ces peintures sont sacrées et font partie intégrantes de cérémonies. Elles ne sont réalisées que par un "Medecine-Man", ou par ses apprentis, mais toujours sous sa responsabilité. S'il ne trace pas lui-même la structure de la peinture de sable, dans tous les cas il dirige l'opération dans ses moindres détails. Ses assistants ont ainsi la possibilité d'apprendre en pratique les différentes peintures associées à chaque cérémonie.

La technique de réalisation d'une peinture demande énormément de précision dans le geste. Un peu à la manière des moines tibétains qui réalisent des mandalas de sable, les hommes-médecine, quant à eux utilisent leur pouce et leur index recourbé entre lesquels ils laissent le sable fin et coloré s'écouler en une ligne bien nette et régulière. Cette pratique nécessite une très grande maîtrise du geste. Les grains sont méticuleusement déposés sur un fond de sable de couleur terre préalablement étalé. Il s'agit d'une véritable mosaïque de sable !

Les peintures de sable navajos sont à la base une forme d'art éphémère ; aucun fixatif n'est employé. Ces peintures éphémères, dont Washington Matthews fait état pour la première fois en 1887 dans une première monographie vont évoluer vers une forme plastique fixe et permanente, lorsque des copies seront réalisées par des observateurs blancs puis par les Navajos eux-mêmes, malgré l'interdiction formelle mythologique de représenter ces motifs sacrés de façon permanente.

Il existe près de 600 peintures connues à travers la plupart des collections du début du siècle, environ quatre à cinq sont réalisées pour chaque cérémonie. Les peintures de sable traditionnelles appartiennent à deux catégories. Dans un premier temps, il y a les peintures spécifiques qui accompagnent les chants pendant une partie de la cérémonie. Puis, une autre catégorie est utilisée pour illustrer les "histoires" de la mythologie navajo et sur lesquelles le patient va s'agenouiller. De nos jours, des peintures traditionnelles et éphémères sont encore pratiquées dans les réserves par des hommes-médecine au cours de cérémonies de guérison. Ces dernières ne sont pas secrètes mais semblent faire preuve d'une très grande discrétion. Ainsi, des hommes-médecine navajos en viennent à réaliser deux sortes de peintures de sable, les traditionnelles et les peintures de dimension artistiques destinées à des usages différents et qui évoluent dans des espaces bien distinctifs.

Toutefois, il est important de savoir qu'aujourd'hui les peintures de sable navajos existent essentiellement sous forme d'œuvres d'art permanentes. Ces peintures ne sont plus uniquement pratiquées dans un contexte religieux ni pour des raisons thérapeutiques, mais ont intégré un marché de l'art ainsi que le champ de l'Art Contemporain.

Les peintures navajos originelles représentent "des personnages : êtres surnaturels et figures mystiques, placés aux quatre points cardinaux, ou en file, les uns à la suite des autres, presque toujours groupés par pairs hommes et femmes, vieux et jeunes et également des représentations symboliques d'éléments sacrés : le soleil, la lune, l'éclair, le maïs, un arbre, une montagne, un serpent, un lac, des nuages, une ville, un champ, l'arc-en ciel, des étoiles".

Chaque peinture de sable illustre un instant d'un mythe. En règle générale, les copies possèdent un titre qui permet de les identifier avec plus de précision. La peinture de sable navajo traditionnelle est exécutée sur le sol balayé du hogan cérémoniel par le chanteur, medecin-man et ses aides. Ensuite, au cours de la cérémonie, le patient s'assied sur la peinture de sable face à l'est.

Extrait d’une maîtrise d'arts plastiques, Sorbonne, 1999

A  travers les peintures de sable, les Navajos tendent vers Hozho. Hozho c'est être en harmonie avec l'univers. C'est être bien dans son corps, en sécurité, en accord avec soi et tous ce qui nous entoure. C'est un état intérieur qui surgit quand tout est à sa juste place. Hozho, c'est aussi quelque chose qui protège la beauté, qui veille à ce qu'elle puisse être.

Hozho compte plusieurs cérémonies ou Voies. Certaines sont féminines, d'autres masculines. En voici quelques une parmis les plus célèbres : la voie de la bénédiction, de la beauté, de l'eau, de la plume, de la perle, de la fourmi et la voie de l'aigle etc.

Il existe au moins mille deux cents peintures de guérison. Même un Hataalii (homme médecine) ne les connaît pas toutes. Il ne retient que celles qui se rattachent à sa spécialité.


La voie de la bénédiction : cette voie n'est pas faite pour soigner, mais pour ponctuer les grands passages de la vie : naissance, puberté, mariage, départ à l'armée d'un conscrit, l'entrée d'un homme en politique, protection d'un troupeau ou l'ouverture d'un nouveau restaurant.

Le cérémonial est court : deux jours deux nuits et simple : quelques chants et prières, des bains de mousse de Yucca, quelques peintures.

La voie de la beauté  : dans la voie de l'ennemi, deux belles femmes sont données en butin de guerre aux vainqueurs inattendus d'une bataille, deux hideux vieillards, homme-ours, homme serpent, capables de prendre l'apparence de la jeunesse et de la beauté. Elles s'enfuient l'aînée vers l'Ouest, la cadette vers l'Est, mais rattrapées, elles deviendront Bispali, l'héroïne de la voie de la montagne, et Glispah celle de la voie de la beauté.

Les voies Navajo sont ainsi de grands et sinueux voyages initiatiques. L'importance de ces héroïnes rappelle la place privilégiée des femmes dans la société Navajo ou la descendance matrilinéaire : un Navajo appartient au clan de sa mère, étant seulement né pour celui de son père.

Glispah apprendra au pays de peuple Serpent comment contrôler les forces de la fécondité, elle aura gâché des moissons, provoqué des ouragans de grêle, été punie, démembrée, puis reconstituée par le peuple serpent, maître en ce pouvoir d'utiliser et de contrôler la fécondité. L'homme serpent, son époux, peut enfin lui prodiguer cette cérémonie de quatre jours la voie de la beauté. A elle de porter cet enseignement au peuple de la terre puis de revenir vivre parmi le peuple serpent ou Femme serpent, déesse de la fertilité et de la guérison, règne depuis sur les nuages, la pluie, le brouillard la végétation pour le bien du peuple de la surface de la terre.

La voie de l'eau :  les voies, notamment les majeures, finissent toutes par rejoindre un même tracé. Le héros commet des impairs à cause de sa nature, laquelle n'est pas aussi tranchée qu'il paraît, la preuve en est que des Etres intermédiaires lui viennent en aide pour lui révéler sa propre ambiguïté ni tout a fait méchant ni tout à fait bon, capable du pire comme du meilleur, jusqu'à ce qu'il croise leur chemin.

Conscient de ses possibilités, il peut gagner ses galons d'Etre Sacré en rejoignant le monde de ceux qui ont déjà ce statut pour l'avoir acquis ou toujours eu. Là-haut ou tout en bas, il reçoit la cérémonie qui le sanctifie puis revient dans le monde des humains pour la leur léguer. Rejoignant définitivement le panthéon sacré des Navajos, il veille désormais à l'accomplissement de ce que sa nature avait de prophétique. Mais tous ces héros semblent nous encourager à tendre, même si c'est par des chemins différents vers l'immatérialité du pollen, la matière à l'interface du monde visible et invisible, de faire de sa vie une conquête spirituelle.

La voie de l'eau semble aujourd'hui éteinte, et ses deux derniers praticiens remontaient à l'époque du grand Homme-médecine du XXe siècle, Hosteen Klah (1867-1937).

Cérémonie majeure, elle ne se déploie plus, alors, que sur cinq nuits contre neuf à l'origine. On la dit liée au retrait des eaux après le déluge. Dans cette Voie de l'Eau comme dans la Voie de la Grande Etoile dont on pense qu'elles appartiennent au même groupe, que la Voie du Projectile, on voit surgir, aux côtés du héros, le Coyote : il est son animalité, son ombre lubrique.

Mais rien de manichéen, car si le coyote recherche à abuser de la naïveté du héros, le Blaireau lui, l'encourage à grimper toujours plus haut afin de s'élever vers les Etres Sacrés. Le Coyote n'est jamais loin, il guette à la fois tentateur, imaginatif, trouble, et celui qui propulse vers les choses de l'esprit. Ambigu à jamais : n'est-ce pas lui qui a donné le feu aux hommes mais a aussi provoqué le déluge ?

La voie du vent : vieil homme vent, vieille femme vent, petits vents de la montagne du yucca, vent noir à l'est, vent bleu au sud, vent jaune à l'ouest vent blanc au Nord, vent rayé et vent gaucher, vend fou, cyclone et tourbillon, vent rouge, vent gris...Les vents sont le principe même de la vie dans sa manifestation. Au sein même du corps, ils le parcourent, animent les poumons, le cœur, circulent dans l'œsophage et les intestins. C'est le souffle de la vie.

Et celui qui sait capter, comme l'homme médecine, les chants des vents, sait aussi raccorder l'homme aux grands souffles qui traversent et gèrent l'univers et prodiguer l'immunité préventives. C'est ce que tente de faire cette cérémonie ou abondent les images du soleil et de la lune, des nuages et de l'arc-en ciel, des tourbillons, des tonnerres, des cyclones, des cactus et des serpents.

Le serpent est une figure omniprésente de la voie du vent. Il est la personnification animale du vent, sa puissance est aussi fulgurante et destructrice que celle des tempêtes. Dans les peintures de cette voie, qui durait autrefois jusqu'à neuf nuits, le serpent remplace l'arc-en-ciel protecteur, il habille le corps des vents ou traverse en croix les personnages.

La voie de la perle : pouvoir de l'esprit et des cieux sur les piètres bien terrestres : telle est la leçon prodiguée par le Héros de la Voie de la Perle, dit le clochard qui vit habillé d'oripeaux et se nourrit de détritus. Mais sa richesse intérieure lui permet de s'allier avec les puissances suprêmes : à la fois celle de l'aigle, représentation de l'esprit indestructible, et celle de l'éclair et des serpents qui, prenant le relais, permettent au Clochard de franchir la porte du ciel. Mais comme tout héros, le Clochard aura commis préalablement des impairs, reçu l'aide de la Grande Mouche, bienveillante intermédiaire entre les humains et les Etres sacrés, donné l'abeille au monde terrestre et récupéré les trésors du plus riche de tous les peuples, le Peuple Araignée : il les retient dans les mailles serrées de sa toile et notamment des perles qui donnent leur nom à cette Voie de neuf nuits.

Ayant reçu la cérémonie des Etres sacrés, il n'a pas manqué non plus de revenir dans le monde des humains pour la leur transmettre à son tour. Rentré dans sa maison céleste, le corps paré de perles de sa victoire, le Clochard assure une distribution équitable des richesses. Au soleil, par exemple, il offre un très long collier de turquoises et son précieux bonnet de plumes rouge, qui depuis, donne sa couleur au crépuscule. Quant à ces peintures navajo, ceux qui sont capables de réaliser un tel équilibre doivent avoir en eux-mêmes un sens aigu de l'harmonie.

La voie de la nuit : cette voie se déploie sur 9 nuits et seulement pendant l'hiver, elle est destinée à rétablir l'ordre et la beauté chez les personnes dont le désordre s'exprime par un mal de tête, d'yeux, d'oreilles. Cette procédure consiste à exorciser le mal pendant les 4 premiers jours puis à rétablir l'ordre et la beauté nécessaires à la personne qui souffre. Ainsi assiste-t-on initialement à des bains de sudations et une série d'offrandes(k'eet'aan) préparées pour inviter les Etres Sacrées, ces ancêtres invisibles, occupant aujourd'hui les sites sacrés de la terre navajo, et s'assurer de leur présence. Car ils sont nécessaires si l'on veut que la procédure fonctionne correctement et que pour la personne chantée soit rendue entièrement à l'ordre navajo.

Les premiers jours, c'est une succession de sudations, répétitions de prières, chants. Et plus tard surviennent les peintures de sable, les quatre derniers jours de la cérémonie. Chacune est une rhétorique de guérison en soi, complexe, des chefs d'œuvre de ré-ordonnancement. Les chants, prières, peintures sont de véritables chef-d'œuvre de beauté évoluant dans un univers Navajo organisé selon un ordre bien précis et imprégné d'une beauté lancinante.

Cette Voie Mâle par excellence est très pratiquée encore de nos jours. Elle vient pour lutter contre toute forme de paralysie aussi bien physique que mentale. Les héros de cette cérémonie se nomment Les Rêveurs ou Visionnaires. Hosteen Klah '1867-1937 fut l'un des plus brillants praticiens de cette voie complexe dont l'apprentissage culmine avec la constitution d'une trousse de médecine fournie, notamment en masques très difficiles à obtenir, les Maîtres de cette voie les cèdent difficilement à leurs apprentis. Aujourd'hui, de nombreux homme médecine continuent de la pratiquer dans l'ombre et le froid des nuits d'hiver.

Techniques

Les couleurs pour la peinture de sable sont habituellement faites avec le sable naturellement coloré, le gypse écrasé pour le blanc, le grès pour le rouge et un mélange de charbon de bois et de gypse pour les bleus. Le brun peut être fait par un mélange de rouge et de noir. Le rouge et le blanc donne le rose. D'autres agents de coloration participent à l'élaboration des couleurs : la farine de maïs, le pollen, les racines et l'écorce en poudre.

Les peintures de sable sont habituellement associées à une cérémonie. En raison de la nature sacrée des cérémonies, les peintures de sable sont réalisées et détruites au cours d'une période de douze heures.

Le rituel des peintures de sable fait partie d'une cérémonie plus vaste qui comporte des chants spécifiques en fonction du type de cérémonie (guérison, purification etc.). Chaque cérémonie dure habituellement de cinq à neuf jours, mais jamais moins de trois jours. Une peinture de sable est réalisée chaque jour.

Beaucoup de peintures de sable incluent les yéi, qui sont les êtres faisant parti de la mythologie Navajo. Les cérémonies curatives font participer des chamans chantant des chansons particulières et qui créent simultanément une peinture de sable sur la terre. Le chaman demande les yéis pour "sentir" la peinture et pour aider à la guérison du patient en reconstituant l'équilibre et l'harmonie : Hozho qui pourrait se traduire par la voie de la beauté.

Bien sûr, les peintures de sable vendues dans le commerce n'ont rien à voir avec celles utilisées dans les cérémonies...

Source : le Site Arizonadream
Je viens de dénicher sur le net un très beau livre qui illustre bien ses peintures extraordinaires : je pense que je vais me le procurer...

13 avril 2021

PP04 - Personnalités et paroles amérindiennes, de Nicole

Comme je suis contente de voir arriver un mail-art sur mon nouveau thème des peuples premiers! C'est Nicole qui me fait ce cadeau d'une enveloppe bien garnie où trône un fier représentant du peuple amérindien : il s'agit du grand chef indien shawnee, Tecumseh.

Quand tu te lèves le matin, 

Remercie pour la lumière du jour

Pour ta vie et ta force

Remercie pour la nourriture 

Et le bonheur de vivre.

Si tu ne vois pas de raison de remercier, 

La faute repose en toi-même

Tecumseh, chef shawnee (1768-1813)

A l'intérieur de l'enveloppe fortement cabossée par le voyage mais néanmoins intacte , j'ai trouvé plusieurs merveilles. Tout d'abord le très beau marque-page avec la photo du chef Walking Buffalo, puis une très belle prière de la tribu de Ojibwés que je vous recopie ici :


Ô Grand Esprit, dont j'entends la voix dans les vents et dont le souffle donne vie à toutes choses, écoute-moi.
Je viens vers toi comme l'un de tes nombreux enfants ; je suis faible... je suis petit... j'ai besoin de ta sagesse et de ta force.
Laisse-moi marcher dans la beauté, et fais que mes yeux aperçoivent toujours les rouges et pourpres couchers du soleil.
Fais que mes mains respectent les choses que tu as créées, et rends mes oreilles fines pour qu'elles puissent entendre ta voix.
Fais-moi sage, de sorte que je puisse comprendre ce que tu as enseigné à mon peuple et les leçons que tu as cachées dans chaque feuille et chaque rocher.
Je te demande force et sagesse, non pour être supérieur à mes frères, mais pour être capable de combattre mon plus grand ennemi, moi même.
Fais que je sois toujours prêt à me présenter devant toi avec des mains propres et un regard droit.
Ainsi, lorsque ma vie s'éteindra comme s'éteint un coucher de soleil,  mon esprit pourra venir à toi, sans honte.

et pour finir, la photo de la vitrine de l'exposition qui s'est tenue dans la librairie associative  où travaillait Nicole dans les années 90. C'était une manifestation réunissant plusieurs maisons de quartier autour du thème des cultures menacées avec écrivains, ethnologues, poètes, qu'il s'agisse des peuples du désert, gens du voyage, amérindiens, indiens d'Amazonie, ou bien encore des lapons...
Je suis  heureuse de constater qu'avec Nicole, nous nous rejoignons souvent sur des préoccupations communes et cela me touche sincèrement.  Les paroles ci-dessus reproduites montrent à quel point ces peuples aimaient et respectaient la terre qui les nourrissait!

Un grand merci à toi Nicole pour ce très beau cadeau!

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Les Shawnees sont un peuple Nord-Amérindien, dans l'Ohio, le Kentucky et la Pennsylvanie. Ils eurent des villages de l'Illinois à New York et aussi loin que dans l'État de Géorgie. La langue shawnee fait partie de la famille des langues algonquiennes et est étroitement rapprochée de mesquakie et kickapoo. A l'époque de la Nouvelle-France, la transcription de leur nom en français était les « Chaouanons ».

Les Ojibwés , Ojiboués ou Anishinaabes de Chippewa sont la plus grande nation amérindienne en Amérique du Nord, en incluant les Métis. C'est le troisième groupe en importance aux États-Unis, derrière les Cherokees et les Navajos. Leur nombre est réparti de façon sensiblement égale entre les États-Unis et le Canada. Par leur première localisation, à Sault-Sainte-Marie, sur les bords du Lac Supérieur, ils furent d'abord nommés Saulteux (parfois Saulteaux) par les explorateurs français. Aujourd'hui, ce nom désigne les Ojibwés qui se sont par la suite installés dans les Prairies au Canada.

Tecumseh (mars 1768-5 octobre 1813) était un chef de la tribu des Shawnees. Son nom Tekoomsē signifie « Étoile filante »Tecumseh est né à Old Picqua dans la région de l’actuelle Springfield dans l’Ohio en 1768, année du Traité de Fort Stanwix.(...) Engagé dans la guerre entre les Anglais et les Etats Unis, il mourut sur le champ de bataille de la rivière Thames, en 1813.

Pour en savoir davantage et mieux connaître les tribus dont il est question ici, je vous conseille la lecture des articles très complets, sur le  merveilleux site que j'ai trouvé sur internet, dédié aux peuples amérindiens, indiens d'Amérique du Nord.