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9 juin 2020

Frères et soeurs en humanité : ensemble faisons peuple!

Sur France Inter, dans  Boomerang, l'émission d'Augustin Trapenard d'aujourd'hui, écoutons la belle voix et les mots percutants de ce bel artiste : Abd Al Malik
Abd Al Malik en octobre 2019 à Paris
Abd Al Malik en octobre 2019 à Paris © Getty / Stephane Cardinale - Corbis

Auteur, compositeur, interprète, metteur en scène et réalisateur, sa rencontre avec celui qu’il appelle son frère a décidé de son destin. En cette période trouble et décisive, il vient faire souffler les mots de la révolte, de la fraternité et de la paix.

Artiste complet, citoyen investi et poète révolté, son art est celui du dialogue. Il vient nous parler de la résonance des mots d'Albert Camus aujourd'hui, du besoin de fraternité, du pouvoir rédempteur de la culture et de l'art.

Il m'a mis les poils au "garde à vous" en écoutant ses lectures à voix haute, et sa chanson "eux" écrite pour accompagner l'exposition du Musée d'Orsay de l'an passé, dédiée au modèle noir dans l'Art de Géricault à Matisse.

Pour ceux qui auraient raté cela, je vous mets le lien sur cette émission.

Merci l'Artiste!

27 mai 2020

Un monde à réécrire, de Michelle

Deuxième bonheur du jour avec les beaux slogans de l'enveloppe de Michka, arrivée ouverte  mais heureusement toujours garnie d'une très belle carte vantant la convivialité pendant le confinement.
Dans certains quartiers parisiens, là où les résidents ne s'étaient pas volatilisés vers des contrées plus  vertes, les voisins se sont aidés, ont été généreux et solidaires, certains n'hésitant pas à faire de la musique ou à chanter pour les voisins, qui eux donnaient le rythme par leurs applaudissements.
Merci Michelle : j'espère juste que ce bel élan ne va pas s'arrêter tout net, lorsque chacun aura dominé sa peur et qu'il se sera libéré de l'épée de Damoclès qui nous menace encore toutes et tous..

Oui, un nouveau monde est à réécrire,  il faut tenir bon, face à toutes les pressions économiques et sociales. En notre qualité de consommateur, il nous appartient désormais de devenir des consomm'acteurs.

25 mai 2020

Amazonie : derrière la pandémie, l'écocide et l'éthnocide

L'an passé nous avons tous été émus par les incendies gigantesques qui ont ravagé la forêt amazonienne, repoussant toujours les hommes et les animaux qui la peuplent dans des espaces de plus en plus étroits. 

La pandémie planétaire de la Covid-19 combinée à une politique particulièrement agressive du président du Brésil à leur encontre fait craindre le pire pour ce qu'il reste des populations autochtones, particulièrement vulnérables à toutes les épidémies bactériennes et virales contre lesquelles elles n'ont aucune immunité. 

Tous les amérindiens ont  tout autant que nous le droit de vivre sur note planète : ils sont les gardiens de la forêt amazonienne depuis des temps immémoriaux, ils ont toujours su y vivre et s'en nourrir avec parcimonie, mais surtout la vénérer et la respecter. 

Je ne peux demeurer indifférente à leur sort, même si je n'ai pas beaucoup de moyens, au moins je me dois d'attirer l'attention sur ce qui se trame là-bas, à bas bruit (cf. article ci-dessous)
La Covid-19 est une  nouvelle menace pour des indigènes déjà affectés par une déforestation qui n'a cessé d'augmenter depuis l'arrivée au pouvoir  de JaÏr  Bolsonaro. [Ricardo Oliveira de l'AFP]

C’est un drame immense qui se joue aux confins du Brésil, dans ces « points chauds » de la déforestation qui s’allument sous le souffle cynique et meurtrier de Jaïr Bolsonaro. Le monde se souvient de cette Amazonie en feu qu’Emmanuel Macron qualifiait d’écocide. L’été 2020 risque d’être plus brûlant encore.

Alors que la saison sèche n’a pas encore débuté, l’Amazonie est déjà dévorée de toutes part à une vitesse effrayante. La surface déforestée de l’Amazonie légale (regroupement des États d’Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia et Roraima, et une partie du Maranhão et du Tocantins) avait déjà augmenté de 30% entre 2018 et 2019. Plus de 10 300 km2 ont disparu cette année-là. Depuis, le système satellitaire DETER d’évaluation de la déforestation multiplie les alertes. En mars dernier, elles étaient 30% plus nombreuses qu’à la même époque l’année précédente. En avril, les surfaces prises sur la forêt étaient 64% plus importantes qu’un an plus tôt, attisant les craintes que la déforestation de l’Amazonie atteigne un plus haut historique en 2020. Et ceci en dépit, ou plutôt grâce à la pandémie.

Le Covid-19 n’a pas épargné le Brésil. Le pays compte déjà plus de 12 000 morts – le plus lourd bilan en Amérique du Sud – et certains observateurs estiment que le nombre réel de victimes serait jusqu’à 15 fois plus important. Parmi elles, de nombreux membres de peuples autochtones vivant dans des communautés reculées de la forêt dépourvues de toute offre de soins. L’État d’Amazonas, au centre de l’Amazonie, cumule les particularités qui illustrent le drame écologique et humain qui se joue : la déforestation y est la plus importante dans tout le bassin amazonien ; il concentre, avec environ 170 000 personnes, la plus grande population indigène de la Fédération brésilienne et enregistre, proportionnellement, le plus grand nombre de personnes contaminées par le Covid-19. Le mercredi 13 mai, 1648 nouveaux cas de contamination étaient détectés en une seule journée dans cet État de 4 millions d’habitants.

Le Plan national d’urgence pour le coronavirus dans les Peuples indigènes rappelle qu’en raison de leurs spécificités immunologiques et épidémiologique, ces populations sont particulièrement vulnérables aux infections respiratoires. Dans les années 1980, 20% du peuple Yanomami avait disparu, victime d’infections virales introduites par des milliers de garimpeiros. Encouragés par l’envolée du cours mondial de l’or – autre conséquence de la pandémie – ils seraient désormais 20 000 à occuper les terres Yanomani, tous porteurs potentiels du virus mortel. Derrière, le front de la déforestation avance sous la pression des bûcherons, des éleveurs ou des producteurs de soja. Dans les territoires autochtones, la déforestation a augmenté de 74% entre 2018 et 2019 et la tendance à la hausse se confirme en 2020. Des milliers d’indiens, dépositaires d’un héritage culturel unique au monde et gardiens d’une biodiversité inestimable, sont ainsi exposés à un génocide. Dans l’indifférence la plus totale. 

Avec à sa tête un homme qui n’exprime que dégoût et haine pour une partie de son peuple, le gouvernement fédéral, par sa carence fautive, n’a jamais cessé d’encourager et de soutenir ces criminels. Alors que la déforestation explose, le nombre de procès-verbaux dressés par la police de l’environnement (IBAMA) en Amazonie n’a jamais été aussi bas : moins de 3 000 en 2019 contre plus du double en 2016. Ceux établis par l’Institut Chico Mendes pour la Conservation de la Biodiversité (ICMBio), chargé de la surveillance des unités de conservation, ont connu une chute plus importante encore.

Le 20 mars dernier, le gouvernement a franchi un nouveau cap : son ministre de l’environnement a annoncé qu’en raison de la pandémie, les actions de l’IBAMA et de l’ICMBio étaient suspendues, laissant le champ libre aux bûcherons et aux garimpeiros. La situation est tellement grave que le Ministère Public Fédéral, véritable contre-pouvoir judiciaire, a ordonné le 24 avril 2020 à ces deux organismes de reprendre leur plan de contrôle et de police de l’environnement. Dans les 10 points chauds de la déforestation identifiés par l’IBAMA, le commerce du bois et le négoce de l’or sont suspendus par les magistrats.

Dans son ordonnance, le Ministère Public justifie ces mesures urgentes « sous peine d'un véritable génocide des populations amazoniennes et d'un écocide des ressources naturelles ». Ces mots, qui font écho à ceux employés par Emmanuel Macron l’été dernier, devraient inciter les États membres de la Cour pénale internationale à reconnaitre le crime d’écocide parmi ceux relevant de sa compétence. 

Ironie de l’histoire, c’est à Greta Thunberg, icône haïe par le président brésilien, qu’en appelait le 2 mai 2020 le maire de Manaus, capitale de l’Amazonas, pour sauver les défenseurs de la forêt de la « barbarie » en cours : « Mon peuple souffre, l’Amazonie et la forêt doivent être sauvées », implorait-il. En attendant, avec à sa tête un président contesté de toutes part, le Brésil expérimente un double cauchemar : celui d’un gouvernement d’extrême droite fanatisé, indifférent aux souffrances de son peuple et celui d’une pandémie qui pénètre le pays jusque dans les profondeurs de ses forêts. La reprise imminente des mégas feux parachèvera alors le drame qui se joue dans l’indifférence générale chez nos frères d’Amazonie.
Source : Médiatpart du 14 mai 2020 par Sébastien Mabile

11 mai 2020

Tous masqués le 11 mai : merci à toutes les petites mains !


Couturières? couture?  : tiens tiens,  métier ou pratique en loisir d'une activité tellement ringarde
 il y a peu, et voilà que, d'un seul coup, cela redevient une richesse pour notre pays!

Spontanément et bénévolement, elles ont offert leurs services sans compter leur énergie ni leur temps, professionnelles ou mamans au chômage technique, mamies retraitées. Elles se sont engagées au point pour certaines de se mettre en burn-out, pour tenter de compenser au mieux les carences d'un pouvoir exécutif totalement défaillant.

D'abord elles ont créée des masques pour les soignants de l'hôpital tellement démunis face à l'affluence des malades et insuffisamment dotés, puis pour les médecins de ville et les infirmières libérales, sur le front de la pandémie sans aucune protection, carrément oubliés par les services officiels de santé.

Lorsqu'elles comprirent  qu'il n'y en aurait pas suffisamment pour tout le monde, malgré toutes les promesses réitérées tout au long de ces huit  semaines de mensonge d'état, chacune, dans son coin s'est mise à fabriquer des masques en tissu pour les leurs et pour leurs concitoyens

Je  tire mon chapeau et adresse un grand merci à toutes ces femmes bénévoles, qui ont travaillé sans relâche pour nous protéger. 

Sans elles, une grande partie de nos concitoyens n'auraient pas eu le moindre masque à porter aujourd'hui où c'est obligatoire dans les transports en commun et dans les lieux publics à forte concentration, selon la communication officielle, toujours aussi "frileuse" à cause de son mensonge originel.

Le bon sens me porte à croire qu'il faut le porter partout dès que l'on est dans l'espace public, car c'est le seul "médicament" efficace connu à se jour pour protéger les autres et soi-même, associé aux mesures barrières (lavage des mains au savon ou au  gel hydroalcoolique et distance physique à respecter,).

6 mai 2020

Impôt Jean Valjean : merci Vincent pour ton engagement citoyen

J'aime beaucoup le cinéma, vous le savez déjà et comme vous pouvez l'imaginer, je me sens bien punie en ce moment avec la fermeture de toutes les salles obscures.

Parmi mes choix de films aussi éclectiques que mes choix de musique, j'aime le cinéma d'auteur, celui qui me fait réfléchir, me fait découvrir d'autres horizons, mais surtout tout ce qui touche au vivant et au sort de l'humanité à travers le monde.

Vous ne serez donc pas surpris de me voir mettre en avant aujourd'hui un acteur engagé : j'apprécie depuis longtemps  les choix artistiques de Vincent Lindon, notamment dans des films comme:
- Welcome sur la condition des migrants et de ceux qui les aident à Calais
La loi du marché, sur la manière dont on traite les chômeurs à Pole-Emploi et dans certaines entreprises françaises
- ou encore dans Toutes nos envies. sur le problème de surendettement touchant les personnes à faible revenus 
- et j'en passe ...
Comment ce pays si riche, ...

Le 5 mai, le comédien a confié à Mediapart une longue réflexion, lue face caméra chez lui, sur ce que la pandémie révèle du pays qui est le nôtre, la France, sixième puissance mondiale empêtrée dans le dénuement (sanitaire), puis le mensonge (gouvernemental) et désormais la colère (citoyenne). Un texte puissamment politique, avec un objectif: ne pas en rester là.
***

Je n'arrive plus à regarder les nouvelles à la télévision, d'autant qu'elles fluctuent à une vitesse effrayante : je me sens trahie, flouée, infantilisée, prise pour une idiote incapable de réfléchir et de faire des déductions, censée gober toutes les couleuvres qu'on veut me faire avaler depuis des mois.

Alors oui, je te remercie, Vincent, d'avoir des idées, d'avoir des doutes, de réfléchir et d'avoir un avis citoyen pour faire en sorte que nous nous sortions de ce marasme le mieux possible. 

Tu ne prétends pas être un expert, encore moins un médecin, non, simplement un citoyen avec un coeur gros comme cela, toujours sensible à la situation des petites gens qui vivent dans le même pays que toi, tu fais des propositions ...appelant à la solidarité générale en cette période exceptionnelle.

J'adhère à ton programme, Vincent, sans réserve. Puisses-tu être rejoint par de nombreuses autres personnes dont la parole porte ou dont l'avis compte pour qu'enfin une nouvelle règle du jeu démocratique voit le jour dans notre pays.

PS : je suis bien loin du mail-art avec cet article, pardon, mais il est des moments exceptionnels où crever l'abcès devient une nécessité.

1 mai 2020

1er mai confiné et confisqué mais du bonheur en brassée


Nous avons tous bien besoin de bienveillance et de pensées positives en ces moments difficiles.
Alors, de tout coeur et avec toute mon amitié , je vous offre ce petit bouquet
 de muguet porte-bonheur!


 Heureux 1er Mai, mes amis! Restez en bonne santé, protégez vous!

En France, même s'il arrive dans un contexte très particulier, ce vendredi 1er mai 2020 est un jour chômé et payé qui célèbre la "Fête du Travail" en s'offrant un brin de muguet. Cette coutume a plusieurs origines et son histoire remonte à fort longtemps...

La tradition de s'offrir un brin de muguet "porte-bonheur" chaque 1er mai a en effet un passé fort lointain. A la période de la Rome antique, les Florales - des fêtes données en l'honneur de la déesse des fleurs Flora - mettaient à l'honneur le muguet, alors partagé en quantité. Quant aux Celtes, ils célébraient sa floraison avant le début de l'été. En France, la tradition remonterait à l'époque Renaissance de Charles IX qui, le 1er mai 1561, décida d'offrir du muguet chaque 1er mai aux dames de la cour. Une tradition qui fût récupérée à La Belle Epoque par Christian Dior et d'autres célèbres couturiers qui offraient le muguet à leurs employés... Si l'histoire du 1er mai remonte à 1886 où près de 350 000 salariés américains faisaient grève pour réclamer une journée de travail de 8 heures, déclenchant les fameuses émeutes de Chicago, le 1er mai devient officiellement la Fête du Travail en France sous le régime de Vichy en 1941. Le maréchal Philippe Pétain décrète le 1er mai comme "Fête du Travail et de la Concorde sociale", remplaçant l'appellation "Journée internationale des travailleurs" désignée par l'International socialiste en mémoire de la mobilisation de 1886. La fleur d'églantine rouge, qui était un symbole du 1er mai en 1891 arboré par les militants et syndicalistes, cède alors sa place au muguet, une coutume ancienne que le maréchal Pétain remît au goût du jour.


Quelle est l'origine du 1er mai ?
Avant même l'avènement du monde ouvrier ou la célébration du muguet, le 1er mai était une date de rituels. Pour les Celtes, cette date marquait la fête de Beltaine : elle marquait le passage de la saison sombre à la saison claire, la reprise de la chasse, de la guerre. Cette "renaissance" est liée à Belenos (incarnation en lumière du dieu Lug). Selon les textes, des druides allumaient des feux, chargés de protéger symboliquement le bétail des épidémies. Cette fête s'opposait donc à Samain - ancêtre de notre Toussaint – qui marquait le retour aux ténèbres. Des traces de ces pratiques subsistent lors de la nuit de Walpurgis, une célébration païenne christianisée : de grands feux étaient allumés en Allemagne, en Suède ou en Europe centrale.

Les esprits sont omniprésents dans ces traditions. En Moselle-est et en Basse-Alsace, on parle de "nuit des sorcières" (Hexennacht, en Platt, le francique lorrain). Les enfants patrouillaient le soir – il y a vingt ans encore – afin de subtiliser tous les objets trouvés dans les jardins pour les regrouper au centre du village, faisant penser à une intervention surnaturelle. Aujourd'hui, la principale trace de ces célébrations est l'Arbre de mai – le Maibaum - particulièrement présent dans le sud de l'Allemagne. Dans les villages de Bavière, de Souabe ou de Rhénanie, la tradition veut que l'on dresse un mât en bois orné d'une girouette ou de blasons. C'est l'occasion d'organiser des réjouissances arrosées aux sons des fanfares. L'un des attraits de la fête consiste à subtiliser nuitamment l'arbre du village voisin.

20 avril 2020

Amabié, une légende pour conjurer le sort

Aujourd'hui, j'ai relevé sur le blog de l'ami Eric Babaud , un article passionnant où il nous raconte la légende des Amabiés. 

Dans la culture japonaise, Amabié est une créature anthropomorphe avec 3 jambes, qui sort de la mer et prophétise soit une abondante récolte, soit une épidémie. Depuis la pandémie de Covid 19, Amabié est devenu un thème populaire au Japon et progressivement au-delà.

Eric à créé plusieurs Amabiés que je vous laisse découvrir sur son blog en réponse à l'appel de son amie artiste italienne, reproduit ci-dessous
Yokai amabié de Valeria Bigardi
Yokai amabié de Valeria Bigardi

 APPEL A ARTISTES

« Une croyance japonaise dit qu’en temps d’épidémies et de contamination, il y a un Yokai (les Yokai sont des êtres surnaturels) qui émerge de la mer. Cette créature s’appelle Amabié, elle a une tête d’oiseau, trois queues de sirène et de longs cheveux. Si on montre son portrait, selon cette légende, le fléau finira et elle disparaîtra dans les abysses marins. Mais il faut la dessiner beaucoup pour mettre fin à la contagion. J’ai essayé de la peindre aujourd'hui, c’était un peu dur parce qu’elle ne restait jamais immobile.

Si quelqu’un (grands et petits) voulait s’ajouter à ce petit rituel entre l’apotropaïque, l’artistique et le ludique, qu’il serait beau.
Et puis, quand tout sera fini, nous faisons une grande exposition collective ! »

L’appel était accompagné du dessin ci-contre.



Cet  article m'a immédiatement séduite et en voyant les réalisations très riches de diversité des artistes qui ont participé, j'ai eu envie de créer aussi une Amabié. C'est un petit collage, sans prétention,  car je n'ai malheureusement pas grand chose d'autre à ma disposition en ce moment, et une broderie serait trop longue à réaliser.
.
En cette période de confinement pénible et qui va encore durer, c'est  ma manière à moi de  "conjurer le mauvais sort" et de lutter de manière créative et ludique contre ce maudit coronavirus. 

Pour voir davantage d'Amabiés dessinés ou peints par d'autres vrais artistes, vous pouvez aller consulter le blog de Sophie Lepetit  ou le site de Christine Magne

Si cela vous dit de participer, ces deux dames se chargent de collecter les nouvelles réalisations.


*** Amabié, la légende ***
Une amabié. Gravure sur bois, fin de l'époque Edo (source Wikipédia) 
Une amabié est apparue dans la province de Higo (préfecture de Kumamoto) selon la légende, vers le milieu du quatrième mois, en l'an Kōka 3 (mi-mai 1846) à l'époque d'Edo. Un objet brillant avait été repéré dans la mer, pendant plusieurs nuits. Le responsable de la ville s'est rendu sur la côte pour enquêter et a vu l'amabié. Selon le croquis réalisé par ce fonctionnaire, elle avait des cheveux longs, une bouche comme le bec d'un oiseau, était couverte d'écailles jusqu'au cou et avait trois pattes. S'adressant au fonctionnaire, elle s'est identifiée comme une amabié et lui a dit qu'elle vivait en pleine mer. Elle a ensuite livré une prophétie: "Il y aura une bonne récolte pendant six ans à partir de l'année en cours; si une maladie se propage, montrez une image de moi à ceux qui tombent malades et ils seront guéris." Ensuite, elle est retournée à la mer. L'histoire a été imprimée dans un kawaraban avec son portrait, et c'est ainsi que l'histoire s'est diffusée au Japon

11 avril 2020

Inventons le monde d'après : Consultation citoyenne du 11 avril au 25 mai 2020

Je ne savais pas en rédigeant le post précédent qu'avait été créée une plafeforme, à l'initiative du WWF et de la Croix-Rouge, pour recueillir les avis et les idées de tous les citoyens, sur le monde que nous voudrions voir succéder à celui qui nous a mis dans la situation tragique actuelle.

Voici l'intitulé du manifeste : Inventons le monde d'après

"La crise mondiale liée au Covid-19 est un choc et une épreuve pour toute l’humanité, notamment pour les plus vulnérables. Elle ébranle nos codes, nos habitudes, nos liens sociaux, notre économie, notre environnement et tout notre quotidien. Cette crise va au-delà de l’urgence sanitaire planétaire, elle révèle aussi les limites de nos différents modèles de pensée et du fonctionnement de toutes nos sociétés.

Confrontés à cette urgence inédite, nous toutes et tous, citoyens, associations, universitaires, acteurs du monde de la culture, journalistes, entrepreneurs…, savons, dans un élan de responsabilité collective, qu’il est crucial de penser dès maintenant le monde de l’après-crise, pour qu’il n’y ait pas de retour à l’anormal.

Les inspirations ne manquent pas. Face à la crise, de nombreux acteurs du soin et du secours sont mobilisés sur le terrain, des élans de solidarité se sont créés à tous les niveaux, des systèmes d’entraide citoyenne ont émergé, des initiatives innovantes fleurissent partout dans le pays pour apporter des solutions de rupture, par la volonté de la société civile dans son ensemble.

Les priorités de la reconstruction dépendent de nous. La garantie des biens communs ; l’assurance d’une transition vers un modèle plus solidaire, résilient aux risques climatiques et écologiques, soutenable et protecteur des citoyens ; la protection de la biodiversité, ainsi que des systèmes démocratiques qui associent pleinement la participation de toutes et tous et le respect des droits fondamentaux, sont essentiels pour éviter de nouvelles crises. Ces priorités peuvent guider la construction de notre société après la crise à condition que tous les citoyens s’en emparent.

​C’est pourquoi, dans le cadre de l’initiative “Inventons le monde d’après”, La Croix-Rouge française et le WWF France s’associent à Make.org et le Groupe SOS, en partenariat avec Unis-Cité, la Meute d’amour et le Mouvement UP pour vous inviter à répondre à cette question cruciale : “Crise Covid-19 : Comment inventer tous ensemble le monde d’après ?“. Vos propositions qui seront plébiscitées lors de cette consultation constitueront un Agenda citoyen donnant à l’ensemble des acteurs de la société civile une boussole de vos priorités pour construire ensemble le monde de l’après-crise.

Cette consultation est lancée pendant le festival virtuel "Académie du monde d'après" qui se déroule en ligne les 11 et 12 avril 2020."


Lancement ce week-end des 11-12 avril 2020 d'une consultation citoyenne 
lors du festival virtuel "L'Académie du monde d'après" 


Le coup d’envoi de la consultation sera donné lors d’un festival en ligne, avec 250 personnalités dont Juliette Binoche, Cali, Yann-Arthus Bertrand, Isabelle Autissier, Marion Cotillard, mais aussi des personnels hospitaliers.

Ce festival, appelé « L’Académie du monde d’après », aura lieu ces samedi 11 et dimanche 12 avril 2020, de 15 h à 23 h, sur Zoom, YouTube et Facebook.

Le président Emmanuel Macron « a été très clair pour dire que le jour d’après ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous le prenons au mot », ajoute Véronique Andrieux.

Vendredi 10 avril 2020, la convention citoyenne pour le climat (CCC) a transmis cinquante propositions à l’exécutif pour créer « un modèle économique et sociétal différent, plus humain et plus résilient ».

Composée de 150 citoyens représentant la société française, elle souligne dans une déclaration que « la participation citoyenne est essentielle. C’est le moment idéal d’écouter et de prendre en compte les remarques des citoyens pour la construction d’une société future ».
***

Participez, votez, proposez en cliquant ici Je participe à la consultation citoyenne

Les résultats de cette consultation citoyenne seront analysés et restitués le 29 mai 2020

Source : Ouest France et le site WWF

Changer de logiciel pour re-penser notre vie autrement

Vous l'avez sûrement déjà vue ou entendue cette vidéo mais j'avais envie de la partager avec vous.


Au-delà des chansons et de la belle alliance entre tous ces artistes qui réalisent collectivement de bien belles actions pour nous tenir le moral pendant le confinement, puisse chacun d'entre nous mettre à profit ce temps de réflexion pour envisager notre futur lorsque nous pourrons reprendre notre vie!

Attention, cela ne doit pas être  notre vis d'avant, mais une vie nouvelle à inventer, plus soucieuse de l'humain, plus attentive aux besoins des anciens, des malades, des handicapées, des sans-abri,  de tous les aidants, de ses voisins, et même des siens que la vie trépidante et la folle course en avant vers le toujours plus a quelquefois éloigné de nos pensées et de nos préoccupations. Un vie où tous les services publics, le service de santé en tout premier lieu, mais pas seulement,  devront revenir au service du public, au service des gens, et non pas uniquement préoccupés de faire des économies, de faire du chiffre, des statistiques, et surtout pas de faire du profit et de continuer d'engraisser des gens déjà pourvus qui ne pensent qu'à faire gonfler leur portefeuilles d'actions.

De l'action il en faudra mais ce ne sera pas la même : ensemble, trouvons l'intelligence de consommer autrement, pour aider le petit commerce, les petits artisans et les producteurs de proximité, même si cela nous coûte un peu plus cher (il est tout de même légitime que ces gens-là  puissent vivre de leur travail, eux qui sont rarement à 35 heures par semaine!). Après tout, est-ce si important d'avoir le dernier matériel technologique à la mode et qui coûte la peau des fesses pour mieux vivre? Que se passerait-il si nous ne changions pas de vêtements à chaque fois que la fast-fashion nous le suggère?Avons-nous besoin d'aller toujours plus vite et plus loin pour partir en vacances si nous envisageons une manière de travailler plus proche de nos rythmes biologiques et donc moins stressante? 

La diffusion planétaire et exponentielle de ce Covid-19 est une catastrophe qui va laisser beaucoup de monde au tapis, sur le plan sanitaire et/ou économique. Cependant,  puisque ce coronavirus a été capable de mettre à l'arrêt la planète entière, c'est une trop belle opportunité pour que nous, modestes citoyens, chacun avec sa force de pensée et d'action en tant que consommateur, n'acceptions pas de repartir exactement comme avant, les mêmes solutions produisant les mêmes effets.

Il nous faut changer de logiciel, apprendre à ne plus penser comme avant (à de-penser) et nous mettre à réfléchir pour une qualité de vie différente, centrée sur l'humain et sur le vivant ; nous en sommes à la 4ème semaine de confinement et cela n'est sûrement pas fini. Nous avons encore bien du temps pour songer à l'après et à ce qui ne sera définitivement plus acceptable.

Oui il y a de l'utopie dans mes propos, car rien de tout n'est simple et je ne possède pas de baguette magique. Mais je suis certaine, que si chacun fait sa part, comme le colibri, collectivement et petit à petit , nous arriverons à faire changer les choses, pour le respect de la nature, des êtres vivants et de la biodiversité. 

Sinon, n'ayons aucune illusion, la  planète continuera de tourner quand l'humanité se sera sabordée! 

Portez-vous bien, mes amis, protégez-vous,et surtout,  restez chez vous. Je vous souhaite un très beau week-end de Pâques,

PS : Je n'ai pas de Facebook et ne tiens pas à en avoir, mais ce serait bien si on trouvait le moyen de mettre en place une plateforme, une "cagnotte à idées pour le futur", accessible par tous,  pour collecter toutes les suggestions pratico-pratiques et/ou toutes les solutions système D inventées par les uns et les autres  afin qu'elles soient conservées  ou modifiées pour en permettre la pérennité car oui la créativité et la solidarité existent plus que jamais!

4 avril 2020

En quarantaine... ou en première ligne : merci Gauvain !

Décidément, ce  jeune chanteur creusois me plait bien : à sa manière bien à lui, avec ses mots simples et sans prétention mais où transpire toute son humanité, il a su vite retranscrire sur un petit air de guitare tout ce qui fait notre actualité à tous en ce moment.
Voici d'abord la vidéo de sa chanson "en première ligne" créée depuis son lieu de confinement où il décrit le sort de différentes personnes, dont trois "combattants" de notre quotidien sous Covid19,  totalement invisibles à la plupart d'entre nous, jusqu'alors.
Je m'associe à lui pour les remercier, infiniment, pour leur dévouement sans limite,
 pour leur travail journalier depuis de longues semaines, pour notre survie sanitaire et alimentaire,
eux qui vont au combat,  sans armes pour se protéger et protéger les leurs.
***
Puis voici encore de Gauvain Sers une chanson dont les bénéfices  seront reversés à la Fondation Hôpitaux de France pour venir en aide aux soignants qui travaillent d'arrache-pied et veillent sur nous
jour et nuit.



Pour finir, car cela fait beaucoup de bien, voici une vidéo collective pour l'enregistrement d'une version légèrement modifiée de la chanson de Bourvil, où ce chanteur a également participé.
Bien que cette vidéo ait été déjà largement diffusée , je ne résiste pas au plaisir de vous donner un beau moment de tendresse,
Bon courage à tous, mes amis, portez-vous bien
Protégez-vous et restez chez vous, vous sauvez des vies!

25 mars 2020

Quand le beau et la poésie nous consolent....







Depuis peu, nous sommes officiellement entrés dans la belle saison du printemps, tellement attendue et tellement espérée en temps normal... 

la sombre actualité arrive presque à nous le faire oublier!
Après une semaine de confinement où je tourne en rond dans ma petite pièce tout récemment investie  et comme c'est aussi le printemps des poètes, j'ai décidé de mettre à l'honneur des poésies complètes ou des fragments, pour qu'ensemble nous ayons à voir et à lire de l'infiniment beau.
La muse Calliope tient un poème épique et parfois une trompette ou des tablettes
J'ai démoli ma pile de cartons -normalement en stand-by en attendant une hypothétique  future nouvelle adresse- pour accéder à mes chiffons et autres trésors, à mes fils à broder et je vais tâcher de transformer ce temps suspendu, ce temps arrêté et mortifère,  en un moment de création et de pensées positives tournées vers l'ensemble de mes ami(e)s et de mes chers correspondants. 

En attendant que mes futures créations arrivent à bon port, si je m'y tiens et si la Poste se remet un jour à fonctionner, je vous offre un poème à la gloire d'un beau pays, le nôtre, exaltant pour finir une valeur qui nous est si chère : la liberté!

***
À la France  

France ! ô belle contrée, ô terre généreuse
Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse,
Tu ne sens point du Nord les glaçantes horreurs ;
Le Midi de ses feux t’épargne les fureurs ;
Tes arbres innocents n’ont point d’ombres mortelles ;
Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles
Ne trompent une main crédule ; ni tes bois
Des tigres frémissants ne redoutent la voix ;
Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes
En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes.
Les chênes, les sapins et les ormes épais
En utiles rameaux ombragent tes sommets ;
Et de Beaune et d’Aï les rives fortunées,
Et la riche Aquitaine, et les hauts Pyrénées,
Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux
Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux.
La Provence odorante, et de Zéphyre aimée,
Respire sur les mers une haleine embaumée,
Au bord des flots couvrant, délicieux trésor,
L’orange et le citron de leur tunique d’or ;
Et plus loin, au penchant des collines pierreuses,
Forme la grasse olive aux liqueurs savoureuses,
Et ces réseaux légers, diaphanes habits,
Où la fraîche grenade enferme ses rubis.
Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse,
Tes prés enflent de lait la féconde génisse,
Et tu vois tes brebis, sur le jeune gazon,
Épaissir le tissu de leur blanche toison.
Dans les fertiles champs voisins de la Touraine,
Dans ceux où l’Océan boit l’urne de la Seine,
S’élèvent pour le frein des coursiers belliqueux.
Ajoutez cet amas de fleuves tortueux :
L’indomptable Garonne aux vagues insensées,
Le Rhône impétueux, fils des Alpes glacées,
La Seine au flot royal, la Loire dans son sein
Incertaine, et la Saône, et mille autres enfin
Qui nourrissent partout, sur tes nobles rivages,
Fleurs, moissons et vergers, et bois et pâturages,
Rampent aux pieds des murs d’opulentes cités,
Sous les arches de pierre à grand bruit emportés.

Dirai-je ces travaux, source de l’abondance,
Ces ports, où des deux mers l’active bienfaisance
Amène les tributs du rivage lointain
Que visite Phoebus le soir ou le matin ?
Dirai-je ces canaux, ces montagnes percées,
De bassins en bassins ces ondes amassées
Pour joindre au pied des monts l’une et l’autre Téthys ?
Et ces vastes chemins en tous lieux départis,
Où l’étranger, à l’aise achevant son voyage,
Pense au nom des Trudaine et bénit leur ouvrage ?

Ton peuple industrieux est né pour les combats.
Le glaive, le mousquet n’accablent point ses bras.
Il s’élance aux assauts, et son fer intrépide
Chassa l’impie Anglais, usurpateur avide.
Le ciel les fit humains, hospitaliers et bons,
Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons ;
Mais, faibles opprimés, la tristesse inquiète
Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette,
Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas,
Renverse devant eux les tables des repas,
Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse,
Et leur front et leur âme. Ô France ! trop heureuse,
Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux
Des dons que tu reçus de la bonté des cieux !

Vois le superbe Anglais, l’Anglais dont le courage
Ne s’est soumis qu’aux lois d’un sénat libre et sage,
Qui t’épie, et, dans l’Inde éclipsant ta splendeur,
Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur.
Il triomphe, il t’insulte. Oh ! combien tes collines
Tressailliraient de voir réparer tes ruines,
Et pour la liberté donneraient sans regrets,
Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forêts !
J’ai vu dans tes hameaux la plaintive misère,
La mendicité blême et la douleur amère.
Je t’ai vu dans tes biens, indigent laboureur,
D’un fisc avare et dur maudissant la rigueur,
Versant aux pieds des grands des larmes inutiles,
Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles,
Découragé de vivre, et plein d’un juste effroi
De mettre au jour des fils malheureux comme toi.

Tu vois sous les soldats les villes gémissantes ;
Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes,
Le sel, fils de la terre, ou même l’eau des mers,
Sources d’oppression et de fléaux divers ;
Vingt brigands, revêtus du nom sacré de prince,
S’unir à déchirer une triste province,
Et courir à l’envi, de son sang altérés,
Se partager entre eux ses membres déchirés.
Ô sainte Égalité ! dissipe nos ténèbres,
Renverse les verrous, les bastilles funèbres.
Le riche indifférent, dans un char promené,
De ces gouffres secrets partout environné,
Rit avec les bourreaux, s’il n’est bourreau lui-même ;
Près de ces noirs réduits de la misère extrême,
D’une maîtresse impure achète les transports,
Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts.

Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France
Vit luire, hélas ! en vain sa dernière espérance,
Ministres dont le coeur a connu la pitié,
Ministres dont le nom ne s’est point oublié ;
Ah ! si de telles mains, justement souveraines,
Toujours de cet empire avaient tenu les rênes,
L’équité clairvoyante aurait régné sur nous ;
Le faible aurait osé respirer près de vous ;
L’oppresseur, évitant d’armer d’injustes plaintes,
Sinon quelque pudeur aurait eu quelques craintes ;
Le délateur impie, opprimé par la faim,
Serait mort dans l’opprobre, et tant d’hommes enfin,
A l’insu de nos lois, à l’insu du vulgaire,
Foudroyés sous les coups d’un pouvoir arbitraire,
De cris non entendus, de funèbres sanglots,
Ne feraient point gémir les voûtes des cachots.

Non, je ne veux plus vivre en ce séjour servile ;
J’irai, j’irai bien loin me chercher un asile,
Un asile à ma vie en son paisible cours,
Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours,
Où d’un grand au coeur dur l’opulence homicide
Du sang d’un peuple entier ne sera point avide,
Et ne me dira point, avec un rire affreux,
Qu’ils se plaignent sans cesse et qu’ils sont trop heureux ;
Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice
Recueillera les dons d’une terre propice ;
Où mon coeur, respirant sous un ciel étranger,
Ne verra plus des maux qu’il ne peut soulager ;
Où mes yeux, éloignés des publiques misères,
Ne verront plus partout les larmes de mes frères,
Et la pâle indigence à la mourante voix,
Et les crimes puissants qui font trembler les lois.

Toi donc, Équité sainte, ô toi, vierge adorée,
De nos tristes climats pour longtemps ignorée,
Daigne du haut des cieux goûter le libre encens
D’une lyre au coeur chaste, aux transports innocents,
Qui ne saura jamais, par des voeux mercenaires,
Flatter à prix d’argent des faveurs arbitraires,
Mais qui rendra toujours, par amour et par choix,
Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois.
De voeux pour les humains tous ses chants retentissent ;
La vérité l’enflamme, et ses cordes frémissent
Quand l’air qui l’environne auprès d’elle a porté
Le doux nom des vertus et de la liberté.

André Chénier, Hymnes et Odes