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27 juin 2026

T210 - Pour l'arrivée de l'été, écoutons le chant du rossignol, de l'Être anonyme

Depuis son coin de Bretagne guère plus frais en ce moment qu'ici en Région Parisienne, l'Être anonyme m'envoie ce petit mot pour me remercier d'avoir participé à son appel à mail-art sur le thème du voyage en littérature.

Cet appel s'inscrivait dans le cadre des Rencontres de la Baie de Carentec, où il lui fut donné ainsi l'occasion de présenter une petite exposition et de parler de l'art postal, pour le bonheur de visiteurs découvrant le mail-art pour la plupart d'entre eux. 

Chère Catherine, c'est avec un très grand plaisir que j'ai participé à cet appel en évoquant les deux grands écrivains aventuriers que furent Joseph Kessel  et Henry de Monfreid, :  à cette occasion je me suis replongée avec délices dans leurs écrits.

C'est donc toi que je remercie doublement pour avoir eue cette belle initiative de lancer un appel à MA aussi riche de possibilités, et pour cette enveloppe très colorée et gaie que je reçois aujourd'hui. Bel été à toi.

30 avril 2026

1er mai 1910 : il fait plutôt frisquet à Paris, pour l'Être anonyme

Si dans notre imaginaire le mois de mai est souvent égal à beau temps (celui des communions et des mariages), il peut arriver que la température ne soit pas très élevée lorsque les vendeurs de muguet commencent à monter leur stand, à organiser leurs paniers, ou à préparer leurs charrettes.

Ce fut apparemment le cas  le 1er mai 1910 à Paris : sur la photo du mail-art porte-bonheur que j'ai adressé à l'Être anonyme les clients comme la vendeuse sont encore chaudement vêtus. Il faut dire que globalement la météo a été assez catastrophique cette année-là avec trois grandes périodes d'inondation dont la fameuse grande crue centennale, et de la neige tardivement jusque fin avril même en plaine.

Composition réalisée au moyen d'un tissu comportant de réserves blanches en forme de brin de muguet sur fond vert, ajout de la photo ci-dessous imprimée sur tissu et  de la photo d'une broche en camée, avec un bouquet de muguet en relief
Vente du muguet un 1er mai en France vers 1910 - Photo vue  sur le site d'E-bay

S'il en reste encore dans nos villes, j'espère que les petits vendeurs des rues auront eu du beau et du bon temps à diffuser leurs bouquets de fleurs porte-bonheur à leurs clients.

Chère Catherine, je te souhaite une bonne réception de ce muguet et une belle journée de Fête des Travailleurs demain, pour ce 1er mai jour férié chômé, désormais remis en cause si nous nous laissons faire.

25 mars 2026

Du soleil et de la positivité, de la part de l'Être anonyme

Oh je savoure avec bonheur le grand plaisir de trouver à nouveau du courrier dans ma boite aux lettres! Et c'est encore ma correspondante bretonne, très prolifique en ce moment, qui m'adresse aujourd'hui  une enveloppe au délicat ornement, avec une très belle citation.

La vie est un présent en soi
Il nous revient d'en faire un bonheur de chaque instant
- Kheira Chakor -
Merci beaucoup Catherine,  tu es un vrai rayon de soleil et très généreuse aussi : merci beaucoup pour cet envoi original. Tu as bien raison : un petit voyage en ballon pour s'envoler et larguer un peu les amarres me ferait le plus grand bien.  

13 mars 2026

Donner son sourire, de la part de l'Être anonyme

Elle est bien trop mignonne, ma correspondante bretonne qui m'adresse énormément d'art postal auquel je n'ai plus la niaque pour répondre illico. Et de m'envoyer autant de soleil alors que nous ne vivons quasiment que sous la pluie depuis des lustres relève d'un optimiste époustouflant!

Je vous offre un sourire aujourd'hui,

Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup,
Il enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne,
Il ne dure qu’un instant, mais son souvenir est parfois éternel,
Personne n’est assez riche pour s’en passer,
Personne n’est assez pauvre pour ne pas le mériter,
.
Il crée le bonheur au foyer, soutient les affaires,
Il est le signe sensible de l’amitié,
Un sourire donne du repos à l’être fatigué,
Donne du courage au plus découragé
Il ne peut ni s’acheter, ni se prêter, ni se voler,
Car c’est une chose qui n’a de valeur qu’à partir du moment où il se donne.

et si toutefois, vous rencontrer quelqu'un qui ne sait plus sourire,
soyez généreux, donnez-lui le votre,
car nul n'a autant besoin d'un sourire
que celui qui ne peut en donner aux autres
Raoul Follereau

Chère Catherine, je te remercie vraiment pour cet émoticon soleil. Saches néanmoins que si Raoul Follereau s'est fait beaucoup connaître pour sa Fondation en faveur des malades de la lèpre (c'était un grand communicant), c'est aussi un personnage plein d'ambiguité  dont nous connaissons bien moins ses idées pro-extrême-droite, pro-pétainistes, favorables à Franco et Mussolini entre les deux guerres, ce qui n'en fait pas un personnage sympathique à mes yeux.

Amie Catherine, ne te fais pas de souci pour cette histoire de recherche de poèmes que tu ne trouves pas assez optimiste et gai, les plus beaux poèmes sont ceux qui émanent de toi, de ton esprit et de ton coeur. Et puis rien ne t'oblige à m'adresser du mail-art en fonction de mes thèmes de prédilection. Saches, simplement que là, je vais mettre un peu la pédale douce, j'ai besoin de me ressourcer, et de me renouveler, ma créativité en a pris un coup depuis mes soucis de santé de l'an passé.  Alors un peu de patience pour la réponse. Un mail-art est actuellement en route vers toi. 

10 mars 2026

Comment l'intelligence d'Edmond Elbius, jeune esclave noir réunionnais a été totalement niée, pour l'Être anonyme

Connaissez-vous l'incroyable histoire de la vanille et celle d'Edmond Albius qui lui est intimement liée?

Les origines de la vanille
La vanille est une épice dérivée des gousses de certaines espèces d'orchidées du genre Vanilla, principalement. Originaire du Mexique et d'Amérique centrale, la vanille a été cultivée et utilisée par les Aztèques depuis des siècles pour aromatiser le chocolat, une boisson précieuse pour cette civilisation.

La découverte de la vanille par les Européens
La vanille a été découverte par les Européens au 16ème siècle, lors de la conquête de l'empire aztèque par les conquistadors espagnols. Hernán Cortés est souvent crédité pour avoir introduit la vanille en Europe après avoir goûté à une boisson au chocolat aromatisée à la vanille offerte par l'empereur aztèque Moctezuma II. La vanille est rapidement devenue populaire en Europe, principalement en France, où elle a été utilisée pour aromatiser des desserts tels que les glaces et les crèmes pâtissières

Et c'est là que l'histoire d'Edmond Albius s'imbrique avec celle de cette épice car c'est lui le découvreur de la fécondation artificielle de la vanille.  

A l'origine la liane de vanille vit au Mexique et ses fleurs ne peuvent être pollinisées que par une minuscule abeille mexicaine sans dard du genre Melipona . Cette abeille n'est présente nulle part ailleurs dans le monde.

Le tournant décisif de l’histoire de la vanille survient à l’île Bourbon (ancien nom de La Réunion) au XIXe siècle. Des pieds de vanillier ont été introduits sur l’île en 1819 depuis les colonies françaises, mais pendant des années, ils fleurissent sans donner de fruits faute de pollinisation naturelle. C’est en 1841 qu’un jeune esclave réunionnais de 12 ans, Edmond Albius, au service d'un botaniste , découvre le procédé manuel de pollinisation de la fleur de vanille. 

En frottant délicatement, à l’aide d’une fine tige, le pollen des organes mâles de la fleur sur le pistil femelle, Albius réussit à féconder la fleur : un geste simple mais révolutionnaire qui permet enfin à la plante de donner ses précieuses gousses. 

Portrait d'Edmond Albius devant des lianes de vanille paru en 1863 dans l'Album de l'île de la Réunion d'Antoine Roussin.
photos libres de droit Adobe Stock

Dans un article précédent je parle longuement de l'histoire de ce garçon, dont l'histoire a totalement effacé le nom jusqu'à il y a très peu de temps et surtout comment les colons blancs se sont arrangés pour s'approprier sa découverte et en faire un marché très lucratif, en remettant en question l'esprit pratique et l'intelligence de ce garçon féru de botanique et incroyablement observateur. Pour certains d'entre eux, en effet, il était tout simplement impossible de concevoir qu'un esclave,  noir de surcroît, puisse avoir eu cette intelligence là où depuis des décennies, les planteurs réunionnais avaient échoué à réussir la fructification de la vanille. 

Toute l'histoire est racontée ici, parfaitement documentée sur la vanille Bourbon (oui, on lui a donné un nom de roi plutôt que celui de l'esclave Albius). 
sources : ABACAI qu'est ce que la vanille exactement 

***  La littérature jeunesse au secours de l'histoire *** 
Couleur Vanille (2011) -La vraie couleur de la vanille (2012) -Pour l'amour de Vanille (2012)

Comment la littérature jeunesse, en trois livres parus au 21e siècle, tente de mieux faire connaître Edmond Albius,  malgré toutes les difficultés et les écueils liés à la publication lorsque le sujet d'un livre, même chargé d'histoire, n'est pas déjà connu. 
.../...
En vitrine des trois romans, le péritexte éditorial destiné à attirer le lecteur – ou l’acheteur médiateur – opère des choix communs en première de couverture où prennent place, au cœur du titre et de l’image, le mot « vanille » et la représentation d’un jeune garçon noir. Substitué métonymiquement au nom d’Edmond Albius, c’est le mot « vanille » qui joue le rôle d’accroche dans un titre qui semble poser une énigme, soit en insistant sur la question de la couleur qui jouera un rôle symbolique dans le récit (Couleur vanille, La vraie couleur de la vanille), soit en le dotant d’une majuscule qui fait de lui un prénom et annonce une romance (Pour l’amour de Vanille). Les titres démarquent donc des entreprises différentes, où l’empan s’élargit d’emblée de la fiction (le roman d’amour) au documentaire (le sous-titre de Couleur vanille).

Longtemps restée muette, l’histoire de l’esclavage fut biaisée par le point de vue extérieur des Blancs et rares sont les récits de ceux qui n’avaient pas accès à l’écriture, en particulier en français. « Pour des sociétés où manque un récit des origines, c’est à la littérature que peut incomber la mission d’en élaborer. Aussi des voix se sont-elles élevées pour rendre justice aux esclaves, pour faire connaître leur histoire, leurs souffrances et, plus rarement, leurs exploits : « Un questionnement autour de la mémoire, qu’elle soit historique ou textuelle, émerge. Il s’agit aussi d’écrire ce qui n’a pas été écrit avant, de faire entendre ce qui a été oblitéré ». À travers une entreprise ancrée dans le double projet d’un éditeur et d’un auteur pour la jeunesse, nos trois romans composent, chacun à sa façon, un tombeau à Edmond Albius, qui, comme les tombeaux poétiques, vise à lui rendre hommage et à perpétuer sa mémoire « Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change », pour reprendre le premier vers du « Tombeau d’Edgar Poe » de Mallarmé. Mais les histoires relatées ne relèvent pas de l’épitaphe, elles redonnent vie au fantôme, elles font partager ses sentiments, elles invitent à comprendre le passé pour mieux vivre le présent.
.../...
En l’espace de quelques années, un écrivain spécialiste de littérature, Michaël Ferrier, et trois romanciers pour la jeunesse s’emparent de ce personnage longtemps méconnu du grand public et jusque-là absent des programmes scolaires. Touché par ce destin tragique, chacun d’eux s’est, semble-t-il, senti investi d’une mission : extraire le zélé apprenti botaniste du néant dans lequel il a été longtemps plongé par la volonté de quelques hommes, faire connaître le parcours exceptionnel de ce jeune garçon dans une volonté de devoir de mémoire. Force est de constater que, pour l’instant, ces écrivains ont davantage agi pour faire connaître Edmond Albius en France métropolitaine que l’État français.

23 février 2026

Quelle est cette mystérieuse jeune fille que m'adresse l'Être anonyme ?

Elle vient d'échoir dans ma boite aux lettres du jour, et L'Être anonyme, auteure de l'envoi,  a bien eu du mal à qualifier l'expression sur ce jeune visage tout lisse qui ne manque pas d'intriguer. Est-elle plongée dans un songe, ou totalement indifférente à ce qui l'entoure avec ce regard vide? Par contre ses traits  d'une très grande douceur donnent envie d'en savoir davantage. 

Je ne suis pas douée du tout en art sacré mais je ne pense pas qu'il s'agisse d'une madonne comme on en rencontre dans les églises car elle est particulièrement jeune pour représenter la Vierge Marie. Curieuse comme je le suis, avec l'aide de Gxxxle, j'ai retrouvé son histoire que l'on peut lire complètement ici.

La "Tête de cire" fait partie du legs de Jean-Baptiste Wicar à la Société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, en 1834. Dans le procès-verbal de dépôt du legs, elle est désignée comme « Une tête en cire, du temps de Raphaël », sans autre précision. On peut la voir au Palais des Beaux-Arts de Lille. 

Joconde ou Madonne / la Tête de Cire / Publication de la ville de Lille 

Une jeune femme au teint diaphane, le regard perdu dans le vide. Voici la "Tête de cire", dont la beauté et la mélancolie ont fasciné des milliers de visiteurs. Autrefois idole incontestée des collections, on lui préfère aujourd’hui les œuvres de Donatello, Rubens ou Goya. Mais il y a de cela quelques décennies, la demoiselle occupait une place de choix dans la muséographie. Elle a longtemps occupé une niche à fond doré, placée au centre d’un édicule de bois ouvragé, à la manière d’une statue de culte dans un temple grec.
Plusieurs hypothèses sur son origine ont été proposées, sans que l’on ait de preuves pour confirmer les unes ou les autres. Si on considère aujourd’hui qu’elle a été réalisée au XVIIe ou au XVIIIe siècle, certains chercheurs l’ont attribuée à un sculpteur italien de la Renaissance. Les noms de Domenico del Barbiere, sculpteur florentin, ou d’Orsino Benintendi, un sculpteur sur cire du XVe siècle, ont été lancés. On a même imaginé que l’empreinte de ce visage avait été prise sur une morte retrouvée à Rome en 1485. Ce dont on est certain, c’est de la référence à l’Italie renaissante, considérée par les artistes comme un idéal de perfection.
Sa beauté a même inspiré des chansons, des romans ou encore de poèmes, comme celui de Géry Legrand, maire de Lille de 1881 à 1896 : « Sur cette ébauche magnifique / Chef d’œuvre d’un style incomplet / Je vois que le génie antique / Projette un suprême reflet ».
N° d’inventaire : Pl.1- Détail :Le petit piédestal mouluré sur lequel repose la tête est appelée le piédouche. Il est en terre cuite.

A écouter également : lien sur une émission sur ICI de Radio France sur l'histoire invraisembable de cette "Tête de cire". 

Merci l'Être anonyme d'avoir mis en lumière cette oeuvre étonnante rien qu'en découpant et collant ce doux visage. Et merci de relire de la poésie, j'imagine que cela te plaira autant qu'à moi. Il n'y a pas besoin d'aller chercher très loin  pour se faire plaisir dans ce domaine, d'autant que la saison du printemps arrive, généralement très inspirante. 

29 janvier 2026

Trinquons avec de l'eau potable à l'année nouvelle, de L'Être anonyme

Une très jolie enveloppe m'arrive de Bretagne, où l'amie Catherine s'est coulée dans la mode du Dry January* pour trinquer à la nouvelle année avec de l'eau potable. 

Je te remercie chère amie de tes bons voeux, présentée d'une manière bien originale. 

Je voudrai comme toi être optimiste en ce qui concerne l'eau potable, mais je me demande si celle que nous avons disponible au robinet est aussi saine qu'on veut bien nous le faire croire. 

L'approvisionnement en eau véritablement potable au robinet est une vraie gageure, car si les normes véritablement adaptées à notre bonne santé étaient vraiment mises en place et respectées (combien de PFAS, et d'autres substances chimiques véhicule-t-elle dans beaucoup de régions françaises), nous n'en serions pas là... tout particulièrement en Bretagne où l'on connaît bien tous les dégâts provoqués par le rejets de l'élevage intensif dans les champs, dans les rivières jusqu'à la mer (et donc dans les nappes phréatiques). 

Depuis plusieurs mois déjà, il existe des interdictions de consommer l'eau du robinet pour raison sanitaire dans de nombreux départements, où  une distribution d'eaux en bouteille est organisée par les communes... mais avec ce que l'on sait maintenant du contenu de certaines eaux en bouteille** (qui coûte 100 fois plus cher que l'eau du robinet), on peut se demander où l'on va bientôt pouvoir boire de l'eau sereinement

* Alors encore un anglicisme pour nous encourager à moins boire d'alcool ou à ne plus en consommer du tout en janvier! Est ce que ralentir sa consommation ou la stopper sur un mois seulement a un véritable effet sur la santé ? J'en doute fort.  
J'ai le sentiment que tous ces slogans, un mois après l'autre (mois de la sobriété, mois sans tabac.)  sont plus là pour nous faire sentir coupables, coupables de n'être pas en bonne santé. Il en est de même pour Octobre rose : si c'est très bien de nous encourager à faire du dépistage du cancer du sein pour que la maladie soit détectée au plus tôt, ce serait infiniment préférable de mettre en place des politiques environnementales efficaces et réelles, afin de ne pas contribuer à la démultiplication des cancers et des AVC (y compris chez les plus jeunes et les enfants) en continuant d'encourager les pesticides et toute l'agrochimie comme c'est le cas actuellement (Loi Duplomb, Mercosur...)

**  Scandale Nestlé des eaux contaminées connu et couvert par l'Elysée depuis 2022.  Selon le rapport de l’Anses publié en 2023, le minéralier fait face à une contamination généralisée des sources. Elle touche aussi bien celles du Grand Est (Hépar, Vittel et Contrex) que celles d’Occitanie, où l’eau de Perrier est mise en bouteille. Des bactéries sont détectées, parfois en « concentration élevée », ainsi que des PFAS, ces polluants chimiques éternels, et des pesticides, en quantité dépassant parfois les seuils réglementaires. 
Source : Mediapart

2 janvier 2026

Meilleurs voeux pour l'année 2026 : redonner toute sa place au monde sauvage, pour l'Être anonyme

En un autre siècle, des civilisations autres que la nôtre étaient qualifiées de sauvages, donc de primitives, termes se rejoignant dans l’opprobre et le déclassement : alors même que ces peuplades n’avaient que très rarement détruit leur environnement, destruction qui est une des belles preuves de civilisation que notre société productiviste persiste à étaler au gré de ses appétits.

Nonobstant le « bon sauvage » cher à Rousseau, nous avons partout méprisé, écrasé ce qui n’était pas nous, imposé notre pouvoir, notre religion, notre technologie, ivres de puissance et de fatuité.

L'animal sauvage est réputé res nullius (sans maître, mais appropriable). Il est livré « au plus tirant » ! traqué et tué au gré des lobbys et de ceux qui ne voient en lui qu’objet de loisir, en lui déniant tout droit d’existence.

Il est alors grand temps de célébrer le sauvage, de savoir admirer la magie des plumes, des rameaux, des herbes et des vents, des épines et des ombres, des mousses et de leur espace de libre expression, ce jardin de nature qui vit s’épanouir l’incroyable diversité du vivant.

Nous en sommes comptables : le sauvage, que d’aucuns voudraient rejeter dans le passé, est notre avenir, si tant est que nous soyons encore demain ouverts à l’émerveillement de l’altérité.(source téla botanica)

Le sauvage est notre avenir : en 2026, transitons joyeusement vers un monde plus vivant

20 novembre 2025

Quand la charge mentale des femmes et leur travail domestique seront-ils reconnus? pour l'Etre Anonyme

Lorsque j'ai vu cette sculpture représentant une femme portant un lourd fardeau d'objets ménagers, symbolisant le poids des responsabilités domestiques souvent assumées par les femmes, tandis que les enfants s'accrochent à elle, symbolisant l'impact générationnel, mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai d'abord pensé à ma mère et à ma grand-mère qui étaient toujours occupées entre les tâches ménagères, les attentions apportées à tous les membres de la maisonnées, la confection des repas, les travaux à l'extérieur, que ce soit au potager, ou au lavoir... puis en regardant mieux, je me suis rendue compte qu'on y voit déja l'arrivée du confort puisque la machine à laver y est représenté. C'est donc une oeuvre qui est beaucoup plus contemporaine que ce qu'il me semblait au premier regard.

En fait cette statue initialement attribuée sur Instagram à l'artiste Jaume Plensa sous le titre
« El Esfuerzo » (L'Effort) ou « La Carga » (Le Fardeau), se trouve à Barcelone est un canular et a été produite par IA - Il n'empêche qu'elle illustre tout à fait la situation de bien des femmes.

En y refléchissant bien, dans la mesure où quasiment dans tous les foyers d'aujourd'hui il faut deux salaires pour arriver à "s'en sortir" à peu près financièrement, je me dis qu'aujourd'hui peu de choses ont changé car il y a toujours une deuxième journée à accomplir en rentrant à la maison. 

La notion de charge mentale que l'on appréhende depuis peu, est toujours pour les femmes aujourd'hui : majoritairement dans les familles, qui s'occupe de veiller à prendre les rendez-vous médicaux pour les enfants?, qui va aux réunions de parents d'élèves?, qui accompagne les enfants au sport ou aux activités récréatives du mercredi?, qui s'occupe du linge et du repassage le plus souvent? les femmes. On attend toujours d'elles qu'elles soient de bonnes employées au travail, de bonnes mamans pour leurs enfants, et de bonnes et belles épouses pour leur conjoint. 

Voilà un sujet qui devrait plaire à l'Etre anonyme : je lui en souhaite une bonne réception de ce mail-art au thème carrément féministe.

CH09 - Prendre de la hauteur, une stratégie militaire adoptée par les chimpanzés, pour l'Etre anonyme

Perché sur une branche d'arbre, ce magnifique mâle chimpanzé (Pan troglodytes schweinfurthii) cueille et mange méthodiquement des feuilles fraîches dans la canopée de la forêt tropicale : il est destiné à l'Etre Anonyme. L'animal semble ici bien pacifique, pourtant comme dans tous les groupes d'individus partageant un même territoire, il existe bien des rivalités entre les différentes communautés de chimpanzés.
Chimpanzé se nourrissant de feuilles, parc national de Kibale, Ouganda - Getty images

Le Taï Chimpanzee Project (www.taichimps.org) observe le comportement des chimpanzés sauvages depuis 45 ans

Les chimpanzés d'Afrique de l'Ouest (Pan troglodytes verus) sont en danger critique d'extinction selon les directives de l'UICN. Au cours des 20 dernières années, nous avons perdu plus de 80 % de la population mondiale de chimpanzés d'Afrique de l'Ouest en raison du braconnage, du commerce d'animaux de compagnie et de la destruction de l'habitat. Les scientifiques jouent un rôle important dans la protection de la faune en repoussant les activités humaines illégales dans les zones protégées comme le parc national de Taï, en Côte d'Ivoire, qui est un point chaud de la biodiversité et a été déclaré site du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1982. Les recherches menées dans le cadre du Taï Chimpanzee Project permettent non seulement d'acquérir des connaissances scientifiques inestimables sur nos plus proches parents vivants, mais aussi de protéger, depuis 45 ans, la population unique de chimpanzés et les autres espèces sauvages du parc national.

Une nouvelle étude, publié dans la revue Plos Biology, révèle que les chimpanzés d’Afrique de l’Ouest partent en reconnaissance et privilégient les hauteurs, afin de détecter la présence de leur rivaux territoriaux. Ces chimpanzés, suivis pendant trois ans, appartiennent à deux groupes voisins mais rivaux, qui se livrent à une constante guerre de basse intensité. L’utilisation des hauteurs à des fins militaires était jusqu’ici seulement connue chez les humains, et démontre les capacités de coopération et l’intelligence de nos plus proches cousins.

Chez les chimpanzés, des guerres entre groupes rivaux peuvent éclater. Autant que possible, ces derniers cherchent à éviter les affrontements. Pour ce faire, ces grands singes ont développé une stratégie : prendre de la hauteur. C’est en effet ce que suggère une nouvelle étude, publié dans la revue Plos Biology. L’objectif ? Reconnaître les groupes rivaux, souvent avant de faire des incursions en territoire ennemi, à des moments où le risque d'affrontement est moindre. L'utilisation tactique de terrains surélevés dans des situations de guerre était considérée comme propre à l'humain – jusqu’ici. Pour la première fois, l'une des plus anciennes stratégies militaires a été observée chez nos plus proches parents évolutifs.

Pendant trois ans, des scientifiques ont suivi deux groupes de chimpanzés voisins du Taï Chimpanzee Project (www.taichimps.org) dans les forêts de Côte d'Ivoire, en Afrique de l'Ouest. Ils ont ainsi pu reproduire les cartes de deux territoires de chimpanzés limitrophes, y compris les données d'altitude. Au niveau de la zone frontalière, ces deux territoires se chevauchent et des escarmouches ont parfois lieu. Pour établir et protéger leur territoire, les chimpanzés effectuent des tournées régulières en périphérie qui constituent une sorte de « patrouille frontalière ».

Formations rocheuses en hauteur : un point d’écoute plus que d’observation
Les patrouilles se font souvent en sous-groupes qui restent proches et cohésifs et limitent les bruits. « En tant qu'observateur, on sent que la patrouille a commencé », décrit Dr. Lemoine. Ils se déplacent et s'arrêtent en même temps, de manière très coordonnée. Certains types de collines utilisées pour la reconnaissance près de la frontière sont connus sous le nom « d'inselbergs » : des affleurements rocheux isolés qui interrompent la canopée de la forêt. Les chimpanzés reviennent à plusieurs reprises sur certains de ces inselbergs, où le temps passé au sommet se déroule dans un état plus feutré. « Il ne s'agit pas tant de points d'observation que de points d'écoute », explique le scientifique. Les chimpanzés tambourinent sur les troncs d'arbres et émettent des vocalisations excitantes appelées « pant-hoots » pour communiquer avec les membres du groupe ou affirmer leur territoire. Ces sons peuvent être entendus à plus d'un kilomètre de distance, même dans une forêt dense. Il est possible que les chimpanzés grimpent au sommet des collines près de la limite de leur territoire lorsqu'ils n'ont pas encore entendu de signes de groupes rivaux. Se reposer tranquillement sur une formation rocheuse surélevée est une condition idéale pour la détection auditive d'adversaires éloignés.

Evaluer la distance du groupe rival pour éviter des combats coûteux
L'équipe a constaté que les chimpanzés étaient deux fois plus susceptibles de grimper des collines lorsqu'ils se dirigeaient vers cette frontière contestée que lorsqu'ils se déplaçaient au cœur de leur propre territoire. Au sommet des collines frontalières, les chimpanzés étaient plus enclins à s'abstenir de manger ou de chercher de la nourriture bruyamment, préférant se reposer tranquillement, ce qui leur permettait d'entendre les bruits lointains des groupes rivaux, expliquent les scientifiques. Plus l’emplacement des chimpanzés hostiles est éloigné, plus la probabilité que les chimpanzés traversent le territoire ennemi est grande. Cela suggère que les chimpanzés en hauteur évaluent la distance de leurs rivaux et agissent en conséquence pour faire des incursions tout en évitant des combats coûteux.
Un territoire plus vaste limite les rencontres avec les groupes rivaux

Les chimpanzés étendent souvent leur territoire en empiétant et en patrouillant dans celui de leurs voisins. La collecte d'informations au sommet des collines les aidera à le faire tout en réduisant les risques de rencontrer des ennemis. Un territoire plus vaste peut augmenter les réserves de nourriture et améliore les conditions de reproduction. Des travaux antérieurs suggèrent d’ailleurs que les groupes de chimpanzés les plus importants vivent sur des territoires plus vastes où la pression exercée par les rivaux est moindre, ce qui a pour effet d'augmenter le taux de natalité au sein des communautés. Les dernières recherches suggèrent que les chimpanzés utilisent la reconnaissance au sommet des collines pour éviter les confrontations, et que la violence est relativement rare, même si des bagarres, voire des enlèvements et des meurtres, ont eu lieu entre des membres de groupes rivaux.

La trace d'une proto-guerre, qui a probablement existé dans les populations préhistoriques de chasseurs-cueilleurs
D'autres espèces de mammifères, comme les suricates, utilisent les hauteurs pour guetter les prédateurs ou appeler leurs partenaires. Cependant, les scientifiques affirment qu'il s'agit de la première preuve qu'un animal autre que l'humain utilise stratégiquement l'altitude pour évaluer les risques de « conflit intergroupe ». « La guerre tactique fait partie d’un des moteurs de l'évolution humaine », souligne le Dr Roman Wittig, directeur du Taï Chimpanzee Project basé à l'Institut des sciences cognitives de Lyon et auteur principal de l'étude. « Ce comportement des chimpanzés requiert des capacités cognitives complexes qui les aident à se défendre ou à étendre leur territoire, et serait favorisé par la sélection naturelle », insiste le scientifique. « L'exploitation du paysage et du terrain à des fins de contrôle territorial est profondément ancrée dans notre histoire évolutive. L'utilisation par les chimpanzés d'une stratégie de type guerrier, mais axée sur la défense, est peut-être la trace d'une proto-guerre à petite échelle qui a probablement existé dans les populations préhistoriques de chasseurs-cueilleurs », conclut le scientifique.

Source : article paru sur le site https://www.insb.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/prendre-de-la-hauteur-une-strategie-militaire-adoptee-par-les-chimpanzes

14 octobre 2025

MO009 - Sortie des ouvriers de l'Arsenal de Toulon, de l'Etre anonyme

Aujourd'hui une nouvelle enveloppe de l'Etre anonyme sur le thème du monde ouvrier en France, ce qui me fait très plaisir.

Sortie des ouvriers de l'Arsenal à Toulon  sur une carte postale ancienne par la Porte Castigneau - 1903 

Le temps perdu

Devant la porte de l'usine
le travailleur soudain s'arrête
le beau temps l'a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l'œil
familièrement
Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c'est plutôt con
de donner une journée pareille
à un patron ?

Jacques Prévert (1900 - 1977) -

Merci à l'Etre anonyme d'avoir déniché ce poème de Prévert que je connaissais déjà (mais dont je ne me lasse pas ) et de l'avoir associé à cette carte postale ancienne.

On y voit la sortie des  nombreux ouvriers de l'Arsenal de Toulon où l'effectif monta jusqu'à 5000 personnes vers 1860.

***
Etude des ouvriers de l’arsenal de Toulon au tournant de la Révolution française , au carrefour des histoires maritime, sociale et culturelle (1760-1820)

Par cette étude, nous cherchons à comprendre comment se forme une classe ouvrière à la fin de l’Ancien Régime et au début du XIXe siècle, et nous demandons si la Révolution française a contribué à cette formation, notamment à Toulon, ville dans laquelle ce groupe ouvrier est si important, où l’élément maritime militaire s’avère fondamental, et dans laquelle les tourments révolutionnaires prennent rapidement une envergure nationale.

Pour mener à bien notre recherche, nous exploitons autant les sources officielles telles les correspondances des autorités maritimes, les registres de matricules du port ou les délibérations des conseils de ville, les cahiers municipaux de dénombrement et de contributions. Elles permettent de cerner les contours démographiques et sociologiques du groupe « ouvriers de l’arsenal », et de mieux appréhender les processus en marche au cours de notre période grâce à la description détaillée des événements. Le silence de ces mêmes archives sur les ouvriers et plus largement sur les catégories populaires est tout aussi parlant, surtout dans l’analyse de la conquête démocratique. Elles ne sont toutefois pas suffisantes pour comprendre la vie quotidienne des ouvriers de l’arsenal. Les archives judiciaires sont à la frontière de l’officialité et de l’informel par ce qu’elles font ressortir les comportements informels des acteurs dans une institution d’État. À côté de ces sources se trouvent des documents produits par les ouvriers eux-mêmes dans le cadre de leur travail (rapports d’expertises, participation à une activité de sous-traitance de l’arsenal, etc.) ou de leur engagement politique (pétitions, adresses, placards, etc.). Comparativement aux sources officielles, ces documents sont moins nombreux mais ils déstabilisent l’historien dans ses certitudes et l’obligent à réévaluer la vie des ouvriers. N’est-ce pas toutefois là notre but ? Rompre, comme le prônait Émile Durkheim pour la méthode sociologique, avec le sens commun qui fait des ouvriers de l’arsenal une masse tantôt manipulable, tantôt dangereuse, toujours sauvage ?

Nous nous proposons de présenter notre objet d’étude et nos pistes d’investigation. Nous étudierons tout d’abord le rapport des ouvriers de l’arsenal de Toulon au monde maritime. Nous donnerons ensuite une définition de notre catégorie ouvrière par rapport aux critères de définition des classes inférieures de l’Ancien Régime. Enfin nous tenterons de discerner la conscience de classe et la conscience politique chez les ouvriers de l’arsenal, en nous portant plus sur la période napoléonienne et la Restauration.

Les ouvriers et le monde maritime

En période de paix au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle et avant la Révolution, on peut estimer à environ 1500-2000 personnes le total des ouvriers employés par la Marine à Toulon, soit 30 % des chefs de famille toulonnais. Les ouvriers spécialisés de l’arsenal sont massivement toulonnais, tandis que les artisans et gens de métiers le sont sensiblement moins. L’arsenal apparaît néanmoins pour l’ensemble des Toulonnais comme l’unique ressource des habitants de la région. Comme le rappellent les officiers municipaux de Toulon et du Revest, c’est l’arsenal qui vivifie à lui seul le canton en procurant travail aux pauvres et marchés aux plus riches.

Dans la tradition de l’histoire navale, les ouvriers apparaissent comme un élément d’une institution qui les dépasse et qui s’impose à eux, comme les instruments d’un système productif dont seules les qualités techniques sont mises en valeur et recherchées. Martine Acerra parle des ouvriers de Rochefort comme des « acteurs de la fabrique » dont « la profusion des métiers et des statuts professionnels » relèvent encore « d’un monde artisanal orienté vers une production unique, le navire de guerre ». Les ouvriers des arsenaux font donc partie des gens de mer, à terre ou embarqués, sur les chantiers ou dans les ateliers, et peuvent à bien des égards être assimilés aux marins dans les descriptions qu’en font les historiens. Sans cesse est relevée la grande diversité des catégories sociales, des classes d’âges, des statuts familiaux, des origines qui fait de la ville-arsenal un lieu où se retrouvent les marginaux, forcément brutaux, ayant le goût prononcé de l’alcool et des femmes, souvent peu respectueux de la morale chrétienne. Le marin et l’ouvrier sont des « sortes d’animaux […] séditieux, indociles, mutins, libertins ». Les ministres de la Marine déplorent que leurs hommes dilapident leurs payes dans les tripots, quitte à laisser mourir leurs familles. Par leur présence, le port devient le lieu des bagarres, des vols et des abus. M. Acerra voit également dans ces débordements le « goût de la fraude ou de la nécessité du larcin pour survivre ». Le vocabulaire utilisé renvoie la classe laborieuse des arsenaux à une classe dangereuse. Dangereuse par sa turbulence, et dangereuse par son non-respect du temps de travail, par le vol des biens de l’État (au premier rang desquels le bois pour se chauffer), par leur entente qui provoque l’envol des adjudications, et par le risque d’incendie dans l’arsenal.

Pour autant, l’étude de la fréquentation des cabarets permet de considérer ces lieux non pas sous l’angle de la gestion du personnel de l’arsenal ou celui de la police de ville mais plutôt sous l’angle de la sociabilité. Ce parti méthodologique tend à déplacer le regard de l’historien en se plaçant non plus du point de vue de l’autorité, répressive ou condescendante, mais en adoptant une grille d’analyse – pour faire vite – anthropologique. Les journées révolutionnaires à Toulon les 23 et 24 mars 1789 donnent lieu à plusieurs arrestations, à un procès devant le Parlement d’Aix et à quelques condamnations à mort dont l’exécution aurait dû se dérouler en principe à Toulon même. Mais le 23 juillet 1789, les révolutionnaires toulonnais manifestent violemment, et le Parlement de Provence commue la peine des émeutiers de mars, le cours de la Révolution les ayant en quelque sorte absouts. Or cette journée de juillet fait l’objet de quelques hypothèses sur le rôle de la confrérie des cabaretiers. Ce jour-là, dans l’église des Minimes, se tient la réunion annuelle du « Corps de Sainte Marthe » (sainte patronne des cabaretiers) pour, officiellement, élire les syndics du corps. Selon H. Lauvergne, historien toulonnais du XIXe siècle, le but réel de cette manifestation est politique car s’assemblent au couvent des Minimes des ouvriers, des artisans de toutes conditions, plusieurs bourgeois, et non pas seulement des cabaretiers. Cet exemple nous fait approcher la complexité du monde ouvrier et son imbrication avec les autres catégories sociales de la ville.

Si les points communs sont nombreux entre les ouvriers des différents arsenaux, leurs comportements varient selon qu’ils soient du Ponant ou du Levant, comme si la Mer Méditerranée influait sur les mentalités de façon différente de l’Océan Atlantique. De nombreux stéréotypes visant à distinguer les gens de Brest de ceux de Toulon sont véhiculés par les autorités, les mémorialistes, les érudits et les voyageurs. Ces images traversent les temps sans que l’on ne sache bien s’il s’agit de traditions, d’idéologies, de présupposés. Pour l’amiral Jurien de la Gravière, au XIXe siècle, les Bretons sont toujours des « Celtes à demi-sauvages », stoïques, obstinés, d’une saleté atavique et présentant un penchant immodéré pour les « liqueurs fortes ». Quant aux Provençaux, « l’ordre, le silence, la patience, la régularité, ne sont pas dans leurs instincts. Ils peuvent cependant se plier aux exigences d’un service qui leur est presque toujours antipathique ; mais c’est comme l’arc courbé par une main puissante, qui se redresse dès qu’on abandonne à lui-même ». Les différences de comportements entre gens de mer méditerranéens et gens de mer de l’Atlantique ressortent crûment à Toulon dans le contexte politiquement tendu du tournant des années 1792-1793. Depuis le début de la Révolution, la municipalité de Toulon et la Marine sont divisées, ce qui laisse aux ouvriers la possibilité de s’affranchir du contrôle militaire et de soutenir la politique des Jacobins toulonnais. Les ouvriers, d’après les autorités, usent de tous les stratagèmes pour se soustraire aux travaux et sortir de l’arsenal divers objets pouvant améliorer leur quotidien de quelque manière que ce soit. Des accusations plus graves – comme celle de favoriser les ennemis de la Révolution – sont portées à l’encontre des Toulonnais. Selon un ouvrier originaire de Bayonne, en mai 1793, les ouvriers toulonnais quittaient l’arsenal une fois l’appel passé pour aller travailler en ville. Ce témoin estime qu’il a été levé inutilement. L’ordonnateur du port constate, lui, que les ouvriers de levée employés dans l’arsenal y sont plus dangereux qu’utiles par leur manque de volonté.

Ces différences ne peuvent provenir d’un cloisonnement entre Ponantais et Méridionaux. Le système des classes concerne, depuis 1776, les ouvriers exerçant une profession dite maritime dans toute l’étendue des côtes maritimes et des rivières affluentes à la mer. L’arsenal de Toulon reçoit des ouvriers de toute la façade méditerranéenne de la France mais aussi du Sud-Ouest, des régions bordant le Rhône, et des régions forestières dans lesquelles la Marine s’approvisionnait en bois. En cas de nécessité, toutes les Inspections doivent s’aider mutuellement. Les contacts entre ouvriers bretons et provençaux sont nombreux et souvent prolongés autant dans les ateliers et sur les bateaux (leurs lieux de travail) que dans les villes. Les ouvriers de l’arsenal de Toulon partagent donc bien une identité maritime avec leurs camarades de Rochefort ou de Brest, mais cette identité n’est pas monolithique, elle est empreinte de différences.

Voyons maintenant l’influence du travail sur la conscience collective du groupe ouvrier.

Les ouvriers de l’arsenal : un peuple au travail, un peuple dans la ville

Étudier les ouvriers de l’arsenal de Toulon dès la fin du XVIIIe siècle, c’est s’interroger sur la définition d’une classe inférieure à l’époque moderne, c’est partir à la recherche du « menu peuple » et de la « populace ». Nous avons déjà donné quelques exemples de représentations accolées aux travailleurs des arsenaux qu’ils soient de l’Atlantique ou de Méditerranée. Or, dans notre cas, les qualificatifs attribués aux populations maritimes ne peuvent se dissocier de ceux allégués aux catégories populaires. Les déclarations sur les habitants de Toulon de la part du Représentant du peuple Rouyer en l’an III ne sont pas un cas aussi extrême que l’on pourrait le penser. Lorsque ce dernier écrit au Comité de Salut Public que « les trois quarts et demi des habitants qui s’y trouvent [à Toulon donc] dans le moment actuel sont des personnes qui s’y trouvent on ne sait comment et qui viennent on ne sait d’où ; la plupart ont des formes affreuses, et c’est une horde de sauvages qui a envahi un pays civilisé », n’est-ce pas à la fois une caricature des Toulonnais assimilés à des primitifs et une représentation idéalisée de la Provence – terre de civilisation –, le tout mis en opposition pour produire un meilleur effet auprès du pouvoir central ? Toulon en l’an III compte jusqu’à 12000 ouvriers, ce qui correspond bien aux trois-quarts de la population. Alors pour dépasser ces imaginaires sur des ouvriers assimilables à des troupeaux d’êtres féroces incapables de réflexion, si proches d’un état de nature hostile, il faut se placer sur un plan plus empirique et aborder l’étude des ouvriers de l’arsenal de Toulon sous l’angle de la question sociale, quitte à être tiraillé entre deux pôles : l’étude économique et l’analyse politique.

Les ouvriers de l’arsenal de Toulon ont pour « seul patrimoine le travail ». Dans l’arsenal les maîtres, les contre-maîtres (ou aides), les ouvriers en tant que tels, les apprentis, les officiers mariniers, matelots et mousses remplissent cette définition. La différence de statut n’est pas inexistante entre les ouvriers et les maîtres mais ils sont issus du même milieu social (les catégories populaires) et souvent de la même ville. Ils font preuve entre eux d’une cohésion qui dépasse le simple cadre professionnel : les maîtres et les contre-maîtres veillent à l’instruction et à la formation des ouvriers dans un rapport souvent paternel. Mais quand le travail vient à manquer, les ouvriers tombent dans une plus grande pauvreté. Les ouvriers de l’arsenal de Toulon sont, de ce point de vue, bien les membres de ce peuple « qui vivent avec des salaires quand ils sont suffisants ; qui souffrent quand ils sont trop faibles ; qui meurent de faim quand ils cessent ». Ils connaissent la précarité et développent des moyens de la prévenir si bien que le salaire monétaire, certes significatif en ville, n’est qu’une des formes du revenu populaire. Les ouvriers des arsenaux mettent en œuvre toute une gamme d’actions pour survivre : le recours à la distribution de pain et au ramassage des copeaux, le travail en perruque, la pluriactivité, ou l’abandon de l’arsenal pour des chantiers civils mieux rémunérés. L’étude du travail et des salaires est corrélative à celle de la consommation. En plus de se nourrir (le tiers du montant de leurs journées est consacré dans l’achat de pain), de se vêtir et de se loger, l’ouvrier voit son salaire amputé de diverses manières. Les ouvriers doivent acheter leurs outils de travail, dont le coût est considérable, et détourne bien souvent le travailleur tenté par l’engagement à l’arsenal. Quatre deniers par livre sont en plus retenus pour alimenter la Caisse des Invalides. La situation est encore plus difficile pour les ouvriers de levée : ils souffrent de recevoir un salaire moins élevé que celui perçu sur les chantiers privés, ils ne bénéficient pas des avantages en nature des ouvriers volontaires (distribution de pain, sortie de copeaux), et ils doivent subvenir aux besoins de deux ménages, le leur et surtout celui de leur famille, parfois à l’autre bout de la France.

En période de récession économique et de hausse du chômage, ou en période de crise frumentaire quand le manque de céréales provoque la hausse du prix des denrées, interviennent, notamment lors des périodes de soudure, les secours distribués par la municipalité ou par la Marine. Les efforts combinés de la Ville et de la Marine n’empêchent toutefois pas les émeutes de mars 1789. Au début de ce mois, sont dûs quatre, voire cinq mois aux ouvriers. L’intendant du port demande même à son ministre de tutelle de quoi payer au moins deux mois de soldes par crainte d’une éventuelle révolte. Mars 1789 correspond aussi à la période de rédaction des cahiers de doléances en préparation des États Généraux. Tous les maux des ouvriers de l’arsenal se cristallisent autour du problème des ouvrages à l’entreprise, généralisé par l’État depuis 1786. L’article 1 de la section Marine du cahier de doléances du tiers état de la ville l’exprime bien :

Art. 1er – La suppression des entreprises et prix-faits dans l’arsenal, et que dans la fixation des fonds, celui pour le salaire des ouvriers ne donne plus lieu à cette classe précieuse de sujets, à s’expatrier et à porter leurs utiles services à la première puissance qui veuille lui donner du pain : cette émigration devient chaque jour plus frappante et les suites politiques plus à craindre. »
C’est donc dans ce climat de misère et d’effervescence politique qu’éclate l’insurrection du 23 mars 1789.

Dans le domaine politique, « les classes inférieures ont été pendant de très longues périodes des classes silencieuses ». Ce silence relatif n’a pourtant pas évité aux classes inférieures d’apparaître menaçantes aux yeux des élites, si bien que la prise de parole par le peuple est déjà une subversion historique. La Révolution française représente un moment privilégié pour scruter les ouvriers de l’arsenal. À la fin de l’Ancien Régime, le peuple est sujet et non citoyen, il forme un peuple, et même un bas peuple, sans droits politiques. Or, à partir de 1789, nous assistons à la conquête de la politique par les ouvriers de l’arsenal de Toulon : ils s’emparent des droits politiques dans les assemblées primaires, ils travaillent pour la Nation et la défense de la Patrie, ils ont conscience d’appartenir aux couches populaires. Reprenons l’exemple des événements de mars 1789. Le 23 du mois, les délégués des corporations se réunissent à l’Hôtel de Ville afin de rédiger les cahiers de doléances. Le « bas peuple » de Toulon se regroupe dans « la salle basse de l’Hôtel de Ville » mais suite à un incident à propos de l’interprétation du code électoral, les assemblées tournent à l’émeute. Les maisons des archivistes sont pillées et le piquet pour un temps suspendu. L’aspect anti-municipal est également présent : la maison du maire est saccagée, et c’est à cause de l’interprétation du règlement électoral que les catégories populaires, massivement exclues des assemblées, se soulèvent. L’émeute constitue alors un moyen de se faire représenter. La particularité de Toulon vient de ses ouvriers de la Marine qui se mobilisent avec « la plus basse classe » et profitent de l’appui des artisans, des commerçants et de leurs employés que le chômage à l’arsenal pénalise. Ils prolongent la lutte en adoptant la grève comme moyen de pression sur les institutions. « Le 25 mars les ouvriers de l’arsenal s’attroupèrent, la cloche les appela vainement au travail, ils refusèrent d’aller à l’ouvrage se plaignant avec aigreur de l’inexactitude de leur payement ». Le commandant de la Marine ne doit sa survie qu’au don de 60.000 livres versé par un imprimeur toulonnais pour le règlement de la solde des ouvriers. Et c’est en autorisant les ouvriers de l’arsenal à élire leurs propres députés que les autorités municipales désamorcent une crise profonde.

Conscience politique et conscience de classe

Revenons à la question posée dès l’introduction : comment se forme une classe ouvrière à la fin de l’Ancien Régime et au début du XIXe siècle ? Nous pensons qu’elle se forme en partie par la politisation des ouvriers.

Le premier élément fédérateur parmi ces ouvriers, nous l’avons dit, c’est le travail. Celui-ci influence les comportements au-delà des problèmes de salaires. Il touche au corps et aux mentalités par les pratiques et les techniques qu’il met en œuvre et que les ouvriers adoptent selon des normes édictées par la hiérarchie et selon un ensemble de routines destinées à s’approprier leurs moyens de productions. Il est vrai que l’arrivée des ouvriers du fer, aux dépends des ouvriers du bois, a modifié la structure de la population ouvrière toulonnaise, qu’elle a changé bon nombre de traditions, notamment en brisant les « dynasties » familiales de charpentiers et en faisant appel à des entreprises civiles possédant le savoir-faire métallurgique (un savoir-faire qui dépasse celui des chaudronniers et des fondeurs de l’Ancien Régime). Comme en témoigne l’amiral Jurien de La Gravière dans ses mémoires, « la vapeur est venue apporter dans les conditions de notre métier plus qu’un changement radical : elle a produit une révolution ; elle a bouleversé de fond en comble nos traditions, nos plaisirs, nos usages et jusqu’à nos mœurs ». Jusqu’au premier tiers du XIXe siècle, les ouvriers mécaniciens et chauffeurs de l’arsenal sont des étrangers issus de l’industrie privée et bien payés – en tout cas, mieux que leurs collègues des métiers traditionnels. Ils défendent leur savoir-faire en interdisant d’approcher des machines qu’ils conduisent, même si apparemment la plupart d’entre eux possèdent une expérience et une habileté moindres que les ouvriers anglais.

Mais le changement de mentalités est-il si mécanique et si radical ? Sewell avance que « la solidarité de classe, lorsqu’elle apparut pour la première fois au début des années 1830, fut la généralisation, la projection à un niveau supérieur de la solidarité corporative. La fraternité plus large de tous les ouvriers ne devient concevable qu’à partir du moment où les corporations ouvrières se perçurent comme de libres associations de citoyens au travail productif et non comme un corps distinct, voué au perfectionnement d’un art particulier. ». Or, pour le cas de l’arsenal de Toulon, nous peinons à trouver cette solidarité corporative dans le sens où nous avons affaire à un monde déjà industriel. Les corporations toulonnaises semblent intégrer les maîtres des arsenaux, mais seulement eux. Ces instances sont trop étroites pour embrasser les mouvements de 1789 ; les ouvriers de l’arsenal ont participé à d’autres formes de sociabilité au premier rang desquelles le club des Jacobins et le Comité central des ouvriers, syndicat avant la lettre pourrait-on dire. Leur sociabilité sous l’Ancien Régime et la Révolution est toutefois moins difficile à trouver que celle sous l’Empire. D’une part, parce que les confréries ou les clubs ont des buts publiquement présentés ; d’autre part, parce que le caractère policier du système napoléonien a atomisé le mouvement ouvrier. Par exemple, en 1807, le Préfet maritime de Toulon déclare qu’il « est défendu à tous officiers civils et militaires, officiers de santé, sous-officiers, officiers-mariniers, matelots et soldats, maîtres, contre-maîtres et ouvriers de l’arsenal, novices et mousses et autres employés tenant au service de la marine, de se trouver dans les maisons ci-après désignées. (...) Tout employé de la marine, sans distinction de grade, qui sera trouvé dans ces maisons, sera arrêté et puni avec la dernier sévérité ». Mais à ce moment-là, sous l’Empire, apparaissent les sociétés de secours mutuels. Sewell écrit à leur propos qu’elles étaient des « versions postrévolutionnaires des confréries d’Ancien Régime » : elles se chargent des funérailles, portent le nom d’un saint patron qu’elles fêtent. Outre ces activités, la société organise parfois des sorties dominicales pour les ouvriers, leurs familles et leurs amis. Ainsi, sous leur forme publique apparente, malgré leurs petits effectifs apparents, les sociétés de secours mutuel comprennent, toujours d’après Sewell, l’ensemble des membres d’un même métier. Et quand bien même la société ne regrouperait qu’une minorité, elle fournirait le symbole d’une organisation œuvrant tant d’un point de vue moral que pratique pour tous les ouvriers. Nous tentons d’appréhender ce mouvement de société mais il est très difficile d’en saisir la composition et la vie intérieure (débats, discussions). Les archives départementales et municipales sont peu nombreuses sur ce thème et durant ces années.

De même, il est difficile de connaître la tendance politique de la majorité des ouvriers. D’après un rapport du Préfet du Var, en juin 1820, on pourrait détecter quelques penchants bonapartistes. Le 22, huit ouvriers boulangers ont chanté dans une guinguette : « Vive le brave Napoléon, il nous a conduit à la victoire et il nous y conduira encore, il reviendra pour chasser les Bourbons. ». Les boulangers, dans leur ensemble, ne sont pas des inconnus pour les autorités royalistes. En janvier 1815, le préfet maritime de Toulon demande à son ministre de tutelle de pouvoir changer tous les chefs de la boulangerie de l’arsenal et d’en recevoir un, provenant d’un port du Ponant. Il ajoute qu’il serait bien « de faire suivre ce maître par quelques aides, capables de le bien seconder & de donner à la manutention, la direction convenable & de faire changer les habitudes vicieuses des ouvriers du pays »

Mais les ouvriers soutiennent-ils Napoléon pour lui-même ? Rien n’est moins sûr. Sous le Consulat déjà, le 2 nivôse an VIII, les officiers de la Marine passent la revue à bord du vaisseau amiral par le travers du grand rang où il y avait plusieurs maîtres d’équipages. Un officier voulut « qu’on publie une victoire sur le port » ; un maître d’équipage « s’est permis de dire ironiquement que c’était la victoire remportée [à Aboukir] ». L’effort de guerre a permis à l’empereur d’avoir les faveurs des ouvriers toulonnais. Pourtant, en 1815, les ouvriers acceptent la Restauration : « tout le peuple de Toulon, hommes, femmes et enfants, parcourt les rues agitant des étendards blancs au son des fanfares et tambourins d’un bout de la ville à l’autre (en criant) vive le Roi, vivent les Bourbons ! ». Les quelques mouvements de colère individuels (voir ci-dessus) ou collectifs (voir les mouvements contre le défaut d’approvisionnement en denrée de 1801 ou contre le retard de paiement en 1813) remettent en cause le schéma trop vite admis d’un port militaire acquis à Napoléon de façon unanime et en opposition avec Marseille, port commercial que le blocus napoléonien pénalise. L’adhésion à l’Empire chez les ouvriers de l’arsenal est soumise à trop d’aléas et de contraintes sociales pour s’affirmer de façon inconditionnelle.

Conclusion

Notre objet d’étude porte ainsi sur une catégorie populaire urbaine, composite et complexe : les ouvriers de l’arsenal de Toulon, à l’œuvre dans un monde bouleversé dans ses usages politiques, culturels et sociaux par la Révolution française.


Nous avons vu que l’identité maritime de ces ouvriers est indéniable mais elle se nourrit d’influences diverses qui lui donnent son originalité. Les ouvriers font bien partie du peuple mais là encore, il n’y a pas unanimité : la diversité des métiers et des statuts professionnels, la contingence des carrières et le milieu familial incitent l’historien à appréhender le monde ouvrier toulonnais comme un monde pluriel. Enfin, les ouvriers de l’arsenal de Toulon possèdent une conscience politique, souvent confuse car soumise au poids de la tradition, de la hiérarchie et surtout des événements. Ils forment bien la base de la classe ouvrière chère à Flora Tristan, mais une classe en gestation et qui ne bénéficie pas encore des apports théoriques et politiques du XIXe siècle.

Source : Auteur Julien Saint-Roman, professeur certifié du secondaire, actuellement ATER à l’Université de Provence, poursuit une thèse sur Les ouvriers de l’arsenal de Toulon (1760-1820) sous la direction de Mme Christine PEYRARD au sein du laboratoire TELEMME. Intégré au groupe de recherche « Lumières et Révolution française : processus de civilisation » ainsi qu’au séminaire d’histoire moderne, Julien Saint-Roman a participé à diverses manifestations d’histoire sociale et d’histoire de la Révolution française.
Référence électronique Julien Saint-Roman, « Les ouvriers de l’Arsenal de Toulon, 1760-1820 », Rives méditerranéennes [En ligne], Varia, mis en ligne le 15 octobre 2012, consulté le 13 octobre 2025. URL : http://journals.openedition.org/rives/4460 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rives.4460

15 septembre 2025

La liberté fout le camp, nos libertés et droits fondamentaux aussi, pour L'Etre Anonyme

Lorsque j'ai vu cette photo-montage sur instagram, cela a fait tilt tant je ressens de plus en plus comment petit à petit, insidieusement d'abord, puis beaucoup plus clairement depuis l'instauration des confinements liés au Covid, nos libertés et nos droits fondamentaux continuent de reculer en France. Le phénomène n'est pas vraiment nouveau, mais depuis l'installation de la Macronie, cela s'aggrave sérieusement. 

Comme je sais que l'Etre anonyme est également très concernée par le sujet, je lui envoie ce mail-art très parlant, n'est ce pas et lui en souhaite une très bonne réception.

photo trouvée sur Instagram, Pinterest etc... sans nom d'auteur

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J'ai trouvé un article qui fait le bilan de l'année 2023 en France,  publié par Amnesty International et  cela fait froid dans le dos:  En voici l'introduction :

Répression violente des manifestations contre la réforme des retraites, interdictions de manifestations, mort d’un jeune de 17 ans - Nahel - par un tir de la police, accentuation des discriminations, dégradation des droits des personnes exilées avec le vote de la loi asile et immigration… En 2023, les droits et libertés ont reculé en France.

 État des lieux avec Nathalie Godard, directrice de l’action chez Amnesty International France.

Jusqu’où ira l’érosion des droits et libertés en France ? Jusqu’où le recul ? C’est la question que nous nous sommes posés en rédigeant le chapitre sur la France du rapport annuel d’Amnesty International. Et en jetant un œil vers le passé, nous ne pouvons que déplorer le fait que la dégradation des droits humains en France a été constante depuis une vingtaine d’années. Chaque année nous alertons sur ces reculs. Et pourtant, l’année suivante les constats s’aggravent. Jusqu’où ? 

Voici les trois sujets majeurs d’inquiétudes qui ressortent de notre analyse sur les droits humains en France : l’état des libertés, les discriminations et les risques pour l’État de droit. 

Si vous ètes intéressés pour en  savoir davantage, voir par ce lien la suite de l'article où tout le détail est donné.

A force de se gargariser sur la France, le beau pays des Droits de l'Homme et des Lumières, la République et l'Etat de Droit, il ne faudrait pas se laisser avoir comme la grenouille dans l'eau tiède... Alors vigilance !

27 août 2025

MO008 - Définition et illustration de ce qu'est un ouvrier, en France comme aux USA, par l'Être anonyme

Pour son envoi du jour, l'Être anonyme a repris la définition officielle de ce qu'est un ouvrier car pour beaucoup de gens, ce type de métier est devenu tellement connoté négativement qu'on ne veut plus du tout pouvoir être identifié à ce type de travailleur.

C'est particulièrement vrai en France, d'où le besoin que j'avais de voir honorer toutes ces personnes,  tombées dans l'oubli, alors qu'elles ont largement contribuer à faire tourner l'industrie française, dès le début de l'ère industrielle et  tout au long du 20e siècle. 

Moi je suis issue de ce milieu-là, et j'en suis particulièrement fière quand je fais le constat des valeurs  de travail, de probité, d'honnêteté, de persévérance qui nous ont été inculquées. Je remercie mes parents qui ont très bien compris qu'il fallait absolument tout faire - et qui se sont serrés la ceinture pour cela- afin que nous puissions étudier et apprendre un vrai métier, eux qui ont connu la guerre et qui ont dû quitter l'école à 14 ans pour pouvoir ramener vite un (petit) salaire à leurs parents. 

 

Je n'ai pas d'écho sur ce qui se passe outre-Atlantique aujourd'hui. Mais j'imagine que sous l'ère de Trump-2, on continue d'élaborer des buildings et qu'on continue d'avoir besoin de main d'oeuvre pour ce faire. Comme chez nous, c'est très probablement de la main d'oeuvre étrangère, voire des sans-papiers, employés au noir, ceux dont la vie ne vaut rien! Dans le domaine du bâtiment, les accidents de travail sont nombreux et on le sait, là-bas, pas de couverture sociale à un prix abordable pour les petites gens.

Jolie composition en combinant le fond noir de l'enveloppe, la photo de l'ouvrier sur le site de construction de l'Empire State Building de 1930 et le magnifique timbre sur Juliette Greco en noir et blanc! Bravo l'artiste et merci beaucoup de te donner tant de mal pour nourrir ce thème.

19 juin 2025

MO006 - Chant populaire ouvrier de 1846, de L'Être anonyme

Quand je vous dis qu'il est très difficile de parler encore et d'illustrer le monde ouvrier en France, ma correspondante bretonne L'Être anonyme vient de s'en rendre compte!

Pour joliment compenser ce manque d'images, elle m'adresse d'une façon très originale les paroles du "Chant des ouvriers" de 1846, écrit paroles et musique par Pierre Dupond (1821-1870). Sous la forme d'un hexagone (=la France), le mail-art présente sur chacun des ses côtés un couplet de la chanson, au centre le refrain final et sur chacun des angles de la figure géométrique le timbre ainsi qu'une fraction de mon adresse. Quelle belle idée !

Écrite, publiée, et fort diffusée en 1846-1847, cette chanson de Pierre Dupont connut évidemment une seconde jeunesse sous la Seconde République, avec des résonances évidemment différentes avant et après Juin 1848 :

Le  Chant des Ouvriers

Nous dont la lampe, le matin,
Nous tous qu’un salaire incertain
Ramène avant l’aube à l’enclume,
Nous qui des bras, des pieds, des mains,
Au clairon du coq se rallume,
De tout le corps luttons sans cesse,
Sans abriter nos lendemains,
Contre le froid et la vieillesse,

Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire à la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons (ter)

A l’indépendance du monde !
Nos bras, sans relâche tendus
Aux flots jaloux, au sol avare,
Ravissent leurs trésors perdus,
Ce qui nourrit et ce qui pare :
Perles, diamants et métaux,
Fruit du coteau, grain de la plaine ;
Pauvres moutons, quels bons manteaux
Il se tisse avec notre laine !

Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire à la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons (ter)

Quel fruit tirons-nous des labeurs
Qui courbent nos maigres échines !
Où vont les flots de nos sueurs ?
Nous ne sommes que des machines.
Nos Babels montent jusqu’au ciel,
La terre nous doit ses merveilles :
Dès qu’elles ont fini le miel,
Le maître chasse les abeilles.

Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire à la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons (ter)

Au fils chétif d’un étranger
Nos femmes tendent leurs mamelles,
Et lui, plus tard, croit déroger
En daignant s’asseoir auprès d’elles ;
De nos jours, le droit du seigneur
Pèse sur nous plus despotique !
Nos filles vendent leur honneur
Aux derniers courtauds de boutique.

Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire à la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons (ter)

Mal vêtus, logés dans des trous,
Sous les combles, dans les décombres,
Nous vivons avec les hiboux,
Et les larrons, amis des ombres ;
Cependant notre sang vermeil
Coule impétueux dans nos veines
Nous nous plairions au grand soleil,
Et sous les rameaux verts des chênes.

Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire à la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons (ter)

A chaque fois que par torrents
Notre sang coule sur le monde,
C’est toujours pour quelques tyrans
Que cette rosée est féconde ;
Ménageons-le dorénavant,
L’amour est plus fort que la guerre ;
En attendant qu’un meilleur vent
Souffle du ciel ou de la terre,

Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire à la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons (ter)
A l’indépendance du monde !

Pierre Dupont, Le chant des Ouvriers Le chant des Ouvriers par Pierre Dupont. Prix : 2 sous. Paroles et musique. 
A Paris, chez l’Auteur, rue de l’Est, 17. Impr. Bautruche. Tantestein et Cordet, 90 rue de la Harpe. 1848

Je ne connais pas encore ce chant mais je vous propose de l'écouter, interprété par le Groupe Tapage Nocturne :

Vidéo publiée sur la chaine Youtube du groupe Tapage Nocturne
TAPAGE Album N°2 - 7 - Le chant des ouvriers - chant populaire - Pierre DUPONT 1821-1870

Des Dupuis, des Durand... Hommage à un Dupont. On ne lit plus Pierre Dupont. Les histoires de la littérature ignorent ou ne le mentionnent qu'en raison de l'intérêt que Baudelaire lui portait. Pierre Dupont, il est vrai, n'appartenait pas au milieu littéraire, n'était pas poète poli au contact des écoles savantes, mais un ancien canut lyonnais devenu chansonnier populaire autodidacte, chantant lui-même ses chansons qui décrivaient la misère, les révoltes des paysans et des ouvriers. C'est sur les paroles du chant des ouvriers que nous avons écrit cette mélodie valsée, hymne que nous reprenons tous en cœur pour finir, en hommage... 
Christelle DURAND : accordéons diatoniques SOL/DO et RÉ/SOL Stéphane DURAND : Vieille acoustique et électro-acoustique Régis DUPUIS : Cornemuse 20 et 23 pouces et accordéon SOL/DO Brigitte DUPUIS : chant et voix Emmanuel "Manu" DUPUIS : Violon Guillaume DURAND : clarinette et saxophone Christophe Brégain : percussions Rémy Abiven : Contrebasse Co-prod : sutiod Blatin - Tapage - 2000 Enregistrement / mixage : Fred Ibanez Maquette et Desing : Régis Dupuis Photos : Jeff Dantin, François Laugine, Patrice Dalmagne Distribution : L'AUTRE DISTRIBUTION

*** Pierre Dupont vu par Charles Baudelaire ***
Source Wikipédia

Dans sa préface au recueil Chants et chansons de Dupont, Baudelaire écrit en 1851 un vibrant hommage à l'homme et au poète : «Raconter les joies, les douleurs et les dangers de chaque métier, et éclairer tous ces aspects particuliers et tous ces horizons divers de la souffrance et du travail humain par une philosophie consolatrice, tel était le devoir qui lui incombait, et qu'il accomplit patiemment. Il viendra un temps où les accents de cette Marseillaise du travail circuleront comme un mot d'ordre maçonnique, et où l'exilé, l'abandonné, le voyageur perdu, soit sous le ciel dévorant des tropiques, soit dans les déserts de neige, quand il entendra cette forte mélodie parfumer l'air de sa senteur originelle,

Nous dont la lampe le matin
Au clairon du coq se rallume,
Nous tous qu'un salaire incertain
Ramène avant l'aube à l'enclume…

pourra dire : je n'ai plus rien à craindre, je suis en France ! (…) Quand je parcours l'œuvre de Dupont, je sens toujours revenir dans ma mémoire, sans doute à cause de quelque secrète affinité, ce sublime mouvement de Proudhon, plein de tendresse et d'enthousiasme : il entend fredonner la chanson lyonnaise,
Allons, du courage,
Braves ouvriers !
Du cœur à l'ouvrage !
Soyons les premiers.

et il s'écrie : Allez donc au travail en chantant, race prédestinée, votre refrain est plus beau que celui de Rouget de Lisle.»