27 septembre 2023

Belle diversité au jardin idéal, de Chantal - Carnet 34-5/1

Voici le premier voyage d'un nouveau carnet à quatre mains, qui va circuler entre Chantal et moi, sur le thème de la biodiversité à sauvegarder, pour notre mieux vivre.

Chantal se lance avec brio dans cet exercice et j'adore cette première double page ... Bien que née à la campagne il y a plus de six décennies, je ne me souviens pas d'une faune et d'une flore aussi denses dans le jardin de mon père...
verso, à gauche, recto à droite

Chantal a eu peur de voir son oeuvre abimée lors du voyage, et l'avait glissée sous un plastique pour garantir une réception sécurisée. Je te rassures, Chantal, le carnet peut voyager à nu, comme n'importe quel autre mail-art,  le tout étant de tenir le carnet ficelé comme un paquet cadeau par un bolduc ou un ruban, pour qu'il reste bien fermé.

Merci beaucoup Chantal : ta première réalisation est magnifique, à moi désormais de continuer la composition sur la double page suivante, mais ne soit pas trop pressée... c'est tellement magique, lorsque le carnet arrive dans notre boite aux lettres alors qu'on ne l'attend pas!

T154- Harmonie de couleurs autour de l'Arbre du paradis de Séraphine, de Sylvie

Oh,  comme j'avais aimé le film de Martin Provost sorti en 2008 : il racontait l'histoire si particulière de cette femme simple qu'était Séraphine de Senlis si magnifiquement interprétée par la grande Yolande Moreau ! Dans la foulée, en 2009,  j'avais eu l'occasion de voir une exposition des rares tableaux qu'il reste d'elle au Musée Maillol.

Alors vous pouvez imaginer le grand bonheur que j'ai eu à trouver dans la boite aux lettres du jour une composition de Sylvie autour du grand timbre l'Arbre de Paradis émis par la Poste en 2022!

Je suis charmée de cette merveille, tu as un tel don pour associer avec talent les timbres les plus compliqués à marier... et j'ai la chance de recevoir tes créations... Merci beaucoup Sylvie de ce nouveau cadeau,  je t'admire  pour cela et je suis tellement contente d'avoir la chance de correspondre avec toi.

26 septembre 2023

JT12 - A la fin de l'été, les graines s'envolent pour se resemer au gré du vent, de Nadine

Comme je suis ravie d'avoir de tes nouvelles et de savoir que l'on pensait chacune à l'autre en même temps, chère Nadine, car ton enveloppe a croisé la mienne, postée hier vers la Suisse. 

Cette fois tu as visé mon dernier appel à mail-art sur le thème de la Terre, du respect de la biodiversité, et des jardins. Merci.

Fabriquée dans un tissu épais parsemé d'un plumetis coloré, ton enveloppe est rebrodée avec de longs points au fil blanc pour simuler les ailettes des graines. Elles peuvent ainsi s'éparpiller au vent pour se semer spontanément un peu plus loin : c'est une super idée! Comme le dit la publicité, ces graines sont de futures plantes importantes pour notre avenir, des plantes qui nous protègent. 

Je te remercie également pour les deux timbres que j'aime beaucoup. Très "nature", ils ornent harmonieusement ton  enveloppe ; je les ai retrouvé sur le site de la Poste Suisse, où ils font partie d'une série appelée graines d'arbres : 
fruit du pin et fruit du sorbier 
A l'intérieur de cette missive,  tu m'as glissé une photo d'un costume féminin  traditionnel suisse totalement découpé dans du papier,  exposé au sein du Musée du Papier Découpé de Chateau d'Oex.

Avec tous ces découpages que j'aperçois au fond exposés sur les murs, cela donne très envie d' aller les voir de plus près, un jour peut-être, mais cela fait un peu loin pour moi la Suisse, dommage.

Mille mercis, chère Nadine de ton envoi, toujours très bien ciblé et touchant. J'ai toujours énormément de plaisir à correspondre avec toi.

25 septembre 2023

Les murs à pêches de Montreuil, pour Nadine

Ma correspondante suisse Nadine si originale souhaitait que mon prochain mail-art traite du thème des jardins...C'est ce que je prétend faire aujourd'hui, même si j'ai un peu dénaturé sa demande,  en choisissant de parler d'une culture de la région parisienne très originale et très ancienne.

En cette période où l'on fête les Journées du Patrimoine, cette curiosité doit être mise en avant puisqu'elle est désormais labellisée patrimoine d'intérêt régional.

Les Murs à Pêches de Montreuil labellisés Patrimoine d'intérêt régional

© Jean-Bernard Vialles, Région Île-de-France, 1999
mon enveloppe, recto avec broderie main et de nombreux timbres "pêche"

et son verso, où j'ai exceptionnellement collé les timbres

Au coeur de la ville de Montreuil, le site des Murs à Pêches est une référence historique en termes de savoir-faire horticole, et le lieu d'une réflexion environnementale et culturelle.

Le site des Murs à Pêches, situé à Montreuil, est le dernier témoin de la culture fruitière qui a fait la renommée de la ville de l’Ancien Régime au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Bénéficiant d’un rare savoir-faire de construction et d’arboriculture pour adapter la culture des pêches au climat francilien, les murs sont un exemple unique d’utilisation des ressources topographiques et géologiques locales, mettant à profit leurs qualités thermiques.

Ces murs à palisser « à la Montreuil », appelés aujourd’hui « murs à pêches », relèvent d'une tradition horticole du XVIIème siècle. Ils constituaient de véritables outils, entretenus comme tels régulièrement par les horticulteurs locaux. Ils mêlent un savoir-faire architectural, avec une intelligence de l'exploitation des ressources géologiques et topographiques du lieu, et un savoir-faire horticole, avec l'optimisation des cultures et des expositions, et les techniques de palissage.

Ils témoignent ainsi de la formidable tradition agricole de la ville de Montreuil en premier lieu, mais aussi de la tradition maraîchère de la région Ile-de-France, qui a atteint son apogée à la fin du XIXème siècle.

Les murs à pêches sont également une illustration et un laboratoire de grandes questions environnementales d'aujourd'hui : le lien à la nature, la préservation de la biodiversité, la remise en route d'une production agricole en ville et à taille humaine. Une restauration du site est prévue, permettant la création d'un lieu de découverte et d'échanges pour les habitants de Montreuil, les visiteurs franciliens, de France ou internationaux. Des événements culturels seront proposés, ainsi que la découverte des jardins, des techniques de construction et des techniques horticoles.

Source : https://patrimoines.iledefrance.fr/patrimoine/murs-peches-montreuil-labellises-patrimoine-interet-regional

Palissage à la diable d’un pêcher : les branches sont fixées au mur par des « loques » clouées.
Les pièces de bois au sommet du mur supportent des toitures amovibles lors des intempéries.

Palissage et culture : Pour s’adapter au terrain du plateau, les variétés de pêchers étaient greffées sur des amandiers porte-greffes, plus résistants, au sol calcaire du plateau. Ils étaient taillés pour se plaquer au maximum au mur dispensateur de chaleur. Les pêchers, conduits en espaliers « à la diable », étaient adossés aux murs est et ouest, et palissés par des liens en toile cloués dans la maçonnerie.

Chaque parcelle comportait également en partie centrale des pêchers ou des pommiers en palmettes qui ne nécessitaient pas la protection des murs. Les pêchers en plein vent donnaient des fruits moins gros que les pêchers palissés, mais avaient un avantage : il était inutile de brosser les fruits qui perdaient leur duvet avec le vent.

La présence du vaste marché parisien, avec la proximité des Halles, fournissait un débouché garanti pour ces productions. Les marchands de fruits venant aux Halles de Paris étaient désignés sous le terme de montreuils, tout comme leurs pêches. Elles sont ainsi mentionnées par Émile Zola dans Le Ventre de Paris : «les pêches surtout, les Montreuil rougissantes, de peau fine et claire comme des filles du Nord».

Ces productions étaient complétées par des cultures florales (lilas, jonquilles, iris, delphiniums, rosiers, pivoines), et par des plantations de vignes et de framboisiers, qui assuraient un complément de revenus aux arboriculteurs. Elles sont également évoquées par Zola, qui mentionne «les brillants et les valenciennes que portaient les filles des grands jardiniers de Montreuil, venues au milieu de leurs roses».

À la table du roi : Les pêches de Montreuil devinrent célèbres grâce à leur présence à la cour de France, au XVIIe siècle. La notoriété acquise facilita leur exportation vers les grandes tables des pays voisins. La reine d’Angleterre, et même les tsars de Russie, firent venir des pêches de Montreuil. De nombreuses variétés de pêches, cultivées actuellement dans le monde, ont été créées à cette époque à Montreuil, comme la Prince of Wales, la Grosse Mignonne ou encore la Téton de Vénus.

Parmi les horticulteurs montreuillois les plus actifs dans la création de variétés, se trouvaient Alexis Lepère (1799-1883), Arthur Chevreau, Joseph Beausse, Désiré Chevalier, Louis Aubin.

Un patrimoine en péril : L’absence d’un projet de mise en valeur global de la part de la municipalité et du Conseil Général conduit à une destruction rapide et irréversible des vergers restants.

Les murs à pêches atteignirent leur apogée dans la seconde moitié du XIXe siècle, couvrant alors plus d'un tiers de la ville de Montreuil, soit 320 ha pour plus de 300 km de murs et environ 600 km de linéaires en exploitation, et débordant largement sur les villes de Rosny, Romainville, Bagnolet, Fontenay...

Les pêches de Montreuil sont restées dans le patrimoine culturel de la commune, permettant des associations d’idées et des jeux de mots : on trouve aujourd’hui les cafés La Pêche et La Grosse Mignonne, l’ancien journal municipal Montreuil Dépêche Hebdo.

Les noms des quartiers Signac–Murs à pêches et Bel Air–Grands Pêchers–Renan gardent également trace de ces cultures.
© Jean-Bernard Vialles, Région Île-de-France, 1999

Situés aux portes de Paris, les jardins des Murs à pêches sont les vestiges du glorieux passé maraîcher de Montreuil. Plusieurs associations s’y partagent quelque 40 hectares mis à leur disposition par la ville et se battent contre les menaces d’urbanisation du site. Chaque dimanche après-midi, ce havre de verdure et de culture est ouvert aux visiteurs curieux.

Pour y arriver sans se perdre, il faut connaître, ou demander son chemin. Sur le haut plateau de la ville de Montreuil, au milieu des tours d’immeubles, se trouve l’impasse Gobetue. Au fond, une petite porte en bois s’ouvre sur près de 40 hectares de verdure. C’est ici qu’une partie de l’histoire de la ville se bat pour perdurer.

Un patrimoine à protéger  : Au XIXe siècle, les Murs à pêches de Montreuil s’étendaient sur près de 600 km. Véritables outils agricoles hauts d’un peu moins de trois mètres, ces murs sont coiffés d’un chaperon de plâtre pour protéger les pêchers des pluies, et sont fabriqués avec un mélange de moellons (pierres calcaires), de terre et de plâtre gros. Grâce au mélange plâtreux composé de gypse et de charbon de bois, ils emmagasinent la chaleur du soleil durant la journée pour la restituer aux fruits et aux arbres palissés pendant la nuit.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, la ville de Montreuil produisait les meilleures pêches d’Europe malgré le climat tempéré de l’Île de France. Ses multiples variétés de pêches aux noms parfois éloquents, telles que l’Arthur Chevreau, la Belle Beausse, la Bonouvrier, la France, ou encore la Grosse Mignonne, étaient connues jusqu’en Russie et en Amérique et servies à la table des souverains (plusieurs variétés sont encore disponibles en pépinière). Pourtant, vers la fin du xixe siècle, l’arrivée du train favorise la concurrence des producteurs de pêches du sud de la France, et l’urbanisation et l’industrialisation entament peu à peu les surfaces maraîchères. Il ne reste aujourd’hui plus que 17 km de murs. Beaucoup sont en ruine, et leur avenir est toujours incertain.

Vincent Léon, passionné par l’histoire de la ville de Montreuil et engagé auprès des associations des Murs à pêches depuis 2001, propose chaque dimanche après-midi une visite des jardins aux promeneurs curieux.

La campagne à la ville : Rendez-vous est donc pris. Premières rencontres dès l’entrée : les membres de l’association « Le sens de l’humus » s’activent autour de plantations. Depuis 2006, ils expérimentent la permaculture sur la parcelle que la mairie a prêtée à l’association en 2012. Depuis, séniors, chômeurs, personnes en situation de handicap ou souffrant de difficultés linguistiques s’y retrouvent pour travailler la terre et créer du lien.

L’association collabore aussi avec sa voisine, intitulée « Renouveau des murs et fleurs du quartier Saint-Antoine », pour entretenir et remettre en culture les quelque 4 000 m2 du « jardin Pouplier », qui appartenaient à la dernière horticultrice locale, Geneviève Pouplier.

Au détour d’un sentier, changement de décor : le Jardin de la lune, un jardin partagé d’inspiration médiévale. Entre les murs et leurs pêchers poussent des fruits, des légumes, des plantes aromatiques, médicinales, tinctoriales et utilitaires. L’oeil observateur remarquera que les plessis sont disposés de manière à imiter les rayons du soleil. À côté, on trouve la lune, semée de fleurs jaunes : des giroflées et des soucis. Chaque plessis est caractérisé par un thème. Ici, les « herbes des fièvres » (aunée, benoîte, grande camomille ou piloselle) ; là, les « maléfiques » (valériane, cynoglosse et verveine odorante). Pour les visiteurs curieux, des fiches décrivant les plantes du jardin et leurs propriétés sont disponibles en libre service.

Les Murs à pêches, ou ce qu’il en reste, dessinent un paysage labyrinthique. Des pommiers, des poiriers, des cognassiers, quelques ronces… On a l’impression d’avoir quitté la ville lorsque, derrière un tas de gravats, apparaît la « clairière », à l’aspect de terre brulée, largement exposée au soleil. C’est ici qu’ont lieu les événements organisés par les associations, comme le Festival des Murs à pêches ou encore les Estivales de la permaculture. Plus loin, nous tombons nez à nez avec une oeuvre de land art. Et soudain, un ange passe… Le silence… Les murs font aussi rempart contre le bruit.

Un site à restaurer  :On ne fait pas le tour des 40 hectares en une après-midi. Si certaines parcelles appartiennent à des particuliers, d’autres sont laissées à l’abandon, l’avenir du site est incertain. Bien que depuis 2003, 8 hectares aient été classés par le ministère de l’Environnement au titre des « sites et paysages », interdisant la destruction des murs, le site des Murs à pêches est continuellement en danger, pression urbaine oblige. La question de la restauration des murs est aussi prégnante. Malgré l’implication du ministère, de la ville et des associations et la mise en place de chantiers de restauration « à la façon d’autrefois » depuis 2011, le site nécessite un entretien permanent. En fin d’après-midi, les différents jardins se sont remplis, des familles se pressent autour des plantes et arbres fruitiers, discutent, admirent les abeilles des ruches du Jardin de la lune venues boire dans un petit bol laissé à leur intention… « Ce lieu est un vrai catalyseur d’initiatives », conclut Vincent Léon. N’hésitez pas à pousser la porte !

Les pêches miraculeuses de Montreuil :À la fin du XIXe siècle, les maraîchers montreuillois créaient leurs propres variétés de pêches. Souvent greffés à des amandiers pour rendre les arbres plus robustes, certains pêchers pouvaient produire des fruits se vendant l’équivalent de 55 euros pièce. Concurrence oblige entre les maraîchers, certaines variétés pouvaient produire des fruits de 400 g ! Même si la culture des pêches était l’activité la plus lucrative, l’abbé Roger Schabol, décrit ainsi la variété des cultures de la ville : "Les Montreuillois cultivent des parcelles entourées de hauts murs. Cerises hâtives, reine-claude, poiriers, pommiers, raisins, abricotiers et pêchers sont adossés à des murs et se partagent la chaleur et la lumière des rayons du soleil." Des vestiges de ce passé glorieux sont encore visibles dans toute la ville. Promenez-vous dans les rues : ce mur ancien qui délimite une propriété est peut-être chargé d’histoire…

Source : https://www.plantes-et-sante.fr/articles/escapade-nature/1507-les-murs-a-peches-de-montreuil-une-oasis-dans-la-cite

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Le passé prestigieux des pêchers de Montreuil 

Lorsque l’on arrive dans le quartier Saint-Antoine de Montreuil, ce n’est pas forcément évident au premier coup d’œil, mais le lieu abrite bel et bien un trésor vieux de cinq siècles. Et, quelle surprise !

Une technique originale qui a porté ses fruits : l’histoire de ce site remonte au 17e siècle, alors que la technique du palissage se développe peu à peu à Montreuil. Cette technique consiste à faire pousser des cultures de pêchers le long de murs, et plus particulièrement de plâtre, d’où le terme de "murs à pêches". Le plâtre retient la chaleur du jour pour mieux la restituer la nuit. Ce procédé crée ainsi un “radiateur solaire”, qui favorise le développement des fruits.
Au plus fort de la production en 1870, les murs formaient un total de 600km.
Cette technique, unique en son genre, permet à l’époque de produire des variétés de fruits habituellement réservés aux climats doux du sud de la France, le tout sous le climat de la région parisienne. Au 19e siècle, la récolte s’est tant étendue qu’elle représente alors plus de six cents kilomètres de murs. Une année, elle atteint même la production record de quinze millions de pêches.

Des pêches qui vont séduire les plus grandes cours d'Europe : Il ne faut pas attendre le 19e siècle pour que ces pêches fassent la renommée de Montreuil. Sous Louis XIV, les fruits de ce site sont même réservés au seul plaisir du roi. Le monarque envoie pour cela son grand jardinier de l’époque, Jean-Baptiste de La Quintine. Ce dernier est chargé de recruter les meilleurs spécialistes de pêches.

Les pêches de Montreuil font donc leur entrée à la cour de France au 17e siècle et font rapidement sensation. Rien d’étonnant à ce que succès s’exporte dans la foulée vers les cuisines des pays voisins. Parmi les plus prestigieux, la reine d’Angleterre et certains tsars de Russie font venir des pêches de Montreuil. Très vite, plusieurs variétés de pêches sont créées à Montreuil. C’est le cas notamment de la Prince of Wales, la Grosse Mignonne ou encore la Téton de Vénus, toujours cultivées de nos jours.

Un héritage qu'il faut aujourd'hui préserver :
La nature reprend progressivement ses droits sur ce qui fut l’une des plus grandes cultures de pêches d’Europe.
Après plusieurs années de prospérité, la fin du 19e siècle annonce malheureusement le déclin des pêchers de Montreuil. C’est l’époque de la révolution industrielle, symbolisée par l’arrivée des transports, notamment du métro. L’extension du chemin de fer engendre très vite le déclin des productions de pêches. Pour répondre aux besoins, on fait venir les fruits du Midi sur le marché parisien. Progressivement, les vergers et les murs sont détruits ou disparaissent dans le paysage.

La culture de pêches de Montreuil semble bien loin et les seules traces restantes demeurent dans le patrimoine culturel de la commune. Un hommage que l’on retrouve un peu partout dans la ville, comme par exemple aux cafés La Pêche et La Grosse Mignonne. Comme souvent, ce sont aussi les noms de rues qui rendent hommage à l’histoire de la ville. On peut ainsi se balader dans le quartier Signac–Murs à pêches ou encore celui de Bel Air–Grands Pêchers–Renan.

Quant au terrain de pêchers, il ne reste qu’une quinzaine de kilomètres de murs sur les 600 km initiaux. Face à la situation critique, une association tente de les sauvegarder. Les bénévoles peuvent compter sur la ville de Montreuil, qui apporte son aide en engageant régulièrement des maçons pour entretenir les murs. Aujourd’hui, cela peut faire une jolie balade insolite à portée de métro!

Association Murs à Pêches
77 rue Danton
93 100 Montreuil

Source : https://www.pariszigzag.fr/sortir-paris/balade-paris/le-passe-prestigieux-des-pechers-de-montreuil

Up-cycling de machines à coudre en objets incroyables, pour Michele

Je n'avais pas encore conçu d'art postal sur le nouveau thème de Michèle la parisienne, à savoir les objets improbables. C'est maintenant chose faite.

Comme j'en ai l'habitude j'ai regardé du côté de ce qui me passionne (couture et textile) pour voir ce qui se fabriquait avec ces éléments-là et je dois dire que j'ai rencontré plus d'objets incroyables qu'improbables :  j'espère que Michèle me le pardonnera.

Les objets en photo ont été dénichés sur le site d'up-cycling 'l'Atelier Barisien"; le tourne-disque est une oeuvre de l'artiste surréaliste Nancy Fouts, les autres proviennent de Pinterest sans mention du nom de l'auteur 

C'est notamment le cas avec les machines à coudre mécanique comme les vieilles Singer, même si c'est dans la plupart des cas leur plateau qui est converti pour de nouveaux usages  (bar, table de toilette, bureau, fauteuil, jardinière, etc... 


Maintenant, avec les nouvelles préoccupations d'économies et de recyclage de tout un chacun, on voit de belles initiatives se développer, avec du matériel chiné en ressourceries. Ici des bricoleurs de génie en ont fait des objets de décoration, sous la forme de lampes ou d'appliques, en réutilisant totalement ou partiellement le corps de la machine. 
Je me suis bornée à rechercher ce qui était en rapport avec la machine à coudre, mais la source pour donner une seconde vie à de nombreux objets est intarissable. Vive la seconde vie pour les objets, vive le recyclage!

Je peux vous conseiller d'aller faire un tour sur le site de l'Atelier Barisien de Bar-sur-Aube, qui s'est fait une spécialité d'up-cycling de matériel laissé pour compte (photos de lampes, ci-dessus). Leurs créateurs-recycleurs sont absolument géniaux et les objets qu'ils ont transformé sont nombreux et fantaisistes et beaux. Il n'y a qu'à lire les coupures de  presse locale qui en dit le plus grand bien. 

23 septembre 2023

Pablo Neruda : cinquantenaire de la disparition de ce très grand poète ce 23 septembre


En septembre 1973 le destin tragique du Chili s'est noirci un peu plus avec la disparition du grand  Pablo Neruda. Il meurt douze jours seulement après le putsch mené par le Général Augusto Pinochet, selon la version officielle d'un cancer de la prostate, mais l'hypothèse d'un assassinat par empoisonnement perpétré dans le contexte de la répression politique est de plus en plus évoquée à partir de 2011 par le gouvernement chilien et des experts. 

Ses obsèques se déroulent à Santiago en présence de l'armée : des chants jaillissent de la foule, témoignant, par-delà la mort, du pouvoir subversif de la poésie.

Pablo Neruda, nom de plume de Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto, né le 12 juillet 1904 à Parral (région du Maule) et mort le 23 septembre 1973 à Santiago, est un poète, écrivain, diplomate, homme politique et intellectuel chilien. 

Il est considéré comme l'un des quatre grands de la poésie chilienne avec Gabriela Mistral, Pablo de Rokha et Vicente Huidobro et l'un des artistes les plus influents de son siècle. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1971. Engagé au Parti communiste du Chili, dont il a été membre du comité central, il a aussi été sénateur et ambassadeur du Chili en France.

Pablo Neruda est l'un des plus célèbres poètes d'Amérique latine et a eu une influence considérable sur la littérature de langue espagnole. Sa poésie, lyrique, sensuelle et engagée, chante la liberté et la fraternité d'une humanité en harmonie avec la nature. On peut toujours s'imprégner de ses textes en lisant sa poésie.

La poésie
Et ce fut à cet âge La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d’où
elle surgit, de l’hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n’étaient pas des voix, ce n’étaient pas
des mots, ni le silence:
d’une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était là
et me touchait.

Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j’écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l’ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l’univers.

Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l’instar, à l’image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l’abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent.

Pablo Neruda Recueil : Mémorial de l'île Noire
***
Pauvres gosses
Comme il te faut payer sur cette planète
pour nous aimer en toute tranquillité
tout le monde examine les draps,

tous se préoccupent de ton amour.
Et se racontent des choses terribles
au sujet d’un homme et d’une femme
qui après maintes tergiversations
et maintes considérations
font quelque chose d’unique,
ils se couchent dans un seul lit.
Je me demande si les grenouilles
se surveillent et s’éternuent au nez,
si elles se font des messes basses dans les mares
contre les grenouilles illégitimes,
contre le plaisir des batraciens
Je me demande si les oiseaux
ont des oiseaux ennemis
et si le taureau prête l’oreille aux boeufs
avant de rencontrer la vache.
Déjà les routes ont des yeux,
les parcs ont leur police,
leurs secrets les hôtels,
les fenêtres enregistrent les noms,
s’embarquent troupes et canons
déterminés contre l’amour,
travaillent inlassablement
les gorges et les oreilles,
et un garçon et sa petite amie
se mettent à fleurir
en volant sur une bicyclette.
Pablo NerudaTraduit par Gilles de Seze
***
J'aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente
J’aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,
et tu m’entends au loin, et ma voix ne t’atteint pas.
et on dirait qu’un baiser t’a clos la bouche
Comme toutes les choses sont remplies de mon âme,
Papillon de rêve, tu ressembles à mon âme
et tu ressembles au mot : mélancolie.
J’aime quand tu te tais et que tu es comme distante.
Et tu es comme plaintive, papillon que l’on berce.
Et tu m’entends au loin, et ma voix ne t’atteint pas:
laisse-moi me taire avec ton silence.
Laisse-moi aussi te parler avec ton silence,
clair comme une lampe, simple comme un anneau.
Tu es comme la nuit, silencieuse et constellée.
Ton silence est d’étoile, si lointain et si simple.
J’aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,
distante et dolente, comme si tu étais morte.
Un mot alors, un sourire suffisent,
et je suis heureux, heureux que ce ne soit pas vrai.
Pablo Neruda  Recueil : Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée
***
A mon coeur suffit ta poitrine
À mon coeur suffit ta poitrine,
mes ailes pour ta liberté.
De ma bouche atteindra au ciel
tout ce qui dormait sur ton âme.
En toi l’illusion quotidienne.
Tu viens, rosée sur les corolles.
Absente et creusant l’horizon
Tu t’enfuis, éternelle vague.
je l’ai dit: tu chantais au vent
comme les pins et les mâts des navires.
Tu es haute comme eux et comme eux taciturne.
Tu t’attristes soudain, comme fait un voyage.
Accueillante, pareille à un ancien chemin.
Des échos et des voix nostalgiques te peuplent.
À mon réveil parfois émigrent et s’en vont
des oiseaux qui s’étaient endormis dans ton âme.
tu émerges des choses pleine de mon âme.
On dirait que tes yeux se sont envolés,

Pablo Neruda / Recueil : Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée
(source des poèmes : Ouest France)

ou bien en écoutant ses textes mis en musique :
  • Míkis Theodorákis met en musique le poème Canto General, notamment dans l'enregistrement de 1974 à la salle de la Mutualité.
  • Paco Ibáñez met en musique et chante quelques-uns de ses plus beaux poèmes en 1977.
  • Jean Ferrat chante en 1995 la Complainte de Pablo Neruda sur un poème écrit par Louis Aragon.
  • Le groupe chilien Quilapayún chante aussi en français cette Complainte de Pablo Neruda dans une autre version, sur une musique et avec une atmosphère totalement différentes (polyphonie, ambiance mystérieuse et dramatique et instruments des Andes), dans leur album Quilapayún Canta a Pablo Neruda, Vicente Huidobro, García Lorca y Grandes Poetas (compilation publiée en 2000 par Warner Music Chile S.A.).
  • Canta U Populu Corsu, groupe corse, reprend la chanson de Jean Ferrat en y adaptant les paroles en langue corse sous le titre Cantu à Pablo Neruda.
  • Víctor Jara a mis en musique et chanté dans son album (posthume) intitulé Manifiesto (au Mexique en 1975) ou ¡Presente! (en France, 1975), le poème d'amour Poema quince (extrait de Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée). Víctor Jara a chanté d'autres textes de Neruda comme par exemple les chansons consacrées à Joaquin Murieta extraites de la cantate Fulgor y Muerte de Joaquín Murieta de Neruda et Ortega, dont - Cueca de Joaquín Murieta (1970), et - Ya parte el galgo terrible dans l'album Pongo en tus manos abiertas (1969), ainsi que - Así como hoy matan negros de la même cantate, dans l'album Víctor Jara 2 (1967). Ou encore - Aquí me quedo. 
  • Mercedes Sosa et bien d'autres l'ont aussi chanté. 
  • Le groupe de rock No one is innocent mentionne Pablo Neruda dans le titre Chile sur l'album Utopia en 1997. 
Vidéo de la chanson "La plainte de Pablo Néruda" chantée par Jean Ferrat, sur un texte écrit par Louis Aragon
 publiée sur le site Youtube de Bruno Carlier
Ce poème est l'œuvre de Louis Aragon, il date de 1948 mais parle à tous les peuples épris de liberté : "nous parlons même langage, et le même chant nous lie, une cage est une cage, en France comme au Chili.. ." Le texte a été écrit lorsque Néruda fut obligé de quitter son pays. En effet, l'arrivée au pouvoir de Videla, voulue par Pablo Néruda qui fut un de ses plus fervents soutiens, se transforme vite en dictature. Le poète chilien prend alors la plume et dénonce ce coup de force. Il est poursuivi et contraint à la clandestinité puis à l'exil. Sans nouvelles de son ami, Aragon compose plusieurs œuvres pour dire son inquiétude. Elles seront par la suite regroupées dans un ouvrage appelé "Le Romancero de Pablo Neruda"...
LA CANCIÓN DESESPERADA (Pablo Neruda) chantée par Paco Ibanez vidéo publiée sur le youtube de Ciré
Paco Ibanez chante de nouveaux textes de Pablo Neruda, vidéo publiée sur le Youtube de Miguel Angel Alcedo Letran
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Pablo Neruda est l’homme d’un siècle, où « la poésie est une arme chargée de futur » , une poésie tournée vers le monde et qui a donné des noms comme Louis Aragon, Vladimir Maïakovski, Antonio Machado, Nazim Hikmet, Mahmoud Darwich, Kateb Yacine, Aimé Césaire, Yánnis Rítsos… poètes au cœur de l’événement et du monde, poètes dans le cœur du peuple et porteurs d’espoir.

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Pablo Neruda à voix nue, sur France Culture en 1970 

En 1970, le célèbre poète chilien Pablo Neruda donnait une série d'entretiens sur France Culture. Rediffusés en 1995, ils ont donné lieu à une semaine d' "À voix nue" nous permettant d'entendre en français celui qui fut auréolé du prix Nobel de littérature en 1971.

En septembre 1970, le poète et diplomate Pablo Neruda était de retour à Paris et s'entretenait avec le producteur de France Culture Gilbert Maurice Duprez. Nommé ambassadeur du Chili en France par le tout nouveau gouvernement de l'Unité Populaire emmenée par Salvador Allende, Pablo Neruda pouvait savourer la récente victoire de son camp.

À cette époque, l'ensemble de son œuvre est traduite en français depuis ses premiers poèmes publiés dans les années 1920 jusqu'au Mémorial de l'Île Noire. C'est donc plus de quarante ans de poésie que l'on parcourt et autant d'années de lutte politique contre toute forme de fascisme et pour les droits des peuples opprimés.

"À voix nue" avec Pablo Neruda une série diffusée du 18 au 22 décembre 1995 élaborée à partir d'entretiens enregistrés avec Gilbert Maurice Duprez et diffusés la première fois en septembre 1970 dans l'émission "Entretiens avec".

22 septembre 2023

JT11 - Faut-il continuer à cultiver sous serre? de la part de Maria

Dans ma boite aux lettres aujourd'hui j'ai trouvé une enveloppe Kraft en provenance d'Argentine : ce sont des nouvelles de Maria et cela fait plaisir!

Il est des pays où l'on exagère vraiment la culture sous serre, et la production intensive de légumes, fruits ou fleurs hors sol, et cela au prix fort sur le plan énergétiques afin de conserver hygrométrie et températures optimales pour garantir la plus grande productivité.

    
Compte tenu du dérèglement climatique et de la nécessité de préserver nos sources d'énergie ce type de culture artificialisée devrait être vraiment limité et tendre à disparaître... pour peu que les consommateurs désapprouvent ce modèle de production.
 
Il nous suffirait pour cela d'accepter de ne manger des fraises qu'à la saison - elles n'en seront que meilleures, bien goûteuses- ou bien de ne pas faire venir des fleurs de l'autre bout du monde -comme les roses par exemple- pour la Saint-Valentin en plein mois de février : serions-nous tellement moins amoureux et démonstratifs si nous offrions un bouquet de fleurs de saison, comme des tulipes, des renoncules, des freezias ou des violettes à l'être aimé?

Merci beaucoup Maria, pour ton mail-art venu des Amériques : cela me touche toujours beaucoup de savoir que nous avons un lien tenu, par cette correspondance illustrée que nous maintenons depuis plusieurs années déjà. 

F69 - Publicité vintage et méli-mélo de fils, de Claire

Pour son plus grand bonheur, Claire m'informe qu'elle a déniché tout un stock de vieux magazines 'L'écho de la Mode" dans une brocante, ce qui lui donne moultes idées pour de prochains mails-art. 

Et pour commencer et traiter de mon thème sur le fil, elle a  joliment joué avec une ficelle, pour préparer un fond à la GelliPlate, dans de jolies couleurs vert d'eau dégradées pour composer ce mail-art. Cela donne un peu plus de grain à moudre à ce pauvre petit chien qui s'est déjà passablement emberlificoté avec le fil de la bobine DMC.

J'aime beaucoup cette idée d'avoir mêlé une publicité ancienne à une technique de mixed media, particulièrement réussie. Je te remercie beaucoup, chère Claire, je te souhaite un bel automne.

Un projet architectural incroyable : le Château de Guédelon, pour Nadine

Nadine a comme thème cette année celui des châteaux. Alors dans ce domaine, il y a de quoi faire tant en France qu'à l'étranger.

Moi, j'ai eu envie de lui parler d'un château du moyen-âge, oui un château médiéval en cours de construction à Treigny, commune de l'Yonne. Démarré en 1997, ce projet fou doit s'achever vers 2029. 

Ce château peut se visiter chaque année à la belle saison, et d'une année à l'autre, il est possible de voir les progrès dans la construction. Sont présents sur le site les différents artisans de tous les corps de métier qui vont devoir s'activer pour permettre l'édification du Château de Guédelon : forgeron, maçon, tisserand, cordelier, tailleur de pierre, etc...

J'ai eu l'occasion d'aller sur ce site au tout début du projet et à peine voyait on se dessiner au sol les premières pierres de la tour principale. Il leur avait fallu avant prévoir tous les outils qui leur seraient nécessaires pour reproduire une construction médiévale, mais avec les impératifs de sécurité au travail du 20ème siècle. 

J'espère que tu ne l'as pas encore reçu, chère Nadine : je t'en souhaite une bonne réception ainsi qu'un bon anniversaire.

*** LE PROJET DU CHATEAU DE GUEDELON ***

Le château de Guédelon en mai 2014.

Guédelon ou le château de Guédelon est un chantier de construction expérimental d'un château fort, débuté en 1997, selon les techniques et les matériaux utilisés au Moyen Âge.

Ce projet architectural situé à Treigny dans l'Yonne, dans une ancienne carrière désaffectée au centre d'une forêt et proche d'un étang à une trentaine de kilomètres au sud-ouest d'Auxerre, vise à améliorer les connaissances en castellologie et en archéologie expérimentale. Tout en développant une réflexion du type « art et traditions populaires », il met en scène dans un déroulement réel la construction d'un programme monumental, ce qui le différencie des parcs à thème.

Historique
Château de type philippien et du logis du seigneur : six tours circulaires maçonnées (quatre aux angles, deux qui forment le châtelet d'entrée) sont reliées entre elles par des courtines aveugles couronnées d'un chemin de ronde qui parcourra les 150 mètres de périmètre du château.

L'idée de construire un château fort à partir de rien germe depuis 1994 dans la tête de Michel Guyot, propriétaire et restaurateur du château de Saint-Fargeau, à la suite du succès rencontré par le spectacle historique de Saint-Fargeau qu'il a organisé pour financer la restauration. Dans ce but, il met en place un comité scientifique qui cautionne le projet (avec notamment Nicolas Faucherre et le castellologue Christian Corvisier qui ont travaillé à Saint-Fargeau) et fait appel à Maryline Martin qui devient la directrice générale du chantier médiéval. Le choix du terrain s'est arrêté sur le site de Guédelon en raison de sa position (sur une légère éminence idéale pour la surveillance) et en raison de ses ressources naturelles, comme il était d’usage durant l’époque médiévale car les transports de matériaux étaient lents et onéreux : il est situé directement dans une carrière de grès ferrugineux (ce qui permet une réduction des coûts et des délais de transport) et à proximité d'une forêt (où l'on récolte du bois de chauffe pour la chaux), d'une route, où l'on dispose d'arène gréseuse, de glaise et d'eau. Le projet voit sa première pierre posée le 20 juin 1997 et est prévu pour durer 25 années, au travers de l'Association des Compagnons Bâtisseurs de Puisaye créée à cet effet
Château de Guédelon en juin 2005
La pierre de taille est utilisée en moyen appareil pour les escarpes des tours et les chaînages verticaux.

L'association lève plus de quatre millions de francs grâce au soutien de l'Union européenne, de la région Bourgogne, de la Caisse des Dépôts et Consignations, d'Électricité de France, et d'un particulier suisse. Trente-cinq personnes ont été embauchées dont des maçons, des charpentiers professionnels et des personnes non qualifiées, en plus d'une centaine de bénévoles ponctuels. Par la suite, une société à actions simplifiée est créée, actions détenues principalement par Michel Guyot et Maryline Martin, et remplaçant l'association, société qui ne reçoit pas de subventions. Le chantier est visitable de mars à novembre. La première année du chantier, celui-ci avait accueilli 80 000 visiteurs.

Évolution du chantier :

Guédelon a démarré comme un chantier médiéval sur une conception dont la plupart des difficultés ne sont examinées qu’au fur et à mesure qu’elles se présentent. Le projet initial n’a résolu ni la totalité des plans et des masses, ni la chronologie d’enchaînement des travaux. On a d’abord paré à l'immédiat : la fabrication des mortiers, la taille et l’approvisionnement de la pierre (essentiellement du grès ferrugineux extrait de la carrière au pied du château, et du calcaire pour les œuvres d'art). Trente-mille tonnes de grès sont nécessaires pour la construction du château
Le chantier en 2000. Au premier-plan, une cage d'écureuil
En 1997, tandis que les plans du château sont réalisés par l'architecte en chef des monuments historiques Jacques Moulin, le chantier est installé en forêt où débute le défrichement d'une clairière de 10 hectares par les essarteurs. Ils sont relayés par les terrassiers qui rendent le terrain parfaitement plat et les maçons qui établissent les fondations. En 1998, une grange d'entrée destinée à l’accueil des visiteurs, des loges de toile et de bois destinées aux travaux du village et aux artisans sont rapidement construites et la construction des soubassements du château débute. Le chantier ouvre au public le 1er mai 1998. Un an plus tard, la cour est remblayée et les premiers murs s'élèvent à un mètre cinquante de haut ; la tour de la chapelle et la courtine ouest prennent peu à peu forme.

En 2001, le périmètre bâti monte à trois mètres. Tandis que la construction du pont dormant se termine, celles de l'escalier à vis de la tour de la chapelle (mise en place de douze marches) et de l'escalier rampant de la tour maîtresse se poursuivent. La citerne d’approvisionnement en eau du château est achevée en 2001 et le puits coiffé de sa margelle.

Le pont a été achevé en août 2002, constitué de 57 troncs de chêne et de 670 clous forgés à la main. La tour de la chapelle comporte désormais une voûte à croisée d'ogives et 12 marches de plus sur son escalier à vis. C'est aussi le début de l'édification de la poterne.
Chantier en juin 2005

L'année 2003 est marquée par la construction du logis seigneurial de 13,8 m de longueur et la mise en charge de la voûte de la tour maîtresse. Deux cages d'écureuil sont construites. Démontables pour pouvoir être remontées en différents points du château, elles ont un simple tambour dans lequel un homme peut soulever à lui seul une charge de 150 kg à plus de 4 mètres de hauteur.

Les deux années suivantes voient l'aménagement du rez-de-chaussée de la tour maîtresse : le sol est dallé, on construit la porte, l’assommoir, des archères. La construction de l'escalier rampant se poursuit, et on démarre enfin l'édification de la tuilerie qui se termine en 2006.

À terme, les courtines de 9 mètres de hauteur et 2,50 mètres d’épaisseur, entourées de fossés secs, formeront un périmètre de 150 mètres et dessineront un plan polygonal, la façade sud faisant 52,50 mètres, la façade nord 49,50 mètres, la façade ouest 50,10 mètres et la façade est 47,10 mètres. Les tours de flanquement feront 15 mètres de hauteur, celle du logis 23,10 mètres et le donjon 28,50 mètres.

Le logis seigneurial reçoit sa charpente en 2010. Pendant la saison 2011, la couverture du toit formée de 28 000 tuiles est achevée, la courtine reçoit une cage d'écureuil pour monter les matériaux sur la tour maîtresse. À la différence des deux cages précédentes, celle-ci est pivotante sur presque 180° et à double tambour, deux hommes pouvant désormais monter 400 à 500 kg de mortier ou 600 kg de pierres en une seule montée.

Au printemps 2014, un moulin à eau est construit près du château avec l'aide de l'Inrap, après une collaboration de deux ans. D'une longueur de cinq mètres, d'une hauteur de 5,60 mètres et d'une largeur de 2,50 mètres, il possède une roue à aubes de 2,40 mètres qui actionne une meule d'environ un mètre de diamètre et d’environ 250 kilogrammes. Mis en eau au printemps, ce moulin est inauguré et présenté au public le 21 mai 2014. Il est inspiré de deux moulins découverts à Thervay dans le Jura après une fouille préventive lors du chantier de la ligne LGV Rhin-Rhône, l'un d'eux datait d'une période comprise entre les VIIIe et Xe siècles, tandis que l’autre datait d'entre les XIe et XIIe siècles.
Tours de flanquement juillet 2023
L’histoire imaginée du seigneur de Guédelon :

L’équipe chargée de la construction du château de Guédelon s’est appuyée sur une histoire concrète, créée à partir de récits médiévaux (pour ne faire aucun anachronisme). Elle a créé un seigneur, Guilbert Courtenay, qui aurait demandé la construction d’un « château-résidence », c’est-à-dire un château de petite taille. En effet, il est un petit seigneur, qui ne possède pas les fonds et les moyens nécessaires pour demander la création d’un très grand château, comme, par exemple, celui du Louvre de Paris. Ce seigneur chevalier de Puisaye serait né en 1199 et serait le vassal de Jean de Toucy. Il aurait épousé l’une de ses nièces, ce qui le fit entrer dans la lignée de ce dernier, un lignage important et illustre de Toucy. Ce sera donc grâce à ce mariage qu’il pourra avoir des terres supplémentaires, desquelles il aura des revenus en plus, qui lui serviront à cette construction.

Finalement, l’équipe, qui a suivi les directives d’historiens en collaboration avec Michel Guyot, va achever le récit : le souverain de France aurait donné au seigneur de Guédelon l’autorisation de « bastir chatel ».

Objectif :
La méthode de construction est celle des châteaux de l'époque médiévale construits au XIIIe siècle (plus exactement entre la fin du XIIe siècle jusqu'au début XIVe siècle, en cohérence avec le type d'architecture philippienne), en partant d'un site vierge et en utilisant uniquement des techniques de l'époque telles qu'elles étaient connues en Puisaye dans l'Yonne.

Le projet de Guédelon est notamment de permettre à l'archéologie expérimentale médiévale l'analyse complète d'un chantier de construction sur le long terme et ainsi d'aller au-delà d'une expérience ponctuelle sur des objets ou des opérations isolées. Dans ce souci du détail, l'utilisation de produits industrialisés est réduite au strict nécessaire, notamment pour des questions de sécurité. De même l'usage des radios, de canettes, des montres est prohibé sur le chantier, tandis que les fumeurs doivent faire preuve de discrétion.

Le chantier a pris pour parti de faire du château la propriété fictive d'un seigneur de bas rang dénommé Guilbert Courtenay, ou Guilbert de Guédelon, avec une date de démarrage fictive du chantier en 1228. Ce parti pris vise à rendre réaliste historiquement la taille du château en justifiant l'absence de pont-levis, de douves, de prison, d’oubliettes mais la présence d'un donjon, d'une chapelle, d'une chambre seigneuriale et d'un moulin hydraulique.

La définition d’une époque, le milieu du XIIIe siècle, et la mise en scène d’une stratégie de déroulement ont donné au chantier sa vraie dimension. Déjà en cela, parce que la part d’improvisation provoque d’inévitables « remords de constructeur », l’entreprise est représentative du cheminement médiéval. Le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre savent qu’à chaque étape vont surgir des problèmes inédits. Non seulement cela n’a rien d’étonnant, mais c’est l’intérêt d’un tel ouvrage. Et le mérite est d’être à l’affût, de guetter comme une promesse, chaque complication ou contrariété, parce qu’elle fait partie de la raison d’être du chantier de Guédelon.

Guédelon n’est pas au premier chef un lieu pour faire des démonstrations d’outils et d’habileté artisanale. Bien sûr, il est aussi cela, et bien plus encore puisqu’il se veut un instrument éducatif, un lieu pour faire réfléchir autant qu’intéresser à des professions. Mais en fin de compte, il ne s’agit pas tant de construire un château fort que d’expérimenter, de redécouvrir, de vérifier et de trouver des réponses au parcours d’obstacles d’une telle tentative.

Source : Extrait du Wikipédia: Pour en savoir davantage sur les métiers notamment, allez sur le Site web guedelon.fr