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30 mai 2026

Portrait en couleurs et danseuse de flamenco, d'Éric

Répéré il y a déjà quelques temps sur son blog, j'attendais avec impatience ce portrait croqué et mis en couleurs par l'ami Éric et, chouette,  aujourd'hui samedi,  voici son enveloppe enfin dans ma boite aux lettres...

J'aime toujours autant son coup de crayon et ses personnages si reconnaissables, dont la mise en couleurs est souvent le reflet de son moral ou de son humeur, comme il le confie lui-même sur son blog.  Dans sa production mailartistique, Éric ne triche jamais, c'est un artiste sensible et prolifique, d'une extraordinaire générosité et aux talents multiples. 

Danseuse de flamenco
Sa carte figure une danseuse de flamenco (ou de sévillanne, les robes portées sont les mêmes), puisqu'il m'écrit le jour de Pentecôte, jour de la célèbre Féria de Nîmes, où en de nombreux lieux de la ville se rassemblent des danseurs et danseuses ainsi vêtues, perpétrant la  musique et les traditions andalouses. 

Éric m'y donne de ses nouvelles : un petit coup de mou, une petite baisse de régime une semaine juste avant le grand rush de fin de mois car, pour ceux qui ne le savent pas encore, sa participation est fondamentale dans la célèbre Fête du Pois Chiche. Elle se tient ce dernier week-end de mai dans le village de Montaren et Saint-Médiers, où chaque année de nombreux festivaliers se retrouvent  dans une atmosphère joyeuse et bon enfant. 

Mais pour lui, cela commence bien en amont, puisqu'il est le créateur du fameux Pois Chiche Totémique, ce qui l'occupe beaucoup sur une période globale d'environ deux mois. Je vous joins une vidéo de l'artiste en plein travail, dans la phase de finalisation du Pois Chiche édition 2026, avec une double face cette année.

Vidéo visible sur la chaine Youtube d'Eric Babaud que je vous conseille de consulter si vous voulez voir l'ambiance de la Fête 

Cher Éric, je te remercie infiniment pour ce nouvel envoi, et te dis,  une fois de plus, combien j'apprécie nos liens d'amitié et nos correspondances respectives. Bonne continuation à toi et bel été. 

30 avril 2026

Au 1er mai, choisir quelques brins de bonheur pour offrir, est toujours une joie, pour Eric et Thérèze

Comme j'aime voir arriver le mois de mai,  parce que généralement ce sont des belles journées de printemps, plus longues et pas encore écrasées de chaleur.

J'aime le 1er mai, parce que revient le temps du muguet -comme dirait Francis Lemarque- et du plaisir d'aller l'acheter et d'avoir la joie, ensuite, de pouvoir l'offrir à ceux que l'on apprécie. 

Les grands photographes du siècle dernier savait rendre en noir et blanc toute la poésie dégagée par ces vendeurs de muguet "à la sauvette" qui jalonnaient les rues de Paris. C'est pourquoi j'ai choisi cette photo pour illustrer le mail-art fleuri et porte bonheur que je destine à Eric et à sa famille, même s'il n'est que virtuel.
Composition réalisée au moyen d'un tissu comportant de réserves blanches en forme de brin de muguet sur fond vert, ajout de la photo ci-dessous imprimée sur tissu et  de la photo d'une broche en camée, avec un bouquet de muguet en relief
Photographie d'Albert Harlingue de l'Agence Roger Viollet

J'aime aussi le 1er mai parce que l'on fête ensemble une journée de véritable liberté, cette journée encore appelée à tort Fête du Travail (et de la Concorde Sociale par le maréchal Pétain pendant l'Occupation en 1941). 

Il serait temps qu'on lui donne son vrai nom, celui de la Journée Internationale des Luttes pour les Droits des Travailleurs. Cela éviterait peut-être la confusion qu'entretient actuellement ce gouvernement illégitime en voulant transformer ce symbole fort en une journée davantage payée pour les seuls "volontaires" (on sait ce que signifie volontariat, lorsque le travailleur est précaire et payé un salaire de misère) .

Chers amis, j'espère que vous recevrez ce mail-art fleuri porte-bonheur et porte-chance aussi, sans encombre à Russan. Que la journée de demain 1er mai soit une véritable Fête pour vous!

13 avril 2026

Tête-à-tête ou tête en double, de la part d'Eric

Que ce soit en 2D ou en 3D, dessiner des visages est vraiment une des spécialités de l'ami Eric,  et quand ce n'est pas dans une boite à camembert,  c'est cette fois-ci dans le fond d'une boite à thé qu'il fait dialoguer deux olibrius au nez rouge et plein d'entrain dans leurs propos. La conversation semble animée et je voudrai bien être une petite souris pour savoir ce qui se raconte là!
En art postal toujours, j'ai la chance de recevoir régulièrement l'une ou l'autre de ces boites ce qui commence à me constituer une jolie petite collection. Merci beaucoup Eric,  j'adore tes personnages, et je suis vraiment ébahi lorsque je vois à quel point tu maitrises...le dessin et les expressions.  

Pour ceux qui ne te connaîtrais pas vraiment encore, je leur conseille d'aller voir comment chaque année tu est le concepteur puis l'architecte de ce fameux Pois Chiche Masqué, totem de la Fête du Pois Chiche qui se tient à la fin mai chaque année, à Montaren... et cette année, double boulot car tu es en train de réaliser un Janus, c'est à dire un personnage à double faciès pour l'édition 2026.

Une petite vidéo pour vous rendre compte de la jovialité des participants, et combien ce totem a une place incroyable dans le déroulement des festivités. 
Bravo à toi Éric, et merci de tout ce que tu fais et de la joie que tu apportes à tous ceux qui ont la chance de te connaître et de te compter comme ami. 

10 mars 2026

Non, Nina Simone n'est pas juste "une chanteuse de jazz", pour Éric

Si Ferrat ne chantait pas "pour passer le temps", Nina Simone non plus ne jouait pas du piano pour «divertir». Elle jouait pour se venger. Après s’être fait fermer la porte du monde classique à cause de sa couleur de peau, elle a transformé son clavier en arme de guerre.

En fond, partition de la chanson I whish i jnew hom it wold feed to be free (j’aimerai savoir comment ça ferait d’être libre). Nina Simone performe dans un show télévisé au BBC Centre de Télévision de Londres en 1966
(Photo by David Redfern/Redferns)

Page extraite d'un livre jeunesse "Les Pianos de Nina" de Sophie Andersen et Chloé Mayoux :
 la vie de Nina Simone racontée par ses pianos aux éditions Le grand jardin

Vraiment,  depuis que j'écrit sur sa personnalité j'ai presque envie d'en parler au présent tant Nina Simone, cette femme admirable, artiste inclassable est toujours très présente et très écoutée ; heureusement pour nous, des vidéos permettent encore de la voir en scène. Alors regardez-là bien!

Nina Simone « Four Women » (quatre femmes) - vidéo publiée sur la chaine youtube de Par si par là 
Nina Simone, au Mickery Theatre à Loenersloot, dans la banlieue d'Amsterdam dans un programme de la télévision publique néerlandaise . Lisle Atkinson à la basse, Rudy Stevenson à la guitare et Bobby Hamilton à la batterie. Ce concert a été enregistré (ou diffusé ? ) le 25 décembre 1965. 

Si tu regardes cette vidéo, tu vois quoi ? La puissance, le jazz, l’icône cool ? Regarde mieux. Ce n’est pas du spectacle. C’est de la rage pure. Elle révèle une vérité brutale : Les plus grands artistes ne naissent pas du talent, mais du rejet.

Paroles de Quatre femmes : 

Ma peau est noire
Mes bras sont longs
Mes cheveux sont laineux
Mon dos est fort 
Assez fort pour endurer la douleur
Elle a été infligée encore et encore
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle tante Sarah

Je m'appelle tante Sarah
Ma peau est jaune
Mes cheveux sont longs 
Entre deux mondes 
J'ai ma place 
Mon père était riche et blanc 
Il a forcé ma mère tard une nuit 
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle Safronia

Je m'appelle Safronia
Ma peau est bronzée 
Mes cheveux sont bien
Mes hanches t'invitent
Et mes lèvres sont comme du vin 
De qui suis-je la petite fille ? 
Eh bien, la tienne si tu as assez d'argent pour m'acheter
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle Sweet Thing 

Je m'appelle Sweet Thing 
Ma peau est marron 
Et mes manières sont grossières 
Je tuerai la première mère que je verrai
Parce que ma vie a été trop grossière
Je suis horriblement amère ces jours-ci 
Parce que mes parents étaient esclaves
Comment m'appelle-t-on ? 
Je M'appelle Peaches 

*** "Four Women", la chanson qui incarne Nina Simone ***
Article de France Musique par Clémence Guinard Publié le vendredi 21 avril 2023 à 12h10

"Four Women" est un cri de révolte, un titre engagé, puissant, dans lequel Nina Simone exprime toute sa colère face aux injustices subies par les femmes noires.

Sorti en 1966, dans l'album Wild is the Wind, le titre Four Women est le seul composé par la chanteuse sur cet opus. Il dresse le portrait de quatre femmes afro-américaines : Aunt Sarah, Saffronia, Sweet Thing et Peaches, qui illustrent, chacune à leur manière, la violence raciale aux Etats-Unis, mais aussi les différentes facettes de l'artiste, réputée pour son tempérament révolté. « Il incarne totalement la personnalité de Nina Simone qu'on a souvent jugée 'TROP' : trop forte, trop violente », explique la productrice radio et journaliste Nathalie Piolé. Le morceau est d'ailleurs jugé si violent qu'il fut interdit de diffusion sur certaines radios à sa sortie.

Dans ce morceau, Nina Simone chante en s’accompagnant de son instrument fétiche, le piano. Elle débute dans une douceur mélodieuse, et peu à peu sa voix se tend, comme son jeu de piano, pour terminer dans un cri déterminé et rageur. La chanteuse conclut en hurlant le nom de son dernier personnage, Peaches.

Une chanson qui fait écho à ses engagements
Le morceau dresse le portrait de quatre femmes. 
La première, Aunt Sarah, incarne l’histoire esclavagiste des États-Unis. La musique, sereine en apparence, fait ressortir toute la violence des paroles : « Mon dos est fort, assez fort pour supporter la douleur infligée encore et encore »

Ce lourd passé résonne encore cruellement en 1966 alors que le pays est englué dans les questions de ségrégation raciale. À cette époque, l'artiste est elle-même pleinement engagée dans la lutte pour les droits civiques : elle participe aux marches de Selma et chante devant des milliers de personnes. Elle fréquente des activistes comme Angela Davis, Malcolm X et bien sûr Martin Luther King, avec qui elle n’est pas forcément d’accord. Contrairement au pasteur, qui prône la non-violence, Nina Simone est persuadée qu’une action violente est nécessaire dans cette révolution contre la ségrégation.

Le miroir d’une carrière avortée de pianiste classique
Vient ensuite Saffronia, née dans la violence : « mon père était riche et blanc, il a forcé ma mère une nuit ». En tant que métisse, elle vit entre deux mondes, celui des Noirs et des Blancs, un déchirement entre deux cultures qui n’est pas sans rappeler la propre histoire de Nina Simone.

Formée comme pianiste classique, elle se tourne vers le jazz lorsqu’elle est recalée à l’examen d’entrée du prestigieux Curtis Institute. Elle s’exprimera avec amertume, tout au long de sa vie, sur cet évènement : «Ils m’ont refusé à cause de la couleur de ma peau. J'aurais aimé être la première concertiste noire. J’aurais été plus heureuse...»

Un cri qui appelle à la révolte
Le troisième portrait de la chanson présente Sweet Thing, en français La douce chose. Elle est acceptée par les Noirs et par les Blancs, parce qu’elle vend son corps. « Mes hanches t’invitent, mes lèvres sentent bon comme le vin. De qui suis-je la petite fille ? De celui qui a assez d’argent pour m’acheter ». Le ton de la chanson s’assombrit encore, pour aboutir au climax final.

« Je tuerai le premier salaud que je verrai » : avec ces mots la quatrième femme, Peaches, donne le ton. « Peaches porte les histoires des trois femmes précédentes sur ses épaules, et sa réaction c’est le cri, la rage, explique Nathalie Piolé. Et Peaches est indispensable dans ce morceau, car c’est la seule qui exprime sa colère ».

Four Women n’est pas le seul morceau engagé de l’artiste, mais contrairement à son célèbre Ain’t got No/I got Life (« Je n’ai pas de maison, de chaussure, d’argent... Mais j’ai mes yeux, mon nez, ma bouche, mon sourire...») qui porte un message d’espoir, Four Women est plus rude : « L’espoir ne vient que par le cri et la révolte », insiste Nathalie Piolé. 

Un morceau puissant qui personnifie Nina Simone, comme figure de femme libre et révoltée. 

Aujourd'hui ses "soeurs" continuent de porter son message.
Four women (quatre femmes) : ici chanté par Lisa Simone, Dianne Reeves, Lizz Wright, Angélique Kidjo 
vidéo publiée sur la chaine Youtube de Nina Simone

Alors si vous comprenez la rage et la révolte de Nina Simone et appréciez son art, continuez de vous régaler en l'écoutant et la regardant dans les vidéos suivantes : 

Nina Simone en concert en Angleterre le 14 septembre 1968 :
1. Go To Hell (va en enfer)
2. Ain't Got No/I Got Life (Je n'ai pas de vis, j'ai la vie)
3. Backlash Blues (le blues du conttrecoup)
4. Put A Spell On You (je t'ai jeté un sort)
5. Don't Let Me Be Misunderstood (ne me laissez pas être incompris)
6. Why? The King Of Love Is Dead (pouruoi le Roi de l'Amour est mort?)

Concert intégral de Nina Simone dans le cader du 
Festival International de Jazz de Juan-les-Pins, Antibes, France,
Nina s'est produite deux fois à Jazz à Juan en 1965 : les 24 et 25 juillet. Voici l'enregistrement intégral de son premier concert cette année-là. Nina apparaît avec Lisle Atkinson (basse), Rudy Stevenson (guitare et flûte) et Bobby Hamilton (batterie).
Morceaux :
1-Strange Fruit / Fruit étrange
2-Little Girl Blue / Au Clair de la Lune (medley)
3-Nobody Knows You When You're Down and Out/Personne ne vous connaît quand vous ètes au plus bas
4-Trouble in Mind / Troubles de l'esprit
5-Zungo (extrait)
5-Images
6-Be My Husband / Sois mon mari
7-I Loves You, Porgy / Je t'aime Porgy (Gerschwin)
8-Children Go Where I Send You / Les enfants vont où je les envoie
9-Put a Spell on You / Je t'ai jeté un sort

Pour en savoir davantage sur cette artiste sur laquelle j'ai déjà beaucoup écrit, je vous renvoie à l'article que je viens de lui dédier, pour décrire son parcours de vie et son oeuvre ICI

Cher Éric, toi le musicien, je ne sais pas si tu apprécies le blues et le jazz, mais je suis convaincue que le destin de cette femme remarquable ne te laissera pas indifférent. Je te souhaite une bonne réception de ce mail-art!

19 février 2026

PO01 - Rêve d'une sirène sur graine de caroube, par Eric

Aie Aie Aie Caroubia! 

Pas de courrier du tout depuis une semaine (et les vacances n'ont pas encore commencé) et là, paf, un grand sac jaune de la Poste, ce qui n'annonce généralement pas une bonne nouvelle.

Cela me fait terriblement mal au coeur de constater en l'ouvrant qu'il contenant une graine de caroube artistiquement décorée, en trois morceaux heureusement encore attachés ensemble : ouf ! soulagement, car j'espère arriver à recoller les morceaux.
Prendre une étoile dans la main
Plonger dans la nuit
et renaître en paix demain 

Tu es le premier : merci Eric d'avoir déjà si joliment répondu à mon nouvel appel, pour venir combler mon besoin de beauté et de poésie! Comme c'est chouette d'avoir des copains mail-artistes si connectés à mes humeurs et mes goûts profonds. Merci l'Ami

19 janvier 2026

2026, année à marquer d'une pierre blanche? de la part d'Eric

Ce petit caillou glané sur l'Ile de Ré m'en envoyé par Eric dans une boite à camembert et a voyagé très rapidement jusqu'à Massy.   

Devenu tête d'une sirène grâce à son opulente chevelure d'algue fine,  il est chargé d'un fort symbole,  celui de faire de ce nouveau millésime une année exceptionnnelle, à marquer d'une pierre blanche.

On peut interpréter cela dans le sens que l'on veut selon qu'on est optimiste ou pas. Tout comme Eric, j'espère pour nous tous que ce sera bien une année exceptionnelle,  même si les premières semaines de 2026 nous laissent un peu dépités, il en reste une bonne cinquantaine d'autres pour rattraper le coup... et en faire une "bonne année". Gardons espoir.

Merci Eric pour tes bons voeux toujours présentés d'une manière qui n'appartient qu'à toi. J'ai maintenant un peu de ton île natale dans mes boites à trésors, je t'en remercie beaucoup.

16 janvier 2026

Kachinas : poupées représentant les esprits dans la mythologie des peuples Hopi et Zuni, pour Eric

Sachant combien Eric apprécie tout ce qui est relatif à l'art précolombien, et comme de mon côté,  ce sont les peuples premiers qui m'intéressent, j'ai marié nos deux thèmes avec cette enveloppe que je lui adresse pour son anniversaire. 

photos publiées  dans Gazette Drouot avec quelques pièces de la collection de Jean Pierre Morin : de gauche à droite /  ZUNI, Nouveau-Mexique, États-Unis, années 1940. Figure kachina Oiseau géant - Shalako, bois sculpté et peint, tissu, carton, laine, fourrure /  HOPI,  Arizona, États-Unis, années 1920. Figure kachina du Nouveau Maïs – Poli Sio Hemis Katsina (variante), bois sculpté et peint, plumes, h. 35 cm.


Groupe de Katchinas peint en 1933 par Waldo Mootzka (tempera sur crayon, sur papier chamois)

Que sont les Kachinas? 

Les kachinas ou katchinas (parfois retranscrits Katsina, au pluriel : Katsinam) sont des esprits dans la mythologie des Hopis et Zuñis du Nouveau-Mexique et de l'Arizona, dans le Sud Ouest des États-Unis. Esprits du feu, de la pluie, du serpent, ou encore esprits farceurs, espiègles, bienfaisants ou malfaisants, ils constituent en sorte un inventaire du monde visible et invisible. Six mois par an, à l'occasion de fêtes rituelles, ces esprits s'incarnent dans des danseurs masqués et vêtus de vêtements de circonstances. 

Des poupées de bois peintes de vives couleurs, également nommées kachinas et représentant ces danseurs, sont offertes aux enfants, à l'issue des fêtes, pour qu'ils se familiarisent avec le monde des esprits.

Origine du riteClaude Lévi-Strauss nous renseigne sur le mythe des katchina :  « Les katchina sont les âmes des premiers enfants indigènes, dramatiquement noyés dans une rivière à l'époque des migrations ancestrales. [...] Quand les ancêtres des indiens actuels se furent enfin fixés dans leur village, le mythe rapporte que les katchina venaient chaque année leur rendre visite et qu'en partant, elles volent les enfants. Les indigènes, désespérés de perdre leur progéniture, obtinrent des katchina qu'elles restassent dans l'au-delà, en échange de la promesse de les représenter chaque année au moyen de masques et de danses. »

Pour Claude Lévi-Strauss, ce rite relève de l'initiation, les enfants ne doivent pas reconnaître leurs parents ou familiers sous les masques de ces esprits venus les récompenser pour leur bonne conduite. Si les enfants sont exclus de la caste des initiés que sont les parents qui mettent en place la mystification, c'est, explique l'ethnologue, « parce qu'ils sont les katchina [...]. Leur place est ailleurs, non pas avec les masques et les vivants, mais avec les Dieux et les morts ; avec les Dieux qui sont morts. Et les morts sont les enfants ». De non-initiés, les enfants prennent ainsi le rôle de « super-initiés » car la dualité entre initiés et non-initiés appelle la réciprocité et « si ce sont les initiés qui personnifient les fantômes des morts pour épouvanter les novices, c'est à ceux-ci qu'il appartiendra, dans un stade ultérieur du rituel, de les disperser et de prévenir leur retour »

Confection : Leur confection commence par la recherche d'une racine de peuplier américain (cottonwood). Les premières kachinas, les Püch tihu, étaient plates et d'un seul tenant : les bras faisaient partie intégrante du tronc et les jambes étaient inexistantes. Des transformations ont eu lieu à partir de 1870, notamment la séparation des membres inférieurs, l'apparition d'avant-bras. Année après année, les modifications se sont affinées pour aboutir aux poupées modernes, fidèles imitations des danseurs masqués, comme celles qui sont exposées dans les musées américains du Sud-Ouest des États-Unis (Heard Museum de Phoenix et Museum of Northern Arizona de Flagstaff).

L'évolution des poupées kachinas est en rapport avec l'âge de l'enfant qui la reçoit. Pour un nourrisson elle est sculptée dans un bloc, plate sans bras et parfois recouverte de sucre et au fil des années la poupée devient plus élaborée, plus précise.

Peinture : La peinture des kachinas est d'importance car les coloris sont associés aux six points cardinaux : le nord est figuré par le jaune, l'ouest par le bleu-vert, le sud par le rouge, l'est par le blanc, le zénith par le noir, le nadir par le multicolore ou le gris. Un ton peut symboliser la provenance de l'esprit kachina, un autre révèle sa fonction, un troisième témoigne de son appartenance à tel ou tel groupe d'esprits. Quant aux accessoires, ils sont la touche finale du créateur. Les plumes en sont l'ultime ornement. Le commerce aurait pu, en la banalisant, transformer la poupée kachina en un gadget mais ce n'est pas le cas. Le tihu reste le lien qui unit les Indiens à la terre de leurs ancêtres et le danseur kachina conserve son rôle d'éducateur privilégié et de gardien de la culture des Hopi et Zuni.

Polémique autour des ventes de Kachinas
Pour les communautés d'Arizona, la représentation publique de kachinas est offensante et irrespectueuse.En avril 2013, 70 kachinas ont été vendues aux enchères pour un montant de 930 000 euros. La nation des Hopis a tenté d'interdire la vente et émis de nombreuses protestations, avec le soutien de Robert Redford, qui a qualifié la vente de « geste criminel ». Lors de cette vente, Pierre Servan-Schreiber et Richelle Dassin, sœur de Joe Dassin, ont acquis deux kachinas, qu'ils ont ensuite restituées aux Hopis.
En décembre 2013, les Hopis et l'ONG Survival International ont saisi la justice française pour interdire la vente d'objets sacrés prévue en décembre à Paris
(Source Wikipédia)
***
Il est tout à fait exact que le commerce de ces objets acquis (comment?) par des collectionneurs fait beaucoup d'envieux. J'ai eu connaissance de l'existence de ces figurines, sur la Gazette Drouot (*) qui a pour spécialité de vendre des objets d'arts aux enchères. Et quelques semaines après avoir annoncé la dispersion d'une collection extraordinaire de plus de cinquante pièces,   elle annonce que les enchères pour les kachinas Hopi et Zuni se sont envolées.

Encore une fois, on voit comment les "explorateurs" de tout poil ont pu spolié les peuples premiers de leurs objets de culte et autres traditions se rapportant à l'essence même de leurs origines. De telles pièces devraient être rendues à leurs légitimes propriétaires ou si ce n'est vraiment pas possible, figurer dans un Musée consacré à ces populations natives,  pour que chacun puisse y avoir un accès libre, dans un souci de mieux appréhender tout ce que ces peuples ont à nous apprendre. 

Ce n'est sûrement pas la "propriété" de ces objets par quelques collectionneurs privés qui ne savent plus où placer leur fric qui va permettre aux générations futures de prendre connaissance des rites des peuples amérindiens Hopi et Zuni. 

(*) j'ai pris un abonnement depuis deux ans, pour avoir sur du beau papier glacé des photos d'objet d'art et de collection, afin de pouvoir avoir de la matière pour mail-arter

2 janvier 2026

Meilleurs voeux pour l'année 2026 : redonner toute sa place au monde sauvage, pour Eric

En un autre siècle, des civilisations autres que la nôtre étaient qualifiées de sauvages, donc de primitives, termes se rejoignant dans l’opprobre et le déclassement : alors même que ces peuplades n’avaient que très rarement détruit leur environnement, destruction qui est une des belles preuves de civilisation que notre société productiviste persiste à étaler au gré de ses appétits.

Nonobstant le « bon sauvage » cher à Rousseau, nous avons partout méprisé, écrasé ce qui n’était pas nous, imposé notre pouvoir, notre religion, notre technologie, ivres de puissance et de fatuité.

L'animal sauvage est réputé res nullius (sans maître, mais appropriable). Il est livré « au plus tirant  » ! traqué et tué au gré des lobbys et de ceux qui ne voient en lui qu’objet de loisir, en lui déniant tout droit d’existence.

Il est alors grand temps de célébrer le sauvage, de savoir admirer la magie des plumes, des rameaux, des herbes et des vents, des épines et des ombres, des mousses et de leur espace de libre expression, ce jardin de nature qui vit s’épanouir l’incroyable diversité du vivant.

Nous en sommes comptables : le sauvage, que d’aucuns voudraient rejeter dans le passé, est notre avenir, si tant est que nous soyons encore demain ouverts à l’émerveillement de l’altérité.(source téla botanica) 

Le sauvage est notre avenir : en 2026, transitons joyeusement vers un monde plus vivant

28 novembre 2025

16e JMFTA : une belle gueule d'ahuri pour cet "écrabouillé", d'Eric

J'avais vu passer sur le blog de l'ami Eric, sa nouvelle technique pour créer des "gueules" improbables. En écrasant le carton de boites à oeufs dont il voulait se débarrasser pour que cela prenne moins de place dans le bac de tri, il s'est aperçu que cela avait créé fortuitement une sorte de visage!

C'est ainsi que lui est née l'idée d'en faire des motifs d'art postal, d'autant que nous avons un appel à mail-art sur ce thème pour l'exposition de l'an prochain au MIAP de l'ami Christophe


J'adore la créativité d'Eric. L'écrabouillé que je viens de recevoir a une belle gueule d'ahuri, ce qui peut se concevoir lorque l'on voit le faux-timbre d'artiste qui lui est adjoint : il y a là de quoi faire la gueule pour un bon moment ou bien... refuser de marcher.  

Merci Eric pour ton talent et ton humour caustique et décapant : le mail-art est arrivé en bon état , le timbre tamponné dans les règles de l'art pour l'affranchissement sans aucune taxe supplémentaire. Merci les postiers. 

20 novembre 2025

CH06 - Chimpanzés de la Forêt de Kibale en Ouganda, pour Eric

Dans le but de faire sourir un peu mon ami Eric, j'avais choisi cette photo d'un chimpanzé très décontracté, mais à la reflexion son attitude me semble maintenant presque trop cool (j'espère ne pas m'être faite abusée par l'intelligence artificielle).

photo sans nom d'auteur que l'on trouve sur de nombreux sites organisateurs de safaris

*** Histoire de la forêt de Kibale ***

Située dans l’Ouest de l’Ouganda, la forêt de Kibale a été classée en 1932 puis déclarée comme parc national en 1993. L’histoire de Kibale est marquée par de longues périodes de recherches scientifiques et de conservation.

En 1993, la forêt devient officiellement un parc national dans l’idée de protéger la biodiversité de cet endroit si particulier, notamment grâce aux populations de primates qui y vivent.

La forêt de Kibale, c’est aussi plus de 795 kilomètres carrés d’espace et une dizaine d’espèces de primates, dont les fameux chimpanzés. Comme expliqué plus haut, la forêt est un endroit majeur et stratégique pour la recherche scientifique !

Nombreux sont les chercheurs à se déplacer en Ouganda pour venir étudier la faune et la flore, plus spécifiquement les chimpanzés. L’objectif ? mieux comprendre l’écosystème de l’Ouganda, et étudier puis observer les différents comportements des primates.

Le principal centre de recherche est d’ailleurs au sein même du parc ! Leurs études ont eu des retombées positives sur les populations de primates, permettant ainsi de documenter et mieux comprendre les interactions et l’impact humain sur cet environnement tant préservé.

Kibale a la particularité d’abriter une vie riche et d’être le refuge de nombreuses espèces : primates, oiseaux, espèces endémiques, plus de 200 arbres différents, mammifères (bien que plus rare à observer)
***.
Attention : Ceci est un extrait d'un article paru sur le site  de plusieurs organisateurs de safaris en Ouganda. Cependant, plutôt que de succomber au besoin d'aller en Ouganda pratiquer des safaris pour enrichir un album de photos exceptionnel quitte à perturber cette population de primates dans son milieu naturel, je préfère encourager toute personne qui lira ce post à plébisciter et encourager les chercheurs et les scientifiques qui ont mis leur énergie et leurs connaissances au service de la biodiversité et de la conservation des espèces animales endémiques. 

13 novembre 2025

Art brut : Josep Baqué et ses maxi-monstres, pour Eric

Avec Eric, il nous est déjà arrivé d'évoquer des créatures imaginaires et fantastiques, récemment encore  dans les profondeurs abyssales lors de l'élaboration en commun d'un de nos carnets à quatre mains.  Mais là,  je viens de dénicher un artiste de l'Art Brut très mal connu, Josep Baqué, qui s'est fait une spécialité de peindre un bestiaire imaginaire incroyablement dense :  c'est absolument incroyable tout ce qu'il a pu imaginer.

Il ne m'en fallait pas davantage pour faire une enveloppe en art postal pour Eric, qui connaît sûrement cet artiste fabuleux. Je lui en souhaite une belle réception, d'autant que j'ai mis une petite surprise à l'intérieur.

enveloppe recto 
Enveloppe verso avec quelques uns de ces personnages montreux de Josep Baqué

*** Josep BAQUÉ ***

Josep Baqué * (Barcelone 12/12/1895 - Barcelone 13/03/1967) était un artiste catalan de l'Art brut.

Pratiquement inconnu en France, sauf de quelques initiés (il a fait l’objet d’une exposition organisée par le collège de ‘pataphysique en 2007 au Fond’action Boris Vian, ainsi que d’une étude très fouillée de Guy Ciancia et Francine Degand dans la revue de ‘pataphysique Viridis Candela n°1, 8e série), Josep Baqué n’est pas mieux loti dans sa région d’origine, la Catalogne espagnole.

Il est pourtant l’auteur d’une importante et très singulière œuvre qui a déjà intéressé le musée d’art brut de Lausanne ainsi que le musée d’art moderne et d’art brut (le LAM) de Villeneuve-d’Ascq. A Paris, une prochaine vente aux enchères va révéler aux amateurs cette personnalité et ce créateur hors du commun.

S’il fait partie de ces artistes dits « inclassables », lui-même n’aura eu de cesse de classer, répertorier, inventorier méthodiquement ses propres créations. Né en 1895 à Barcelone, ayant pas mal voyagé dans plusieurs pays d’Europe, il reviendra en 1928 dans sa ville natale où il occupera le modeste poste d’employé à la police municipale, refusant tout grade ou promotion.

A partir des années 1930, il passera plus de dix ans à imaginer, créer, « fabriquer » consciencieusement, méticuleusement, d’étranges créatures, qualifiées par lui-même de « monstres merveilles et phénomènes rares » . Le résultat de ce travail mené en solitaire (célibataire, Josep Baqué vivait chez sa mère), est une impressionnante série de 1500 « animaux, phénomènes rares, bêtes jamais vues, monstres et hommes primitifs » , rassemblés sur 454 planches, chacune comportant de 1 à 8 dessins.

Toutes les techniques sont bonnes pour Josep, qui a découvert les arts décoratifs et l’imagerie populaire avec l’un de ses oncles, employé dans une entreprise d’estampage de textile : aquarelles, gouaches, encre, mines de plomb, rehauts d’or et d’argent. Un inventeur, mais aussi un «archiviste» : l’ensemble de ce Bestiaire est minutieusement rangé et numéroté selon une méthode propre à l’artiste, suivant les espèces représentées : «Animaux et bêtes sauvages» ; «Hommes primitifs»; «Chauves-souris et insectes» ; «Araignées géantes» ; «Serpents» ; «Escargots, poulpes, seiches, mollusques»; «Animaux à plumes»; «Poissons divers.»

Excepté la série des « hommes primitifs » dont certaines attitudes font penser à des danses rituelles, les autres spécimens sont présentés avec une apparente objectivité scientifique, comme s’ils étaient le résultat d’une description minutieuse, et non la fruit de l’imagination. Aucun de ces sympathiques monstres (parce qu’aucun d’entre eux n’inspire réellement la terreur !) n’est tout à fait semblable à ceux de sa catégorie. «Il s’agit de fabriquer chaque jour un nouveau spécimen, en bricolant celui de la veille, écrit Guy Ciancia. Ainsi prennent corps ces monstres de papier à la façon des monstres biologiques construits dans les laboratoires« .

L’environnement géographique de Josep Baqué (Barcelone, ville de Gaudi…) a t-il compté? Pour tentante que soit l’hypothèse, rien ne permette de l’affirmer. Il est troublant en revanche de constater d’étonnantes coïncidences avec certaines œuvres des surréalistes, en particulier le peintre cubain célébré par André Breton, Jorge Camacho (décédé en 2011). Les créatures de Josep Baqué seraient en tout cas restées inertes et dormiraient encore dans leurs cartons si le petit neveu de l’artiste, Esteve Freixa i Baqué, n’avait eu l’idée de leur donner vie… en les dispersant.


source : le singulier bestiaire de Joseph Baqué - extraits de article de Gérard Goutierre sur le site  :https://www.lessoireesdeparis.com/2013/04/01/le-singulier-bestiaire-de-josep-baque/encheres/gerard-goutierre/8009/

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Josep Baqué Sans titre, entre 1932 et 1967, mine de plomb, encre et gouache sur papier. 25 x 32,4 cm
Photo : Atelier de numérisation – Ville de Lausanne - Collection de l’Art Brut, Lausanne

Fauves, hommes primitifs, chauves-souris, insectes, serpents et araignées géantes. Si ces mots ne relèvent pas un frisson ou un rictus de dégoût, c’est que vous connaissez certainement les créatures de Josep Baqué. C'était en octobre 2014 qu'à la Collection de l'Art Brut de Lausanne une exposition a été dédiée à Josep Baqué et son bestiaire fantastique.

L'univers de cet artiste situé quelque part entre le cauchemar et le dessin d’enfant. Sauf que le cauchemar ici se peint en flashy et fluo, si bien que dans le noir, les figures s’impriment encore.

Fantasques représentations de l’esprit qui peuvent parfois presque nous gêner, on se sent spectateur d’un univers bien défini mais où le thème de l’enfance est omniprésent. Les monstres se peignent de face et de profil (façon Usual Suspect) et ne présentent en aucun cas de comportements agressifs. L’artiste fait le choix de donner griffes et crocs acérés, antennes et cornes pointues, mais la gestuelle reste candide, les personnages ne se touchent pas les uns les autres et restent statiques, comme s’ils étaient sujet d’études. Pas de grognements donc, ni de froncements de sourcils. Ici, les visages dessinent des sourires et leurs yeux brillants semblent s’émerveiller de leur environnement.
Josep Baqué. Sans titre, entre 1932 et 1967, mine de plomb, encre et gouache sur papier 26 x 32,7 cm
Photo : Atelier de numérisation – Ville de Lausanne - Collection de l’Art Brut, Lausanne
Chaque créature respecte son espace et celui de son voisin. Josep Baqué nous a dessiné là des bêtes tout en détails, en rondeurs, en hauteurs, en formes oblongues ou à l’anatomie diaprée. On sent le mentisme irisé de cet artiste décrit comme solitaire, rebelle et incontrôlable. Il est palpable et classé selon neuf catégories amenées par l’artiste lui-même.

A bien regarder, on a droit à toute la faune terrestre revue ou/et imaginée par monsieur Baqué. Sa production compte 1500 dessins, pour une cinquantaine seulement réunie dans le cadre de l’exposition.
Josep Baqué - Sans titre, entre 1932 et 1967 - mine de plomb, encre et gouache sur papier 
- 25 x 32,6 cm - Atelier de numérisation - Ville de Lausanne / Collection de l'Art Brut

Source : extraits de deux articles publiés sur les sites internet 
https://magazine.interencheres.com/art-mobilier/un-bestiaire-fantastique-et-engage/
https://www.lematin.ch/story/l-art-brut-expose-le-bestiaire-imaginaire-de-josep-baque-498222393904

* Attention à ne pas le confondre avec le peintre espagnol surréaliste Josep Baquès né en 1931.

25 septembre 2025

Projet Conte & Mail-Art Le Cor Beau : Epilogue de Françoise

Quelle jolie surprise aujourd'hui dans ma boite aux lettres! J'y ai trouvé une enveloppe décorée joliment sur les deux faces, et bien gonflée! Les timbres sur le thème du conte, les photos sur les corbeaux et une danseuse, et le  nom de l'expéditrice, Françoise Tournet : plus de mystères, j'ai compris que je recevais là un très très beau cadeau! 

Françoise, conteuse et mail-artiste à l'occasion est à l'origine de ce projet un peu fou qui mêlait conte et art postal : nous étions cinq personnes en tout sur le projet et voici qu'aujourd'hui c'est l'épilogue de cette magnifique histoire. Elle m'envoie le dépliant complet de notre conte mail-arté "Le Cor beau"

Pour ceux qui n'auraient pas suivi, voici comment a commencé cette aventure originale. Une publication intermédiaire vous montrait le dépliant inachevé avec le mail-art d'un côté et sur l'autre le texte associé.

Je reprends ci-après le déroulé complet du conte, cette fois en  essayant de  faire se juxtaposer l'image et le texte associé pour vous en permettre une lecture optimisée.

Merci infiniment Françoise pour cette magnifique idée que tu as eu là : cela aura été une superbe et riche aventure collaborative entre une conteuse, un artiste, une poétesse, une peintre et une bricoleuse textile qui se termine... en ce qui concerne le projet intial.

Cependant, comme l'idée en avait été émise dès le début, il pourrait être intéressant de poursuivre l'expérience à nous cinq, en démarrant un nouveau projet "Conte + Mail-Art" dans quelque temps. Ce serait dommage de laisser tomber une si belle initiative, non? Alors, à bientôt peut-être pour de nouvelles aventures Françoise, Patricia, Cathy et Eric!

17 septembre 2025

Handala, icône de la résistance palestinienne, de la part d'Eric

C'est avec beaucoup d'émotion que je publie aujourd'hui l'enveloppe que m'a adressé Eric : elle contient à la fois toute l'horreur que vivent les Palestiniens au quotidien, mais aussi tout leur esprit de résistance avec ce petit personnage dessiné, Handala, inventé par le dessinateur de presse Naji Al-Ali.

à noter la petite fleur que Handala tient dans ses mains 

Ce dessin de gamin m'intriguait, je l'avais déjà repéré mais dont je ne connaissais absolument pas son origine ni toute l'histoire de son créateur. J'avais juste remarqué qu'un des bateaux de la Flottille en route pour briser le siège de  Gaza portait son nom, 

Je remercie vivement Eric de cet envoi et je relaie avec son accord l'article publié hier sur son blog, dont la lecture donne à penser vraiment sur ce qui se passe là-bas et depuis bien longtemps. 

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« Il a tout d’abord été un enfant de Palestine pour ensuite devenir un enfant arabe et un enfant de l’Humanité » (Citation reprise dans l’avant-propos de « Le Livre de Handala », Naji Al-Ali, 2011, p. 5.)

Handala - Naji Al-Ali

C’est l’histoire des Palestiniens et du conflit israélo-arabe. C’est l’histoire de Handala, jeune garçon de 10 ans aux mains serrés et aux cheveux hérissés qui tourne le dos aux spectateurs parce qu’il se sent trahi. C’est l’histoire d’une indignation face à une situation vécue comme une injustice, mais plus que tout c’est l’histoire d’un combat, celui d’un enfant qui refuse de grandir pour ne pas se résigner, qui refuse de baisser les bras devant l’adversité. Handala incarne les souffrances et les espérances de son créateur, le dessinateur Naji Al-Ali et, à travers lui, celui du peuple palestinien. Handala n’acceptera de se retourner que lorsque son peuple aura un Etat [1]. Depuis sa naissance dans les années 60, son combat n’a pas pris une ride.

Naji Al-Ali : sa vie, son combat

« La Palestine est une de mes principales indignations. Les dessins de Naji Al-Ali la justifient et la renforcent. Sans doute parce qu’ils portent l’histoire des réfugiés palestiniens, ceux dont le sort est le plus incertain, bien qu’ils soient la racine de cette douloureuse et injuste histoire. Mais Naji Al-Ali, c’est aussi une création, et donc une résistance vivante. La puissance de sa non-violence l’a tué. Mais son espérance n’en est que plus à venir. » [2] (Stéphane Hessel, ancien ambassadeur de France, auteur de Indignez-vous !)

Qui est Naji Al-Ali ?

Vers 1937, année de sa naissance, Al-Shajara est encore un village palestinien situé dans le district de Tibériade, en Galilée, entre Nazareth et Tibériade. En mai 1948, après plusieurs jours de combat, l’armée israélienne s’empare et détruit le village, dont seules quelques décombres subsistent aujourd’hui, comme en témoigne l’historien Palestinien Walid Khalidi en 1992 : « les ruines des maisons et des barres d’acier brisées dépassent des lits de végétation sauvage. Un côté d’une porte voûtée tient toujours » [3]. Al-Shajara est l’un des près de 500 villages à avoir été détruits pendant la « Nakba » (catastrophe), et le jeune Naji, alors âgé d’une dizaine d’années, se trouve parmi ceux qui fuient les combats, parmi les plus de 750 000 réfugiés palestiniens [4] qui ont abandonné plus de la moitié de leur terre aux Israéliens. Lui et sa famille trouvent refuge au camp d’Aïn Al-Helwa, près de Saïda dans le sud Liban. Cette expérience marque sa vie et son œuvre jusqu’à sa mort : « De ces regards dans les yeux de nos mères et pères qui ne parlaient pas de faits, mais exprimaient une tristesse qui était la langue dans laquelle nous découvrions le monde, un langage de la colère qui trouve parfois son débouché dans le discours, parfois dans les actes. La plupart des garçons et des filles de la génération des années cinquante, à laquelle j’appartiens, a ressenti un profond sentiment d’abattement » [5].

Parallèlement à ses études en mécanique et en génie électrique dans un institut professionnel de Tripoli et à son activité d’ouvrier saisonnier agricole, il ne tarde pas à s’exprimer sur ce qu’il considère comme une injustice : dessiner sur les murs et les sols du camp de réfugiés, improviser avec ses camarades des pièces de théâtre prenant pour sujet la Palestine et la vie des réfugiés, manifester avec les membres du Mouvement des nationalistes arabes (actes pour lesquels il se fera plusieurs fois arrêter), tous les moyens sont bons.

Après une brève expérience à Djeddah, en Arabie saoudite, où il travaille comme tourneur de 1957 à 1959, il rentre au Liban où il décide de reprendre des études artistiques à l’Académie libanaise d’art en 1960. Cette expérience sera de courte durée. Sa participation dans le journal politique manuscrit Al-Sarkha (le cri), avec certains membres du Mouvement nationaliste arabe dont il a rejoint les rangs, lui vaut un bref séjour en prison. A sa sortie, il part pour l’école Jaafarite de Tyr où il enseigne le dessin pendant deux ans. C’est à cette période que sa vie bascule. L’écrivain Ghassan Kanafani (assassiné en 1972), en visite au camp d’Aïn Al-Helwa, remarque ses dessins et décide d’en publier quelques-uns dans le numéro 88 de la revue Al-Hurriya (La Liberté), le 25 septembre 1961.

En 1963, il part pour le Koweït où il exerce librement son art dans la revue d’opposition Al-Tali’a (l’Avant-Garde), puis au journal Al-Siyassa (La Politique) à partir de 1968 où il prêche l’espoir et la révolution. C’est là qu’il imagine le personnage de Handala, représentant sans détours et sans fioritures les problèmes auxquels les Palestiniens sont confrontés, nous plongeant par là même, avec une honnêteté parfois brutale, au cœur du conflit israélo-arabe. Quelques années plus tard, il retourne au Liban comme écrivain et caricaturiste pour le journal Al-Safir (L’Ambassadeur) à la demande de son éditeur en chef Talal Salman. Il est alors témoin et acteur de la guerre civile libanaise en 1982, année pendant laquelle il est détenu par les forces armées israéliennes avec d’autres réfugiés d’Aïn Al-Helwa. Il décide ensuite de repartir au Koweït où il travaille pour Al-Qabas (1983-1985), avant de s’en faire expulser sous la pression de Yasser Arafat. Eternel exilé, il doit quitter le monde arabe, craignant pour sa vie et conscient qu’il lui serait impossible d’y dessiner librement. Il part se réfugier à Londres où il intègre l’édition internationale du journal Al-Qabas. Son but : ne jamais oublier, toujours se battre pour la cause palestinienne : « J’ai toujours été troublé par mon incapacité à protéger les gens. Comment mes dessins allaient les défendre ? J’avais l’habitude de souhaiter pouvoir ne serait-ce sauver la vie d’un seul enfant » [6].

Mercredi 22 juillet 1987, vers 17h13, à Eves Street, au cœur de Londres. Sur son chemin vers les locaux du journal, Naji est victime d’un assassinat par balle. Le caricaturiste politique palestinien meurt de ses blessures cinq semaines plus tard, le 20 août 1987. Les commanditaires de son assassinat n’ont jamais pu être identifiés. Détracteur sans vergogne des régimes arabes et de l’occupation israélienne, Naji a été autant aimé qu’il a pu être détesté. Ses ennemis étaient nombreux et puissants, autorité palestinienne comprise - l’O.L.P l’aurait même menacé de représailles s’il ne corrigeait pas son attitude -, tant sa dénonciation était radicale et acerbe.

Porte-parole de la cause palestinienne, décrit par The Guardian en 1984 comme « la plus proche chose qu’il y ait d’une opinion publique arabe » [7], Naji Al-Ali a reçu de nombreuses distinctions. De son vivant, il obtient le premier prix de l’Association des caricaturistes arabes en 1979, et le premier prix ex-aequo en 1980. Un an après sa disparition, l’Union Internationale des éditeurs de journaux (FIEJ) remet en son nom à sa femme Widad et son fils Khaled le prix du Crayon d’or de la liberté, faisant de lui le premier arabe et le premier caricaturiste à en être honoré. Ses milliers de dessins [8] témoignent des souffrances du peuple palestinien autant qu’ils dénoncent la trahison et la corruption des régimes arabes.

Naji Al-Ali n’est plus, mais son œuvre lui survit. Et Handala, jeune garçon de 10 ans dessiné par Naji Al-Ali, se charge de poursuivre son combat.
Handala, « le gavroche palestinien [9] »

Son effigie est partout, taguée sur le Mur séparant Israéliens et Palestiniens, sur les porte-clés, les tee-shirts et même les pendentifs, représenté tel que Naji l’a imaginé : « Handala est né à l’âge de 10 ans et depuis son exil les lois de la nature n’ont aucune emprise sur lui. Il ne recommencera à croître que lors de son retour sur sa terre natale. Il n’est pas un enfant bien portant, heureux, serein et couvé. Il va nu-pieds comme tous les enfants des camps de réfugiés. Ses cheveux sont ceux de l’hérisson qui utilise ses épines comme arme. Bien qu’il soit rude, il a l’odeur de l’ambre. Ses mains, toujours derrière son dos, sont le signe du rejet des solutions porteuses de l’idéologie américaine. »

Ce personnage-culte, « aussi célèbre au Moyen-Orient que le keffieh », selon une expression de la journaliste Constance Desloire [10], s’inspire directement de la vie du caricaturiste. C’est vers l’âge de 10 ans que Naji fuit la Palestine, lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948. C’est la date de naissance d’un combat et d’un espoir, celui des réfugiés palestiniens qui veulent croire à un retour possible sur leur terre natale pour les uns, sur la terre de leurs ancêtres pour les autres. Avec Handala, Naji dresse un rempart symbolique contre le renoncement, et revendique le droit des Palestiniens à toute la Palestine historique. Handala, qui signifie « l’amertume de la coloquinte » en arabe, représenté pour la première fois le 13 juillet 1969 dans le journal koweitien Al-Siyassa, incarne cette espérance. Le jeune garçon, né le 5 juin 1967, se présente alors en ces termes : « Le nom de mon père n’est pas important, celui de ma mère est Nakba [la « catastrophe », l’exil de 1948], et ils ont appelé ma petite sœur Naksa [extension de la zone d’occupation israélienne après la défaite arabe dans la guerre des Six-Jours de 1967]. […] J’ai rencontré l’artiste Naji par hasard […]. Il m’a expliqué comment, à chaque fois qu’il dessine une caricature sur un pays, son ambassade proteste et les autorités officielles avertissent et menacent.[…] Je lui ai dit que j’étais disposé à dessiner ses caricatures pour lui chaque jour, que je n’avais peur de personne à part Dieu, et que celui qui se met en colère et n’aime pas les caricatures pouvait aller paver la mer ».

Handala représente l’innocence et la détermination de la Palestine combattante, le flambeau de la résistance, une résistance non-violente, faisant écho aux souffrances des Palestiniens, faisant appel aux émotions de l’ensemble des spectateurs. Il ne dévoilera son visage que le jour où « la dignité arabe ne sera plus menacée, et qu’elle aura retrouvé sa liberté et son humanité ». Plutôt que de représenter des hommes politiques spécifiques, les dessins en noir et blanc de Naji, riches en références historiques, parfois accompagnés de quelques mots, illustrent des situations et des réalités où personne n’est épargné : il condamne l’aide américaine à Israël, critique les abus contre les droits de l’homme dans les pays arabes, la complaisance des Etats du Golfe à l’égard des Etats-Unis, les régimes arabes qui préfèrent blâmer Israël plutôt que de reconnaitre leurs échecs. Il évoque la destruction, la prison, l’exil, la résistance mais aussi la colère, l’espoir et le désespoir, la patiente et la ténacité. Handala représente un garde-fou pour les nouvelles générations, mais aussi pour les anciennes et pour lui-même, comme il le dit en 1984 : « ‘’Je suis Handala du camp d’Ain Al-Helwa. Je donne ma parole d’honneur que je resterai fidèle à la cause… ‘’. C’était la promesse que je m’étais faite à moi-même. Le personnage de Handala était une sorte d’icône qui protégeait mon âme de la chute à chaque fois que je me sentais léthargique ou que j’oubliais mon devoir. Cet enfant était comme un vent d’air frais sur mon visage, me préservant de l’erreur et de l’oubli. Il était la flèche de la boussole, pointant constamment vers la Palestine » [11]. Selon le dessinateur, la mission de Handala, en plus de dénoncer les complots ourdis contre le peuple arabe, d’insuffler l’énergie du combat pour la justice et l’auto-détermination, de reconnaitre le rôle des femmes dans la résistance et l’espoir dans le panarabisme issu de Nasser, est de garder vivante la mémoire palestinienne :

« Reste le témoin de cette période, Handala, enregistre tout.
Enregistre tout, Handala, n’oublie rien ;
Laisse l’Histoire témoigner de qui nous a vendus.
Qui nous a trahis, qui s’est enrichi sur notre dos.
Enregistre et n’oublie personne. » [12].
Les dessins sont simples et sans artifices, faciles à comprendre et souvent dénudés de paroles ; son langage est symbolique. Handala est souvent accompagné de trois autres personnages récurrents : Fatima (dessin de gauche), l’homme bon (Al-Zalama, au milieu) et l’homme mauvais (à droite). Fatima représente une forme de refuge, la mère et la terre de Palestine, l’épouse dévouée, la femme souffrante et la protectrice. Elle incarne également l’implication des femmes palestiniennes dans la résistance. Al-Zalama est un homme honnête et bon qui représente, comme Handala, l’homme arabe ordinaire : « je ne suis ni Palestinien, ni Jordanien, ni Koweitien, ni Libanais, ni Egyptien, aucun. En bref, je n’ai pas de carte d’identité et ne suis pas intéressé à prendre la nationalité d’un quelconque pays. Je suis juste une personne arabe » [13]. Sa maigreur symbolise l’oppression et la pauvreté des réfugiés. Son antagoniste, l’homme mauvais - laid, obèse, paresseux, sale, sans jambes car sans soutien populaire - personnifie la stupidité, la bassesse, l’oppression, les trahisons et les complots contre la résistance palestinienne.

Naji utilise aussi toute une symbolique de la résistance : Jésus et la Croix, emblèmes du combat et du sacrifice ; la clé de la maison, symbole de la Palestine originelle et du droit au retour des Palestiniens ; le drapeau palestinien ; les tentes et les camps de réfugiés, etc. Puis tout un vocabulaire visuel réparti en deux registres : les « bonnes valeurs » (fleurs et bougies représentant l’espoir, la paix et l’amour ; racines et arbres, la Terre de Palestine ; le stylo et la plume, la démocratie et la liberté d’expression ; le cœur, l’attachement à la Palestine et au Liban) ; les symboles de l’occupation et de l’oppression (soldats, armes, fils barbelés, etc.).

Longtemps méconnu à l’extérieur des pays du Proche-Orient, l’œuvre de Naji tend ces dernières années à franchir les frontières (ici principalement linguistiques) séparant le monde musulman du monde occidental. « A child in Palestine » (2009) et le « Livre de Handala » (2011) l’introduisent respectivement dans le monde anglophone pour le premier, dans la sphère francophone pour le second, participant d’autant plus à faire de Handala, « enfant arabe », un « enfant de l’humanité » comme le souhaitait son créateur.

« Handala est un témoin de son époque et il ne mourra jamais, il pénètre la vie avec une force qui ne le quitte jamais, une légende dont l’existence est un défi à l’éternité. Ce personnage que j’ai créé ne disparaîtra pas après moi. Je ne crois pas exagérer en disant que je serai immortalisé à travers lui ». (Naji Al-Ali)

Pour approfondir :
– Naji Al-Ali, A child in Palestine : the cartoons of Naji al-Ali, Verso, 2009 (introduction de Joe Sacco).
– Naji Al-Ali, Le Livre de Handala. Les dessins de résistance de Naji Al-Ali ou l’autre histoire de Palestine, Scribest Publications, Hœnheim, 2011 (préface de Plantu, postface d’Alain Gresh).
– Olivier Gérard, Te retourne pas, Handala !, Kyklos Editions, 2010.
http://www.handala.org/ (site hélas désactivé sur internet)

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Handala, petit bonhomme dessiné devenu le symbole de la résilience palestinienne
Créé en 1969 par le dessinateur de presse palestinien Naji Al-Ali, le personnage de Handala aura éternellement 10 ans. Reconnaissable entre mille, sa frêle silhouette orne aujourd’hui de nombreuses fresques et banderoles, comme un symbole des horreurs de la guerre et du destin de la Palestine.
Source : Courrier International