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30 avril 2026

Le stand de vente de muguet est pris d'assaut : vite un brin porte-bonheur pour Ouiza

Le 1er mai et son brin de muguet porte-bonheur a toujours une portée symbolique pour bien des personnes de ma génération. 

Aujourd'hui, les petits vendeurs à la sauvette, comme on en voyait beaucoup autrefois dans les villes, dans les lieux de fort passage, avec panier, table pliante, ou charrette, ne sont plus légion. Avec le fleurissement de plus en plus tôt du muguet sauvage, à cause du réchauffement climatique, il devient difficile d'avoir de la matière première gratuite au jour J. Seul le muguet des bois ou celui des jardins privés ou acheté légalement était toléré pour la "vente à la sauvette" le jour du 1er mai uniquement, afin de ne pas faire de concurrence déloyale aux fleuristes, qui eux doivent l'acheter à des producteurs professionnels.

Ce n'est plus maintenant qu'on risque de revoir une foule autour d'un point de vente comme c'est le cas sur le mail-art que je destine à Ouiza, où les Parisiens au siècle dernier faisaient presque la queue pour obtenir les précieux brins fleuris! 


Composition réalisée au moyen d'un tissu comportant de réserves blanches en forme de brin de muguet sur fond vert, ajout de la photo ci-dessous imprimée sur tissu et  de la photo d'une broche en camée, avec un bouquet de muguet en relief.

Photo dont je n'ai pas retrouvé la source, ni l'origine, ni le nom de l'auteur
alors que je l'ai captée sur internet il y a deux jour : désolée 
Chère Ouiza, que ce mail-art fleuri te parvienne dans les meilleurs délais et qu'il t'apporte chance et  bonheur, ainsi qu'un prompt rétablissement. Et que demain, la journée du 1er mai, soit une belle journée printanière où tu seras bien entourée, un vrai jour de Fête.

10 mars 2026

Nina Simone : sa musique "classique de noire" inclassable, immortelle, pour Ouiza

Je créé donc un mail-art supplémentaire (voir ICI et ) que j'envoie à Ouiza car, oui, j'ai envie d'insister sur le destin brisé, autant que sur une série de chefs-d’œuvre pour le patrimoine de la musique mondiale qui caractérise la très grande et exceptionnelle artiste qu'était Nina Simone.

Dotée de l'oreille absolue, et également d'un fort caractère, elle a débuté très tôt avec son instrument pour jouer sur l'orgue de l'église où sa mère est pasteur. En Elle joue durant des heures sur son piano, répétant inlassablement ses gammes. A l'age de 10 ans, 26 avril 1943, elle est invitée pour la première fois à jouer sur le piano dans l'église principale de Saint-Luc, habillée d'une belle robe blanche. Mais soudain, elle voit qu'on oblige ses parents à laisser leurs places du devant pour que des fidèles blancs s'y installent , et qu'on leur demande d'aller s'assoir sur les sièges du fond. Elle s'en offusque ouvertement. Celle qui s'appelait encore Eunice Waymon a refusé de jouer si ses parents ne venaient pas s'assoir au premier rang et a obtenu gain de cause. "Bach a eut le dernier mot". 

Nina Simone dont la vie a été un long parcours remplie de frustrations malgré son immense talent, parce que les Etats-Unis de 1950 ne lui permettront pas de réaliser son rêve, celui d'être reconnue comme la première femme artiste pianiste classique virtuose noire. Malgré ses longs entrainements et l'excellence qu'elle a visée pendant son long apprentissage, elle est refusée au Curtis Institute de Philadelphie, parce que noire. Cette blessure ne cicatrisera jamais, elle en conservera une rage qui ne cessera de grandir.

Loin d’oublier toutes ses années d’apprentissage, elle s’en inspirera pour créer un genre inédit empreint de jazz, de gospel… et d’improvisations éblouissantes autour de Bach ! Et c’est dans les bars d’Atlantic City, loin des églises et des salles de récitals, qu’Eunice éprouvera son style et entamera sa mue, devenant Nina Simone.

Toute sa vie elle resta fidèle à ses engagements en faveur des droits civiques et pour l'amélioration de la condition de la population afro-américaine. Comme je l'ai déjà écrit, c'est vraiment l'une des femmes remarquables de mon panthéon personnel, pour toutes ces raisons.

En septembre 1963, révoltée par l’attentat contre l’église baptiste de la 16ᵉ rue de Birmingham (Alabama) qui a coûté la vie à quatre fillettes, ainsi que par l’assassinat du militant des droits civiques Medgar Evers, Nina Simone compose Mississippi Goddam, sa première protest song. Dès lors, elle s’engage activement dans le mouvement des droits civiques. Elle fréquente ainsi plusieurs grandes figures du mouvement, Martin Luther King, Malcom X ou Stokely Carmichael, époux de Myriam Makeba. Elle joue lors de grands rassemblements en faveur des droits civiques, comme les marches de Selma à Montgomery (Alabama) en 1965. Sur ses albums des années 1960, Nina Simone interprète des chansons sur la condition des Afro-Américains dans le Sud, tels Strange Fruit de Billie Holliday (sur l’album « Pastel Blues » en 1965) ou en compose, comme Wild is the Wind (sur l’album « Four Women » en 1966). En 1968, elle dédie la chanson Why ? The King of Love is Dead à Martin Luther King trois jours après son assassinat. Puis en 1969 To Be Young, Gifted and Black devient une chanson emblématique pour les jeunes Afro-Américains.
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On l'a souvent classée comme artiste de jazz mais c'est une qualification qu'elle objecte : "Le jazz est un terme blanc pour parler des Noirs. Ma musique est de la musique classique noire" dira-t-elle

D'ailleurs il est très difficile de cataloguer sa musique dans un genre donné tant elle est empreinte à la fois de classique (avec de nombreuses improvisations autour des Sonates de Beethoven, Suites de Bach, ou Variations Goldberg),  de jazz, de gospel, de soul, voire de musique folk... C'est tout-à-fait grandiose et inclassable!

Une fois que j'ai compris Bach, j'ai voulu être pianiste de concert. 
C'est grâce à Bach que j'ai consacré ma vie à la musique 
et c'est lui qui m'a fait découvrir son monde.
Nina Simone

Recto : Photo d’ouverture © Jack Robinson  / Verso haut gauche : Nina Simone par Roger Kasparian. Paris, 1968 / haut droite: Nina Simone (1933-2003) chanteuse, pianiste et activiste américiane à Londre en 1968 1968. (Photo by Ron Howard/Popperfoto via Getty Images) /en bas :Concert de Nina Simone au Beacon Theatre le 1er mai 1993 à New York (Photo Ebet Roberts/Redferns)
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Faisons nous encore plaisir à l'écouter dans les quelques enregistrements vidéo qui suivent car nous avons la chance que les concerts de Nina aient été captés et qu'il nous sont aujourd'hui offert, afin que jamais nous n'oubliions cette grande artiste.

Nina Simone en concert au Fabrik de Hambourg le 6 mai 1988, vidéo publiée sur la chaine Youtube de l'artiste
Morceaux : 
1-When I Was In My Prime 
2-In The Evening By The Moonlight 
3-To Be Young, Gifted, and Black 
4-When I Was In My Prime (reprise) 
5-Color Is A Beautiful Thing 
6-Mississippi Goddam 
7- See-Line Woman 
8-Fodder In Her Wings 
9-I Want A Little Sugar In My Bowl 
10-Do I Move You? 
11-See-Line Woman (reprise) 
12-Backlash Blues 
13-My Baby Just Cares For Me 
14-Consummation
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A suivre  un enregistrement en live mais seulement audio, vers la fin de sa carrière en 2000 à Marciac : si sa voix a vieilli, sa passion et son jeu au piano sont toujours intacts (d'après les connaisseurs, dommage que le speaker de France Inter qui enregistre ce concert soit un peu trop présent sur les ondes).


Nina Simone : En concert à Marciac — 9 août 2000 (Concert intégral - Audio uniquement)
Nina Simone se produit en concert au festival Jazz in Marciac en Occitanie, France, le 9 août 2000. 
Chansons : Black Is The Color Of My True Love's Hair / les cheveux de mon véritable amour sont noirs
Every Time I Feel The Spirit / Chaque fois que je ressens l'esprit
Here Comes The Sun Just / Voici le soleil 
 Like A Woman / Tout comme une femme
See-Line Woman /
Get Up, Stand Up /
Why? (The King Of Love Is Dead) /
Nobody's Fault But Mine / C'est la faute de personne sauf la mienne
Mississippi Goddam  
I Loves You, Porgy / Je t'aime Porgy (Gerschwin)
Ne Me Quitte Pas
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Quelques compléments si vous voulez en écouter et en savoir davantage (liste non exhaustive)

* Podcast Radio France : Nina Simone, Viva Nina
* Podcast Radio France : Nina Simone, Black Swan
* Podcast Radio France : Nina Simone, l'histoire de sa vie 

2 janvier 2026

Meilleurs voeux pour l'année 2026 : redonner toute sa place au monde sauvage,, pour Ouiza

En un autre siècle, des civilisations autres que la nôtre étaient qualifiées de sauvages, donc de primitives, termes se rejoignant dans l’opprobre et le déclassement : alors même que ces peuplades n’avaient que très rarement détruit leur environnement, destruction qui est une des belles preuves de civilisation que notre société productiviste persiste à étaler au gré de ses appétits. 

Nonobstant le « bon sauvage » cher à Rousseau, nous avons partout méprisé, écrasé ce qui n’était pas nous, imposé notre pouvoir, notre religion, notre technologie, ivres de puissance et de fatuité.

L'animal sauvage est réputé res nullius (sans maître, mais appropriable). Il est livré « au plus tirant  » ! traqué et tué au gré des lobbys et de ceux qui ne voient en lui qu’objet de loisir, en lui déniant tout droit d’existence.

Il est alors grand temps de célébrer le sauvage, de savoir admirer la magie des plumes, des rameaux, des herbes et des vents, des épines et des ombres, des mousses et de leur espace de libre expression, ce jardin de nature qui vit s’épanouir l’incroyable diversité du vivant.Nous en sommes comptables : le sauvage, que d’aucuns voudraient rejeter dans le passé, est notre avenir, si tant est que nous soyons encore demain ouverts à l’émerveillement de l’altérité.(source téla botanica)

Le sauvage est notre avenir : en 2026, transitons joyeusement vers un monde plus vivant

20 novembre 2025

CH15 - Et si les chimpanzés sauvages pouvaient nous apprendre à vieillir en bonne santé ? , pour Ouiza

Voici un bien beau spécimen de chimpanzé en train de faire une razzia dans les fruits d'un arbre de la forêt tropicale : je le destine à Ouiza.

photographie de Ronan Donovan du National Geographic

Des recherches sur la santé d’anciens animaux de laboratoire ont révélé que pour les chimpanzés, et donc probablement pour les humains, l’inactivité est la principale responsable de la fragilité qui s’installe avec l’âge.

Lorsque Auntie Rose est morte en 2007, elle était le plus vieux chimpanzé connu. Elle avait 63 ans, un âge très avancé pour son espèce, et ses derniers mois se sont avérés difficiles. « Elle avait perdu tous es poils et elle se contentait de ramper dans la forêt », témoigne Emily Otali, directrice des opérations pour le Kibale Chimpanzee Project en Ouganda et exploratrice National Geographic. « Elle me faisait de la peine. »

Pourtant, jusqu’à son dernier souffle, Auntie Rose s’est débrouillée toute seule. Les chimpanzés adultes se partagent rarement leur nourriture, pas même avec les anciens. Les animaux âgés doivent donc continuer de faire les efforts nécessaires à la recherche de nourriture. Dans la nature, les aînés sont moins actifs et peuvent s’affaiblir, en perdant leur masse musculaire à mesure qu’ils vieillissent. « Mais ils supportent le vieillissement bien mieux que nous. Ils continuent d’avancer, c’est impressionnant », souligne Emily Otali.

Depuis 1987, des scientifiques étudient les chimpanzés sauvages de la région de Kanyawara, dans le parc national de Kibale. Ils aident ainsi à renforcer notre compréhension du comportement des primates et de leurs relations avec l’Homme moderne.

Parallèlement, les chimpanzés détenus dans les centres de recherche biomédicale étaient considérés comme âgés à 35 ans. Plusieurs établissements aux États-Unis détenaient des centaines de chimpanzés pendant des années, pour mener des expérimentations destinées à aider à la recherche de traitement contre certaines maladies humaines. Ces animaux captifs ont commencé à développer des affections similaires à celles associées au vieillissement chez les Hommes, comme des problèmes cardiaques ou du diabète. Les chercheurs ont été étonnés de voir à quel point nos plus proches cousins nous ressemblaient.

Depuis 2010, grâce à une directive du Parlement européen, l’utilisation des chimpanzés et autres grands singes à des fins d’expérimentation est interdite dans l’Union européenne, sauf circonstances exceptionnelles.

Aux États-Unis, ce n’est que depuis 2015 que les Instituts américains de la santé ont décidé de mettre un terme aux recherches invasives sur les chimpanzés. Un rapport a démontré que de nombreux primates de laboratoires, souvent âgés de moins de 60 ans, étaient alors trop fragiles pour bouger. Toutefois les expériences auxquelles ils avaient été soumis pourraient n'expliquer qu’en partie de la cause cette infirmité.

Les recherches menées sur les chimpanzés sauvages et dans les sanctuaires d’Afrique, où ils disposent de beaucoup d’espace pour vagabonder, montrent que ces animaux vieillissent en bien meilleure santé que leurs homologues de laboratoire. Ces conclusions permettent de tirer des enseignements clairs sur la manière de prendre soin des chimpanzés encore en captivité.

En outre, elles suggèrent que l’étude des problèmes de santé des chimpanzés de laboratoire n’a fourni que peu d’informations sur leur vieillissement naturel. Au contraire, le sort de ces chimpanzés captifs et vieillissants pourrait nous en apprendre davantage sur les risques que pose la sédentarité croissante des Hommes d’aujourd’hui.

À mesure que les gens vieillissent, ils deviennent de moins en moins actifs. Généralement, ils se confortent dans la prophétie autoréalisatrice qui stipule que leur corps s’affaiblit naturellement et que leur condition physique se détériore donc inévitablement. Pourtant, même les chimpanzés sauvages comme Auntie Rose, qui devaient parcourir plusieurs kilomètres par jour pour trouver de la nourriture et n’étaient pas soignés lorsqu’ils étaient malades ou blessés, semblent vieillir en meilleure santé, affirme l’anthropologue Melissa Emery Thompson de l’université du Nouveau-Mexique et codirectrice du Kibale Chimpanzee Project.

Les études menées sur les peuples ayant un mode de vie de chasseurs-cueilleurs, dont beaucoup restent très actifs jusqu’à la fin de leur vie, ont également montré qu’ils restaient en meilleure santé bien plus longtemps que ceux qui se laissaient aller en vieillissant. Par exemple, la vitesse de déplacement des membres du peuple Hazda en Tanzanie, qui s’adonnent à la recherche de nourriture toute leur vie, ne semble pas diminuer drastiquement avec l’âge.

« Ce n’est pas l’activité physique, mais bien l’inactivité qui nous fragilise », assure-t-elle.

Le mélange parfait entre captivité et vie sauvage

À la réserve de chimpanzés de l’île de Ngamba en Ouganda, les chimpanzés saisis des braconniers vivent dans de vastes enclos de forêt tropicale où ils sont libres de se déplacer. Ils passent une visite médicale tous les ans, au cours de laquelle les vétérinaires endorment les animaux, l’occasion parfaite pour collecter des données sur le vieillissement.

« Sur la base des études des populations captives, les scientifiques pensaient que les chimpanzés avaient un haut taux de cholestérol », explique Alexandra Rosati, anthropologue à l’université du Michigan. Mais dans une récente étude, Mme Rosati est ses collègues ont constaté que les chimpanzés de la réserve avaient des taux de cholestérol bien moins élevés que ceux de laboratoire.

D’autres indicateurs de risques cardiovasculaires, notamment le poids, étaient plus faibles chez les chimpanzés de l’île de Ngamba. Mme Rosati indique que l’explication pourrait venir du fait que les chimpanzés sauvages peuvent davantage se déplacer. Ils mangent également davantage de fruits et légumes, dont certains poussent naturellement dans les enclos, et moins de la bouillie riche en nutriments qui constituait l’aliment de base du régime alimentaire des animaux en laboratoire.

Les chimpanzés sauvages ne montrent pas pour autant aucun signe de vieillissement, assure Joshua Rukundo, ancien vétérinaire principal, désormais directeur, de la réserve de l’île de Ngamba. L’inflammation des articulations est une affection courante chez les chimpanzés vieillissants. « Souvent, ils présentent aussi des problèmes aux dents, ce qui les empêche de digérer les fibres. Ce manque de nourriture affecte leur immunité et ils deviennent donc vulnérables face aux maladies. »

Néanmoins, il précise que la plupart de ces symptômes peuvent être traités. Ainsi, en ce qui concerne le vieillissement en bonne santé, les chimpanzés de l’île de Ngamba vivent peut-être dans le meilleur des deux mondes. Ils disposent de grands espaces pour vagabonder, comme ils le feraient dans la nature, et profitent de certains avantages de la captivité, comme des suppléments en nourriture et des soins.

Cette situation pourrait servir d’exemple pour assurer de bons soins aux anciens chimpanzés de laboratoire en captivité, mais aussi pour les autres singes et les animaux des zoos.

Rester actif

Des observations similaires ont été obtenues de l’une des populations de singes les plus connues au monde. Les gorilles des montagnes (Gorilla beringei beringei) du parc national des volcans au Rwanda sont étudiés depuis 54 ans, lorsque Dian Fossey a lancé ses recherches là-bas en 1967. Depuis, les chercheurs ont enterré les corps des gorilles sauvages morts naturellement dans des cages spéciales afin de les protéger des charognards. Cette technique leur permet de les garder en sécurité pour de prochaines études. Depuis 2008, la National Geographic Society soutient la collecte et l’étude de ces restes.

«C’est une collection vraiment unique, comptant plus d’une centaine de squelettes» indique Christopher Ruff, anatomiste à l’université Johns Hopkins. Elle a permis aux chercheurs de découvrir si les os des gorilles vieillissaient comme les nôtres. Une récente étude menée par M. Ruff et ses collègues a cherché à déterminer si les os des gorilles présentaient des signes d’ostéoporose, une affection qui affaiblit les os à mesure que les Hommes vieillissent. Ils ont remarqué que même si les cavités osseuses des primates s’étendaient comme celles des humains, la solidité de leurs os ne diminuait pas avec le temps et les fractures étaient rares.

Contrairement à leurs homologues détenus en captivité, les chimpanzés observés dans les sanctuaires ou dans la nature semblent vieillir en meilleure santé car ils restent actifs tout au long de leur vie.

Ce phénomène peut s’expliquer en partie par la consommation des nombreuses plantes riches en calcium contenues dans le régime alimentaire des gorilles. Le facteur le plus important reste tout de même l’activité physique. Même si les gorilles des montagnes passent de nombreuses heures assis à manger, ils font beaucoup d’exercice en montant et descendant les pentes abruptes de la région.

C’est une activité cruciale, assure M. Ruff, puisque les os sont ainsi sans cesse remodelés en réponse aux forces qu’ils subissent. Contrairement aux pièces d’une machine, nos os et nos muscles contiennent des tissus vivants qui leur permettent de se réorganiser et de se réparer activement lorsque nous nous en servons. Si nous restons inactifs, ils se dégradent. « Soit vous les utilisez, soit vous les perdez », conclut M. Ruff.

Une retraite rajeunissante 

La bonne nouvelle pour celles et ceux qui sortent de l’inactivité imposée par les confinements de la pandémie, c’est qu’une augmentation de l’exercice physique peut aider les corps affaiblis à se rétablir.

Heureusement, de nombreux anciens chimpanzés de laboratoire ont eux aussi l’occasion de remettre leurs muscles vieillissants en route. Des centaines de chimpanzés de laboratoire aux États-Unis ont été transférés à Chimp Haven. Ce sanctuaire fondé en 2005 en Louisiane offre aux primates à la retraite de grands espaces pour se déplacer.

Les animaux y sont totalement protégés de la recherche invasive et les conditions imposées aux scientifiques pour les étudier sont strictes. Dans une déclaration, des gestionnaires du sanctuaire ont affirmé à National Geographic qu’ils ont approuvé de multiples études, essentiellement d’observation, portant sur la cognition, la mobilité et le microbiome des chimpanzés vieillissants dont ils ont la charge.

Certaines de ces recherches pourraient un jour s’avérer bénéfiques pour la santé humaine mais la priorité du Chimp Haven reste désormais focalisée sur le bien-être de ses pensionnaires.

Source : article rédigé par Tim Vernimmen publié le 5 juillet 2021 dans National Géographic https://www.nationalgeographic.fr/animaux/et-si-les-chimpanzes-sauvages-pouvaient-nous-apprendre-a-vieillir-en-bonne-sante  

17 novembre 2025

Poétique et fière, la Femme-feuille, de Ouiza,

"L'automne est un deuxième printemps où chaque feuille est une fleur"  - Albert Camus

Ah quel bonheur en ouvrant ma boite aux lettres aujourd'hui : j'y trouve une enveloppe "nature" composée artistiquement par Ouiza, à partir exclusivement de feuilles d'automne collées, découpées et même un peu teintée de bleu, avec le profil d'une fière jeune femme, absolument magnifique!

Et comme apparemment la cueillette a été fructueuse, Ouiza a rajouté la photo d'un "tableau" qu'elle a créé avec du branchage,  des lichens jaunes qu'on appelle "parmélie des murailles" et du lichen frisé gris qu'on appelle mousse de chène, encore une fois dans une composition spectaculaire. 

C'est Noël avant l'heure pour moi, un énorme merci Ouiza de ces magnifiques cadeaux. Quelle beauté et quelle poésie dans tes envois. Comme j'ai de la chance de te compter parmi mes correspondants.  

6 octobre 2025

Pour la Paix et la fin de l'état de siège à Gaza, une calligraphie d'Hassan Massoudy pour Ouiza

Pour ma correspondante Ouiza qui apprécie elle aussi les calligraphies arabes absolument superbes d'Hassan Massoudy, j'ai réalisé ce mail-art textile en repiquant l'une d'elles (La Paix) sur du tissu que j'ai agrémenté de quelques sequins : je sais que nous appelons toutes les deux de nos voeux la paix en Palestine (sans oublier tous les autres pays où des populations civiles sont sous le joug d'envahisseurs, de grands groupes industriels qui convoitent leurs ressources minières, de tyrans religieux qui les musellent ou les déplacent...).

La Paix : calligraphie d'Hassan Massoudy - Verso

Verso - Façade peinte à  Strabane en Irlande pour réclamer la fin du siège de Gaza 

A l'intérieur de l'enveloppe j'ai ajouté le texte d'une poésie inédite de Mahmoud Darvich dont vous trouverez ci-dessous l'intégralité.

Je te souhaite une bonne réception de cet envoi, chère Ouiza, et je te souhaite un bel automne.

***
« Etat de siège » par Mahmoud Darwich 

Ramallah, janvier 2002 : un poème inédit de Mahmoud Darwich
publié dans le Monde Diplomatique d'avril 2002

Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps
Près des jardins aux ombres brisées,
Nous faisons ce que font les prisonniers,
Ce que font les chômeurs :
Nous cultivons l’espoir.

Un pays qui s’apprête à l’aube. Nous devenons moins intelligents
Car nous épions l’heure de la victoire :
Pas de nuit dans notre nuit illuminée par le pilonnage.
Nos ennemis veillent et nos ennemis allument pour nous la lumière
Dans l’obscurité des caves.

Ici, nul « moi ».
Ici, Adam se souvient de la poussière de son argile.

Au bord de la mort, il dit :
Il ne me reste plus de trace à perdre :
Libre je suis tout près de ma liberté. Mon futur est dans ma main.
Bientôt je pénètrerai ma vie,
Je naîtrai libre, sans parents,
Et je choisirai pour mon nom des lettres d’azur…

Ici, aux montées de la fumée, sur les marches de la maison,
Pas de temps pour le temps.
Nous faisons comme ceux qui s’élèvent vers Dieu :
Nous oublions la douleur.

Rien ici n’a d’écho homérique.
Les mythes frappent à nos portes, au besoin.
Rien n’a d’écho homérique. Ici, un général
Fouille à la recherche d’un Etat endormi
Sous les ruines d’une Troie à venir.

Vous qui vous dressez sur les seuils, entrez,
Buvez avec nous le café arabe
Vous ressentiriez que vous êtes hommes comme nous
Vous qui vous dressez sur les seuils des maisons
Sortez de nos matins,
Nous serons rassurés d’être
Des hommes comme vous !

Quand disparaissent les avions, s’envolent les colombes
Blanches blanches, elles lavent la joue du ciel
Avec des ailes libres, elles reprennent l’éclat et la possession
De l’éther et du jeu. Plus haut, plus haut s’envolent
Les colombes, blanches blanches. Ah si le ciel
Etait réel [m’a dit un homme passant entre deux bombes]

Les cyprès, derrière les soldats, des minarets protégeant
Le ciel de l’affaissement. Derrière la haie de fer
Des soldats pissent — sous la garde d’un char -
Et le jour automnal achève sa promenade d’or dans
Une rue vaste telle une église après la messe dominicale…

[A un tueur] Si tu avais contemplé le visage de la victime
Et réfléchi, tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre
A gaz, tu te serais libéré de la raison du fusil
Et tu aurais changé d’avis : ce n’est pas ainsi qu’on retrouve une identité.

Le brouillard est ténèbres, ténèbres denses blanches
Epluchées par l’orange et la femme pleine de promesses.

Le siège est attente
Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête.

Seuls, nous sommes seuls jusqu’à la lie
S’il n’y avait les visites des arcs en ciel.

Nous avons des frères derrière cette étendue.
Des frères bons. Ils nous aiment. Ils nous regardent et pleurent.
Puis ils se disent en secret :
« Ah ! si ce siège était déclaré… » Ils ne terminent pas leur phrase :
« Ne nous laissez pas seuls, ne nous laissez pas. »

Nos pertes : entre deux et huit martyrs chaque jour.
Et dix blessés.
Et vingt maisons.
Et cinquante oliviers…
S’y ajoute la faille structurelle qui
Atteindra le poème, la pièce de théâtre et la toile inachevée.

Une femme a dit au nuage : comme mon bien-aimé
Car mes vêtements sont trempés de son sang.

Si tu n’es pluie, mon amour
Sois arbre
Rassasié de fertilité, sois arbre
Si tu n’es arbre mon amour
Sois pierre
Saturée d’humidité, sois pierre
Si tu n’es pierre mon amour
Sois lune
Dans le songe de l’aimée, sois lune
[Ainsi parla une femme
à son fils lors de son enterrement]

Ô veilleurs ! N’êtes-vous pas lassés
De guetter la lumière dans notre sel
Et de l’incandescence de la rose dans notre blessure
N’êtes-vous pas lassés Ô veilleurs ?

Un peu de cet infini absolu bleu
Suffirait
A alléger le fardeau de ce temps-ci
Et à nettoyer la fange de ce lieu

A l’âme de descendre de sa monture
Et de marcher sur ses pieds de soie
A mes côtés, mais dans la main, tels deux amis
De longue date, qui se partagent le pain ancien
Et le verre de vin antique

Que nous traversions ensemble cette route
Ensuite nos jours emprunteront des directions différentes :
Moi, au-delà de la nature, quant à elle,
Elle choisira de s’accroupir sur un rocher élevé.

Nous nous sommes assis loin de nos destinées comme des oiseaux
Qui meublent leurs nids dans les creux des statues,
Ou dans les cheminées, ou dans les tentes qui
Furent dressées sur le chemin du prince vers la chasse.

Sur mes décombres pousse verte l’ombre,
Et le loup somnole sur la peau de ma chèvre
Il rêve comme moi, comme l’ange
Que la vie est ici… non là-bas.

Dans l’état de siège, le temps devient espace
Pétrifié dans son éternité
Dans l’état de siège, l’espace devient temps
Qui a manqué son hier et son lendemain.

Ce martyr m’encercle chaque fois que je vis un nouveau jour
Et m’interroge : Où étais-tu ? Ramène aux dictionnaires
Toutes les paroles que tu m’as offertes
Et soulage les dormeurs du bourdonnement de l’écho.

Le martyr m’éclaire : je n’ai pas cherché au-delà de l’étendue
Les vierges de l’immortalité car j’aime la vie
Sur terre, parmi les pins et les figuiers,
Mais je ne peux y accéder, aussi y ai-je visé
Avec l’ultime chose qui m’appartienne : le sang dans le corps de l’azur.

Le martyr m’avertit : Ne crois pas leurs youyous
Crois-moi père quand il observe ma photo en pleurant
Comment as-tu échangé nos rôles, mon fils et m’as-tu précédé.
Moi d’abord, moi le premier !

Le martyr m’encercle : je n’ai changé que ma place et mes meubles frustes.
J’ai posé une gazelle sur mon lit,
Et un croissant lunaire sur mon doigt,
Pour apaiser ma peine.

Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit
pas, en toute liberté !!

Résister signifie : s’assurer de la santé
Du cœur et des testicules, et de ton mal tenace :
Le mal de l’espoir.

Et dans ce qui reste de l’aube, je marche vers mon extérieur
Et dans ce qui reste de la nuit, j’entends le bruit des pas en mon intention.

Salut à qui partage avec moi l’attention à
L’ivresse de la lumière, la lumière du papillon, dans
La noirceur de ce tunnel.

Salut à qui partage avec moi mon verre
Dans l’épaisseur d’une nuit débordant les deux places :
Salut à mon spectre.

Pour moi mes amis apprêtent toujours une fête
D’adieu, une sépulture apaisante à l’ombre de chênes
Une épitaphe en marbre du temps
Et toujours je les devance lors des funérailles :
Qui est mort…qui ?

L’écriture, un chiot qui mord le néant
L’écriture blesse sans trace de sang.

Nos tasses de café. Les oiseaux les arbres verts
A l’ombre bleue, le soleil gambade d’un mur
A l’autre telle une gazelle
L’eau dans les nuages à la forme illimitée dans ce qu’il nous reste

Du ciel. Et d’autres choses aux souvenirs suspendus
Révèlent que ce matin est puissant splendide,
Et que nous sommes les invités de l’éternité.

Mahmoud Darwich

13 août 2025

Le bleu de Rimbaud et la poésie , de la part de Ouiza

Et voici le deuxième mail-art d'Ouiza reçu ce jour.

C'est une ode à la couleur bleue et à la poésie, celle de Rimbaud mais aussi celle de tous les poètes, particulièrement aux poètes palestiniens. Ecoutons leurs mots.

 

Si au jardin des mots lire c'est cueillir, alors écrire c'est semer  

En faisant référence au texte du poème de Karim Kattan (extrait de "quand minuit vient") à lire dans son intégralité sur un post précédent,  Ouiza me rappelle que la poésie seule permet de dire l'indicible et que par ses mots, très forts, ce poète acte et signe le génocide en cours. 

Merci Ouiza pour ce deuxième envoi si bleu et si beau, complétant à merveille ton autre envoi reçu aussi ce jour. Un grand merci vraiment pour ces deux beaux cadeaux. 

Tes courriers m'ont donné l'envie d'aller plus loin et de découvrir cette partie du monde :  bien avant que j'ouvre les yeux, ce peuple avait déjà enduré des traumatismes terribles comme la Nakba en 1948 et depuis cette époque, n'a jamais vraiment connu la paix.

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Pour mesurer l'ampleur du désastre qui se passe sous nos yeux en Palestine, dans le silence assourdissant du monde occidental, de toutes les nations européennes et de notre propre pays, voici deux livres intéressants que je viens de me commander auprès de l'Institut du Monde Arabe à Paris. 

Que ma mort apporte l'espoir - Poèmes de gaza  -  Collectif - Edition Libertalia -10 Euros -

S’il est écrit que je dois mourir
Il vous appartiendra alors de vivre
Pour raconter mon histoire
Alors que ma mort apporte l’espoir
Que ma mort devienne une histoire
S’il est écrit que je dois mourir


Poèmes de Gaza . 
Sélection, traduction et préface de Nada Yafi. 
Postface de Karim Kattan. 
S’il est écrit que je dois mourir Il vous appartiendra alors de vivre Pour raconter mon histoire S’il est écrit que je dois mourir Alors que ma mort apporte l’espoir Que ma mort devienne une histoire. Bouleversants de courage et d’humanité, les cinquante textes qui composent ce recueil témoignent de la force de la poésie, forme privilégiée de la culture arabe, et confirment que la vie finit toujours par l’emporter sur la mort : « Car nous aimons la vie, disait Mahmoud Darwich, poète emblématique de la Palestine, pour peu que nous en ayons les moyens. » Édition bilingue arabe-français. Nada Yafi, ancienne diplomate et interprète en arabe, a publié Plaidoyer pour la langue arabe (Libertalia, 2023). Karim Kattan, écrivain palestinien né à Jérusalem, a notamment publié L’Eden à l’aube (Élyzad, 2024).
Araborama : Ce que la Palestine apporte au monde  - Collectif  SEUIL 10/03/2023

La collection « Araborama », créée par l’Institut du monde arabe et les éditions du Seuil, rassemble journalistes, intellectuels, écrivains, artistes et illustrateurs pour explorer les réalités présentes, la pluralité et l’histoire du « monde arabe »

« À l’heure où la Palestine semble abandonnée de tous, à commencer par les États arabes, nous avons choisi d’y retourner, comme une évidence. Pour raconter son peuple dispersé par l’histoire et les frontières. Nous avons voulu arpenter son territoire, divisé entre Gaza et la Cisjordanie avec Jérusalem pour centre introuvable, annexé par la colonisation israélienne et grignoté par le Mur de séparation.Devenue le symbole de la colonisation dans un monde en train de se décoloniser dans la deuxième moitié du XXe siècle, la Palestine ne s’appartient pas. Elle est une cause, une source d’inspiration pour le monde entier. Le keffieh est le drapeau des révoltés. Palestinien n’est plus seulement une nationalité sans pays, c’est une condition et le refus de s’y plier, c’est une résistance obstinée de chaque instant et de chaque geste.C’est du monde tel qu’il va mal dont la Palestine nous parle. La Palestine vit déjà à l’heure d’un monde aliéné, surveillé, encagé, ensauvagé, néolibéralisé. Les Palestiniens savent ce que c’est d’être un exilé sur sa propre terre. Apprenons d’eux ! »
Extrait de l’introduction de Christophe Ayad

Ces ouvrages pourront me permettre de mieux comprendre ce qui fait la force de ce peuple si profondément attaché à ses racines et l'ampleur de son immense culture que trop souvent nous méconnaissons.  

Deux symboles culturels forts pour les Palestiniens : clé et broderie traditionnelle , de Ouiza

Aujourd'hui c'est un grand jour pour moi car je reçois dans la même distribution postale non pas une mais deux enveloppes créées par Ouiza et son art si précieux, si richement travaillé. 

Fort bouleversée par toutes les horreurs qui se passent en Palestine depuis 22 mois, elle a très envie de mieux faire connaître la culture palestinienne avant qu'elle ne soit totalement éradiquée. C'est sa manière de résister en diffusant partout l'art, la beauté et la poésie du peuple palestinien tout en affirmant haut et fort que ce qui s'y passe depuis la rupture du cessez-le-feu et le blocus total de Gaza se nomme proprement un génocide.

Le premier mail-art attire mon attention sur un symbole auprès duquel j'étais totalement passée : la clé sur le recto de l'enveloppe. Depuis la Nakba de 1948 où nombre de Palestiniens furent chassés de leur maison et de leur territoire, cette clé symbolise le droit au retour sur leur terre.


Sur le verso de l'enveloppe on trouve une Kamsa, appelée aussi Main de Fatma.

Le faux-timbre d'artiste aborde quant à lui un autre symbole très fort de la culture palestinienne :  une broderie traditionnelle au point de croix en fil de coton ou de soie qui se transmet de mère en fille,  appelée Tatreez en arabe. 

C'est une pratique traditionnelle sociale et intergénérationnelle qui remonte à plus de 3000 ans. Entrée au Patrimoine Culturel de l'Humanité de l'UNESCO depuis 2021, cette broderie est venue enrichir la liste du patrimoine immatériel de l'humanité. Je vais lui dédier un post spécifique dans les prochains jours. 

Dans cette première enveloppe, il y avait en sus quelques morceaux choisis de littérature : je vous laisse prendre connaissance de la poésie ou de la prose que Ouiza conserve et partage sur des petites cartes ...

...et admirer quelques tirages photos de  tableaux d'un artiste palestinien célèbre dont je vous ai déjà parlé sur ce blog  : Sliman Mansour
A gauche, le Chameau des fardeaux (ou le chameau porteur des difficultés) - 2005
 à droite Jésusalem, patrimoine palestinien -1979
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Merci Ouiza pour ce premier envoi, une magnifique enveloppe bien garnie et fort intéressante. 

Saches que je suis totalement en accord avec toi : par simple souci d'humanité, et bien au-delà de toute considération religieuse,  il nous faut raconter encore et encore l'histoire des Palestiniens et leur culture pour que jamais on ne les oublie. 

21 juillet 2025

Magnifique reliure du 16e siècle pour un livre de prière, pour Ouiza

On peut en douter en voyant quelques posts de ce blog où je mets en exergue des chefs d'oeuvre artistiques sur lesquels je m'extasie alors qu'ils ont été conçus pour glorifier une religion. Je rappelle que je suis athée, et qu'à ce titre, je ne fait jamais le moindre prosélitisme : je me contente d'apprécier tout ce qui est beau, tout ce qui montre le savoir-faire immense et tellement varié des artisans d'art, que ce soit pour travailler la pierre, le fer, le verre, le textile, ou n'importe quelle autre matière.

Cette fois-ci, c'est la reliure extraordinaire d'un très ancien coran trouvé à Istambul, datant du XVIe siècle qui a retenu mon attention. Il me paraît d'une richesse inouïe avec ses dorures et ses sortes d'enluminure comme il en existe dans l'architecture arabe. 

C'est tout naturellement que cette oeuvre d'art est destinée à Ouiza dans un mail-art textile : j'aime beaucoup l'harmonie des bleus et du doré, couleurs reprises également dans le timbre.

Imagine originale, trouvée sur Gallica
Anonyme : Coran Istanbul XVIe siècle, styles Nesh et Rika, encre, pigments et or sur papier
Au début je pensais le rebroder, mais finalement, cela aurait fait une surcharge et n'aurait pas vraiment apporté de plus value :  cette reliure est déja si belle et si riche ainsi qu'elle se suffit à lui-même. 

Je t'en souhaite une bonne réception Ouiza,  ainsi qu'un bel été. 

5 mai 2025

La Paix et une terre pour la Palestine, pour Ouiza

“L'art, c'est le plus court chemin de l'homme à l'homme.” André Malraux

Comme je l'ai écrit, il y a quelques jours, je ne peux plus me taire sur les abominations qui s'abattent sur le peuple palestinien, les gazaouis en particulier : le cessez-le-feu obtenu avec difficultés par la communauté internationale fin janvier n'a pas tenu bien longtemps. Le pilonnage des hommes et des infrastructures continue de plus belle et on ne compte plus les civils martyrisés, ni les enfants atrocement tués...

Alors, comme je ne suis ni poétesse ni peintre, j'ai trouvé des oeuvres d'artistes palestiniens racontant leur existence depuis 1948, date de la création de l'Etat d'Israël et de la perte d'une bonne partie de leur territoire, et pour illustrer leur besoin de paix et de quiétude sur Terre. 

J'en ai fait un mail-art textile pour Ouiza, mailartiste et artiste sensible à tout ce qui se passe au Moyen- Orient, tous pays confondus, cette fois en mettant en avant le travail de Sliman Mansour.  

Je l'imagine bouleversée comme je le suis moi-même par tout ce qui se passe là-bas, à bas bruit,  personne n'osant s'exprimer sur ce sujet-là chez nous (oui, la Patrie des Droits de l'Homme!) et j'espère que cette enveloppe et mon empathie lui apporteront quelque réconfort. Bonne réception, Ouiza.

Oeuvres originales de Sliman Mansour :A gauche, sans titre -mais une colombe de la paix s'impose dans cette mosaîque  
à droite,  Holy Land, peinture sur boue

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Sliman Mansour, né en 1947, est l'une des figures les plus importantes de l'art palestinien contemporain. Samia Halabi, artiste et chercheuse palestinienne, décrit Mansour comme un membre du mouvement artistique de libération et le cite comme artiste et activiste culturel avant et après l'Intifada. Pendant l'Intifada, Mansour était membre du groupe d'artistes palestiniens New Perspectives, aux côtés d'artistes tels que Taysir Barakat, Vera Tamari et Nabil Annani. En signe de protestation contre le régime israélien, le groupe utilisait exclusivement des fournitures artistiques et un mélange de matériaux trouvés en Palestine pour créer ses œuvres. En 1988, il a peint quatre fresques murales sur les murs des villages dévastés de Yibna, Yalo, Imwas et Beit Dajan. Mansour est l'auteur de « Both Sides of Peace, the Art of Israeli-Palestinian Political Poster », publié en 1998 par le Museum of Contemporary Art et l'Université de Washington.

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Sur le Quotidien de l'art, je viens de voir que la question palestinienne est au coeur d'une autre forme d'ostracisme, celui du milieu de l'art. Soixante-quinze ans après la Nakba, « catastrophe » qui expulsa plus de la moitié des Palestiniens de leurs terres, la question palestinienne reste un impensé qui embarrasse les institutions de l'art. Lire l'article "Enquête sur un tabou"

Ceci me conforte d'autant plus sur la nécessité de faire connaître leurs oeuvres via ce blog. 

30 janvier 2025

D186 - Des feuilles-dentelles et du bleu pour la chambre peinte par Suzanne Valadon, de la part d'Ouiza

Deuxième courrier reçu ce jour de ma nouvelle correspondante iséroise, et c'est encore 'un must" : un grand merci à toi Ouiza pour cette magnifique enveloppe réalisée pour m'adresser tes voeux.

Pour célébrer l'entrée dans l'année 2025, tu t'es focalisée sur la Terre, bleue comme une orange a dit le poète. Avec cette feuille-dentelle teintée de bleu composée de plusieurs couches de feuilles mortes d'un même gabarit où les morsures du vent, de la pluie, des pas qui les ont foulés ont emporté certaines parties, laissant entrevoir une composition unique, tu portes le message de la beauté et de la poésie de cette nature qui nous entoure... prenons-en soin, sachons toujours la regarder et la respecter.

Pour compléter l'envoi, un rectangle végétal près du timbre, tout embelli de fil d'argent laisse comme une trainée de lune sur l'enveloppe et rappelle la broderie métallique placée à la base de la feuille dentelle.

Il y a beaucoup d'informations sur cette réalisation : j'en termine par le magnifique faux-timbre d'artiste faisant la part belle à cette peinture de Suzanne Valadon dite "la chambre bleue", oeuvre mise partout à l'honneur en ce moment car une exposition est dédiée à cette femme-peintre au Centre Pompidou depuis le 15 janvier et jusqu'au 25 mai 2025.

"La chambre bleue" 1923. Suzanne Valadon.
Comme tant d’autres, méconnue parce que femme, Suzanne Valadon (1865-1938), née Marie-Clémentine Valade, n'a eu comme hommage pour son 150 ème anniversaire, que celui de figurer sur un timbre-poste. Trop longtemps reléguée par la postérité à son statut de mère de Maurice Utrillo et de « Muse de Montmartre », Suzanne est pourtant l’une des peintres les plus avant-gardistes de la fin du XIXe siècle. Ses œuvres bouleversent la représentation du corps féminin et marquent une rupture avec l’hyper-sexualisation de la femme prolétaire, motif pictural prégnant du XIXe siècle, de l’impressionnisme au postimpressionnisme. Son origine de classe, souvent ignorée par l’indigente littérature qui lui est consacrée est essentielle dans la compréhension de son œuvre. Fille de prolétaires, elle est entrée dans le très patriarcal milieu artistique parisien en tant que modèle. Comme le souligne l’historienne d’art féministe Patricia Mattews : « Sa double expérience qui l’a amené à poser comme un corps sous un regard masculin, et comme artiste naissante, à scruter le processus qui transforme et positionne un corps en un objet du regard sur la toile a eu des conséquences significatives sur son attitude à l’égard de sa propre image des femmes et du corps féminin ».
Les œuvres de Suzanne Valadon sont émancipatrices en ce qu’elles permettent une véritable réappropriation picturale. Sur ce tableau la rupture avec le genre est frappante : le regard est ailleurs, le corps n’est pas offert mais incarné, loin des représentations fantasmées. Les femmes prolétaires, comme celle représentée sur cette toile, sont loin des clichés misérabilistes, qui véhiculent une autre forme de soumission à un regard voyeur et condescendant.
Berthe Morisot, la grande peintre impressionniste qui l’a précédée, n’est jamais allée aussi loin que Suzanne Valadon dans la rupture avec les conventions. Elle représente essentiellement des femmes de son milieu dans des occupations domestiques et convenues.
Femme révolutionnaire, Suzanne Valadon ne figure pas au Panthéon de la peinture, mais est enterrée au cimetière parisien de Saint-Ouen.
Source : Instagram Emma Duhem

17 janvier 2025

Que l'année 2025 te soit douce, Ouiza

  En 2025, la France, deuxième plus grand territoire maritime au monde, célèbre l'Année de la Mer, une initiative nationale visant à éveiller les consciences face à l'urgence de protéger l'Océan. 

C'est le thème que j'ai choisi de développer pour illustrer mes cartes de voeux. 

Introduction à la bio-acoustique des cétacés :

Vivre là où on ne voit rien

Les Cétacés passent tout de même la majorité de leur temps sous la surface, là où on ne les voit pas. Eh bien souvent dans des conditions de lumière où eux-mêmes ne voient pas ! Il est donc bien curieux que les instruments acoustiques ne constituent pas l’essentiel des instruments emportés par les cétologues lors de leur campagnes.

L’hydrophone est une partie intégrée au matériel du GREC depuis bien longtemps. C’est que l’homme est une créature plus visuelle qu’acoustique...

Pourquoi cette expression bizarre, ‘le monde du silence’, inventée par l’équipe Cousteau, semble-t-il ? La réponse est très simple: ce qu’entend un plongeur, avec ses propres oreilles, n’est qu’une infime partie du son qui se trouve réellement dans l’eau. Pourquoi ? Les sons que l’être humain entend transitent à travers son oreille moyenne, une cavité avec de l’air, un parfait isolant pour les sons aquatiques …

A cinquante mètres sous la surface, l’obscurité s’épaissit et devient progressivement totale : c’est le royaume de la bioluminescence et de l’acoustique. Parmi les prédateurs, certaines créatures « à gros yeux » arrivent à capturer des proies. D’autres usent de subterfuges lumineux pour les attirer vers leur gueules. Mais les créatures arrivant à maîtriser les sons sont certaines de réussir, car la mer est un véritable réservoir sonore. Pourquoi ?

Audible à un ou deux km dans l’air … et à 100 km sous l’eau !

L’eau conduit bien les sons. Des lois physiques gouvernent cette propagation. Citons parmi les plus importantes : 
  • La célérité du son est 4 fois plus élevée dans l’eau que dans l’air (1500 m/s au lieu de 340 m/s),
  • La décroissance du niveau sonore en fonction de la distance entre la source et le récepteur. Autrement dit, le niveau d’intensité sonore baisse de 6 dB à chaque fois que l’on double la distance entre la source et le récepteur
  • L’absorption des sons de basse fréquence est très faible: à 100 Hz -> 0,0001 dB par km
  • La surface renvoie presque intégralement les sons qu’elle reçoit, c’est un miroir acoustique; cela est dû à la grande différence entre les impédances acoustiques dans l’eau et dans l’air ; le fond renvoie le son avec quelques pertes, selon la nature du sol, qui influe sur sa capacité réfléchissante.
Notre hydrophone remorqué sous l’eau nous transmet les sons sous-marins. Le son est donc canalisé dans la couche d’eau, avec peu de pertes à travers les « parois ». Résultat, le silence des abysses est très bruyant : c’est ce que vous confirmerait votre première écoute sous-marine. Outre les bruits environnementaux (les vagues) ou biologiques (jusqu’aux crissements des mandibules de crustacés), on perçoit bien sûr les bruits d’hélice, et les différents engins. Certaines couches d’eaux constituent de véritables nappes sonores, en raison des variations de densité dues aux écarts de température et de pression.

La capacité de détection d’un son précis dépend fortement du niveau de bruit ambiant dans l’eau. C’est pourquoi, l’intensité du son s’atténuant avec la distance, celui-ci ne sera perceptible que dans un certain rayon autour de la source.

Au royaume des aveugles, mieux vaut ne pas être sourd

Au milieu de cette cacophonie aquatique, les cétacés (et spécialement les odontocètes) sont à l’origine de sons variés et quelquefois de forte puissance. Les mysticètes (baleines) ne sont pas muets, mais la plupart des espèces de rorqual s’expriment en infrasons ou très basse fréquence, alors que la baleine franche, et surtout le mégaptère émettent des sons sophistiqués à bande large.

La tête du cachalot est pratiquement un émetteur d’impulsions de forte puissance. Mais en général, les cétacés les plus « bruyants » appartiennent au sous-ordre des odontocètes (cétacés à dents), il s’agit spécialement de dauphins de diverses espèces et des cachalots que nous connaissons bien.

Émission des sons : des vocalises variées …

Les cétacés produisent des émissions sonores dans une très large bande de fréquence, entre 10 Hertz et 150 kHz environ. Mais seule la partie inférieure de ce spectre -en deçà de 18 kHz- nous est audible. Les infrasons ne sont pas audibles mais sont très bien captés par les instrumentations militaires ou industrielles. Ces vocalisations sont produites par des circulations d’air dans le système respiratoire supérieur des animaux, entre deux poches, par des résonances, ou le pincement d’écoulement à travers un diaphragme. A la différence de l’homme, la production d’un son n’est pas généralement associée à un échappement d’air, en raison de l’adaptation nécessaire à l’apnée.

Un dauphin commun en train de siffler n’émet pas de bulles. Les sons produits peuvent être de type impulsif (clics, tics, bourdon,…) ou continu (sifflements, cris, mugissement) ou une succession des deux. Dans ce dernier cas, ils sont le plus souvent modulés en fréquence. Parmi tous les odontocètes présents en Méditerranée, seul le Cachalot n’émet qu’une seule catégorie de son : des clics. Les delphinidés produisent une large variété d’émissions des deux catégories. On admet généralement que les sons de type ‘impulsion’ sont destinés surtout à l’écholocalisation et que les émissions de type ‘continu modulé’ ont une fonction de communication. Mais cela est simplificateur car certains trains d’impulsions ont également une fonction de communication, notamment en cas d’agressivité.

Le melon du dauphin sert à concentrer et diriger les sons émis. Pour les odontocètes, les sons impulsifs sont focalisés à travers la poche de spermaceti qui se trouve à l’avant de la boîte crânienne, formant le « melon » de l’animal, et dirigés vers l’avant (directivité du faisceau assez forte). Chez les baleines l’organe à spermaceti n’existe pas, pourtant certaines impulsions sont produites. On ne sait pas très bien comment les baleines arrivent à émettre des sons aussi puissants, audibles par leurs congénères à plusieurs centaines de kilomètres.

Allo, j’écoute ?

La réception des sons se fait par plusieurs voies chez les cétacés : l’oreille, la mâchoire inférieure et (probablement) la surface du corps. Les cétacés n’ont pas de pavillon externe, mais l’ensemble oreille moyenne-oreille interne est similaire au système des autres mammifères, avec certaines évolutions fonctionnelles. Un bouchon cireux obture l’orifice auditif minuscule qui se trouve en arrière de l’œil.

Chez le cachalot, la réception se fait principalement par le mandibule, long et étroit.

Des audiogrammes de dauphins et de marsouins ont été réalisés en bassin, ainsi que d’orques. Ils confirment que la réception est à bande large (jusqu’à environ 120-130 kHz) avec une sensibilité maximale qui serait comprise entre 5 et 100 kHz. L’allure des audiogrammes est semblable à celui des humains, avec une pente d’atténuation faible vers les basses fréquences et une coupure assez brutale en haute fréquence (au-delà de 100 kHz)..

Chez les mysticètes, la réception des sons semble se faire par l’ensemble de la tête.

En ce qui concerne les baleines, les connaissances restent empiriques et suggèrent une audition plus efficace vers les basses et moyennes fréquences (1-20 kHz). Le seuil d’audition serait plus élevé que chez les dauphins, aux alentours de 50-70 dB, en rapport avec le bruit de fond beaucoup plus élevé dans cette région du spectre.

Source : article relevé sur le site https://www.cetaces.org/monde-sonore-cetaces/acoustique-sous-marine-et-les-cetaces/