8 septembre 2026

«Fuck la planète» : où comment les puissants ont fait le choix du réchauffement climatique (à voir sur Arte)

Avec les prochaines échéances électorales en France mais aussi ailleurs dans le monde et après les mois de  chaos que nous subissons en 2026 (inondations, sécheresse, méga-feux, canicules, méga-éboulements dans l'Himalaya et dans les Alpes générant coulées de boues et laves torrentielles, ...), il me semble utile de remettre l'église au milieu du village et de pouvoir nous faire notre propre opinion sur le pourquoi du dérèglement climatique.  

A cette fin, je vous communique ici, un article de Reporterre à propos du très éclairant documentaire diffusé à partir de ce soir sur ARTE.

Photo et article de la newsletter de ReporTerre du 8/9/2026

Depuis le milieu du XXe siècle, la nocivité des pollutions industrielles sur le climat est clairement établie. Mais les sociétés riches occidentales ont préféré passer outre, nous montre avec pertinence un documentaire Arte. 

C’est un titre bref, qui en dit long : Fuck la planète — Le choix du réchauffement (en français, Nique la planète ou J’emmerde la planète). Diffusé le 8 septembre à 21 heures sur Arte, en trois épisodes, ce documentaire incontournable raconte l’évolution du dérèglement du climat, et la manière dont notre civilisation occidentale s’en est arrangée, s’en arrange encore. (à voir en replay jusqu'au 7 avril prochain).

Le scénario n’a rien de roboratif ; son petit côté polar est même prenant. Avec témoignages et images d’archives, il nous ouvre les cours et arrière-cours de l’histoire. D’un côté, des scientifiques lanceurs d’alerte — pour les plus célèbres, Dennis et Donella Meadows ; de l’autre, de grandes entreprises comme ExxonMobil, qui dissimulent des informations capitales, des groupes de travail ultrasecrets, comme les Jason, et, entre les deux, des chefs d’État plus ou moins embarrassés… Ce qui donne quelques moments cocasses. Par exemple quand Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre de Georges Pompidou (1969-1974), résume le rapport du Club de Rome à la télévision sans jamais citer le « réchauffement climatique ». On attend, on attend, et puis… Non. Est-ce un comédien né ou… ?

Ce récit-enquête bien rythmé, ciselé en trois épisodes de 45 minutes, est le fait d’auteurs confirmés. Le réalisateur, Jean-Robert Viallet, est un documentariste qui a déjà donné le jour à plusieurs enquêtes costauds, dont La Mise à mort du travail, sur les méfaits du management (prix audiovisuel Albert-Londres). Son complice, Jean-Baptiste Fressoz, est, lui, un historien notoire des sciences, des techniques et de l’environnement, chercheur au CNRS. Il a publié récemment Sans transition — Une nouvelle histoire de l’énergie (2024) et coécrit le volume I de La Nature en révolution — Une histoire environnementale de la France, 1780-1870 (2025).

Richement documenté, il pourrait ouvrir une autre période, celle d’un débat citoyen amplifié autour de cette question urgente : comment agir pour stopper le réchauffement climatique avant que ne s’enchaînent, de façon irréversible, phénomènes extrêmes et exil des populations ? Pour y contribuer, Jean-Robert Viallet se dit ouvert à toute proposition de projections-débats de la part de collectifs, d’associations ou d’établissements scolaires. Mais d’abord, bon film !

Une guerre contre nous-mêmes
L’enquête commence au XIXe siècle, dans les fumées noires de l’âge du charbon. Déjà surgissent les premières intuitions scientifiques de l’effet de serre. Mais c’est au cours de la Seconde Guerre mondiale, dans le berceau de la bombe atomique (les laboratoires étasuniens du projet Manhattan), qu’est élaboré le diagnostic du réchauffement climatique tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les outils scientifiques ne vont plus dès lors cesser de se perfectionner, jusqu’à permettre des comparaisons du climat sur plusieurs centaines d’années en amont — la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte l’explique très clairement, c’est passionnant.

Dans les années 1960-1970, aux États-Unis toujours, la question écologique gagne la rue. Le cri lancé par Rachel Carson dans Printemps silencieux, brûlot contre les pesticides, a ému la population, et pointé un débat de fond : les humains font-ils partie de la nature ? Et si oui, leur guerre contre la nature n’est-elle pas une guerre contre eux-mêmes ?

« Les États-Unis sont alors la première puissance économique mondiale (80 % des investissements économiques mondiaux) et le plus grand pollueur, précise à Reporterre Jean-Robert Viallet. C’est donc chez eux que la question des pollutions et du climat commence à s’écrire, du fait de leur mode de consommation. » La Journée de la Terre y est créée en 1970, avant le tout premier Sommet de la Terre à l’Organisation des Nations unies, en 1972. La question climatique commence à être prise au sérieux.

Cercle vicieux
1979 : année charnière. Le démocrate Jimmy Carter, président des États-Unis de 1977 à 1981, est bien ennuyé : « C’est un chrétien démocrate pour lequel la nature, donnée par Dieu aux hommes, est vraiment à protéger », précise Jean-Robert Viallet. Mais, face à une nouvelle crise d’approvisionnement pétrolier, du fait de la révolution iranienne, que fait-il ? Il lance un projet de transformation du charbon en carburant liquide, si polluant qu’il est critiqué même par les sénateurs de son camp. Puis il appelle la population à voyager moins, à privilégier le covoiturage et les transports en commun, et demande un nouveau rapport au météorologue étasunien Jule Charney, pour analyser les recherches récentes sur l’effet de serre et le climat. « Il est dans une crise de schizophrénie intense ! D’ailleurs, ça ne cessera plus : on parle de sobriété, d’énergies renouvelables, mais dès qu’une crise arrive, on relance tous azimuts les énergies polluantes ! Souvenez-vous des débuts de la guerre en Ukraine [qui a relancé les centrales à charbon]… » poursuit le réalisateur.

L’écart entre la réalité scientifique qui se fait jour et l’essor de la société de consommation n’est plus tenable. Même des majors du pétrole, comme Exxon, commandent un rapport à des scientifiques, qui, tous, confirment le danger. C’est alors que survient l’élection de Ronald Reagan (1981-1989), un néolibéral convaincu de la magie du marché.

Intense lobbying
Les élites politiques et économiques n’ont-elles envisagé dès le début que l’adaptation comme seule option réaliste ? Et nique la planète ! Au bénéfice de qui ? Les réponses données aujourd’hui au réchauffement climatique — le développement durable et l’adaptation — sont-elles viables ? Vraiment en mesure de nous protéger ?

Du Sommet de Rio (1992) aux attaques récentes contre la science aux États-Unis et en Europe, en passant par le Protocole de Kyoto en 1997, ce troisième épisode entrelace les fils de l’économie, de la politique et de la recherche scientifique pour dessiner le drôle de paysage dans lequel nous vivons aujourd’hui.

En regardant les images de l’indonésienne Jakarta, l’une des villes du monde les plus menacées par la montée des eaux, on pense à ce que dit l’un des intervenants du film : « Le pire scénario serait un monde où l’économie s’effondrerait et où d’innombrables réfugiés climatiques chercheraient à rejoindre les régions les plus tempérées. Cela pourrait renforcer les populismes d’extrême droite et précipiter un déclin de civilisation. » Mais les énergies renouvelables vont nous sauver, n’est-ce pas ?

Fuck la planète — Le choix du réchauffement, série de 3 documentaires de 45 minutes écrite par l’historien Jean-Baptiste Fressoz et le journaliste Jean-Robert Viallet. Coproduction Arte France, Cinéphage Productions, 2026. Diffusion sur Arte le 8 septembre à 21 heures ; replay possible sur Arte jusqu’au 7 avril 2027.

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