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10 mars 2026

On doit au jeune esclave réunionnais Edmond Elbius l'incroyable essor de la production mondiale de vanille, pour Éric

Comme je l'ai déjà décrit précédemment (ICI et LA), sur cette enveloppe textile destinée à Eric le Parisien,  je vous raconte ici comment  l'incroyable aventure d'Edmond Albius, enfant esclave, qui à 12 ans découvre le secret qui transformera à jamais la culture de la vanille à La Réunion. 
Dessin représentant Edmond Albius et les gousses de vanille qu'il a su obtenir à l'age de 12 ans,
vu sur Pinterest sans nom d'auteur


à droite, des photos en libre accès sur le site Adobe Stock

L'introduction de la vanille à Bourbon s'est faite en trois temps et à partir de trois lieux différents : 

- Le 26 juin 1819 elle vient de Cayenne. Pierre Bernard Milius Gouverneur de l'île depuis le 13 septembre 1818 décide de diversifier l'agriculture de l'île. Il organise des expéditions dans toutes les parties du monde afin de ramener dans la Colonie des espèces nouvelles. A la tête d'une de ces expéditions se trouve un créole de Bourbon, le Commandant Pierre-Henri Philibert accompagné du Botaniste Perrotet. C'est de Cayenne qu'ils ramènent les premières boutures de vanille. 

- Le 6 mai 1820 elle vient de Manille. Une deuxième expédition du Commandant Philibert quitte Bourbon à destination de la Nouvelle Hollande, le botaniste Perrotet fait à nouveau partie du voyage. Cette expédition fera un arrêt à Manille et le botaniste en profitera pour collecter de nombreuses boutures de vanille. 

- Le 25 septembre 1822 elle vient du Muséum de Paris. M. Marchant ordonnateur de Bourbon, profitant d'un voyage en France, se rend au Muséum de Paris et se procure des boutures de vanille du Mexique. Depuis le siècle dernier on cultivait, au Muséum, cette variété dans des serres chauffées. M. Marchant et sa vanille voyagent sur un bateau commandé par un créole de Saint-André, David De Floris. Ils arrivent à Bourbon le 25 septembre 1822.

Histoire de la vanille à l'Ile Bourbon
Au début du XIX siècle des plants furent expédiés à Java, puis à la Réunion et à Maurice pour y tenter la culture de la précieuse vanille, mais en l'absence de pollinisation naturelle par un insecte du Mexique, la culture s'est avérée impossible sur ces îles. 

La première pollinisation artificielle du Vanillier fut réalisée en 1836 au jardin botanique de Liège par Charles Morren, puis en 1837 par le Français Neumann, mais c'est en 1841 qu'un jeune esclave, Edmond Albius, imagina le procédé encore utilisé de nos jours. Ce fut dès 1848 l'essor de la culture à l'Ile de la Réunion (alors plus connue sous le nom de « l'Ile Bourbon »)

Edmond Albius est né à Sainte-Suzanne le 9 août 1829. Sa mère est esclave chez la sœur de Féréol Bellier Beaumont ; il la perd à sa naissance. Le 8 décembre 1853 Méziaires Lepervanche décrit l'adolescence du jeune esclave et son initiation à la botanique : Mr Féréol Bellier Beaumont recueillit cet enfant, et s'y attacha comme s'il eût été son propre fils : il ne lui dit donner aucune instruction, mais sans cesse, dans la société de cet homme, instruit, Edmond se trouva éclairé comme par une sorte de reflet des connaissances de son maître, et ne tarda pas à s'associer à ses travaux d'horticulture, et apprit de son maître, versé dans la science des plantes, à reconnaître toutes les fleurs en leur appliquant leurs noms techniques, ce qui n'était pas sans originalité d'entendre sortir des lèvres d'un enfant noir des termes scientifiques, usités seulement chez les adeptes de la science de la botanique.A l'instar de son maître, Edmond s'était essayé souvent à opérer la caprification artificielle sur des fleurs qui, par une raison ou par une autre, ne peuvent se féconder naturellement. 

En 1841, l'esclave Edmond âgé de douze ans trouva, avant les botanistes du Muséum d'histoire naturelle de Paris et les scientifiques locaux, une méthode simple pour féconder manuellement les fleurs de l'orchidée vanillier. Cette découverte permit l'exploitation commerciale de la vanille Bourbon. L'intelligent enfant avait su discerner dans la même fleur, les organes mâles et femelles et les mettre convenablement en relation, procédé simple et rapide consistant à appliquer l'anthère avec le pollen, organe mâle, sur le pistil, organe femelle. La découverte du jeune Edmond allait enrichir de nombreux planteurs, doter l'île d'une nouvelle industrie agricole et permettre le développement de la culture de la vanille à travers le monde.

La « Vanille Bourbon » : comment la découverte d’Edmond a transformé l’économie de La Réunion
Ferréol Bellier-Beaumont comprend immédiatement la portée de l’invention. Loin de garder le secret, il fait d’Edmond un ambassadeur de sa propre technique. Il emmène le jeune esclave de plantation en plantation sur l’Île Bourbon pour enseigner le procédé aux autres colons et à leurs esclaves. Cette diffusion rapide du savoir-faire lance l’industrie de la vanille et établit, aux yeux de tous les témoins, la paternité de la découverte.

L’impact économique est foudroyant. Les chiffres témoignent d’une véritable « révolution » agricole, transformant l’économie de l’île.

* Avant 1841 : Production de vanille : 0.
* 1848 : Coïncidant avec l’abolition de l’esclavage, les premières exportations de vanille symboliques commencent : 50 kilos sont envoyés en France.
* 1858 : La Réunion passe à une production de trois tonnes en 1858.
* ~1860-1870 : La production explose et atteint puis à près de 15 tonnes annuelles.
* Début des années 1880 : L’île exporte 60 tonnes annuelles au début des années 1880.
* 1898 : L’apogée est atteint avec une production record de 200 tonnes.

L’Explosion de la Production de Vanille Bourbon (1848-1898)
Cette nouvelle richesse est « nomé » sous le nom de Vanille Bourbon, tirant son nom de l’appellation coloniale de l’île (un hommage à la famille royale française). Dans cet acte de nomination se joue une première ironie tragique : l’invention qui fait la fortune de l’île porte le nom des rois de France, et non celui du jeune esclave qui l’a rendue possible. L’invention d’Edmond, faite en 1841, a offert une culture de diversification essentielle à l’économie de plantation de l’île, juste au moment où l’abolition de l’esclavage en 1848 allait la forcer à se réinventer.

De l’Île Bourbon à Madagascar : l’expansion mondiale d’un savoir-faire
Le génie de la technique de pollinisation d’Edmond résidait dans sa simplicité et sa transférabilité. Elle n’a pas tardé à voyager. Des colons réunionnais, voyant le potentiel, ont emporté la méthode d’Albius avec eux sur l’île voisine : Madagascar.

Comme à La Réunion, des lianes de vanille y avaient été introduites (dès 1820), mais elles restaient désespérément stériles. C’est l’importation de la méthode Albius depuis La Réunion qui va donner naissance à l’industrie de la vanille de Madagascar. Le climat et l’immensité du territoire malgache se prêtent encore mieux à cette culture de cette plante. La pollinisation manuelle y est adoptée à grande échelle, et la production explose.

L’appellation Vanille Bourbon s’étend pour inclure la production de Madagascar et des Comores, devenant un label de qualité pour la Vanilla planifolia de l’océan Indien. Rapidement, l’élève dépasse le maître. Madagascar devient le premier producteur mondial de vanille, ravissant la place à La Réunion. Aujourd’hui, Madagascar produit plus de 80% de la vanille dans le monde.

L’ironie économique est totale. L’industrie de la vanille, un marché de plusieurs milliards de dollars, repose intégralement sur l’héritage direct du geste d’Edmond Albius. Mais cette même invention, par sa facilité de transfert, a finalement causé le déclin de l’industrie réunionnaise, incapable de concurrencer les coûts de production malgaches.

La paternité contestée : L’ombre de l’esclavage sur le génie
Une découverte d’une telle ampleur économique ne pouvait rester incontestée. Alors que l’île s’enrichissait, la paternité de sa découverte fut violemment remise en cause. L’adversaire d’Edmond Albius était un « érudit prestigieux », Jean-Michel Claude Richard, un botaniste français de renom, directeur du Jardin du Roy sur l’île.

Dans les années 1860, Richard prétendit publiquement être le véritable inventeur. Il affirma avoir découvert la technique à Paris et l’avoir enseignée à un petit groupe à La Réunion en 1838. L’accusation implicite était claire : Edmond, alors «un petit esclave», n’avait pu que «jeter un coup d’œil» et «voler la technique».

Cette controverse est un cas d’école de racisme scientifique. Il était socialement et académiquement impensable pour l’establishment de l’époque qu’un «enfant noir», sans éducation, puisse être un «scientifique», un inventeur. Il était bien plus plausible qu’il soit un voleur.

C’est alors que Ferréol Bellier-Beaumont intervient de manière décisive. Il prend la plume pour défendre publiquement son ancien esclave. Dans une lettre restée célèbre, il démolit l’argument de Richard avec une logique implacable. Il rappelle qu’il est l’ami de Richard, mais qu’il a des « obligations envers Edmond ». Puis il pose la question fatale : «Pourquoi les fermiers inviteraient-ils Edmond à enseigner ‘si le procédé était déjà connu’? ». La défense de Bellier-Beaumont, publiée, fit taire la controverse. .../...
Source : Extrait d'un article vu sur le site https://abacai.fr/edmond-albius-pollinisation-esclavage-et-memoire-1841/

23 janvier 2026

Les voeux d'Eric et son hommage à Ambroise Croizat, le père de notre Sécurité Sociale

Avec style bien à lui et le type d'enveloppe caractéristique qui le définissent, pas difficile de deviner qu'Eric Bensidon est l'expéditeur de cette nouvelle enveloppe.

En plus de m'apporter ses bons voeux, Eric tient à rendre hommage à un homme dont l'action fut capitale dans les avancées sociales d'après-guerre et pourtant il est quasiment un inconnu pour la plupart des gens à notre époque.
Ambroize Croizat était appelé par les français le 'Ministre des Travailleurs' 
Antimilitariste notoiren  Ambroise Croizat aurait certainement approuvé le mantra d'Eric
selon lequel les armées détruisent notre planète.
Merci, merci, Eric de tes bons voeux et aussi de tes abondants courriers, tous en rapport avec des thèmes qui me sont chers. Simplement, tu es tellement prolixe que j'ai beaucoup de mal à suivre ton rythme de production...et que je vais forcément te faire attendre pour une réponse.

***
Ambroise Croizat  (1901 -1951)

Qui était Ambroise Croizat ? 

À l’heure où la régression sociale est planifiée par le gouvernement, retour sur l’homme qui a créé le système de Sécurité sociale (dont les retraites) en France.

On croise son nom tous les jours dans la rue. Une avenue, une place ou un bâtiment public s’appellent Ambroise-Croizat, à Saint-Étienne-du-Rouvray et ailleurs, surtout dans les municipalités qui ont été ou sont encore communistes. Le 17 février 1951, une foule immense (on parle d’un million de personnes, comme dans une manif réussie) descend dans la rue pour accompagner son cortège funéraire jusqu’au cimetière du Père-Lachaise. C’est un héros du peuple, l’homme qui au sortir de la Seconde Guerre mondiale, devenu ministre, s’est battu pour inventer et instituer le système de Sécurité sociale moderne.

Ambroise Croizat fut surnommé le « ministre des travailleurs ». Sa biographie en bref : né en 1901 en Savoie, il est issu d’une famille d’ouvriers de la métallurgie et suit les traces de son père qui, en 1906, avait lancé une grève pour l’obtention d’une protection sociale. Il commence à travailler à l’âge de 13 ans, devient militant syndical puis député du Parti communiste à l’époque du Front populaire. Arrêté et emprisonné pendant la Seconde Guerre mondiale, Ambroise Croizat rejoint le gouvernement à la Libération, au poste de ministre du Travail entre novembre 1945 et mai 1947.

Avec son équipe et l’appui des organisations ouvrières, il met en oeuvre quelques-unes des plus importants acquis sociaux du XXe siècle : la Sécu, la médecine du travail, les allocations familiales, les comités d’entreprise, la formation professionnelle et bien sûr le système de retraites solidaires par répartition. Mais plutôt que d’acquis, Ambroise Croizat préférait que l’on parle de « conquis sociaux », parce que le combat fut rude et que rien n’est jamais gagné.

« L’invention sociale »
Après sa mort en 1951, le nom et le rôle d’Ambroise Croizat sont tombés dans un trou noir aussi opaque et injuste que celui de la Sécu. Les militants de gauche connaissent son importance, mais le « grand public » ne sait rien, faute d’information. Il faut attendre 2011 pour que son nom apparaisse dans le dictionnaire (cet ancêtre en papier de Wikipédia qui permettait aussi de se muscler les bras, pour les plus jeunes). À l’École nationale supérieure de Sécurité sociale de Saint-Étienne (dans la Loire, pas du Rouvray), on préfère mettre en avant Pierre Laroque, le haut fonctionnaire qui travaillait avec le ministre Croizat. L’histoire est écrite par les puissants, ceux qui ont le pouvoir, tiennent à le garder et cherchent à le reprendre. Ils ont du mal avec cet épisode de l’histoire où un homme venu de la classe ouvrière, affilié au Parti communiste et à la CGT, est devenu ministre et s’est illustré pour le bien commun et le service public.

« Croizat, c’est une fracture complète, c’est l’invention sociale », explique Michel Étievent, biographe de Croizat, dans le film La Sociale. «Il laisse un héritage considérable.» Cet héritage que les gouvernements libéraux cherchent à nier et liquider depuis une trentaine d’années à coups de réformes, pour mieux confier la politique publique et la protection sociale au secteur privé et aux logiques d’équilibre financier. La réforme des retraites proposée par le gouvernement Macron, profondément réactionnaire (un retour en arrière) et anti-sociale, est une nouvelle atteinte à l’héritage d’Ambroise Croizat, et pas la moindre.

Une longue histoire
Avant l’ère industrielle, seule une minorité de travailleurs bénéficie d’un système de retraite, comme les marins (dès le XVIIe siècle) et les militaires. Au fil du XIXe siècle, alors que l’industrie a besoin de bras, des mesures sont créées dans certaines branches par les employeurs, les organisations ouvrières et l’État. Mais il faudra vraiment attendre 1945 pour que soient posées les bases du système actuel : régime général et retraites par répartition. 
Source : article paru le 17 février 2023 dans une le Stéphanais n°303 une publication de la ville de Saint Etienne du Rouvray.

Depuis, les réformes se suivent…mais hélas ne vont pas dans le bon sens, tant cette avancée sociale contrarie tous les tenants du grand capital!
Vidéo publiée sur la chaine youtube de France3 : Ambroise Croizat, le batisseur de la Sécu
Ambroise Croizat, le batisseur de la Sécu

2 janvier 2026

Meilleurs voeux pour l'année 2026 : redonner toute sa place au monde sauvage, pour Eric

En un autre siècle, des civilisations autres que la nôtre étaient qualifiées de sauvages, donc de primitives, termes se rejoignant dans l’opprobre et le déclassement : alors même que ces peuplades n’avaient que très rarement détruit leur environnement, destruction qui est une des belles preuves de civilisation que notre société productiviste persiste à étaler au gré de ses appétits. 

Nonobstant le « bon sauvage » cher à Rousseau, nous avons partout méprisé, écrasé ce qui n’était pas nous, imposé notre pouvoir, notre religion, notre technologie, ivres de puissance et de fatuité.

L'animal sauvage est réputé res nullius (sans maître, mais appropriable). Il est livré « au plus tirant  » ! traqué et tué au gré des lobbys et de ceux qui ne voient en lui qu’objet de loisir, en lui déniant tout droit d’existence.

Il est alors grand temps de célébrer le sauvage, de savoir admirer la magie des plumes, des rameaux, des herbes et des vents, des épines et des ombres, des mousses et de leur espace de libre expression, ce jardin de nature qui vit s’épanouir l’incroyable diversité du vivant.

Nous en sommes comptables : le sauvage, que d’aucuns voudraient rejeter dans le passé, est notre avenir, si tant est que nous soyons encore demain ouverts à l’émerveillement de l’altérité.(source téla botanica)

Le sauvage est notre avenir : en 2026, transitons joyeusement vers un monde plus vivant

24 décembre 2025

Solidarité multicolore pour 2026 et hommage à Clara Zetkine, de la part d' Eric

Comme c'est le cas pour  moi, Eric a beaucoup de mal à supporter toute la haine et le racisme qui nous entourent depuis de trop nombreux mois dans les média. En ciblant systématiquement les arabes, ou les musulmans, ou les immigrés comme des "êtres malfaisants", leurs messages sont destinés à perfuser insidieusement dans les esprits des personnes trop occupées ou trop mal loties dans leur vie quotidienne pour prendre le temps de se forger une véritable opinion par eux-mêmes. 

Du coup, Eric prêche pour une solidarité multicolore, et je le rejoins, tant nous assistons, impuissants, de plus en plus souvent à des actes inqualifiables de bastons, ou de bavures policières vis-à-vis des personnes immigrées, et tout cela le plus souvent, en toute impunité et dans la grande indifférence de beaucoup de nos concitoyens.

Dans sa lettre, outre ses bons voeux pour 2026, Eric rend hommage à Clara Zetkin (1857-1933) dont je ne connais absolument rien.
 
Voici ce qu'en dit Wikipédia : 

Clara Zetkin , née Clara Eißner le 5 juillet 1857 à Wiederau, en royaume de Saxe, et morte à Arkhangelskoïe, près de Moscou, le 20 juin 1933, est une enseignante, journaliste et femme politique marxiste allemande, figure historique du féminisme, plus précisément du féminisme socialiste.

Après avoir été membre jusqu'en 1917 de l'aile gauche du SPD, elle rejoint l'USPD (pacifistes) pour se retrouver dans le courant révolutionnaire que constitue la Ligue spartakiste. Ce courant donne naissance pendant la révolution allemande au Parti communiste d'Allemagne (KPD), dont Clara Zetkin est députée au Reichstag durant la république de Weimar, de 1920 à 1933. Elle est à l'origine de la journée internationale des droits des femmes.

Merci Eric, pour ton courrier et tes bons voeux. A l'année prochaine!

8 décembre 2025

En hommage à Jane Goodal et ses études sur les chimpanzés, pour Eric

J'ai déjà longuement parlé sur ce blog de l'éthologue-primatologue Jane Goodal que j'ai beaucoup apprécié tant pour ses études sur les grands singes qui ont fait énormément progressé la science avec la mission longue durée qu'elle effectua dans le Parc National Gombe Stream en Tanzanie dans les années 60, que pour tout ce qu'elle a effectué ensuite avec ses sanctuaires et ses différentes actions en faveur du vivant et de la biodiversité

Je ne vais pas m'étendre à nouveau sur le sujet mais comme j'ai retrouvé une dernière photo d'elle avec l'un des chimpanzés qu'elle observait, j'adresse cet ultime mail-art à Eric, mon nouveau correspondant parisien, en hommage à Jane qui nous a récemment quitté.

photo de Jane Goodal parue à l'occasion de ses 90 ans sur le site https://www.vogue.co.uk/
à droite photo prise par Hugo van Lawick lors de sa mission en Tanzanie

Comme elle a été inspirée toute sa vie par et pour les animaux et leur conservation, c'est une combattante à sa manière, contre les préjugés d'abord de ses collègues scientifiques qui ne croyaient pas à ses découvertes, puis contre tous les systèmes élaborés pour la contrebande des primates. C'est pourquoi je la classe parmi les femmes remarquables que j'admire.

Je t'en souhaite bonne réception Eric.

14 novembre 2025

Hommage à Ray Johnson, l'"artiste inconnu le plus célèbre de New York", de la part d'Eric

Quant on fait de l'art postal, à un moment ou à un autre on entend parler de l'artiste Ray Johnson car il a participé au renouveau des envois artistiques par voie postale, dans les années 60. 

Si je vous en parle aujourd'hui c'est qu'Eric vient d'évoquer son souvenir dans son deuxième courrier, qui suit de très près le premier. 



Je te remercie Eric pour ce nouvel envoi avec une bien jolie mosaïque de mots et pour cet hommage, mais ne soit pas trop pressé pour la réponse, j'ai beaucoup à faire en ce moment.

*** Ray JOHNSON Etats-Unis ***
 
Détroit le 16/10/1927 - Sag Harbor le 13/01/1995

Raymond Edward "Ray" Johnson était un artiste américain. Connu principalement comme collagiste et artiste du mail art, il a été une figure marquante de l'histoire du Néo-Dada et des débuts du Pop art, décrit comme "l'artiste inconnu le plus célèbre de New York".

Johnson a également mis en scène et participé aux premiers événements d'art performance en tant que fondateur d'un vaste réseau de mail art - la New York Correspondence School - qui a pris de l'ampleur dans les années 1960 et est toujours actif aujourd'hui. Il est parfois associé à des membres du mouvement Fluxus, mais n'en a jamais été membre. Il a vécu à New York de 1949 à 1968, date à laquelle il s'est installé dans une petite ville de Long Island où il est resté jusqu'à son suicide. Le 13 janvier 1995, Johnson a été vu en train de plonger d'un pont à Sag Harbor. De nombreux aspects de sa mort impliquent le chiffre "13" : la date, son âge, 67 ans (6+7=13), le numéro de chambre d'un motel où il s'était enregistré plus tôt dans la journée, 247 (2+4+7=13), etc. Certains continuent de spéculer sur l'éventualité d'une "dernière représentation" derrière la noyade de Johnson.
source : https://www.artabsolument.com/fr/default/artist/detail/631/Ray-Johnson.html#gallery

Pour en savoir davantage sur ses oeuvres, je vous mets un lien sur le site de la Succession de Ray Johnson, où vous pourrez voir ses collages que moi, je trouve plutôt déroutants. Les mail-artistes du Groupe IUOMA (International Union Off Mail-Artists) pratiquent beaucoup l'art postal comme le faisait Ray Johnson avec ses "moticos". J'avoue ne pas être très fan mais cette appréciation est toute personnelle et n'engage que moi. 

30 octobre 2025

Rose Valland : héroïne discrète de la Résistance au service de l’art, pour Eric

Pour élaborer cette première composition de réponse à mon tout nouveau correspondant Eric Bensidon, j'ai choisi de parler d'une femme remarquable à mon sens, bien que plutôt malconnue ; il s'agit de Rose Valland (1898-1980) cette héroïne de la Résistance de la Seconde Guerre mondiale, une héroïne improbable qui a infiltré les dirigeants nazis à Paris pour sauver les œuvres d'art les plus précieuses au monde.
En haut à gauche,  carte d'étudiante aux Beaux-Arts -  site Connaissance des Arts
Image issue de la 
Projection "L’espionne aux tableaux" de Brigitte Chevet 
Salle des tableaux "Martyrs" du Musée du Jeau de Paume à l'époque de la guerre  en 1940- photo DR l'Alsace -
Rose Valland en mission en 
Allemagne examinant le revers d'un tableau - photo Camille Garapont
Les archives du Service français de Récupération Artistique où RV travailla avec les dossiers des propriétaires spoliés
- image francearchivesgouv.fr
Les nombreuses médailles dont Rose Valland a été récompensée 
Rose Valland en train de dédicaer son livre "Le front de l'Art" dans sa version originale de 1961  

Eric, j'espère que le sujet de ce premier mail-art consacré à cette femme résistante saura te plaire : je t'en souhaite une bonne réception.

Rose Valland dans la vingtaine.
Collection familiale Camille Garapont

Son nom est souvent mentionné lorsqu’un historien revient sur les spoliations d’œuvres d’art durant l’Occupation. En 1940, Rose Valland est bénévole au musée du Jeu de Paume, à Paris, qui va devenir la gare de triage des dizaines de milliers d’œuvres d’art volées en France par les nazis. Rose Valland s'efforça d'apparaître aussi discrète et essentielle que possible, conservant son poste au musée pendant des années tout en conservant un enregistrement méticuleux et secret de la provenance et de la destination de chaque œuvre. 

Après la Libération, elle passera près de dix années en Allemagne pour récupérer 60.000 pièces qui seront restituées à leurs propriétaires légitimes. Durant plus de quatre ans, elle avait tout noté, le nom des œuvres, les institutions ou les familles juives auxquelles elles avaient été confisquées. Même le numéro des trains. Les renseignements recueillis permirent la récupération de centaines de milliers d'œuvres d'art pillées, cachées dans les mines de sel d'Autriche et dans des châteaux allemands durant les derniers jours de la guerre et après. Elle œuvrera ainsi aux côtés des «Monument Men» puis en solo. A partir de 1948, les recherches gouvernementales vont en effet mollir, puis s’arrêter. La «guerre froide» avec une URSS devenue elle-même spoliatrice, la partition de l’Allemagne en deux et la remontée économique de la partie restée à l’Ouest monopoliseront dès lors les attentions.

Rose ne va jamais abdiquer, mais elle deviendra vite dérangeante comme une mauvaise conscience. Les trois quarts de 60 000 œuvres récupérées (sur un total estimé à 100 000) avaient retrouvé leurs propriétaires. Le reste était confié à des musées quand il n’avait pas été… vendu. La France va en effet disperser des tableaux qui l’encombraient, ce qui rend aujourd’hui les restitutions si difficiles. Régnera désormais l’idée que la guerre formait un chapitre clos, et qu’il fallait impérativement passer à autre chose.

Le poste de Rose alland en Allemagne est supprimé en 1951. Son travail n’est pas achevé mais les dirigeants politiques, plus soucieux d’œuvrer à la reconstruction qu’à la restitution, la remercient. Rose Valland rentre en France où elle reprend sa vie maritale avec Joyce Heer, une traductrice de l’ambassade des États-Unis. Le 4 juin 1952, elle est nommée conservatrice des Musées nationaux. Bien qu’on lui demande officiellement de ne plus se mêler de restitutions, elle n’abandonne pas ses recherches.

C’est à partir des années 1990 seulement que les spoliations nazies reprendront de l’acuité, tant à cause des héritiers lésés que d’avocats américains zélés. Elles sont aujourd’hui devenues presque obsessionnelles. 

En 1977 après le décès de sa compagne, Rose Valland, alors à la retraite, décide de déposer ses archives en lieu sûr, à la direction des Musées. Elle n’interrompt pas ses recherches pour autant. Victime d’un malaise le 18 septembre 1980, elle décède. Enterrée dans son village, elle n’a pour seule escorte que le maire et quelques villageois. Ainsi, dans la discrétion qui la caractérise, l’espionne la plus décorée de France, tire en silence sa révérence.

Chevalière de l'Ordre des Trois Etoiles (1939)
Médaille de la Résistance française (1946) 
En 1948, le Président des États-Unis lui décerne la prestigieuse médaille de la Liberté.
Médaille de l'Ordre du Mérite de la République Fédérale d'Allemagne (1952)
Médaille de commandeure de l'Ordre des Arts et des Lettres (1960)
Médaille d'officière de la Légion d'honneur (1969)
Au-delà de cette mission qu'elle mena toute sa vie et pour laquelle on la connaît mieux désormais, son parcours de vie a été fascinant. Fille d’un simple maréchal-ferrant de l’Isère, elle est un exemple de la promotion sociale par l’excellence dans la IIIe République. Elle accumule les diplômes, est l’une des premières à se pencher sur les origines byzantines de la Renaissance, explore les ruines d’Aquilée en Vénétie. Extrêmement discrète, elle meurt à Paris en 1980, à l’âge de 82 ans. 

sources :https://www.pointdevue.fr/culture/livres/les-secrets-de-rose-valland
https://www.bilan.ch/story/quand-rose-valland-surveillait-les-uvres-spoliees-281710484643

Plusieurs biographies lui ont maintenant été consacrées ainsi qu'une BD parue chez Dupuis en 2009 dont voici quelques pages.
Une exposition lui a été consacrée par le Département de l'Isère dans le cadre du 75e anniversaire de la Libération  "Rose Valland - En quête de l'art spolié".

C'est bien que son nom sorte de l'ombre car il est essentiel pour la jeunesse d'aujourd'hui qu'elle comprenne la valeur d'un tel engagement et salue le courage de cette jeune femme qui n'a pas pourtant toujours eu la reconnaissance qu'elle méritait.

***

Vidéo publiée sur la chaine Youtube de France Culture

Quand l'Allemagne nazie occupe Paris à partir de 1940, Rose Valland, conservatrice au musée du Jeu de Paume, n'hésite pas une seconde : elle sera résistance. Durant quatre ans, au péril de sa vie, elle espionne les hauts dignitaires venus piller les œuvres d'art des familles juives et des opposants au régime. Un travail acharné qu'elle poursuit après-guerre, participant à la restitution de dizaines de milliers d'œuvres à leurs propriétaires légitimes.

Pour en savoir davantage, je vous recommande l'écoute du podcast de France -Culture " Rose Valland, héroine de l'ombre".

13 octobre 2025

Hommage à Franz Fanon et à Aboubakar Cissé, de la part d'Eric

Oh oh oh, une enveloppe de la part d'Eric Bensidon, un tout nouveau correspondant pour moi, mais dont je reconnais le style unique,  découvert depuis déjà un bon moment sur le blog d'Eric Babaud. 

Le timbre sur Gisèle Halimi est particulièrement opportun sur cette enveloppe dédiée à Franz Fanon, anti-raciste, anti-colonialiste, soutien important dans la lutte pour l'indépendance de l'Algérie décédé à seulement 36 ans.

Frantz Fanon, né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France (Martinique) et mort le 6 décembre 1961 à Bethesda dans un hôpital militaire de la banlieue de Washington aux États-Unis, est un psychiatre et essayiste de nationalité française se considérant comme citoyen algérien, fortement impliqué dans la lutte pour l'indépendance de l'Algérie et dans un combat international dressant une solidarité entre « frères » opprimés.

Il est l'un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste, et une figure majeure de l'anticolonialisme. Il a inspiré les études postcoloniales. Il cherche à analyser les conséquences psychologiques de la colonisation à la fois sur le colon et sur le colonisé. Dans ses livres les plus connus comme Les Damnés de la Terre, il analyse le processus de décolonisation sous les angles sociologique, philosophique et psychiatrique.

A l'intérieur j'ai trouvé une carte très haute en couleurs dans le style "Fluxus" cher aux adhérents de l'IUOMA, pour évoquer la mémoire du crime raciste perpetré à l'encontre d'Aboubakar Cissé,  un jeune malien de 22 ans poignardé à mort dans la mosquée de La Grand-Combe (Gard) le 25 avril dernier. 
Merci à Eric Bensidon d'avoir attiré mon attention sur ces deux personnes, chacune importante dans ce qu'elles ont représenté dans leur bref passage sur terre : c'en est assez de la haine, du racisme et de la xénophobie : soyons respectueux les uns avec les autres, toutes les cultures, toutes les couleurs de peau et toutes les croyances ont le droit de coexister, en toute égalité. L'humanité n'est qu'une!