18 août 2026

Et si on vivait de poésie?

Dans ce monde d'une noirceur sans précédent, où les nouvelles les plus anxiogènes qui soient nous sont diffusées en permanence,  tentons de revenir à l'essentiel... la beauté de la vie. 
Même pour un simple papillon, tout le ciel est nécessaire - Photo Pixabay


Et si on vivait de poésie ?


Tu vois, moi, je ne suis pas doué pour grand-chose. Je ne sais pas faire fortune. Je ne sais pas toujours comment aborder les gens, et encore moins comment les retenir. Mais il y a des choses que je sais. Je sais écouter le vent dans les branches. Je sais reconnaître la chanson d’un merle moqueur. Je sais la couleur du ciel et ses humeurs.

 

Et ça, personne ne peut me le prendre. Les autres courent après l’argent. Moi, je cours après l’instant.

Vivre de poésie, ce n’est pas compliqué. C’est même ce qu’il y a de plus simple. C’est laisser la chanson finir avant de penser à la suivante. C’est  s’attarder sur l’ombre dansante d’un palmier. C’est toucher la place tiède dans le lit, juste après que l’autre s’est levé.


La poésie, c’est trouver que la pluie a du rythme, que le vent a du vocabulaire, que le silence a des choses à dire pour qui prend le temps de se taire.
La poésie, c’est ramasser une feuille morte et la trouver encore vivante. C’est rentrer par le chemin le plus long pour passer sous les platanes. C’est acheter un livre dont on ne connaît pas l’auteur, pour un titre qui nous console. C’est sourire à la lueur d’un coquelicot, d’un tournesol.


Les poètes voient ce que les autres survolent, entendent ce que les autres enterrent. Ils ont ce don précieux de rendre le monde habitable en lui rendant sa beauté véritable.

 

Et le beau, mon ami, c’est de la résistance. Dans un siècle qui a fait du cynisme une élégance et du désenchantement un loisir, choisir la poésie, c’est désobéir.


C’est garder, au fond de soi, cette petite voix qui murmure : il y a encore des choses qui valent la peine. Les mésanges qui picorent sur les rebords des fenêtres valent la peine. Les mains qui se cherchent sous la table valent la peine. Les soirs qui dorent les vitres des bus valent la peine.
Tout vaut la peine, pour qui sait voir.

 

Alors Ecris. Danse. Dessine.

Regarde. Écoute. Caresse. Cueille

Console. Invente…

Invente-toi des raisons.

Invente-toi des saisons.

Invente-toi des chansons.

 

La vie a une histoire

Et ce qui l’écrit, c’est la poésie

Regarde les statues, regarde les palais

Regarde les livres sur les étagères, tout ce qui reste de nous,  tout ce qui traverse les siècles, tout ce qui résiste à l’oubli… c’est toujours de la poésie – en pierre, en bronze, en musique, en papier .

Mais  toujours toujours de la poésie

 

Alors demain matin, quand tu ouvriras les yeux, regarde comme si tu voyais pour la première fois.

Une couleur, un nuage, un arbre, un visage…

Et tu verras,

Oui tu verras

Comment le monde te répondra.

 

 

Valentin AUWERCX  Poète contemporain

texte extrait du recueil « trop vivants »

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