17 avril 2019

TP21 - Wax mania, de Jean-Paul

Jean-Paul, mon infatigable pourvoyeur en mail-art/documentation, m'adresse aujourd'hui une enveloppe garnie sur le tissu Wax . Merci à toi Ursu, pour tes nombreuses recherches sur les tissus du monde et pour tes astuces afin de créer des "timbres à toi" sur des vignettes de la Poste que tu habilles selon le sujet traité! 

Zoom sur le Wax, un matériau pas si africain que cela? Depuis plusieurs décennies, le Wax est fièrement porté par de nombreux hommes et femmes à travers tout le continent africain. Ce tissu, très coloré, s’utilise aussi bien dans le prêt-à-porter que dans la décoration et l’ameublement.

Pourtant, contrairement à ce que l’on pense, le Wax ne tire pas son origine de l’Afrique, mais de l’Indonésie, et plus précisément de l’île de Java. Les colons néerlandais, entre le 15e et le 16e siècle, ont découvert la technique javanaise de conception du tissu (batik) et l’ont largement implanté en Afrique lors des différentes colonisations. Les couleurs chatoyantes et la haute résistance de ce type de tissu ont conquis les populations ethniques durant plusieurs générations, mais il est inexact de penser que le wax est un tissu africain. Il n’est d’ailleurs que très faiblement produit sur le continent africain (moins de 10 % de la production mondiale), mais davantage aux Pays-Bas. Cette production néerlandaise est effectivement majoritairement exportée en Afrique, où jusqu'à 90 % de la production mondiale de Wax est utilisée, d’où la confusion d’origine.


Le Wax est fabriqué grâce à une technique d'impression à la cire (comme le batik indonésien). Deux rouleaux en cuivre gravés aux motifs choisis sont remplis de cire et appliqués sur le tissu. L'étoffe est ensuite trempée dans une teinture avant d'être séchée à l'air libre. Les couleurs finales peuvent être apposées à la main ou grâce à une méthode d'impression par plaques. La fabrication actuelle provient d'une mixité de techniques indonésiennes, africaines et néerlandaises. En résulte un tissu d'une grande qualité assurant une tenue des couleurs exceptionnelle au recto comme au verso.

Dès le 19e siècle, le Wax a été adopté par les femmes africaines qui en ont fait des pagnes d'une grande diversité. Chaque évenement notable était caractérisé par la conception d'un nouveau pagne. Ces tenues comportent une dimension symbolique importante dans la société ouest africaine. Depuis plusieurs années, le wax a fait une entrée tonitruante dans la mode contemporaine et sur le continent européen, une vraie wax mania ! 

Signification des motifs du Wax (extrait d'un article trouvé sur le blog de couture d'USeam) :
Par ses couleurs et ses motifs, le Wax attire les regards et fascine. Au-delà, des motifs reconnaissables (faune, flore, objets de la vie quotidienne, etc.), certains ont un sens, une réelle signification, qui peut parfois changer selon les pays ou les circonstances. Si les premiers motifs sont empruntés au Batik, les industriels européens vont très vite introduire des motifs propres à la culture africaine. Mais c’est véritablement le commerce du wax qui donnera un sens à certains motifs. Enfin, le Wax revêt parfois une dimension sociale, religieuse et politique.

Le Wax, né du Batik indonésien, lui emprunte aussi ses premiers motifs. Les motifs javanais sont, en effet, le socle iconographique des premiers wax. Cette transposition était aisée car ils répondaient déjà aux exigences de la technique.

Même si le Wax s’est enrichi de motifs propres à la culture des peuples d’Afrique, on retrouve encore des traces de l’Indonésie lointaine, notamment dans les motifs géométriques qui rappellent les modèles indonésiens. Les emprunts à ce répertoire originel sont facilement reconnaissables, comme les entrelacs floraux, où il n’est pas besoin d’ajouter d’autres motifs. Les origines indonésiennes se retrouvent aussi dans les mouchetés en tête d’épingles sur le fond. Ils rappellent, en effet, que la technique artisanale du batik consiste à créer une réserve par petits points (« titik » signifiant « point » en javanais). D’autres motifs sont issus d’une véritable hybridation entre Java et l’Afrique. L’exemple le plus emblématique est celui des ailes de Garuda, la monture du dieu Vishnu, le dieu protecteur dans l’hindouisme qui est une des six religions officielles de l’Indonésie. Ce motif a donné lieu à de nombreuses interprétations. Il est le support de projections diverses comme un régime de bananes ou un escargot hors de sa coquille. C’est également le cas pour le motif Shell, dessin datant de 1895 et enregistré par Vlisco. Il reprend les ailes de Garuda sur un fond composé de lignes entrelacées que l’on retrouve dans les batiks indonésiens traditionnels et les motifs récurrents dans les adire aleko du Nigeria. Les adire eleko sont des textiles fabriqués avec une technique qui consiste à réaliser des dessins avec de l’amidon de manioc résistant à la teinture indigo. Ces dessins seront ensuite teints d’un joli bleu clair. La popularité du motif Shell est maintenant centenaire ! Les motifs résultent donc parfois d’une véritable association d’emprunts culturels épars, d’un syncrétisme entre deux cultures différentes. 

Pour faire du Wax une étoffe africaine, les industriels européens se sont inspirés des récits de missionnaires, d’explorateurs ou d’administrateurs présents dans le golfe de Guinée. Au XIXe siècle, en effet, l’empire britannique s’installe dans la Gold Coast. Les Britanniques tissent des liens avec les royautés locales et notamment le souverain des ashantis, population vivant au Ghana et faisant partie du grand groupe des akans. Cette région est riche en or et demandeuse de produits manufacturés. C’est dans les attributs des chefferies que les dessinateurs puisent leur inspiration : sceptres, tabourets, chasse-mouche, dais des dignitaires en forme de parasol. Ces motifs sont encore aujourd’hui reproduits, comme les colliers de perles vénitiennes millefiori (technique de création de mosaïque) qui servaient de monnaie d’échange et paraient les rois akans. Le chasse-mouche est d’ailleurs un classique. C’est un dessin qui connaît une longévité exceptionnelle. Le chasse-mouche en crin de cheval est l’attribut des chefferies akans, d’où son succès en Côte d’Ivoire. Il est fabriqué dans ce pays et appartient au fonds de motifs que Vlisco partage avec sa filiale Uniwax.

Ces objets sont encore identifiables mais certaines transformations donnent lieu à des interprétations erronées. Par exemple, le sceptre a été perçu comme la fusée Apollo dans les années 1960 et est, de nos jours, un tire-bouchon. Au-delà des motifs représentés, on attribue au Wax un ou des noms, ce qui tient à la particularité de son commerce.

Tous les motifs ne sont pas nommés. Avoir un nom est une consécration, c’est un signe de l’engouement des consommateurs. Un même tissu peut avoir plusieurs appellations différentes selon les pays. Le tissu véhicule des messages. Il est l’expression d’un sentiment, d’un engouement ou d’un engagement. Puisque ce sont les femmes qui donnent leur nom au Wax, le domaine de l’amour y est largement représenté.

Le Wax est vendu par des femmes pour des femmes qui sont les principales clientes. Il appartient donc à l’univers féminin. On trouve une multitude d’appellations liées à des situations conjugales et sentimentales. Certaines appellations indiquent une condition familiale. Les subtilités du langage du pagne se transmettent d’ailleurs de génération en génération et l’élégance est une façon de s’exprimer. On y retrouve notamment le sujet de la fidélité et de la polygamie avec par exemple :
« Jalousie » représentant deux oiseaux qui s’affrontent et qui symbolisent les conflits dans les mariages polygames

« Les enfants valent mieux que de l’argent » représente une poule au centre d’une composition entourée de poussins et un coq dont on a seulement la tête. Il s’agit d’une allégorique du pouvoir matriarcal. Ce motif exprime la discorde dans les familles polygames quand une co-épouse n’arrive pas à avoir d’enfant ou qu’une nouvelle épouse n’en a pas encore et ne peut donc pas revendiquer d’avoir donné une progéniture à son mari.
« Si tu sors, je sors » qui montre une cage ouverte d’où sort un oiseau et qui est une mise en garde et un avertissement
« Je cours plus vite que ma rivale » qui représente des chevaux cabrés
« L’œil de ma rivale » représentant des formes oblongues rouges surgissant de courbes hypnotiques
« z’ongles de Madame Thérèse », un pagne graphique symbolisant une femme qui refuse de se soumettre à son mari. Madame Thérèse, première dame de Côte d’Ivoire, aurait juré de défigurer la maîtresse que la rumeur prêtait à son mari, Félix Houphouët-Boigny
« Chérie, ne me tourne pas le dos » dont le nom parle de lui-même.

On évoque aussi la sexualité : 
« Mon mari est capable », sous entendu d’entretenir sa femme et de lui offrir ce dont elle a besoin (et notamment des wax) mais on comprend que l’on parle aussi là de vigueur sexuelle ; a contrario le motif dont nous avons parlé précédemment appelé « Les enfants valent mieux que de l’argent » peut être appelé « Mon mari est incapable » car seule la tête du coq est représenté.
« J’ai toujours envie » qui représente une enveloppe dans un cœur à une époque où l’on écrivait des lettres pour déclarer sa flamme, annonce clairement la couleur.« Les enfants valent mieux que de l’argent » ou « Mon mari est incapable »

Certains motifs évoquent également l’amour inséparable et la famille comme :
« Ton pied, mon pied » qui est un dessin de Vlisco et rappelle une chanson de Sam Mangwana (artiste du Congo). C’est la promesse d’un amour inséparable mais au Bénin, on l’appelle « la main du lépreux ».
« La main et les doigts », souvent appelé « l’union fait la force » signifie travailler ensemble pour réussir et peut s’appliquer au couple. Sur les bords du tissu se trouve une rangée de doigts. Au centre sont représentées des mains, paumes vers le haut et des pièces de monnaie. Les doigts seuls ne peuvent rien sans la globalité d’une main. Seule la main est efficace pour manipuler l’argent.

Au-delà de l’évocation de situations familiales et sentimentales, la place de la femme et les situations auxquelles elles doivent faire face personnellement et intimement sont évoquées. Dans l’imaginaire collectif, l’Afrique est le symbole de la féminité car c’est la terre qui a vu naître l’humanité. Certaines sociétés sont basées sur des structures matriarcales où la mère tient une place primordiale, menant de front vie familiale et vie professionnelle dans laquelle elle réussit. Les pagnes imprimés les mettent en scène dans des situations diverses : dans des champs, des ateliers de couture, des cabinets d’avocats, des pharmacies. Au Mali, par exemple, le pagne est un support de lutte contre l’excision et pour la campagne de vaccinations contre le papillomavirus. La créatrice Eliza Squibb a dessiné un motif où l’appareil génital et le virus sont stylisés. Ce motif est accompagné de slogans comme « je me protège », « je me soigne », « je guéris » et en bambara (une des langues nationales du Mali) « mieux vaut prévenir que guérir ».

La modernité, le progrès technique et le succès (dans une logique de consommation de biens et notamment de biens occidents) sont symbolisés par des objets de la vie quotidienne que l’on convoite: ordinateur, portable, ventilateur, machine à écrire, télévision, gramophone. On ne donne évidemment pas d’autres noms à ces motifs qui parlent d’eux-mêmes. On représente également des moyens de communication : avion, train, moto, voiture, bus, patin à roulettes.

On évoque enfin des comportements ou des habitudes en lien avec la santé, l’hygiène, la scolarisation comme l’alphabet. La religion y est aussi bien sûr, très représentée, les pagnes religieux, leurs images et leurs représentations appartiennent au prosélytisme forcené qui a eu lieu durant la colonisation. La politique et le patriotisme y sont également représentés, le pagne pouvant se faire aussi support de propagande. 

Je ne peux adjoindre de photos, toutes protégées, pour vous montrer tous les motifs du wax décrits ci-dessus, mais cette VIDEO sur leur signification le fait très bien.


et pour terminer cet article, voici un petit jeu : associer le motif (lettre) à sa signification (chiffre)

1) Tu sors je sors: Tu me trompes je te trompes
2) Mari capable ..au lit (l'huitre)
3) Un seul doigt ne lave pas la figure: L’union fait la force
4) Y a des années de malheur
5) L’oeil de ma rivale: A mettre quand je sais que je vais la croiser
6) Tu me plais (Les yeux)
7) Je cours plus vite que ma rivale (Le cheval de saut)
8) Addis Abeba, capitale del'Ethiopie
9) Homme là, ne voit pas dubien: l'homme ne reconnaitpas tout les effortsque fait la femme pour lui
10) Feuille de gombo: Luxueux
11) Langue connait pas du bien: On ne parle que pour dire du mal
12) La famille (la poule)

Réponses en blanc ci-dessous (surlignez ou copiez-coller dans un éditeur de texte):
A.10; B.5; C.8; D11; E.1; F.6; G.2; H.7; I.3; J.9; K.12; L.4

T86 - S'immerger dans le grand bleu, d'Isabelle

Comme suggéré dans le courrier glissé dans cette belle enveloppe bleue par Isabelle d'Alsace, quoi de mieux que de s'immerger dans le grand bleu, au plus près des bancs de poissons pour y trouver le vertige des profondeurs, oublier ses soucis et peut-être aller jusqu'à y voir des personnages médiévaux ou des félins démesurés ?  
Merci Isabelle de ton gentil petit mot et bravo  pour ce bleu et cette belle coordination avec le timbre.

15 avril 2019

TP20 - Bogolan, tissu magnifique du Mali, de Marie

Marie, une nouvelle fois, m'a merveilleusement gâtée, avec cette enveloppe magnifique, où, en plus des deux timbres de la série "tissu d'inspiration africaine", elle reproduit de sa main experte de peintre, des motifs de bogolan, ce tissu traditionnel du Mali dont je vous ai déjà parlé sur ce blog mais dont je ne me lasse jamais.
(brou de noix et peinture acrylique sur papier glacé)
De ce tissu si particulier, j'aime les motifs et les couleurs tout comme j'aime la méthode de teinture artisanale et traditionnelle qui est utilisée pour obtenir ces tons allant du noir au beige doré, en passant par les ocres plus ou moins rouges ou jaunes... 

Pour compléter son envoi, Marie m'a adressé un article en 5 pages extrait d'une revue d'art qu'elle conservait depuis 2005, où je vous laisse découvrir à votre tour ce tissu tellement important dans la culture et dans la tradition textile malienne. Remarquez au passage, comme Marie a su reprendre le motif traditionnel de la seconde page, lorsqu'elle a composé l'enveloppe qu'elle m'a adressée : c'est du grand art !
 
Avec le principe des poupées russes, j'ai trouvé tout au fond de l'enveloppe, un tout dernier cadeau ! 
Photo d'une huile peinte par Marie en 2006
 représentant notamment Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali
***
Bravo Marie, je ne sais comment te remercier d'une telle générosité, tu as le don de toujours cibler magnifiquement ce que j'aime : que ce soit dans le monde textile pur ou dans les tissus des peuples du monde, que ce soit pour le timbre axé sur le sujet traité dans ton mail-art ou sur ton ouverture vers les Pays du monde que tu as eu l'occasion de fréquenter et que tu n'hésites jamais à me faire partager..., c'est toujours extrêmement réussi et percutant. Merci, merci infiniment Marie! 

Rire ou pleurer, de Christian

Nouveau masque grimaçant en papier mâché, de la part d'un spécialiste de la récupération et de l'humour caustique,  Monsieur R,  que je remercie de son assiduité. 
Tout en rédigeant cet article, j'écoute les nouvelles à la radio : après une semaine de sevrage, je ne sais s'il faut rire ou pleurer de ce que j'y entends!
 
Pour répondre à mon correspondant, j'affirme Christian, qu'il y aura aussi une  réponse à ce mail-art mais pas dans l'immédiat  : des priorités d'ordre familial me condamnent pour l'instant à l'abstinence mail-artistique et j'en suis la première marrie.

14 avril 2019

Pêle-mêle textile, de Colette

Après quelques jours où j'ai pu m'échapper pour humer l'air iodé de la Côte d'Opale, j'ai trouvé plusieurs merveilles dans ma boite aux lettres, dont cette réalisation mail-artistique de Colette, qui sait mêler, toujours avec bonheur, plusieurs de mes thèmes : ici le bleu, le timbre sur le tissu, les boutons, le galon textile et la dentelle ancienne. 
Merci Colette pour ce joyeux méli-mélo!

6 avril 2019

T85 - Eventail de papier, comme une dentelle, de Frédérique

Voici une très belle et agréable surprise dans ma boite aux lettres du jour avec 
cet éventail bleuté en dentelle de papier intissé, japonisant,  incrusté de petites fleurs blanches, 
orné par la main de Fred d'un choix de boutons et perles assortis, et bien sûr de la libellule, son emblème, sa signature.

J'ajoute que  ce beau mail-art est affranchi au moyen du magnifique timbre "dentelle" 
sur le poinct de Tulle, que j'adore.
C'est vraiment superbe : tu m'as là encore bien gâtée! Bravo pour ton ingéniosité dans le recyclage puisque tu es partie d'un set à thé pour parvenir à ce bien bel éventail ! Un grand merci à toi Fred!

4 avril 2019

TP19 - Initiales brodées et costumes de nos anciennes provinces, de Pascale

Waouh, Pascalou a repris goût à l'art postal, on dirait, ou bien alors je suis tout particulièrement gâtée!
Cela me fait bien plaisir, en ce moment je l'avoue, comme toutes les manifestations d'amitié
 que je reçois de mes correspondants. 

Dans une enveloppe avec deux beaux "G" initiales brodées et "passées" au bleu rien que pour moi, 
j'ai trouvé une nouvelle série de cartes vintage chinée par Pascalou, représentant les costumes de nos  anciennes provinces ... tout à fait dans mon thème de cette année.  
 
 
Un grand merci à toi Pascalou ! A propos, à quelle province de l'époque Saint-Martin Boulogne appartenait-il ? l'Artois, la Flandre ou la Picardie ?

3 avril 2019

T84 - Poissons d'avril, de Marielle

Quelle jolie surprise dans ma boite aux lettres du jour! 
Je suis ravie de recevoir aujourd'hui un bien beau mail-art textile de Marie-Aile.

Sur un tissu blanc damassé d'où ressort la lettre "D" pour Dentellebleue, parmi plein de petites bulles vertes, c'est tout un banc de petits poissons bleus qui m'arrive, le tout orné par un magnifique timbre "loup de mer" de la nouvelle série Poissons éditée par la Poste.


un grand merci à toi Marielle ! Ton mail-art me plait beaucoup et me fait tellement plaisir !

30 mars 2019

TP18 - Ethnies Hmong aux magnifiques traditions textiles, par Jean-Paul

Un grand merci à Ursu qui m'a adressé une nouvelle enveloppe/documentation en art postal sur une minorité ethnique d'Asie du Sud-Est : les Hmongs (ou Méos ou encore Miaos).Voilà encore de quoi voyager via le textile à la découverte de ces peuplades lointaines mais si riches de traditions ! 

Les origines des Hmongs : ils trouveraient leurs origines dans la région du fleuve jaune en Chine, 3000 ans avant J.-C, même si de nombreux experts pensent qu’elles remontent plus loin que ça. Ils ne commencèrent à migrer que dans les années 1800, en se déplaçant d’abord vers l’Indochine, puis le nord du Laos, la Birmanie, la Thaïlande, le Vietnam, pour éviter l’oppression. Après la guerre du Vietnam, encore plus de Hmongs migrèrent en Thaïlande comme réfugiés. Néanmoins, vu que beaucoup ont rejoint les rangs du parti communiste pendant la guerre, il furent persécutés. A ce jour, on refuse toujours à certains leur droit de citoyenneté, ou leur droit de propriété sur les terres qu’ils cultivent. 
Au 21ème siècle, il y a désormais des Hmongs un peu partout le monde, dans des pays comme l’Australie, la France, ou encore les États-Unis. Malgré tout, 95% vivent toujours en Asie.
                          Jeune fille hmong noire                                           Fille Hmong au Sud du Vietnam 
La culture Hmong est riche et fascinante. Traditionnellement, un shaman dirige la tribu, et joue un rôle vital dans les complexes rites funéraires ou de mariage. Quand les gens sont malades, pour les soigner, il entre dans une transe pour visiter les enfers et transférer l’âme des personnes malades en question. Il assume aussi parfois un rôle politique dans le village. Le nouvel an est particulièrement important pour les Hmongs. Il est célébré le 30ème jour du 12ème mois lunaire. Pendant cette période, la famille et les ancêtres spirituels sont honorés, et les garçons et les filles sont encouragés à jouer des jeux ensemble, dans l’espoir de déclencher un coup de foudre qui les conduirait au mariage.

L’ethnie Hmong, divisée en plusieurs groupuscules locaux : Hmong blanc, Hmong fleur, Hmong rouge, Hmong noir, Hmong vert, Na Mieo (le nom de ces groupuscules s’inspire de la couleur des vêtements), qui émigrèrent de la Chine au Vietnam entre la fin du XVIIè et le début du XIXè siècle.


Au Vietnam, ils vivent souvent dans les proviences aux endroits de très haute altitude. Les ressources principales proviennent de l’agriculture.


Les Hmong ont une architecture spécifique composée de trois travées et de deux appentis. L’autel des ancêtres est disposé dans la travée principale. C’est également dans cet endroit que les gens prennent les repas. Une travée latérale est réservée aux hommes y compris les visiteurs et l’autre travée aux femmes et à la cuisine.

le rapt 
Le mariage Hmong : en fait, le mariage par rapt est fréquent sans subir aucune opposition de la famille de la jeune fille. Le garçon en informe ses beaux-parents deux jours après l’enlèvement et demande la cérémonie de noces.

Le modèle patrilinéaire et polygamique est encore de rigueur.

          tenue de mariage          
La jeune femme après le mariage ne peut rentrer chez ses parents qu’avec la permission de ses beaux parents et en compagnie de son mari. Est condamnée la relation de mariage entre les gens du même lignage. Si le mari meurt, la veuve épouse le jeune frère du défunt. Si ce dernier n’a pas de frère, elle épouse un de ces cousins. En cas de divorce, la femme loge dans la maison d’un notable qui la protège jusqu’au moment de se remarier. Au cas où elle souhaite reprendre sa liberté, elle doit verser à sa belle famille une certaine somme à titre de dédommagement.

Leur style vestimentaire coloré et emblématique. Les vêtements traditionnels Hmong mettent en avant des motifs complexes, des broderies, des batiks indigo et clairs, des couleurs accrocheuses. Ils ont aussi bien inspiré les voyageurs que les adeptes de la mode depuis des années.
 Détail de broderie d'une veste                                       Veste hmong
 Les textiles jouent un rôle dans la culture Hmong. En effet, ils sont considérés comme quelque chose de si importants que les filles apprennent la broderie dès leur 5 ans, pour les préparer à la tâche de créer des textiles pour leur mariage ou leurs funérailles dans le futur.
Les textiles Hmongs sont renommés à travers le monde, grâce à leurs couleurs riches et leur esthétique élaborée. Leur broderie est plus particulièrement réputée. Avant le 20ème siècle, les Hmongs n’avaient aucune forme d’écriture, et à la place, communiquèrent des idées et des récits sur des morceaux de tissus.
Cette pratique n’était pas limitée aux femmes, même les hommes du village créèrent des broderies qui racontent des histoires, pour transmettre le passé de leur peuple au monde extérieur, et dans certains cas, pour révéler l’étendue de leur persécution.

Les vêtements Hmong : le vêtement féminin comprend une jupe ample et un corsage ouvert sur le devant. Les Hmong blanc ont des jupes teintes en tissu écru alors que l’indigo est adopté par les Hmong fleuris, verts ou noirs. Elles marchent pieds nus et portent des jambières. Les hommes mettent des pantalons larges, noués à la ceinture et une courte veste à manches amples. Ils ont des cheveux tombant sur les épaules ou bien rasés, laissant une touffe au sommet de la tête et ont un large turban à la tête. Les Hmong fleurie enroulent les cheveux. Les jeunes Hmong vert les laissent tomber librement sur les épaules.
Hmong noir                                                                                Hmong crouge
                                                                                                 

                                       Hmong fleur                                                                      Hmong vert
Les Hmong fleur (appelés également Hmong fleuri ou bien Hmong bariolé) sont l’une des branches de cette ethnie. En particulier, le district de Bac Ha est connu en tant que capitale de la région des Hmong fleur, représentant environ 80% de la population dominante. Les Hmong fleur à Bac Ha se concentrent dans des villages originaux, nichés aux pentes des montagnes parsemées de rizières en terrasse.
Femmes Hmong Fleur à Bac Ha
Chez les Hmong fleur, les habits traditionnels se caractérisent par leurs costumes très colorés avec beaucoup de motif ingénieux. Normalement, il faut entre 4 ou 6 mois pour faire un costume complet tout à la main. Les femmes portent une jupe couleur indigo avec des motifs brodés ou imprimés à la cire. Leurs chemisiers sont fendus sur les côtés et ont des morceaux d’étoffes de couleur piqués sur les épaules et la poitrine. Elles laissent pousser les cheveux qu’elle enroule autour de la tête, renforcés de mèches postiches pour les faire apparaître encore plus longs. 

Chez certains Hmong implantés en Thailande, les femmes travaillent magnifiquement le batik apposé sur du tissu teinté à l'indigo, noir. 
 
Il est ici impossible de retracer l'immensité de la gamme des parures textiles produites artisanalement par tous ces groupes ethniques, plus richement vêtus les uns que les autres!