6 novembre 2026

L'artiste rom Ceija Stojka, grand témoin du génocide des roms et tziganes pendant la 2e guerre mondiale, pour Éric

J'aimerai faire découvrir à Éric cette femme remarquable qu'était Ceija Stojka (1933-2013) - ce qu'elle a vécu et son témoignage au travers de sa peinture et de ses écrits font qu'elle fait aussi partie de mon panthéon personnel.-
Composition sur tissu avec copie de deux tableaux de Ceija Stokja, sans titre, -représentant à gauche, l'arrestation des tziganes dans leur campement par les Nazis,  et à droite, tous les yeux et les mains des suppliciés des camps,
ces yeux qu'il faut toujours garder ouverts! 

Autodidacte, rom et autrichienne, cette survivante des camps de concentration nazis (Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen) commence à peindre sur le tard, à 56 ans, pour conjurer le silence autour du génocide des Roms et des Tziganes (le Samudaripen*).

Elle possède une force poignante née d’une violente dichotomie entre d'une part la mémoire et l'horreur des camps (ses oeuvres sombres) souvent en noir et blanc aux traits bruts et expressifs qui dépeignent les baraquements, les barbelés, les corbeaux et l’horreur de la déshumanisation et, d'autre part, la célébration de la vie nomade, symbole de son peuple, ses "oeuvres claires" baignées de lumière, de coquelicots et de tournesols (fleurs préférées des roms), reflet de son enfance libre et heureuse. On retrouve de façon récurrente dans sa création le thème de l'oeil, qui refuse de fermer les paupières devant la beauté du monde comme devant la barbarie, faisant de son art un acte vital de résistance, de dignité et de transmission.

Même si ce mail-art fait référence à une période très sombre de l'histoire, je suis certaine qu'il ne laissera pas Éric indifférent, car cette femme-là ne doit jamais être oubliée, témoin s'il en fut de tout ce que son peuple nomade a pu souffrir et souffre encore de xénophobie, de racisme et de rejet.

Cher Éric je t'en souhaite une très bonne réception.

* lien vers le Monde Diplomatique à propos du Sumadaripen 

***  Ceija STOJKA ***
A gauche, Photo vue sur le site de la galerie Christophe Gaillard et sur d'autres sites également, sans date ni nom d'auteur
 à droite, photo relevée sur Wikipédia, prise lors d'une présentation d'un de ses livres à Vienne en 2008
Ceija Stojka naît dans le Land autrichien de Styrie. Ses parents sont issus d’une lignée de marchands de chevaux roms, originaires de Hongrie et installés depuis deux siècles en Autriche, les Lovara. Alors qu’elle est encore une petite fille, en raison des restrictions et des discriminations qui touchent la communauté tsigane, sa famille se voit obligée de se sédentariser. En 1941, son père est déporté à Dachau et sa mère se cache avec ses enfants. L’année suivante, son père est assassiné au centre de mise à mort de Hartheim, où il a été transféré. En 1943, C. Stojka, sa mère et ses cinq frères et sœurs sont arrêté·e·s et déporté·e·s à Auschwitz-Birkenau. Un an plus tard, elle est envoyée à Ravensbrück avec sa mère et une de ses sœurs ; très jeune, elle est témoin de scènes d’une terrible cruauté. La famille est encore séparée l’année qui suit : C. Stojka est déplacée à Bergen-Belsen, avant d’être libérée par les troupes anglaises. Plus tard, elle dira qu’elle a dû sa survie dans ce dernier camp à une branche d’arbre dont elle a gratté l’écorce pour en récupérer la sève.

Avec sa mère, C. Stojka rentre à pied à Vienne où elle retrouve ses deux sœurs et deux de ses frères qui ont réchappé des camps. On estime que 90 % de la population rom autrichienne, déportée massivement dès la fin des années 1930, a été exterminée ; les rescapé·e·s revenu·e·s dans le pays vivent dans des conditions très difficiles à leur retour.

La famille Stojka reprend son commerce de chevaux à la fin des années 1940 ; en 1955, C. Stojka, qui habite toujours à Vienne, vend des tissus au porte-à-porte, puis obtient quelques années plus tard un permis pour exercer le métier de marchande de tapis sur les marchés. Au milieu des années 1980, son frère Karl (1931-2003) commence à exécuter des tableaux figurant son expérience concentrationnaire. En 1988, C. Stojka fait publier un premier texte (Wir leben im Verborgenen, paru plus tard en français sous le titre Nous vivons cachés), dans lequel elle raconte ses souvenirs de la guerre, et elle réalise ses premières peintures et dessins.

Il est difficile de classer sa production picturale en différentes périodes, dans la mesure où elle ne travaille pas par séries, sa pratique étant davantage dictée par une manière de naviguer entre différents éléments autobiographiques : des œuvres joyeusement colorées, représentant une enfance heureuse au milieu de sa famille, en côtoient d’autres marquées par une grande noirceur, évoquant les mois passés à se cacher, le choc de l’arrestation, les épisodes de violence et de brutalité vécus dans les camps, jusqu’à leur libération.

Pour ses dessins et ses peintures, Ceija Stojka travaille à la main comme au pinceau, par grands mouvements énergiques, sur du carton, du papier ou du papier cartonné, utilisant de l’acrylique ou de la peinture à l’huile, de la craie, du sable coloré, un stylo-bille, de l’encre ou des paillettes. Les scènes concentrationnaires sont généralement complétées de textes, incarnant la voix de sa mère ou la sienne, ou encore les injonctions des bourreaux. En souvenir de Bergen-Belsen, elle accompagne la signature de certains de ses tableaux d’un dessin de branche d’arbre, par exemple dans Personne n’avait vu cela… (1995) ou Là, il n’y avait pas de place pour les vivants (2005).

Son travail est montré au public pour la première fois en 1991, à l’Amerlinghaus à Vienne, et par la suite dans de nombreuses institutions, notamment au Mémorial de Ravensbrück (1996-1997) ou au Jüdisches Museum de Vienne (2004). Elle décède en 2013, après avoir fait paraître des essais de poésie, et son œuvre continue d’être présentée au sein d’expositions collectives et monographiques.

Camille Paulhan
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2021
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Ceija Stojka, la petite Tsigane d'Auschwitz sur la chaine Youtube Anita Historia

Margarethe Ceija Stojka est née à Kraubath en Styrie, le 23 mai 1933. Elle grandit dans une famille tsigane pauvre mais aimante, entourée de ses cinq frères et sœurs. En 1941, son père est arrêté puis sa grand-mère est assassinée par la Gestapo. Alors qu’elle n’a que 10 ans, elle est envoyée en camp de concentration avec le reste de sa famille. Elle est forcée de travailler. Devenue une artiste et poète, elle va commencer à témoigner pour son peuple. 
Sources : STOJKA, Ceija, Nous vivons cachés : récits d'une Romni à travers le siècle, Editions Isabelle Sauvage, 2018 STOJKA, Ceija, Auschwitz est mon manteau et autres chants tsiganes, Editions Bruno Doucey, 2018
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Écoutez ici un extrait de l'un de ses poèmes, lu par Jacques Bonnafé du 12 mars 2018 - Année de l'exposition dédiée à l'artiste à la Maison Rouge à Paris (qui n'existe plus hélas), et à la Belle de Mai à Marseille en cliquant sur ce lien : Podcast sur France Culture : auschwitz est mon manteau 
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A la découverte de Ceija Stojka, artiste rom et militante - vidéo de la chaine Youtube de Magma - 2008
Les journalistes citoyens de Magma, accompagnés par Biser, Nasko, Valérie, Olivier et Stéphanie, des acteurs sociaux et culturels de Bruxelles, Roms et non-Roms, se sont rendus à la Maison Rouge de Paris à l'occasion de l’exposition éphémère de Ceija Stojka. Cette artiste rom exceptionnelle est un symbole d’une histoire collective méconnue.  
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Pour avoir plus de détails sur la manière dont sa peinture fit sensation lors de la dernière exposition de ses oeuvres à Besançon en 2026, voici l'accès au dossier de presse.
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Voici une évocation des travaux d’écriture de Ceija Stojka avec un poème extrait du livre Nous vivons cachés de Ceija Stojka qui est surtout composé de prose.


J’ai la liberté
Et bien des années après,
une fois libérés,
c’était très difficile
de revenir dans le monde,
dans le beau monde,
où le vert pousse,
où personne ne nous menace
et désire nous assassiner.
La peur est toujours en nous
Je ne réussirai jamais
à oublier cela.
Jamais.
Tant que je vivrai
je penserai à
ce qu’ils ont fait de nous,
ce Hitler et ses gens.
Ce que je désire du monde
est que les gens fassent attention
et qu’ils gardent les yeux ouverts
sur le monde qu’ils traversent et qu’ils veillent
à ce que cela
ne se reproduise jamais.
Chacun doit penser en soi :
j’ai la liberté
de tuer quelqu’un d’autre
et de lui prendre sa vie.

Ce poème témoigne de la difficulté de Ceija Stojka à oublier ce qu’elle a vécu dans les camps mais aussi de la vie qui attend les déportés après les camps. Elle évoque la méfiance qu’elle aura toujours envers les gens due à tout ce qu’elle a vécu dans les camps dans lesquels elle était tenue prisonnière. Elle déclare ne pas arriver pas à effacer de sa mémoire les horribles souvenirs de la déportation et qu’elle n’arriverait jamais à les oublier. Elle nous met également en garde et nous rappelle à tous l’atrocité des actions commises par les nazis et de faire attention au monde qui nous entoure, de sorte que cela ne se reproduise plus jamais

Extrait d'un long article vu sur le site La répression des Tziganes 1939 -1945- Ceija Stojka

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