En France, rire des puissants est devenu un sport à risque. En trente ans, les humoristes les plus libres de la télévision et de la radio ont été méthodiquement neutralisés, marginalisés, censurés, voire virés. Dans l'audiovisuel public comme dans les médias privés, le même mécanisme se répète : on tolère la satire tant qu'elle ne mord pas. Dès qu'elle touche au pouvoir, on coupe le micro. Des plateaux de Canal+ aux studios de France Inter en passant par les couloirs de France Télévisions, du règne de Nicolas Sarkozy à celui d'Emmanuel Macron, ce documentaire retrace la mécanique d'une mise au silence qui en dit long sur l'état réel de la liberté d'expression dans l'audiovisuel français.
Dès le lendemain de la sortie de ce documentaire sur certains écrans (en nombre limité au début) l'ami Éric en parlait sur son blog, moi je n'avais malheureusement aucune programmation prévue dans mon secteur. Finalement, en passant par "Off investigation" j'ai pu récupérer tous les liens nécessaires pour donner l'occasion à mon cinéma de quartier de le diffuser cette semaine : je sors tout juste de la salle et je vous livre mes impressions à chaud.
Nous étions hélas fort peu dans la salle, début d'après midi d'un samedi très doux où les gens avaient sûrement mieux à faire. Et pourtant, c'est un documentaire salutaire, important à visionner en cette période si importante et si délétère que nous sommes en train de vivre.Même si on pouvait se douter d'un certain nombre de mic-macs dans l'audiovisuel public et privé pour dégommer tout ce qui ne va pas dans le courant de la pensée unique, on ne soupçonne pas l'envergure de ce qui s'est passé sous nos yeux en catamini, depuis une bonne vingtaine d'années. C'est parfaitement documenté et expliqué dans le film par tous les acteurs ayant eu maille à partir avec les décisionnaires de Canal+ ou de Radio France, sachant que maintenant tous les sous-fifres producteurs d'émissions en sont à jouer eux aussi les censeurs, de peur de "déplaire" au grand patron!!!De Sarkozy à Macron sans oublier Hollande, les résidents de l'Elysée ont fait leur maximum pour éliminer les émissions d'humour où le poil à gratter des humoristes ne leur plaisait pas. Mais ce sont leur affidés, ces milliardaires comme Bolloré en premier lieu, ou Saada, qui font le sale boulot. En toute impunité et sans véritable action de l'Arcom ou autre arbritrage, ils ont construit un empire qui truste tous les circuits d'informations (presse papier, media audiovisuel avec les radio, télévision et plate-forme de streaming, l'édition des livres et de la presse scolaire, les kiosques de presse) et tout les circuits de diffusion de la culture [le cinéma (toutes les étapes de la production à la diffusion depuis le rachat d'UGC)], des salles de spectacles comme l'Olympia, le Casino de Paris, le Théâtre de l'oeuvre, et les circuits de billetteries]. Cette mainmise sans égale leur permet de phagociter toute la sphère culturelle de la France et d'imposer un projet de civilisation conservateur, traditionnaliste et d'inspiration catholique, au nom d'un combat idéologique destiné à favoriser l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir en 2027.
Tout au long du film, on est partagé entre le dégout devant des manoeuvres absolument abjectes pou virer les gens sous des prétextes éhontés et l'envie de rire et d'applaudir tant les humoristes sont percutants...
Alors si vous avez possibilité de le voir, courrez-y tant qu'il est encore diffusé.
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