Blog d'art-postal, essentiellement textile , créé pour satisfaire toutes mes envies de couture, broderie, embellissement, collages et autres fantaisies... en les appliquant aux univers riches et variés induits par les timbres postaux. Il peut m'arriver d'y noter mes coups de coeur pour des expositions ou des artistes, sources d'inspiration ou d'émotions.
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Toni Morrison : "Ecrire pour résister, encore et toujours", pour Marc
Toni Morrison, première et unique auteure afro-américaine à avoir reçu le prix Nobel de littérature, est décédée le 6 août 2019 à l'âge de 88 ans,. Elle laisse derrière elle un héritage littéraire et culturel unique au monde, porté aux nues par les médias américains, Vanity Fair et le New Yorker en tête.
Marquée par la ségrégation et le racisme, l'écrivaine a exploré toute l'histoire des Noirs américains à travers ses romans, de l'esclavage à l'époque contemporaine.
Toni Morrison, décédée en 2019, est photographiée le 20 février 2012 à l'Oberlin College Cleveland. (Lynn Ischay/The Plain Dealer )
Portrait de Toni Morrison vers 1996 réalisé par le street-artiste canado-japonais Tim
Toni, c'est d'abord Chloe Wofford, petite fille vive qui grandit au sein d'une famille modeste dans l'Ohio. Chloe, dont les parents n'ont pas eu droit à l'instruction, adore les livres et mesure déjà le chemin qu'il reste à parcourir.
Un chemin qu'elle va continuer à défricher, rebaptisée Toni, en entrant d'abord à Howard, la plus prestigieuse des universités noires, en devenant professeur, puis éditrice dans une grande maison new-yorkaise.
Elle y fera connaître des écrivains et des poètes noirs et se battra pour publier sans rien atténuer de leur message les grandes voix du mouvement de libération afro-américain : le boxeur Muhammad Ali, les militants Stokely Carmichael et Angela Davis.
L'histoire de Toni Morrison, c'est en filigrane celle des Etats-Unis de la ségrégation, du racisme revendiqué, des lynchages et des assassinats politiques, du combat pour les droits civiques…
C'est aussi celle d'une femme libre qui sait dès l'adolescence, à la fin des années 1940, qu'elle ne se laissera pas enfermer dans le mariage. Une mère seule, qui chérit ses deux enfants, mène une carrière brillante… et se ménage aussi, dans les interstices de cette vie bouillonnante, des espaces d'écriture.
Toni Morrison publie son premier livre à 39 ans : L'Oeil le plus bleu, aujourd'hui largement reconnu… 700 exemplaires vendus à l'époque. Mais elle persévère car Toni ressent intimement la nécessité de témoigner de son époque et de son identité millefeuille, africaine-américaine, femme noire, mère célibataire, intellectuelle…
source : extrait de la biographie écrite par Laura Nsafou
J'ai déja écrit sur Toni Morrison dans un article précédent, car cette femme à la force mentale extraordinaire est l'une de ces femmes remarquables que j'admire énormément même s'il me reste tant à lire de son oeuvre littéraire.
Je souhaite à Marc à qui j'adresse ce mail-art une bonne réception de mon enveloppe textile : je suis certaine qu'un artiste du dessin, peintre et un amateur de bonne musique comme lui appréciera cette grande dame qui a beaucoup écrit pour mettre en lumière l'histoire de sa communauté depuis le temps de l'esclavage jusqu'à nos jours, insistant particulièrement sur les conditions des femmes, avec ses mots et ses analyses percutantes d'une situation qui n'est toujours pas vraiment réglée encore aujourd'hui.
ART IS DANGEROUS : Dernières réflexions de Toni Morrison sur « L’art et la justice sociale »
Vidéo sur la chaine Youtube de Stella Adler Studio of Acting mis en ligne le 17 juin 2016
Voici un extrait d'une discussion passionnante à Broadway, organisée par le Stella Adler Studio of Acting dans le cadre du cycle de conférences Harold Clurman, avec la participation de Toni Morrison, Ta-Nehisi Coates, Sonia Sanchez et Toshi Reagon. Dans cette vidéo, Toni Morrison partage ses réflexions finales sur le sujet.
Traduction : « Je tiens à rappeler à tous que l’art est dangereux. Je tiens à vous rappeler l’histoire des artistes assassinés, massacrés, emprisonnés, démembrés, interdits d’entrée. L’histoire de l’art, qu’il s’agisse de musique, de littérature ou autre, a toujours été sanglante, car les dictateurs, les puissants et ceux qui veulent contrôler et tromper savent précisément qui risque de perturber leurs plans. Et ces personnes, ce sont les artistes. Ce sont eux qui chantent la vérité. Et c’est quelque chose que la société se doit de protéger. Mais lorsqu’on s’engage dans ce domaine, qu’il s’agisse de la poésie de Sonia ou de la prose d’une clarté saisissante de Ta-Nehisi, c’est une entreprise périlleuse. On a toujours quelqu’un à ses trousses. Il faut le savoir avant de commencer, et agir en conséquence, car c’est l’une des choses les plus importantes que font les êtres humains. »
« Résistez, encore et toujours. »
C’est sans doute le seul message qu’il faudrait garder de l’œuvre féconde et singulière de Toni Morrison. Pendant plus d’un demi-siècle, cette dernière a restitué les traumatismes, les maux et les blessures de sa communauté. Sa voix fut celle d’une Amérique multiraciale, constamment challengée par ses vieux démons, souffrant de ses perpétuels regains de tension. Il serait candide de penser que le combat est terminé. Son combat, c’est aussi celui d’une nouvelle génération, autorisée à utiliser les mêmes lavabos, certes, mais sur laquelle plane encore la menace de cette distinction raciale. Rentrer à pied avec un ami, vendre des cigarettes au coin d’une rue ou quelques CDs, porter une capuche dans un quartier résidentiel, jouer avec un faux pistolet ou même simplement se rendre à la messe peut encore coûter la vie.
Dans un récent entretien donné à la revue America (n°1, 2017), cette fervente partisane de l'ancien président Obama faisait part au journaliste François Busnel de ses nouvelles craintes et de ses ambitions futures : «Quand Trump a gagné cette élection je suis restée abasourdie, comme tout le monde. J’ai même passé une ou deux journées prostrée, incapable de réagir, de bouger. Mais je refuse de me laisser entraver, de me rendre malheureuse. Fuir, quitter le pays sous prétexte que son gardien est un fou dangereux, ce serait déserter. Aujourd’hui je me relève. Et j’écris. Il faut écrire.»
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