27 avril 2026

Difficile conquête de la liberté pour les anciens esclaves, pour l'Association C.L.E. de Cousance

Préambule : 1794 et 1848 : deux dates qui ont marqué l’histoire de l’abolition de l’esclavage et de la traite :
- la première abolition de l’esclavage par la France le 4 février 1794. Pour la première fois dans l'histoire, fut proclamée par la Convention nationale, l'abolition de l'esclavage, près de quatre ans après l'adoption par l'Assemblée de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Mais l'abolition, appliquée dans toutes les colonies françaises, sauf à l'île Bourbon et aux Mascareignes, fut révoquée en 1802.
- l’abolition définitive de l’esclavage, suivie de l’émancipation des esclaves, le 27 avril 1848 par décret du Gouvernement provisoire de la République.
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Pour l'appel à mail-art lancé par l'Association C.L.E. de Cousance je ne pouvais pas ne pas évoquer la condition des esclaves de l'empire colonial français et leur très difficile conquète de la liberté. Voici donc ma seconde contribution à leur appel.
En fond, le texte écrit par Toussaint Breda qui se fera ensuite appeler Louverture : il s'y prononce  pour la libération de ses frères et soeurs de souffrance, même si par la suite, il fut lui-même en possession d'esclaves. Dessus, la statue d'un esclave qui rompt ses chaines, existant à Saint-Barthélémy. A gauche, le timbre représente la mulatresse Solitude, figure historique incarnant a posteriori la résistance des esclaves noirs luttant contre le rétablissement de l'esclavage en 1802.

Je souhaite une bonne réception de ce mail-art, à l'association C.L.E. ainsi qu'une belle exposition à suivre.

Eclairer le monde, mission première de la Statue de la Liberté, pour l'Association C.L.E. de Cousance

Ce thème me tenant tellement à coeur, voici une première participation à l'appel à mail-art lancé par l'association C.L.E. de Cousance sur le thème de la Liberté.

Comment ne pas évoquer la Statue de la Liberté quand on traite de ce thème ? 
Comme je ne serai pas complète sur le sujet, je vous propose  d'écouter les 10 épisodes en podcasts de l'Epopée de Lady Liberty proposée par Philippe Collin sur l'antenne de France Inter. 
Les chaînes et les pieds de la statue. Service des parcs nationaux, Statue de la Liberté, Nouveau-Mexique
Je souhaite à l'Association C.L.E. une bonne réception de ce premier mail-art qui sera suivi de trois autres. 

La liberté éclairant le monde - statue de Bartholdi 

Chef-d'œuvre monumental de 254 tonnes, la Statue de la Liberté fut construite à Paris par les ateliers Monduit et Gaget entre 1875 et 1884. Composée de 300 feuilles de cuivre martelées et rivetées, elle mesure 46,05 mètres de hauteur. Démontée en 1885, elle fut acheminée par wagon puis par bateau jusqu'à New York, accueillie triomphalement.

La fabrication et l’assemblage de la « Statue de la Liberté » se sont déroulés entre 1875 et 1884 dans les ateliers de « Plomberie et Cuivrerie d’Art » Monduit, Gaget, Gauthier et Cie, puis, à partir de 1880, sous la direction de Monduit et Béchet – Gaget Gauthier successeurs, situés au 25 rue de Chazelles à Paris.
Vue de l'atelier Monduit et Bechet, montrant la tête de la Statue de la Liberté, Paris, 1883
                  
La Liberté éclairant la Rue de Chazelles à Paris
Sources doucument et  iconographie : 
https://histoire-image.org/etudes/statue-liberte
https://lafabriquedeparis.blogspot.com/2013/04/la-liberte-eclairant-la-rue-de-chazelles.html

Composée d’environ 300 feuilles de cuivre, dont l’épaisseur varie de 0,80 à 3 millimètres, martelées, rivetées et suspendues à une armature métallique interne, la statue pèse 254 000 kilogrammes et mesure 46,05 mètres de hauteur.

Le monument définitif complet (piédestal + statue), atteint quant à lui 73,25 mètres de hauteur, sur des fondations profondes de 19,80 mètres. Le chiffre de 93,00 mètres que l’on avance ordinairement est celui de son élévation au-dessus du niveau moyen de l’océan en rade de New York.

En 1885, lors du démontage de la statue, chacune des 300 pièces fut numérotée puis emballée dans des caisses. En mai, soixante-dix wagons transportèrent ces éléments jusqu’à Rouen, où ils furent transférés sur la frégate L’Isère, qui prit la mer le 21 mai. Le 19 juin au matin, L’Isère arriva à New York, accueillie en grande pompe.

Le 21 mai 1885, l’Isère quitte Rouen, cap sur New York. La traversée de l’Atlantique est mouvementée : tempêtes, avaries, suspense… Mais le navire tient bon et arrive à destination le 19 juin, accuilli en fanfare par une armada de bateaux de tourisme.
Il faudra près d’un mois pour débarquer les caisses sur l’île de Bedloe, rebaptisée depuis Liberty Island. La statue, démontée, attendra encore plusieurs mois le temps que le piédestal soit achevé.
New-York. - Réception du navire français "L'Isère", portant la Statue de la Liberté, de Bartholdi. Gravure sur bois de firmin Gillot en 1885- conservée au Musée Carnavalet
Sous l’impulsion du Comité de l’Union Franco-Américaine, la vente par souscription de modèles réduits en terre cuite, appelés « modèles du Comité », a contribué au financement de la Statue de la Liberté. Limités à 200 exemplaires, ces modèles signés, numérotés et estampillés pouvaient être personnalisés par l’inscription du nom du souscripteur dans l’argile.

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Lien entre la Statue de la Liberté et l'esclavage

Le lien entre la Statue de la Liberté et l'abolition de l'esclavage a été nié pendant 125 ans. Presque dès le début du projet, les financiers américains ne voulaient aucune mention de l'esclavage, et pendant 125 ans, ils ont obtenu gain de cause.

Alors que les historiens et les éducateurs s'efforcent de corriger les faits historiques, nombreux sont ceux qui se tournent vers les livres de photos personnalisés pour documenter visuellement les récits occultés et préserver les images, les artefacts et les interprétations qui ont longtemps été exclus de l'histoire officielle.

Bien que Laboulaye et Bartholdi aient imaginé une statue tenant des chaînes brisées, les premiers financiers qui financèrent le projet refusèrent la présence de chaînes sur le monument. Ce furent les mécènes américains qui s'opposèrent le plus farouchement à l'idée que la statue puisse, de quelque manière que ce soit, faire référence à l'esclavage. Les Français, qui finançaient la statue, traversant une période économique difficile, Laboulaye et Bartholdi comptèrent sur les Américains pour financer et construire le piédestal. Ce piédestal était un élément essentiel du monument qui allait devenir la Statue de la Liberté. Sans le soutien financier américain, le projet ne put être mené à terme, mais les financiers américains insistèrent pour que Laboulaye retire les chaînes. On peut supposer que certains de ces mécènes avaient bâti leur fortune, directement ou indirectement, grâce à l'esclavage.

L'histoire officielle de la Statue de la Liberté en rapport avec l'abolition de l'esclavage.
(source Service des Parcs Pationaux, Statue de la Liberté, Nouveau-Mexique - USA)

Pour mettre fin à toutes les rumeurs ayant circulé à propos de cette statue, après 125 ans de silence le Service des Parcs Nationaux diffuse désormais le texte ci-après sur la genèse de l'oeuvre et sa reconnaissance (ou pas) par le peuple états-unien.



Les chaînes et les pieds de la statue. Service des parcs nationaux, Statue de la Liberté, Nouveau-Mexique

En 1886, la Statue de la Liberté symbolisait la démocratie et les idéaux des Lumières, célébrant la victoire de l'Union lors de la guerre de Sécession et l'abolition de l'esclavage. Édouard de Laboulaye , penseur politique français, spécialiste de la Constitution américaine et abolitionniste, qui proposa le premier l'idée d'un monument grandiose offert par la France aux États-Unis, était un fervent partisan du président Abraham Lincoln et de son combat pour l'abolition. Pour Laboulaye, l'abolition de l'esclavage était non seulement un moyen d'éradiquer l'immoralité, mais aussi une façon de protester contre les velléités répressives en France.

Abolitionniste convaincu, Laboulaye était membre honoraire de la section de Philadelphie (fondée en 1862) du Union League Club. Ce club regroupait des personnes dévouées au nouveau Parti républicain, à la cause de l'Union pendant la guerre de Sécession et à l'abolition de l'esclavage. Laboulaye fut également cofondateur et président de la Société française contre l'esclavage, fondée en 1865. Cette société appelait toutes les nations à abolir l'esclavage et collectait des fonds destinés aux esclaves récemment affranchis aux États-Unis.

Avec l'abolition de l'esclavage et la victoire de l'Union lors de la guerre de Sécession en 1865, les aspirations de Laboulaye à la liberté et à la démocratie se concrétisaient aux États-Unis. Afin d'honorer ces acquis, Laboulaye proposa qu'un édifice soit offert aux États-Unis au nom de la France. Il espérait qu'en mettant en lumière les récents succès des États-Unis, le peuple français serait incité à revendiquer sa propre démocratie face à une monarchie répressive.

Lorsque la statue de Laboulaye, « La Liberté éclairant le monde », fut achevée, elle représentait non seulement la démocratie, mais symbolisait aussi l'indépendance américaine et la fin de toute forme de servitude et d'oppression. Une chaîne brisée gît au pied droit de la statue. La chaîne disparaît sous les draperies pour réapparaître devant son pied gauche, son maillon d'extrémité brisé. Cependant, bien que la chaîne brisée soit une image forte, sa signification n'était pas encore une réalité pour les Afro-Américains en 1886.

Après l'inauguration de la Statue de la Liberté en 1886, la presse afro-américaine entreprit de déconstruire l'image romantique qu'elle renvoyait et son lien avec l'histoire américaine. Le racisme et la discrimination envers les Afro-Américains ne prirent pas fin avec la guerre de Sécession ni avec l'inauguration de la Statue ; ils persistèrent pendant plus d'un siècle. De ce fait, la Statue ne fut pas pour les Afro-Américains un symbole de démocratie ou d'idéaux des Lumières, mais plutôt une source de souffrance. Au lieu de représenter la liberté et la justice pour tous, elle souligna les profondes contradictions de l'identité revendiquée par l'Amérique, celle d'une société juste et libre pour tous, sans distinction de race. Dès son inauguration, l'attitude de la communauté afro-américaine à l'égard de la Statue de la Liberté demeura ambivalente et incertaine.

Comme l'écrivait W.E.B. Du Bois dans son autobiographie, « L'Autobiographie de W.E.B. Du Bois : Un monologue sur ma vie à la fin du premier siècle », il ne pouvait imaginer le même sentiment d'espoir qu'il supposait avoir éprouvé certains immigrants lorsqu'il passa devant la Statue de la Liberté lors d'un voyage de retour d'Europe. Cet espoir ne concernait pas sa communauté. La lutte pour l'égalité, la liberté et la justice pour tous n'avait pas encore abouti ; elle fut même reléguée au second plan après l'achèvement et l'inauguration de la Statue. Par conséquent, les Afro-Américains utilisèrent rarement la Statue comme un symbole pertinent de leur combat ; ils hésitaient à s'approprier le symbole d'une nation qui ne les reconnaissait pas pleinement comme citoyens. La Statue de la Liberté ne leur permit pas d'obtenir l'égalité et la justice au sens le plus strict du terme ; elle ne fut qu'un début.

21 avril 2026

"La poésie c'est de l'action" pour l'éco-citoyen CharlÉlie Couture

Lue ce matin dans l'Infolettre de Reporterre le média de l'écologie, voici l'interview donné par CharlÉlie Couture à l'occasion de la sortie de son nouvel album dont je vous ai déjà parlé précédemment. Comme j'aime sa vision du monde et les mots qu'il choisit pour nous parler d'écologie, avec toute la poésie qui le caractérise, j'ai eu envie de partager avec vous. 

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« La poésie, c’est de l’action » : de Yannick Noah à la Béninoise Angélique Kidjo, le musicien Charlélie Couture fait chanter en duos de nombreux artistes pour son 27e album, dédié à l’écologie. 
Les bénéfices seront reversés à France Nature Environnement.

CharlÉlie Couture dans son atelier Parisien - © Mathieu Génon/Reporterre
Qu’est-ce qui peut bien pousser un artiste accompli de 70 ans à composer un disque dédié à l’écologie, et à reverser ses recettes à une association de protection de l’environnement, en l’occurrence FNE ? Une révélation, une rencontre, l’amour des enfants ?

Pour comprendre, Reporterre est allé à sa rencontre, au bout d’une impasse parisienne de briques et de lilas. Charlélie Couture nous attendait, la barbiche grisonnante, le regard vif et franc. Projet Bleu Vert, son 27e album, venait de dévoiler sa pochette sur les plateformes d’écoute : la planète Terre découpée en continents verts baignant dans le bleu, et soutenue par deux larges mains — une réalisation de Michel Granger, peintre qui a beaucoup travaillé sur l’image de la Terre.

Dans les années 1980, on entendait la chanson « Comme un avion sans aile » sur toutes les ondes. Puis Charlélie Couture, son compositeur-interprète, sembla s’être tu. Mais non, cet artiste à la voix si singulière avait simplement été lâché par le showbizz, qui avait préféré des idoles plus productives. Lui n’était pas disposé à consacrer tout son temps à la chanson ; il voulait devenir un artiste « multiste », c’est-à-dire qui développe plusieurs arts pour exprimer son ressenti dans la forme la plus adéquate. Il le fera jusqu’à vivre de sa peinture lors de son séjour à New York (2004-2018) et obtenir le prix Heredia de l’Académie française pour son recueil de poésie La Mécanique du ciel.

Autour d’une table de bois épaisse et ravinée comme on en voit guère à Paris, il a raconté à Reporterre comment était né Projet Bleu Vert, de quels hasards, colères, attachements. Jusqu’à ébranler notre regard, avec sa foi en l’émotion.

C’était en 2025. Charlélie -nom de scène tiré de son prénom composé, Bertrand Charles Élie- pensait à un nouvel album. Une remarque d’un élève du lycée Henri-Poincaré de Nancy (celui-là même où il avait fait ses études) lui revient alors en tête. À l’issue d’une rencontre organisée autour de la transdisciplinarité, ce dernier lui avait dit : « C’est étonnant parce que, dans tous vos disques, il y a des chansons qui évoquent l’environnement, la nature, d’une manière ou d’une autre. Pourtant, quand on tape votre nom associé à écologie ou à environnement dans un moteur de recherche, rien n’apparaît. » La remarque allait faire son chemin.

« Solidarité entre tous ceux qui sont réceptifs à la cause écologique »

2025, c’est encore une année noire pour l’écologie. Plusieurs scandales l’agitent : les eaux polluées de Nestlé, l’hypocrisie sur la protection des océans, et surtout la loi Duplomb, qui fait monter la moutarde au nez de Charlélie. « “Les autres pays, ils font pire”, nous dit Duplomb. Mais ce n’est pas le sujet, de s’aligner sur le pire ! On n’en veut plus de ces poisons chimiques, c’est ça, le sujet ! »

Bref, entre le climat ambiant, ses petits-enfants dont il parle avec les yeux qui brillent, l’intérêt pour ses anciennes chansons « écolo » qu’on continue de lui réclamer à ses concerts, l’idée lui vient de les réenregistrer, pour les transformer en duos. « Je me suis dit : à quoi ça sert de faire un nouvel album si on ne parle pas des chansons que j’ai déjà écrites, et surtout, si on n’en parle pas pour ce qu’elles sont ?» Et c’est ainsi qu’il a proposé à des chanteurs amis de composer des duos avec lui, du Brésilien René Nunes à la Béninoise Angélique Kidjo, en passant par Yannick Noah, sa propre fille Yamée Couture et d’autres encore.
Charlélie Couture est à la fois musicien, peintre et écrivain.© Mathieu Génon/Reporterre

Voilà comment Projet Bleu Vert est né, de rencontres musicales inédites après un échange imprévu avec un ado curieux. L’ensemble des morceaux procure à l’écoute une sensation d’ouverture : le swing si particulier de la samba côtoie des morceaux plus rock ou des mélodies au piano, les timbres de voix sont contrastés, cosmopolites. Le tout s’accordant à la recherche d’universel de ce chanteur avide de sens : « C’est ça, être un artiste : descendre le plus possible à l’intérieur de soi, pour tenter de toucher le reste du monde. »

Son engagement à lui, artiste élevé dans l’amour de la culture et le respect des autres, il est là d’abord, mais pas seulement : « Moi je ne suis pas un militant au jour le jour, ma relation avec le monde est liée au sensible… Je crois à la puissance de l’émotion. Mais j’admire les gens qui travaillent sur le terrain, et si cet album pouvait créer comme une solidarité entre tous ceux qui sont réceptifs à la cause écologique, ce serait bien ; c’est ça, son but. »

À ces neuf duos réarrangés (issus de chansons écrites entre 1990 et 2022), il a ajouté un poème en prose du militant écologiste controversé Paul Watson, rencontré fin 2024 à Paris, après sa libération des prisons groenlandaises. Dit par Watson lui-même, il raconte la mort des océans et des baleines, « cette honte pour l’humanité », et tout ça au nom de l’économie, « le seul langage qu’ils comprennent ».

Un discours qui trouve beaucoup d’écho chez Charlélie : « Comment nier que la finalité, aujourd’hui, ce n’est plus que le profit à court terme ? Que nous, la génération post-guerre qui a vécu des privations, des difficultés, ait abusé du pouvoir de la chimie, qu’elle découvrait, on peut le comprendre. Mais maintenant qu’on sait que 40 % de la production alimentaire mondiale sont jetés tous les ans, on ne peut plus dire que l’agriculture industrielle ou la surpêche sont là pour nourrir le monde ! C’est un gâchis à l’échelle industrielle… Je fais partie de ceux qui sont bouleversés par ça, et je ne me prive pas de le dire ! »

Est-ce pour cette raison que cet « écocitoyen », comme il se définit, a placé au centre de l’album un appel à la résistance, « Engagé volon-Terre » ? « Bah oui, sinon qu’est-ce qu’on va leur laisser aux jeunes, ce monde de merde ? »

Parler simplement de la douleur devant des lieux abîmés

L’écologie n’affronte pas seulement la destruction du monde, elle affronte aussi son abstractisation. Si la biologiste Rachel Carson, par exemple, a réussi, avec son livre Printemps silencieux (1962), à faire interdire l’insecticide phare des années 1950, le DDT, c’est en décrivant par le menu les tortures endurées par les poissons qui en avaient absorbé : leurs yeux sortis de leurs orbites, leurs spasmes ultraviolents. Mais comment pourrions-nous être émus aujourd’hui par des sigles ou des termes froids comme « biodiversité », répandus par la technocratie néolibérale ? Et sans émotions, comment pourrions-nous nous sentir reliés au monde ?

Bien qu’assez classiques (on n’y trouvera pas l’extravagance de Nino Ferrer ou l’étrangeté poétique de Bashung), les chansons de Charlélie recèlent une énergie qui lève ce frein à la relation sensible : écoutez « La petite rivière », par exemple, ou « Le jardin de mon oncle ». Toutes deux nous parlent simplement, mais charnellement, de la douleur que l’on peut ressentir devant des lieux abîmés, « pollués par négligence », « industrialisés sans prudence ». « J’aime passionnément la poésie, mais pas les “roucoulades”, insiste le clown Couture en faisant des grimaces mièvres. La poésie, c’est de l’action — du grec, “poiêsis”, qui veut dire “agir”. ».

Au fil des morceaux, des images fortes libèrent notre colère contre les « mensonges de Goliath, pesticides et glyphosate », contre le « bricolage de la nature pour quelques milliards de dollars » (« Eugène le gène »), contre « ces salauds et ces pourris qui vous salissent la vie », des « heures caniculaires » aux « nitrates dans les rivières ». C’est salutaire : quelque peu soulagé du poids des douleurs enfouies, on retrouve de l’énergie pour défendre un « bonheur natural » (expression inoubliable dans la voix fruitée de René Nunes, qui signifie bonheur simple, relationnel, sans recherche ostentatoire).

« Après tout, qu’est-ce qu’on en a à foutre de manger des ananas toute l’année ? », demande Charlélie, pour qui les gens et la nature, c’est « un truc indissociable ». « Je tiens ça de mon expérience, entre 7 et 16 ans à peu près, aux Éclaireuses et éclaireurs de France, l’équivalent laïc des scouts. Ils avaient comme devise : “L’éclaireur protège la nature et les hommes”. »

Mais comment « Garder la foi dans le bleu, dans le vert / croire qu’on peut changer l’histoire » ? Formule d’esthète pour finir en trompettes, au moment où l’écologie n’a jamais été aussi décriée et piétinée (rebonjour M. Duplomb)… ? « On est face à un front conservateur, en particulier depuis l’arrivée au pouvoir du banquier qui nous dirige actuellement. Mais je ne suis pas un donneur de leçons. À chacun selon sa conscience, ses dispositions. Moi, j’ai essayé de dérouler une vision que je dirais plutôt lucide, éclairée, tout en donnant la pêche. C’est pas parce que le monde déconne que tu dois te tirer une balle. La mort viendra bien assez tôt. »
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Chacun peut écouter le disque gratuitement sur le site de Charlélie Couture, mais acheter le CD,  pour ceux qui le peuvent,  permettra de soutenir France Nature Environnement, fédération à laquelle iront tous les profits générés par les ventes de l’album.

20 avril 2026

Le nouveau Stampoem de Rémy,

Au retour d'un trop court week-end en Côtes d'Armor où je me suis échappée pour deux jours de très beau temps, c'est un vrai plaisir de trouver en rentrant du courrier dans ma boite aux lettres,  avec aujourd'hui un nouveau "stampoëm" de Rémy .

 
Ce qui est troublant c'est que Rémy me parle d'une commémoration à la gloire des mineurs de Corrèze, précisément à Champagnac les Mines, illustrée par un très beau timbre bleu (faux) avec un mineur en compagnie du cheval destiné à tirer les berlines remplies de charbon. Comme tous ses congénères, une fois descendu dans le puits pour y accomplir inlassablement sa tâche, il y terminera sa vie sans jamais revoir la lumière du jour, probablement devenu aveugle. 

Oui cette coïncidence est troublante car je cherche depuis plusieurs semaines à illustrer un beau sujet sur les hommes qui ont travaillé si durement pour extraire du sous-sol français toutes sortes de minerai (bauxite, fer, ardoise..) mais comme cette activité n'existe plus, et qu'il n'en reste des traces que dans les musées, il est fort difficile de se procurer une iconographie sérieuse sur internet dès qu'on veut aller au-delà de l'extraction du seul charbon. Mais je ne perds pas espoir, je cherche toujours de quoi étayer mon sujet sur les mineurs notamment sur leurs vêtements de travail, leurs outils, leurs protections (éventuelles) et leur position de travail. Peut-être trouverai-je de la matière à la médiathèque de mon quartier.?

Merci Rémy pour ton illustration et ton mail-art toujours singulier et si reconnaissable. Même si je lève le pied en ce moment sur l'art postal, je n'arrête pas complètement cette activité, simplement il faudra attendre un peu plus longtemps une réponse de ma part. 

16 avril 2026

Le vivant qui se défend : Vincent Verzat nous présente son film

Interviewé par l'Académie du Climat, la vidéo ci-dessous nous permet de mieux connaître Vincent Verzat et sa démarche de vouloir donner un autre sens à ses combats pour l'écologie en étant davantage à l'écoute des animaux et plus globalement du vivant:  
Youtubeur, vidéaste et créateur de contenu, Vincent Verzat nous parle de son évolution à travers les années de son engagement écologique. Découvrez son processus créatif, sa vision du militantisme, les façons qui permettent de raconter la nature ou encore de permettre aux gens de se réapproprier leurs territoires et de créer un lien émotionnel avec leurs écosystèmes. Une vidéo qui donne envie de tisser des liens avec nos écosystèmes et de se reconnecter aux autres formes de vie sur terre.

 "Le film est à vous, gratuitement et sans pub, pour tout le monde et pour toujours"

Ce sont les mots du créateur de ce film-documentaire,  qui m'ont incité à le publier sur mon blog pour le faire partager au plus grand nombre. 

Le VIVANT qui se défend :  Documentaire de Vincent Verzat visible sur la plateforme youtube "Partager c'est sympa"

► SYNOPSIS Vincent Verzat filme les mobilisations écologiques depuis 10 ans sur la chaîne YouTube Partager c'est Sympa (310k abonnés·es). Partant d'un récit personnel et sensible, le film « Le VIVANT qui se défend » retrace son cheminement entre militantisme et naturalisme, sa recherche d'un équilibre entre combat et contemplation, traçant un chemin pour vivre dignement et affronter ce qui vient. Des luttes forestières du plateau des Millevaches à la tanière d'une famille de blaireaux, en passant par les méga bassins du Poitou, les cerfs du Vercors et l'autoroute A69, « Le VIVANT qui se défend » fait le lien entre les animaux sauvages et les luttes qui sont menées partout en France contre la destruction de leurs habitats. Un documentaire de Vincent Verzat, auto-produit et auto-distribué par Partager c'est Sympa. 
► PRIX ET SELECTION EN FESTIVAL ⭐ Sélection Officielle au FIPADOC Biarritz 2026 | Festival international du film documentaire, catégorie "En famille" ⭐ Sélection Officielle au Festival International du Film Ornithologique (Ménigoute - FR- 2025) ⭐ Sélection Officielle au Festival Salamandre (Morges - CH - 2025) ⭐ Coup de Cœur du Jury, film commun 2026 du Festival du Film Vert (FR/CH - 2026) ⭐ Sélection Officielle au Festival d'Amnesty International France "Au cinéma pour les Droits Humains" (FR - 2026) ⭐ Prix du "Meilleur Film - International" au Films for Future Festival (Zurich - CH - 2025) ⭐ Prix du "Meilleur Documentaire" au Sustain Film Festival (Guildford - UK - 2025) ⭐ Sélection Officielle au Festival de La Biolle (FR - 2025) ⭐ Prix du Public et Mention Spéciale du Jury au Festival International du Film Ecologique et Social (Cannes - FR - 2025) ⭐ Prix Albert Schweitzer 2026 (CH)  
► PRODUCTION Auteur, réalisateur, monteur : Vincent Verzat Co-auteur : Gaspard d'Allens Bilan de la tournée d'avant-première au cinéma : 370 séances, 35k spectateurs entre juin et le 6 novembre 2025 Date de mise en ligne YouTube : 6 novembre 2025 Auto-produit et auto-distribué par l'association Partager c'est Sympa via deux financements participatifs (1300 donateurs sur Tipeee). Avec le soutien du centre national du cinéma et de l'image animée (CNC Talent) 

14 avril 2026

Conclusion du défi Étiquette de Sylvie : nos envois et ses retours

Souvenez-vous, en décembre dernier, ma correspondante jurassienne Sylvie Graindorge m'avait proposé de participer à un défi qu'elle lançait à plusieurs de ses correspondants et amis en partant d'une étiquette noire. Charge à nous d'intégrer cette étiquette dans un mail-art avec le choix d'un timbre approprié, sachant qu'il était possible de l'utiliser entière ou par moitié et de la costumiser à notre gré. En retour, Sylvie a relevé le défi en nous adressant ses propres créations

Et aujourd'hui, comme les autres participants, j'ai eu la grande joie de trouver dans la boite aux lettres une grande enveloppe de Sylvie contenant les quatre pages récapitulatives de ce joyeux défi : les deux  premières pages représentent nos envois, les deux suivantes ses retours.

Pour des raisons de confidentialité évidentes, j'ai anonymisé les patronymes et adresses des personnes privées qui ont joué avec Sylvie.


Merci beaucoup Sylvie de m'avoir intégrée à cette boucle de création : j'ai adoré participer et je suis partante a priori pour toute nouvelle proposition de jeu, auquel je me prêterai bien volontiers.

13 avril 2026

Tête-à-tête ou tête en double, de la part d'Eric

Que ce soit en 2D ou en 3D, dessiner des visages est vraiment une des spécialités de l'ami Eric,  et quand ce n'est pas dans une boite à camembert,  c'est cette fois-ci dans le fond d'une boite à thé qu'il fait dialoguer deux olibrius au nez rouge et plein d'entrain dans leurs propos. La conversation semble animée et je voudrai bien être une petite souris pour savoir ce qui se raconte là!
En art postal toujours, j'ai la chance de recevoir régulièrement l'une ou l'autre de ces boites ce qui commence à me constituer une jolie petite collection. Merci beaucoup Eric,  j'adore tes personnages, et je suis vraiment ébahi lorsque je vois à quel point tu maitrises...le dessin et les expressions.  

Pour ceux qui ne te connaîtrais pas vraiment encore, je leur conseille d'aller voir comment chaque année tu est le concepteur puis l'architecte de ce fameux Pois Chiche Masqué, totem de la Fête du Pois Chiche qui se tient à la fin mai chaque année, à Montaren... et cette année, double boulot car tu es en train de réaliser un Janus, c'est à dire un personnage à double faciès pour l'édition 2026.

Une petite vidéo pour vous rendre compte de la jovialité des participants, et combien ce totem a une place incroyable dans le déroulement des festivités. 
Bravo à toi Éric, et merci de tout ce que tu fais et de la joie que tu apportes à tous ceux qui ont la chance de te connaître et de te compter comme ami. 

Petite gueule d'amour, à la cantine, pour le MIAP de Christophe

Encore une participation à l'appel à mail-art lancé par Christophe Blaise sur les "gueules.

 On a tous des souvenirs identiques à ce cliché, lorsqu'enfant nous fréquentions la cantine scolaire. Comme cette petite fille nous avons joué avec les verres empilables et incassables Duralex. Les fameux verres avec des numéros inscrits au fond des verres, qui pouvaient servir entre autres à désigner celui qui irait remplir la carafe d'eau à la fontaine

Copie d'une photo et extrait de publicité vus sur le site de Duralex associés à un timbre récent de la Poste pour fêter les 80 ans de la marque, sur fond de dentelle bleue.

Je profite de cette occasion pour parler de la marque Duralex qui vient de fêter ses 80 ans.

Née au cœur de la France, à la Chapelle Saint-Mesmin, l'usine incarne un savoir-faire unique : celui du verre trempé, résistant, fonctionnel et durable qui traverse les générations.  Dès 1945, Duralex révolutionne la table avec une ambition simple : proposer à chacun une vaisselle fiable, esthétique et accessible.

Quelle preuve de longévité de cette marque qui a réussi à survivre et même à se renouveler grâce à l'opiniatreté et au courage de ses ouvriers. En effet, sous la forme d'une SCOP,  226 personnes ont repris la production et l'usine en main,  après de nombreux problèmes de trésorerie, sept changements de direction, des mises en redressement judiciaire successives, toujours à attendre et à espérer des repreneurs. Finalement, ils ont pris les rênes eux-mêmes et cherché à moderniser un peu la marque. Grâce à leur production, ils ont même pu ouvrir  pour les fêtes  de fin d'année une boutique éphémère dans le coeur d'Orléans où les produits ont été plébiscités par les clients, suscitant un engouement inattendu et réjouissant.  Souhaitons-leur beaucoup de succès encore et longue vie à Duralex 

PS : Pour fêter son anniversaire Duralex ouvre ses portes :  une visite de l'usine historique de la Chapelle-Saint-Mesmin, est maintenant possible sur inscription.

Cher Christophe, je te souhaite une bonne réception de ce nouveau mail-art avec la petite fille espiègle qui l'anime et un bon accrochage pour ta nouvelle exposition, car avec l'arrivée des beaux jours, tu vas certainement rouvrir bientôt ton joli petit musée. 

L'est pas chouette, ma gueule ? pour le MIAP de Christophe

Pour sa toute prochaine exposition nouvelle dans son joli musée international de l'Art Postal (MIAP) sur le thème des "gueules" , je suis sûre que l'ami Christophe en aura reçu beaucoup et en recevra encore au cours de ce mois, toutes sortes de gueules :  des bizarres, des tordues, des vertes et des pas mûres, des gueules cassées, des gueules de bois, des gueules en biais, etc... etc...

Pour compléter sa collection, je lui adresse aujourd'hui une gueule très "chouettes" et j'espère qu'elle lui fera plaisir. 

malheureusement je n'ai pas réussi à retrouver la statue originale de cette photo, j'espère que ce n'est pas une image trafiquée par intelligence artificielle, elle est beaucoup reprise sur internet mais sans aucun nom d'auteur 

Bonne réception de ce mail-art, ami Christophe, et rendez-vous, je l'espère, cet été, pour une visite guidée de cette expo à venir qui sera, à n'en pas douter,  magnifique.

Une des belles trognes de nos campagnes, pour le MIAP de Christophe

Pour répondre une nouvelle fois à l'appel à mail-art de Christophe sur les "gueules", j'ai choisi de jouer sur les mots car pour parler d'un visage en langage populaire, on  peut aussi dire une bouille, une bobine ou encore une trogne

Et c'est donc une très belle trogne, formant un véritable visage, que je mets en lumière avec ce mail-art dont je souhaite une très belle réception à l'ami Christophe.

Composition réalisée sur fond en tissu avec la tête-visage d'une trogne de chêne photographie aux aux alentours de Nogent sur Vernisson (45) complétée par la copie d'une aquarelle montrant la belle biodiversité abritée dans une trogne de frêne (Source : la Maison Botanique, auteur Dominique Mansion)
Je vous propose ci-après de découvrir un peu mieux cette technique agroforestière très ancienne qu'on commence à revoir dans certaines campagnes, après tous les ravages dus au remembrement et la destruction systématique des haies.

*** Arbres aux mille visages ***
les « Trognes » sculptures paysannes aux gueules vieillissantes 

schéma pour expliquer la manière de travailler un jeune arbre pour en obtenir une trogne quelques années plus tard 
(documentation de Dominique Mansion)

La nature produit « naturellement » des trognes
Bien avant qu'ils ne soient taillés par les humains, les arbres ont été confrontés aux dommages naturels causés par les tempêtes, le givre, la glace, les avalanches, les crues, la chute de rochers ainsi que la dent des herbivores. Au cours de cette longue évolution, les feuillus, notamment, ont acquis la faculté étonnante de se régénérer à partir de bourgeons dormants situés sous leur écorce. Stimulés, suite à un stress (casse, coupe, abroutissement), ces bourgeons se réveillent pour former de nouvelles branches. En pratiquant le taillis et l'étrognage, les hommes ont eu l'idée géniale d'utiliser cette incroyable faculté du génie végétal. Coupés à faible hauteur par le castor, saules, peupliers, frênes, ormes repoussent comme des mini-trognes naturelles. En Guyane, en mangeant les feuilles de Pterocarpus officinalis, l'hoatzin, oiseau ruminant, crée des trognes sur lesquelles il peut installer son nid. Dans les montagnes, les arbres broutés au-dessus de la couche de neige repartent en se ramifiant et en émettant de nouvelles branches. Ce regard sur les origines nous éclaire sur la nature inventive du végétal.

Depuis quand des trognes ?
Des restes de vannerie trouvés dans des gisements du néolithique laissent penser qu'à cette époque les arbres étaient déjà coupés à hauteur pour protéger leurs repousses des herbivores sauvages et domestiques. En Angleterre, des vestiges de trognes âgés de 3400 ans ont été découverts enfouis dans le lit de la rivière Trent. En Bretagne, l'analyse de bois d'œuvre archéologique montre que l'émondage était pratiqué à l'époque carolingienne. La sculpture, la mosaïque, la fresque sont de précieuses sources de renseignement qui nous offrent des représentations datées, pour les plus anciennes, de 3500 ans. L'enluminure médiévale est une mine d'informations : dans les miniatures des douze mois de l'année des « Très Riches Heures du duc de Berry » (première moitié du XVe siècle) des trognes sont illustrées aux mois d'avril, juin, juillet et octobre. Depuis plus de 3000 ans, une multitude de représentations témoignent de la présence et de l'importance des arbres têtards et des arbres d'émonde dans le paysage, que viennent confirmer les textes anciens, les coutumes qui commencent à être fixées par écrit au Moyen Âge, les baux ruraux, l'édition des Usages locaux, par exemple.
Source : la Maison Botanique
Trognes, les arbres aux mille visages
Vidéo publiée sur la chaine Youtube du Musée Cantonal de Zoologie
Trognes, des piliers de la biodiversité en milieu rural
Vidéo publiée sur la chaine Youtube du Conservatoire d'Espace Naturel d'Auvergne
Qu’est ce qu’une trogne ?
La trogne est un arbre, le plus souvent un feuillu, conduit à hauteur pour une récolte régulière de bois, de feuillage, de fruits, sans avoir à couper le tronc. Créée sur un jeune arbre, la trogne ou arbre têtard offre une cueillette qui, convenablement gérée, peut durer des siècles. Cette pratique ancestrale, connue depuis au moins 3 000 ans, présente de multiples avantages : production augmentée et de proximité hors d’atteinte de la dent des herbivores sauvages et domestiques, pérennité de l’arbre et de son système souterrain, limitation de l’emprise sur les cultures ou les bâtiments voisins, pôle de biodiversité inestimable, mobilisation du carbone, marqueur de paysage... Créer une trogne c’est s’engager avec un arbre pour toutes ces raisons. Son seul véritable inconvénient : la nécessité d’intervenir à hauteur. Mais on peut aussi faire des trognes basses !

Si la trogne m’était contée
Drôles de trognes qui jalonnent discrètement nos campagnes arborées… Véritables monuments végétaux, figures emblématiques mais insoupçonnées de notre biodiversité quotidienne… Des visages singuliers parmi les multiples facettes de la nature ordinaire, parce que justement très apprivoisés, parce que totalement cultivés… Une nature domestique et pittoresque dont on remarque l'étrangeté, et dont on a failli perdre la mémoire et les valeurs, économique, écologique, esthétique…. La trogne ou l'émonde, la ragosse, le têtard ou l'escoup… ce n'est pas l'arbre idéal. C'est l'arbre "paysan", l'arbre utile par excellence, que l'on taille avec assiduité pour en tirer le maximum de profit, en respectant au mieux ses exigences biologiques, et pour en pérenniser la ressource : la nécessité de produire plus avec la plus grande économie de moyens et d'espace possible. C'est l'arbre que l'on taille non sans peine, ni par plaisir ou par sadisme, ni par devoir pour "lui faire du bien" ou encore lui donner de la vigueur. La trogne c'est surtout une connaissance et des savoir-faire, une expérience du génie végétal au service de la petite industrie verte d'antan, mais c'est surtout un formidable potentiel d'avenir et de modernité dont on ne perçoit pas clairement les enjeux et la mesure. … les enjeux de l"'arbre de pays", et de sa lente mais inexorable réhabilitation dans nos logiques de production agricole et d'aménagements en tous genres, dans sa grande générosité à produire de la biomasse et accueillir de la biodiversité, à protéger notre environnement et nos territoires, à paysager notre cadre de vie…

La trogne : un réservoir de biodiversité
Les trognes constituent un abri précieux pour de nombreuses espèces animales. A l’instar des autres arbres hors-forêt et des haies champêtres, sa répartition doit être le plus homogène possible sur tout le territoire, afin d’offrir des corridors aux espèces qui lui sont inféodées. En vieillissant, les arbres taillés en têtard se creusent, la partie centrale se dégrade alors que la périphérie continue de se développer. D’abord, au niveau de la « tête » de l’arbre, la décomposition des feuilles, les particules apportées par le vent et l’accumulation des fientes d’oiseaux participent à la formation d’un terreau spécifique favorable au développement d’une flore dite épiphyte. Les troncs des arbres têtards forment ensuite de nombreuses cavités et fissures qui sont autant de lieux de vie attractifs pour une faune variée qui s’y réfugie et s’y alimente. Dans ces anfractuosités naturelles ou celles creusées par le pic, tout un cortège d’espèces vont se succéder ou cohabiter : les cavernicoles, les passereaux insectivores (mésanges, sittelles, rouges-queues, etc...), les rapaces nocturnes (chevêches, hulottes...) mais aussi les écureuils, loirs, martres et certaines chauves-souris; sans oublier les coléoptères et les insectes pollinisateurs qui pourront élire domicile dans ces vieux arbres.
A gauche, croquis trouvé dans l'article "vous avez dit trognes?" sur le site  https://trognes.fr/definition/
A droite : « Trogne – arbre habitat », 180/240cm, Aquarelle,  Encre de Chine, Gouache, 2023-2024
 avec la collaboration de Dominique Mansion, Alexandre Boissinot et Laurent Larrieu.

11 avril 2026

Dans la lucarne, jolie parenthèse de rêves et de poésie avec Jean-Michel Folon

Moi qui ne regarde quasiment plus la télévision sauf pour quelques films, je suis tombée aujourd'hui avec un grand bonheur sur une émission dédiée à Jean-Michel Folon, artiste multidisciplinaire, que j'admire tant 

Reproduction d'une photo trouvée sur le site des Galeries Bartoux de Monaco

L'émission Rembobina consacré à l'artiste intégre essentiellement la diffusion d'un documentaire de Claude Ventura (le réalisateur a suivi Folon cinq jours durant dans  son environnement en 1973,  là où il a choisit de vivre en pleine nature, avec ce qu'il aime dans et autour de sa maison de Burcy, en Seine-et-Marne) puis différents  extraits d'émissions avec Jacques Chancel. Le tout baigné de musiques magnifiques de Michel Colombier puis d'Ennio Moricone.

J'ai retrouvé la joie éprouvée lors de ma rencontre avec nombre de ses oeuvres lors d'une très belle exposition de l'été 2023 à l'intérieur de la Saline Royale d'Arc en Senans. Mais aujourd'hui, je viens d'y trouver un complément avec une incarnation du personnage. En effet, d'avoir pu le visualiser en chair et en os, évoluer dans son quotidien, tant à sa table de travail qu'arpentant la campagne environnante en marchant longuement le nez au vent, ou bien courir comme un enfant en tirant la ficelle d'un cerf-volant, me permet davantage encore de comprendre sa personnalité si riche, de percevoir sa sensibilité extrême. J'aime infiniment l'entendre parler de ses rencontres artistiques et de ses amitiés, de ses voyages...et de sa manière de capter la lumière et les couleurs lors de ses pérégrinations.

Mais je crois qu'avant tout, c'est de cette passion du dessin qui l'anime depuis l'enfance que je suis la plus admirative. Jean-Michel Folon dessine comme il respire. "Lorsque je dessine, je n'arrive pas avec une idée préconçue du dessin à venir, j'écoute mon imagination et le dessin vient tout seul". 

Folon, un artiste protéiforme et engagé / Rembob'INA  sur la chaine youtube de LCP Assemblée Nationale

Rembob'Ina rend hommage au créateur belge des mythiques hommes bleus volants du générique d'Antenne 2, qui a marqué l'imaginaire de millions de téléspectateurs entre 1976 et 1983. L'occasion de redécouvrir son immense talent et son œuvre prolifique dans un portrait sensible et poétique, réalisé par Claude Ventura pour l'émission Italiques en 1973. Disparu il ya 20 ans, il reste un artiste emblématique de la seconde moitié du 20ème siècle, aujourd'hui célébré partout dans le monde. Ses dessins, aquarelles, sculptures et œuvres graphiques étaient visibles partout, dans des journaux et des publicités, sur des timbres et des affiches et à la télévision. Artiste engagé et pionnier, il a également créé pour des causes qui lui tenaient à cœur, comme Greenpeace, la Croix Rouge, l'Unicef ​​et Amnesty International. 
Invitations : Elena Benazet, régisseuse et restauratrice des collections à la Fondation Folon, Claude Ventura, réalisateur, Richard Poirot, Ina.

Pour en savoir davantage je vous mets le lien sur la biographie détaillée de Jean-Michel Folon délivrée  par la Fondation Folon, un musée imaginé par l'artiste.
Bienvenue à la Fondation Folon - vidéo de la chaine Youtube de la Fondation

Un musée en pleine nature En octobre 2000, Jean-Michel Folon (1934-2005) a créé un musée, situé à 20 minutes de Bruxelles, dans la Ferme du Château de La Hulpe, au cœur du Domaine régional Solvay. Cet écrin de verdure de 227 hectares est bordé par la Forêt de Soignes et parsemé de sentiers et d'étangs tranquilles (où s'épanouissent une faune et une flore remarquables). L'artiste belge en a imaginé le parcours dans une scénographie originale et interactive composée d'installations, de jeux de lumière, de musique et d'effets d'optique. Les quinze salles d'exposition présentent ses images/figures emblématiques parmi les encres, aquarelles, peintures, gravures, affiches, objets, sculptures... Ces quelques 350 œuvres permettent de découvrir la richesse du travail d'un artiste multidisciplinaire qui, grâce à l'universalité de son message, a connu rapidement une reconnaissance internationale. Fondation d'utilité publique, la Fondation Folon poursuit, par toutes les activités qu'elle met en place, la défense des valeurs et les combats de l'artiste pour les droits humains et la protection de la nature. Retrouvez les activités sur www.fondationfolon.be

Je ne sais pas si j'aurai cette chance d'aller visiter un jour cette Fondation, mais j'avoue que cela me fait terriblement envie. En attendant, si vous aimez aussi cet artiste, régalez-vous avec l'émission de TV tant qu'elle est disponible sur la chaine LCP, sinon grâce à la vidéo ci-dessus.

Hommage au grand poète que fut Georges Moustaki

C'est en participant à l'appel à mail-art de Christophe Blaise sur les "gueules"que j'ai eu envie de parler de celle d'un "métèque" dont j'ai particulièrement apprécié les chansons et que j'ai envie d'honorer aujourd'hui, car cela fait déjà un bon moment qu'il est parti rejoindre les étoiles filantes. 

Georges Moustaki était un artiste complet, un auteur-compositeur-interprète d'origine italo-grecque naturalisé français en 1985 mais, c'est moins connu, il était aussi artiste-peintre, écrivain et acteur.
Georges Moustaki photographié lors de son concert à Rotterdam, en 1980. Photo Gerard van Bree/Alamy Stock Photo

Débutant dans l'ombre des géants (il écrit pour Edith Piaf, Yves Montand et Barbara), Georges Moustaki s'est hissé au rang des très grands auteurs-compositeurs et interprètes de la chanson française. Le «Métèque», d'après le classique qu'il chante en 1969, est devenu un vétéran atypique et incontournable et offre l'exemple d'une personnalité artistique longuement mûrie avant de s'affirmer durablement sous les feux de la rampe. Célébré par un coffret en 2002, Georges Moustaki n'en continue pas moins d'enregistrer les albums Moustaki (2003), Vagabond (2005) et Solitaire (2008) et d'effectuer quelques tournées. Ce géant de la chanson né à Alexandrie (Égypte) en 1934 dans une famille juive originaire de Grèce, s'éteint le 23 mai 2013 à l'âge de 79 ans.

*** Georges MOUSTAKI ***
1934-2013

de g à d : Moustaki en 1955 photo Sacem / Photo prise le 23-11-1972 du chanteur Georges Moustaki -Belga-AFP/ photo en couleur non datée sans légende ni auteur précisé

Yussef (Giuseppe) Mustacchi est né à Alexandrie (Egypte) le 3 mai 1934, dans une famille juive grecque. Le fils Mustacchi parle italien à la maison, arabe dans la rue et français à l'école : ses parents libraires, attachés à la culture noble, ont tenu à ce qu'il étudie dans une institution française. L'éducation cosmopolite et francophile du jeune homme l'amène à s'intéresser à la musique française, et à se piquer de reprendre au piano des standards de Tino Rossi, Charles Trenet ou Edith Piaf. Après avoir décroché le bac, le futur Georges Moustaki fait un voyage à Paris et en revient convaincu de son désir de vivre dans la capitale française. Ayant obtenu l'autorisation de son père, il s'expatrie définitivement et s'installe chez l'une de ses soeurs, qui tient une librairie à Paris avec son époux.

L'expatrié
Ce Grec de culture francophone n'obtiendra pourtant la nationalité française qu'en 1985. Le jeune homme tente d'abord de gagner sa vie en vendant des livres de poésie au porte-à-porte, puis en travaillant dans la presse (il écrit des chroniques de la vie culturelle parisienne pour un journal égyptien dont il est le correspondant). Les lettres ne nourrissant pas leur homme, il travaille également comme barman dans un piano-bar, ce qui lui permet de rencontrer des personnalités du monde du spectacle. Grattant un peu de la guitare, il s'interroge encore sur sa voie. Un soir, il assiste aux Trois Baudets à un récital de Georges Brassens : bouleversé, cet amateur de musique est convaincu que son chemin se trouve dans le spectacle. Il n'aura de cesse de le considérer comme son maître, allant jusqu'à adopter son prénom comme nom de scène. Ayant peu après l'occasion de le rencontrer, Giuseppe lui montre les textes qu'il écrit ; Georges Brassens l'encourage à continuer.

Georges, Edith et les autres
La pente est cependant escarpée et Moustaki, chargé de famille à peine majeur, hésite encore entre la musique et la peinture, tout en chantant occasionnellement dans des cabarets parisiens. Il a l'occasion de rencontrer quelques figures de la chanson française comme Henri Salvador et le guitariste Henri Crolla. C'est ce même Crolla qui, en 1958, présente Georges Moustaki à l'une de ses idoles, Edith Piaf : de cette rencontre naît une liaison entre le jeune aspirant musicien et la star, de 19 ans son aînée. Celui-ci devient auteur-compositeur pour Piaf, pour laquelle il écrit la chanson « Milord », grand succès de la chanteuse. C'est un début de notoriété pour le jeune Moustaki, que Piaf présente à la télévision française : encore gauche et timide, la voix hésitante, il se produit pour la première fois devant une caméra. Il accompagne ensuite Piaf dans ses tournées, mais leur relation est vite mise à l'épreuve par le caractère entier de la chanteuse et par ses problèmes de santé. Au cours de la tournée américaine de la « Môme » Piaf, pendant laquelle elle tombe gravement malade, le couple se sépare. Un peu secoué par son passage dans la vie publique, Georges Moustaki se met un peu en retrait et se perfectionne en étudiant la guitare classique, tout en continuant son activité de parolier-compositeur : il écrit pour Colette Renard, Yves Montand ou Barbara. Il sort quelques disques au début des années 1960 mais préfère encore son activité d'auteur à celle d'interprète. Pathé-Marconi met un terme à son contrat de chanteur en 1965.

Le juif errant
Georges Moustaki profite de cette période d'inactivité pour voyager en Grèce, découvrant ainsi le pays de ses parents. Il ne tarde cependant pas à rebondir, grâce à sa rencontre avec Serge Reggiani : à 42 ans, le comédien souhaite prendre de la distance avec le cinéma et se concentrer sur une carrière de chanteur, qu'il commence en 1963 en interprétant des textes de Boris Vian. Georges Moustaki compose pour lui plusieurs chansons à succès, comme « Sarah » ou « Ma Solitude ». Désormais remis en selle en tant qu'auteur, il écrit pour d'autres fortes personnalités de la scène française, comme Barbara, avec qui il se lie d'amitié.
Georges Moustaki et Barbara chantent la  dame brune - vidéo publiée par Ina Chansons 
En 1968, il interprète en duo avec elle « La Longue dame brune », chanson douce et tendre qui devient un standard des deux interprètes. La même année, au cours d'une tournée, Barbara est prise d'un malaise avant de monter sur scène. Malgré son trac, Georges Moustaki la remplace au pied levé et s'affirme comme un chanteur capable de charmer le public. L'année suivante, à 35 ans, il se révèle enfin avec le grand succès de la chanson « Le Métèque », touchante ode au déracinement et à l'amour, qui demeure le titre le plus connu de son auteur. Ce titre et le 33-tours enregistré dans la foulée lui valent de remporter le prix de l'Académie Charles Cros, avant de réaliser un tour de chant qui le mène jusqu'à Bobino. Chanteur chaleureux et sensible, Georges Moustaki crée un lien intimiste avec le public des années 1970, qui en redemande : deux albums se succèdent, et une tournée internationale achève de le consacrer, tardivement mais sûrement. Il affirme une personnalité de chanteur à textes à la voix chargée d'émotion, dans la lignée de son maître Georges Brassens. Sa personnalité de poète cosmopolite à l'indolence revendiquée séduit les spectateurs, d'autant que s'ajoute à ce côté « baba-cool » un grand talent d'auteur et d'interprète. Moustaki développe également son image d'artiste « libertaire » et anarchiste, engagé à gauche, qui ne se démentira jamais : poussé à la fois par sa sincérité et sa gentillesse, le chanteur s'engagera au fil des années dans de nombreuses causes médiatiques, allant du plus consensuel (l'opposition à la dictature des colonels en Grèce dans les années 1960), au plus hasardeux (la défense de Cesare Battisti en 2004).

Après avoir assisté en 1972 au festival de la chanson populaire de Rio de Janeiro - ce qui lui donne l'occasion de rencontrer notamment Chico Buarque et Gilberto Gil -, Georges Moustaki agrémente sa musique d'influences brésiliennes, notamment de bossa nova, qui se font sentir dans l'album Déclaration (1973). Il adapte des chansons brésiliennes en français et continue de s'imprégner des influences musicales du monde entier grâce à ses tournées internationales qui satisfont également son goût des voyages et de la découverte. Tout en se montrant très productif, démentant ainsi sa paresse revendiquée, Georges Moustaki parcourt le monde (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Egypte...) sans jamais se départir de sa tendresse de poète épris d'universel. En 1979, il se produit à l'Olympia pendant deux semaines avant de partir en tournée européenne. Attiré par les influences musicales du sud, il cherche aussi à se diversifier en se tournant vers les pays du nord, notamment en collaborant avec le groupe néerlandais Flairk, avec lequel il sort un album et fait une tournée (1982).

Une activité qui ne s'essouffle pas
Ayant quitté en 1986 sa maison de disques Polydor pour le label Blue Silver, il réalise l'album Jou Jou, avec la collaboration de Maxime Le Forestier, Paco Ibañez et Richard Galliano. Il réalise à cette occasion une originale « tournée dans Paris intra-muros », passant d'une salle à une autre, avec dix-neuf dates. Dans les années suivantes, un double album live et un livre - Les Filles de la mémoire - honoré par une préface de l'écrivain brésilien Jorge Amado, viennent s'ajouter à ses succès professionnels. Sa production chez Polydor est recueillie en 1992 dans un coffret, Balades en Ballades, qu'accompagne un double album studio. Une nouvelle tournée suit en 1993.

Georges Moustaki multiplie les rencontres artistiques et les collaborations, élargissant son univers : on le voit adapter un poème soufi du turc Yunus Emre, et réaliser des duos avec Nilda Fernandez ou Enzo Enzo. Son véritable intérêt tient cependant dans les tournées, qui lui permettent de satisfaire ses envies de découverte et de nouvelles rencontres, avec des artistes et des publics différents. En dehors des modes, comptant sur l'affection d'un public fidèle, il poursuit loin des médias les plus branchés une carrière des plus actives : concert à l'Olympia joué à guichets fermés en 2000, tournée en 2001, bilan de carrière avec un coffret de dix CD en 2002, nouvel album en 2003 (Moustaki, avec pour la première fois sa propre version de « Milord », la chanson écrite pour Piaf) et encore un album en 2005 (Vagabond, enregistré au Brésil). Un autre album suit en 2008, baptisé Solitaire. Atteint de problèmes respiratoires, Georges Moustaki doit annuler une série de concerts en 2009 en raison d'une hospitalisation. Il s'installe ensuite à Nice où il s'éteint au matin du 23 mai 2013, à l'âge de 79 ans, d'une maladie des bronches. Dès l'annonce de sa disparition, les hommages tant artistiques que politiques affluent envers ce géant de la chanson.

Ayant brillamment creusé un sillon clair et profond dans l'univers de la chanson française, Georges Moustaki a su conserver une authenticité artistique formée au creuset de la tendresse, de « l'amour de l'amour » et d'une identité irréductiblement cosmopolite. À force de penser que « l'homme dépend du songe », le « Métèque » a su réaliser ses rêves et se faire une place dans le coeur des Français.

Source :  Le site d'Universal Music

*** Ecoutons-le encore chanter et raconter son parcours ***


L'invité de TV5MONDE rend hommage à Georges Moustaki le citoyen du monde - Vidéos réalisées en 2005
Partie 1 - J'ai révé ma vie jusqu'au bout 
Partie 2 - Piaf, mon amour 

Pour finir, voici quelques chansons, des pépites que je connais par coeur et qui m'accompagnent toujours, mais peut-être que c'est aussi le cas pour vous. 
Le facteur : Georges Moustaki chante "le facteur"... un de ses plus beaux textes ouverts à de multiples interprétations. De qui parle Georges Moustaki, peut-être d'un jeune homme qu'il a connu autrefois ou bien peut-être de lui même, de sa jeunesse enfuie ? Qui a tué ce jeune facteur, est-ce une guerre, un accident, ou seulement le temps qui passe ?... 
La chanson originale est en grec et a été écrite par Manos Hadjidakis en 1961.
Georges Moustaki chante "ma solitude" la seule compagnie qui ne vous quitte que pour votre bien et jamais tout à fait... 
C'est une Chanson pleine de gratitude à contrepoint de celle de Barbara. 
La solitude est pour Georges Moustaki, le prix de la vraie liberté...
Georges Moustaki chante "voyage"... Pris au piège d'une ensorcelante courtisane, le voyageur onirique consent à se faire dévorer avec délice sur les ailes du sommeil...
Georges Moustaki chante "en Méditerranée": très belle évocation poétique d'une région de brassage culturel, lieu magnifique de rencontres et d'affrontements perpétuels entre trois continents, mais aussi fausse carte postale dans laquelle le chanteur dénonce en creux l'air de rien, les dictatures européennes de l'époque, le régime de Franco en Espagne et celui des colonels en Grèce... Chanson peu connue à faire découvrir et à (re)découvrir... car hélas toujours d'actualité en ces temps troublés de démocraties plus ou moins triomphantes et de violence fanatique ...
Georges Moustaki, accompagné de sa choriste chilienne Marta Contreras, chante "Portugal" en 1975, traduit du portugais et composé par Chico Buarque et écrit par Ruy Guerra réalisateur mozambicain exilé au Brésil, un an après la victoire contre la dictature salazariste du 25 avril 1974... La révolution des oeillets redonnait espoir aux voisins Espagnols, toujours soumis à Franco, et aussi aux exilés grecs, qui avait fui le putsch des colonels du 21 avril 1967.
Georges Moustaki chante "Flamenco" au théâtre de la ville en 1976... et s'insurge de toute sa poésie contre Franco : auprès de son label, l'Ambassade d'Espagne intervient pour supprimer la chanson. A cette date, Georges Moustaki avait déjà chanté pour la cause de la démocratie en Grèce ("chansons pour Andréas de Théodorakis") , et au Portugal ("Portugal")... Franco meurt l'année suivante, mais de sa "belle mort"... Il n'y aura pas de "défaite" finale du franquisme ni de condamnation internationale claire de la dictature franquiste mais une transition démocratique pour ainsi dire à l'amiable... Certes heureusement mais pas complète ni définitive. De ce fait, la mémoire est tronquée, et loin d'être unanime en Espagne, elle reste l'enjeu de confrontations et de provocations de part et d'autres des deux camps adversaires, et quarante cinq ans après, une flaque de sang, rouge comme une robe de flamenco sépare encore les descendants des acteurs de cette guerre civile...
Georges Moustaki chante "Une blessure"... de celles indélébiles qu'on garde pourtant précieusement au fond de soi..
Georges Moustaki chante "Nous sommes deux"... et dénonce la torture et les mauvais traitements subis par les prisonniers politiques en Grèce au temps des colonels. Il s'agit du titre "Imaste dio", de Mikis Théodorakis, compositeur grec en exil en France après avoir été emprisonné sous le régime de la dictature, de 1967 à 1973. Très beau texte engagé pour la résistance et la lutte, finalement justifiées par les violences commises contre elles. Qui veut étouffer le cri de la liberté ne fait que la renforcer : un puis deux puis trois aujourd'hui à tomber seront demain des milliers à se lever...
Ma Liberté avec sa musique originale 
Georges Moustaki chante "ma liberté" sa dernière compagnie, joliment accompagné au piano pour cette sérénade nocturne, dans l'air d'un soir d'été, quelque part en Allemagne. 

Dans ces chansons,  Georges Moustaki nous prouve s'il en était encore besoin qu'on peut être sensible et s'engager pour parler des maux du monde avec tant de si belle poésie. Merci l'Artiste d'avoir éclairé mon âme et réjouit mon coeur avec tes beaux textes et tes musiques, à jamais.