17 avril 2019

TP22 - Bogolan et autres tissus purement africains, de Jean-Paul

Dans cette nouvelle lourde enveloppe mail-art/documentation dont s'est fait une spécialité l'ami Ursu voici la nouvelle étoffe traditionnelle qu'il a décidé de mettre à l'honneur : le Bogolan, 
que vous commencez à bien connaître, sur ce blog.
Cependant, l'affaire ne s'arrête pas là :  documentaliste hors pair, Ursu a complété son envoi par la description de tissus purement africains, peu exportés encore, que nous ne connaissons donc pas en Europe. Merci l'ami pour ton immense générosité!
  • Le Bogolan est un tissu d'origine malienne, dont le nom signifie "fait avec de la boue". Comme tous les tissus africains, il possède une grande signification symbolique, raconte une histoire ou représente un univers à lui seul. Côté fabrication, il s'agit de bandes tissées que l'on vient coudre côte à côte. Le costume est ensuite découpé dans cet ensemble. Grâce à des décoctions de feuille de bouleau, d'écorces de Mpekou et de boue, les artisans dessinent les motifs souhaités sur le vêtement.
    Le Bogolan est utilisé pour la fabrication des tuniques masculines et des pagnes. Parce qu'il est réalisé à base de terre, il est considéré comme un vêtement sacré, nourri d'une force vive. Ses couleurs se déclinent en teintes marron, jaune, beige ou noir. A l'origine réservé aux tenues royales, le bogolan a su admirablement s'adapter aux contraintes modernes. Il est aujourd'hui porté par tout un chacun  et également utilisé pour la décoration intérieure.



      
  
  • Le Kente, aussi appelé Kita au Ghana. Sa paternité est attribuée à l'ethnie Ewé du Togo d'une part et aux Ashantis du Ghana d'autre part. C'est une étoffe très colorée et tissée en forme de damier. Elle propose des motifs originaux qui se répètent sur la trame. Le Kente est traditionnellement porté lors d'événements importants de la vie sociale. D'abord réservé aux personnalités importantes, il est progressivement devenu un accessoire de mode utilisé par tous.

    Coté fabrication, cette étoffe résulte d'une méthode de tissage millénaire qui s'est diversifiée au fil du temps. Aujourd'hui les tisseurs sont capables de produire des dessins d'une grande complexité avec des teintes de fils exceptionnelles. Le bleu représente la paix et l'harmonie, le vert la croissance et les récoltes, le blanc la pureté, le jaune la fertilité et la santé, etc...

    A l'heure actuelle, les pagnes en Kente sont encore choisis par les connaisseurs en fonction de leur signification. Mais la plupart de ceux qui les portent se laissent inspirer par leurs goûts en matière de couleurs et de dessins. 

    Voici une vidéo sur la fabrication du Kente au Ghana.

  • le Ndop est une étoffe de coton créée par un peuple, les Bamilékés, au 18e siècle. Comme pour la fabrication du Bogolan, de fines bandes de tissu sont cousues bord à bord. Des motifs géométriques bleus qui font littéralement partie d'une forme d'écritures chargées de symboles se détachent sur un fond blanc. Ce ne sont pas les couleurs qui donnent sa signification au ndop mais bien la variété de ses motifs. Comme pour l'ensemble des étoffes traditionnelles africaines, le Ndop est utilisé pour faire passer des messages et symboliser des thèmes essentiels de la vie courante. Encore aujourd'hui, le ndop est plutôt réservé aux élites et porté lors des cérémonies rituelles.

    Le Ndop est l’étoffe la plus emblématique du pays des Grassfiels. Le tissu Ndop Bamiléké original fait partie des tissus teint artisanalement à la réserve. Son graphisme et son iconographie, obéissent à des codes. Ce Ndop ne peut être vendu. Il peut être noué à la taille et passé entre les jambes.
    Ndop traditionnel : A l’origine, le Ndop est une étoffe faite de bandes de tissus tissé de fil épais, cousus bord à bord et brodés à la main. Aujourd’hui, sur une toile de coton blanc, l’artisan dessine les symboles caractéristiques du Ndop qui sont ensuite cousus au fils de raphia d’un point serré qui joue le même rôle la cire dans la fabrication du Wax en formant des réserves. La toile ainsi travaillée est ensuite plongée dans un bain d’indigo pour lui donner sa couleur bleue si caractéristique. Après le séchage, les coutures sont défaites et les motifs dévoilés. La fabrication du Ndop est un héritage qui se transmet de génération en génération ou lors de l'acquisition de la notabilité. 
    Ndop industriel : La technique de fabrication du Ndop a évolué avec le temps. La forme actuelle, moins élaborée, est fabriqué de façon industrielle avec la technique de production des pagnes Wax. 
    Symboles : les motifs très géométriques du Ndop représentent la lune, le soleil, Les étoiles, les animaux...Leur utilisation sert à transmettre un message de paix, de fécondité...
    Usages : porter le Ndop, à l'origine, n'est pas un acte anodin. Tenue d’apparat, le Ndop est aussi utilisé pour habiller les sites et loges des rois pendant les cérémonies.

    Ornement des lieux de funérailles dans l’ouest du Cameroun, l’étoffe sert aussi à fabriquer les costumes de roi, notables et membres des sociétés secrètes. Le Ndop est utilisé lors de deuils. Il sert même de linceul, enveloppe la dépouille du roi ou des notables pour l’enterrement. On décore de coupons de Ndop la place des cérémonies funéraires des personnages importants et membres des sociétés secrètes. Pendant le deuil, est porté par les parents du défunt, et les dignitaires traditionnels Bamilékés.
  • le Kitenge  (aussi appelé Vitenge ou Chitenge dans certains pays) est un tissu traditionnel d’Afrique de l’Est. De manière traditionnelle, il est porté comme le sarong autour de la taille ou en turban, au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie, au Soudan, en Namibie, en Zambie, au Malawi et dans bien d’autres pays. C’est un tissu à motifs aux couleurs vives. Il ressemble énormément au Wax, à la petite différence que le Kitenge est un tissu plus léger. Comme le Wax, il est produit  selon une technique inspirée de la technique Batik. Et comme le Kanga, les motifs incluent parfois une phrase (souvent un proverbe) écrite en lettres majuscules.





  • Le Kanga  (aussi appelé kanga ou lesso) se démarque des autres tissus africains par sa structure. En effet, le khanga est une pièce rectangulaire de coton, très coloré, mesurant environ 1,5 mètre de long et 1 mètre de large. On distingue une partie centrale (mji en swahili) faite de motifs aux couleurs vives, et une bordure (pindo) courant le long des quatre côtés et présentant des motifs différents; le tout ayant une cohérence soit dans les couleurs soit dans les motifs. Sur un kanga, figure très souvent une phrase (jina), inscrite sur l’un des longs bords de la partie centrale, et qui prend souvent la forme souvent d’un proverbe (écrit en anglais, swahili, comorien, malgache ou français). Ils sont vendus par paire et produit au Kenya, Tanzanie ou en Inde. C’est aussi et surtout un symbole de toute l’Afrique de l’Est et de la culture swahili.
  • Les toiles de Korhogo sont originaires de Côte d'Ivoire et ont été inventées par la tribu des Sénoufos. A nouveau, le Korhogo est constitué d'étroites bandes de tissu cousues côte à côte. L'artisan vient ensuite y peindre des motifs à l'aide de petits bous de bois et de pigments naturels. Les ornements représentent souvent des personnages, des animaux ou des éléments de la nature. Les toiles de Korhogo sont principalement des tissus ornementaux réservés à la décoration intérieure.
  •  Le Rabal est un matériau confectionné par les tisseurs traditionnel des Manjacks du Sénégal et de la Guinée-Bissau. Il s'agit d'un tissu noble aux couleurs vives traditionnellement réalisé à la main en coton. Ses motifs sont le plus souvent inspirés du baobab, du fromager, des jumeaux ou des poupées de fécondité et se déclinent en fonction des grandes occasions. Etoffe précieuse aux couleurs chatoyantes, il s’offre à des occasions très précises (mariage, naissance). Pour les besoins du prêt-à-porter, afin qu’il soit plus souple et maniable, il est souvent mélangé au raphia naturel ou de viscose et à la soie. Les tisseurs mandjacks, véritables orfèvres, se transmettent cet art ancestral de générations en générations.

    Le Rabal est très apprécié par les créateurs de mode du continent pour sa noblesse, sa qualité d’exécution et sa robustesse. Il est utilisé en petite touche pour souligner des détails d’un vêtement, mais aussi en total look. Il s’apparente au superbe tissage burkinabè Faso dan fani également très prisé par les créateurs africains.

  • Le Faso dan fani : pagne tissé de la patrie burkinabé. S’il est un symbole du patriotisme burkinabè, le Faso dan Fani est celui-là. 
    Dans un pays où la culture du coton, non génétiquement modifié, est l’un des premiers revenus nationaux et où la tradition du tissage est très ancienne, ces pagnes en coton lourd sont très rapidement devenus incontournables pour la confection de vêtements tant traditionnels que contemporains.C'est lors de l’accession au pouvoir du capitaine Thomas Sankara, au milieu des années 1980, que la Faso Dan Fani deviendra un symbole national, et le promoteur du savoir-faire local.
    Déterminé à favoriser l’émancipation des femmes par le travail et le développement des productions nationales, Thomas Sankara impose par décret le port de tenues réalisées en faso dan fani à ses fonctionnaires. Si l’utilisation quotidienne de ce pagne est légèrement tombée en désuétude suite à la mort de Sankara et à l’instauration d’une politique beaucoup plus libérale, le Faso Dan Fani est toujours demeuré la base des productions de vêtements de fête et d’apparat, les Naba – chefs de village – le portant à chaque occasion. Le premier d’entre eux, le Mogho Naba, l’empereur des Mossis, veille ainsi à toujours porter un Faso Dan Fani lorsqu’il apparaît en public ou reçoit en audience dans son palais de Ouagadougou. La révolution survenue en 2014 ayant chassé du pouvoir le dictateur en place depuis le décès de Sankara a soulevé un incroyable vent de patriotisme parmi les Burkinabè. Roch Marc Christian Kaboré, Président démocratiquement élu fin 2015, a remis au goût du jour le port du Faso Dan Fani, lui-même en portant à chacune de ses apparitions, y compris en voyage officiel à l’étranger.

    Si l’usage du Dan fani n’a pas été rendu obligatoire cette fois, il est toutefois très favorisé. Chaque manifestation politique voit les hommes d’Etat vêtu de la tenue traditionnelle tissée dans ce coton lourd, et le pagne dit « du 8 mars », édité chaque année en l’honneur de la Journée mondiale de la Femme pour l’égalité des droits, et traditionnellement offert par tous les employeurs à leurs salariées, est désormais du Faso dan fani. Robuste et naturel, le Faso dan fani est devenu le symbole d’une Nation fière de ses racines et de son savoir-faire. Aujourd’hui le Faso dan fani est très apprécié dans le monde. C’est le tissu africain le plus cher et le meilleur de nos jours.

  • Le Kikoi (pagne en swahili) est un tissu traditionnel d’Afrique de l’Est. Le kikoi est connu pour ses couleurs chaudes, vibrantes et ses superbes rayures. Traditionnellement, ils sont portés par des hommes autour de la taille. Ils sont tissés à la main au Kenya par des coopératives de femmes, à partir de coton venant du Tanzanie et d’Ouganda.





  • Le Bazin africain à base de coton est teinté artisanalement pour devenir un tissu damassé caractérisé par la raideur et une éclatante brillance.
    Le tissu Bazin est un tissu blanc teinté et amidonné grâce à un trempage dans un bain de gomme. La technique tinctoriale permet de former des motifs variés sur le textile amidonné. 
    Initialement blanc, le tissu est teint en plusieurs couleurs avec différents motifs. Une fois la teinture choisie, l’hydrosulfate et la soude caustique sont dissous dans une eau bouillante à plus de 190°. La réaction chimique de ces deux produits permet une meilleure tenue de la teinture sur le coton.
    Après cette étape, le Bazin est lavé à l’eau froide plusieurs fois pour éliminer les produits. Ensuite le tissu est laissé à sécher au soleil afin d’éviter qu’il se déchire. Chaque Bazin comporte un motif incrusté dans le tissu grâce à un procédé bien particulier : frapper le tissu avec un maillet sur un billot de bois. Le Bazin permet de coudre des vêtements agrémentés de broderies et de surpiqûres. 

    Il est également utilisé en décoration d'intérieur pour faire des rideaux ou du linge de table. 
  • Le tissu Bazin est le plus porté au Sénégal et au Mali. C’est le must de l’élégance de l’Afrique de l’Ouest. Il existe différents types de Bazin : Bazin riche, ganila, tchoupe, etc..

    Cet article ne prétend pas couvrir d'une manière exhaustive la production complète textile du continent africain. Il existe certainement d'autres merveilles encore à découvrir.

    Finalement, grâce à la documentation d'Ursu complétée par mes propres recherches, la rédaction de cet article m'aura permis de découvrir à quel point j'ai (nous avons) une connaissance extrêmement superficielle de l'Afrique, de la richesse et de la grande variété de son artisanat textile. Merci Jean-Paul!

TP21 - Wax mania, de Jean-Paul

Jean-Paul, mon infatigable pourvoyeur en mail-art/documentation, m'adresse aujourd'hui une enveloppe garnie sur le tissu Wax . Merci à toi Ursu, pour tes nombreuses recherches sur les tissus du monde et pour tes astuces afin de créer des "timbres à toi" sur des vignettes de la Poste que tu habilles selon le sujet traité! 

Zoom sur le Wax, un matériau pas si africain que cela? Depuis plusieurs décennies, le Wax est fièrement porté par de nombreux hommes et femmes à travers tout le continent africain. Ce tissu, très coloré, s’utilise aussi bien dans le prêt-à-porter que dans la décoration et l’ameublement.

Pourtant, contrairement à ce que l’on pense, le Wax ne tire pas son origine de l’Afrique, mais de l’Indonésie, et plus précisément de l’île de Java. Les colons néerlandais, entre le 15e et le 16e siècle, ont découvert la technique javanaise de conception du tissu (batik) et l’ont largement implanté en Afrique lors des différentes colonisations. Les couleurs chatoyantes et la haute résistance de ce type de tissu ont conquis les populations ethniques durant plusieurs générations, mais il est inexact de penser que le wax est un tissu africain. Il n’est d’ailleurs que très faiblement produit sur le continent africain (moins de 10 % de la production mondiale), mais davantage aux Pays-Bas. Cette production néerlandaise est effectivement majoritairement exportée en Afrique, où jusqu'à 90 % de la production mondiale de Wax est utilisée, d’où la confusion d’origine.


Le Wax est fabriqué grâce à une technique d'impression à la cire (comme le batik indonésien). Deux rouleaux en cuivre gravés aux motifs choisis sont remplis de cire et appliqués sur le tissu. L'étoffe est ensuite trempée dans une teinture avant d'être séchée à l'air libre. Les couleurs finales peuvent être apposées à la main ou grâce à une méthode d'impression par plaques. La fabrication actuelle provient d'une mixité de techniques indonésiennes, africaines et néerlandaises. En résulte un tissu d'une grande qualité assurant une tenue des couleurs exceptionnelle au recto comme au verso.

Dès le 19e siècle, le Wax a été adopté par les femmes africaines qui en ont fait des pagnes d'une grande diversité. Chaque évenement notable était caractérisé par la conception d'un nouveau pagne. Ces tenues comportent une dimension symbolique importante dans la société ouest africaine. Depuis plusieurs années, le wax a fait une entrée tonitruante dans la mode contemporaine et sur le continent européen, une vraie wax mania ! 

Signification des motifs du Wax (extrait d'un article trouvé sur le blog de couture d'USeam) :
Par ses couleurs et ses motifs, le Wax attire les regards et fascine. Au-delà, des motifs reconnaissables (faune, flore, objets de la vie quotidienne, etc.), certains ont un sens, une réelle signification, qui peut parfois changer selon les pays ou les circonstances. Si les premiers motifs sont empruntés au Batik, les industriels européens vont très vite introduire des motifs propres à la culture africaine. Mais c’est véritablement le commerce du wax qui donnera un sens à certains motifs. Enfin, le Wax revêt parfois une dimension sociale, religieuse et politique.

Le Wax, né du Batik indonésien, lui emprunte aussi ses premiers motifs. Les motifs javanais sont, en effet, le socle iconographique des premiers wax. Cette transposition était aisée car ils répondaient déjà aux exigences de la technique.

Même si le Wax s’est enrichi de motifs propres à la culture des peuples d’Afrique, on retrouve encore des traces de l’Indonésie lointaine, notamment dans les motifs géométriques qui rappellent les modèles indonésiens. Les emprunts à ce répertoire originel sont facilement reconnaissables, comme les entrelacs floraux, où il n’est pas besoin d’ajouter d’autres motifs. Les origines indonésiennes se retrouvent aussi dans les mouchetés en tête d’épingles sur le fond. Ils rappellent, en effet, que la technique artisanale du batik consiste à créer une réserve par petits points (« titik » signifiant « point » en javanais). D’autres motifs sont issus d’une véritable hybridation entre Java et l’Afrique. L’exemple le plus emblématique est celui des ailes de Garuda, la monture du dieu Vishnu, le dieu protecteur dans l’hindouisme qui est une des six religions officielles de l’Indonésie. Ce motif a donné lieu à de nombreuses interprétations. Il est le support de projections diverses comme un régime de bananes ou un escargot hors de sa coquille. C’est également le cas pour le motif Shell, dessin datant de 1895 et enregistré par Vlisco. Il reprend les ailes de Garuda sur un fond composé de lignes entrelacées que l’on retrouve dans les batiks indonésiens traditionnels et les motifs récurrents dans les adire aleko du Nigeria. Les adire eleko sont des textiles fabriqués avec une technique qui consiste à réaliser des dessins avec de l’amidon de manioc résistant à la teinture indigo. Ces dessins seront ensuite teints d’un joli bleu clair. La popularité du motif Shell est maintenant centenaire ! Les motifs résultent donc parfois d’une véritable association d’emprunts culturels épars, d’un syncrétisme entre deux cultures différentes. 

Pour faire du Wax une étoffe africaine, les industriels européens se sont inspirés des récits de missionnaires, d’explorateurs ou d’administrateurs présents dans le golfe de Guinée. Au XIXe siècle, en effet, l’empire britannique s’installe dans la Gold Coast. Les Britanniques tissent des liens avec les royautés locales et notamment le souverain des ashantis, population vivant au Ghana et faisant partie du grand groupe des akans. Cette région est riche en or et demandeuse de produits manufacturés. C’est dans les attributs des chefferies que les dessinateurs puisent leur inspiration : sceptres, tabourets, chasse-mouche, dais des dignitaires en forme de parasol. Ces motifs sont encore aujourd’hui reproduits, comme les colliers de perles vénitiennes millefiori (technique de création de mosaïque) qui servaient de monnaie d’échange et paraient les rois akans. Le chasse-mouche est d’ailleurs un classique. C’est un dessin qui connaît une longévité exceptionnelle. Le chasse-mouche en crin de cheval est l’attribut des chefferies akans, d’où son succès en Côte d’Ivoire. Il est fabriqué dans ce pays et appartient au fonds de motifs que Vlisco partage avec sa filiale Uniwax.

Ces objets sont encore identifiables mais certaines transformations donnent lieu à des interprétations erronées. Par exemple, le sceptre a été perçu comme la fusée Apollo dans les années 1960 et est, de nos jours, un tire-bouchon. Au-delà des motifs représentés, on attribue au Wax un ou des noms, ce qui tient à la particularité de son commerce.

Tous les motifs ne sont pas nommés. Avoir un nom est une consécration, c’est un signe de l’engouement des consommateurs. Un même tissu peut avoir plusieurs appellations différentes selon les pays. Le tissu véhicule des messages. Il est l’expression d’un sentiment, d’un engouement ou d’un engagement. Puisque ce sont les femmes qui donnent leur nom au Wax, le domaine de l’amour y est largement représenté.

Le Wax est vendu par des femmes pour des femmes qui sont les principales clientes. Il appartient donc à l’univers féminin. On trouve une multitude d’appellations liées à des situations conjugales et sentimentales. Certaines appellations indiquent une condition familiale. Les subtilités du langage du pagne se transmettent d’ailleurs de génération en génération et l’élégance est une façon de s’exprimer. On y retrouve notamment le sujet de la fidélité et de la polygamie avec par exemple :
« Jalousie » représentant deux oiseaux qui s’affrontent et qui symbolisent les conflits dans les mariages polygames

« Les enfants valent mieux que de l’argent » représente une poule au centre d’une composition entourée de poussins et un coq dont on a seulement la tête. Il s’agit d’une allégorique du pouvoir matriarcal. Ce motif exprime la discorde dans les familles polygames quand une co-épouse n’arrive pas à avoir d’enfant ou qu’une nouvelle épouse n’en a pas encore et ne peut donc pas revendiquer d’avoir donné une progéniture à son mari.
« Si tu sors, je sors » qui montre une cage ouverte d’où sort un oiseau et qui est une mise en garde et un avertissement
« Je cours plus vite que ma rivale » qui représente des chevaux cabrés
« L’œil de ma rivale » représentant des formes oblongues rouges surgissant de courbes hypnotiques
« z’ongles de Madame Thérèse », un pagne graphique symbolisant une femme qui refuse de se soumettre à son mari. Madame Thérèse, première dame de Côte d’Ivoire, aurait juré de défigurer la maîtresse que la rumeur prêtait à son mari, Félix Houphouët-Boigny
« Chérie, ne me tourne pas le dos » dont le nom parle de lui-même.

On évoque aussi la sexualité : 
« Mon mari est capable », sous entendu d’entretenir sa femme et de lui offrir ce dont elle a besoin (et notamment des wax) mais on comprend que l’on parle aussi là de vigueur sexuelle ; a contrario le motif dont nous avons parlé précédemment appelé « Les enfants valent mieux que de l’argent » peut être appelé « Mon mari est incapable » car seule la tête du coq est représenté.
« J’ai toujours envie » qui représente une enveloppe dans un cœur à une époque où l’on écrivait des lettres pour déclarer sa flamme, annonce clairement la couleur.« Les enfants valent mieux que de l’argent » ou « Mon mari est incapable »

Certains motifs évoquent également l’amour inséparable et la famille comme :
« Ton pied, mon pied » qui est un dessin de Vlisco et rappelle une chanson de Sam Mangwana (artiste du Congo). C’est la promesse d’un amour inséparable mais au Bénin, on l’appelle « la main du lépreux ».
« La main et les doigts », souvent appelé « l’union fait la force » signifie travailler ensemble pour réussir et peut s’appliquer au couple. Sur les bords du tissu se trouve une rangée de doigts. Au centre sont représentées des mains, paumes vers le haut et des pièces de monnaie. Les doigts seuls ne peuvent rien sans la globalité d’une main. Seule la main est efficace pour manipuler l’argent.

Au-delà de l’évocation de situations familiales et sentimentales, la place de la femme et les situations auxquelles elles doivent faire face personnellement et intimement sont évoquées. Dans l’imaginaire collectif, l’Afrique est le symbole de la féminité car c’est la terre qui a vu naître l’humanité. Certaines sociétés sont basées sur des structures matriarcales où la mère tient une place primordiale, menant de front vie familiale et vie professionnelle dans laquelle elle réussit. Les pagnes imprimés les mettent en scène dans des situations diverses : dans des champs, des ateliers de couture, des cabinets d’avocats, des pharmacies. Au Mali, par exemple, le pagne est un support de lutte contre l’excision et pour la campagne de vaccinations contre le papillomavirus. La créatrice Eliza Squibb a dessiné un motif où l’appareil génital et le virus sont stylisés. Ce motif est accompagné de slogans comme « je me protège », « je me soigne », « je guéris » et en bambara (une des langues nationales du Mali) « mieux vaut prévenir que guérir ».

La modernité, le progrès technique et le succès (dans une logique de consommation de biens et notamment de biens occidents) sont symbolisés par des objets de la vie quotidienne que l’on convoite: ordinateur, portable, ventilateur, machine à écrire, télévision, gramophone. On ne donne évidemment pas d’autres noms à ces motifs qui parlent d’eux-mêmes. On représente également des moyens de communication : avion, train, moto, voiture, bus, patin à roulettes.

On évoque enfin des comportements ou des habitudes en lien avec la santé, l’hygiène, la scolarisation comme l’alphabet. La religion y est aussi bien sûr, très représentée, les pagnes religieux, leurs images et leurs représentations appartiennent au prosélytisme forcené qui a eu lieu durant la colonisation. La politique et le patriotisme y sont également représentés, le pagne pouvant se faire aussi support de propagande. 

Je ne peux adjoindre de photos, toutes protégées, pour vous montrer tous les motifs du wax décrits ci-dessus, mais cette VIDEO sur leur signification le fait très bien.


et pour terminer cet article, voici un petit jeu : associer le motif (lettre) à sa signification (chiffre)

1) Tu sors je sors: Tu me trompes je te trompes
2) Mari capable ..au lit (l'huitre)
3) Un seul doigt ne lave pas la figure: L’union fait la force
4) Y a des années de malheur
5) L’oeil de ma rivale: A mettre quand je sais que je vais la croiser
6) Tu me plais (Les yeux)
7) Je cours plus vite que ma rivale (Le cheval de saut)
8) Addis Abeba, capitale del'Ethiopie
9) Homme là, ne voit pas dubien: l'homme ne reconnaitpas tout les effortsque fait la femme pour lui
10) Feuille de gombo: Luxueux
11) Langue connait pas du bien: On ne parle que pour dire du mal
12) La famille (la poule)

Réponses en blanc ci-dessous (surlignez ou copiez-coller dans un éditeur de texte):
A.10; B.5; C.8; D11; E.1; F.6; G.2; H.7; I.3; J.9; K.12; L.4

T86 - S'immerger dans le grand bleu, d'Isabelle

Comme suggéré dans le courrier glissé dans cette belle enveloppe bleue par Isabelle d'Alsace, quoi de mieux que de s'immerger dans le grand bleu, au plus près des bancs de poissons pour y trouver le vertige des profondeurs, oublier ses soucis et peut-être aller jusqu'à y voir des personnages médiévaux ou des félins démesurés ?  
Merci Isabelle de ton gentil petit mot et bravo  pour ce bleu et cette belle coordination avec le timbre.

15 avril 2019

TP20 - Bogolan, tissu magnifique du Mali, de Marie

Marie, une nouvelle fois, m'a merveilleusement gâtée, avec cette enveloppe magnifique, où, en plus des deux timbres de la série "tissu d'inspiration africaine", elle reproduit de sa main experte de peintre, des motifs de bogolan, ce tissu traditionnel du Mali dont je vous ai déjà parlé sur ce blog mais dont je ne me lasse jamais.
(brou de noix et peinture acrylique sur papier glacé)
De ce tissu si particulier, j'aime les motifs et les couleurs tout comme j'aime la méthode de teinture artisanale et traditionnelle qui est utilisée pour obtenir ces tons allant du noir au beige doré, en passant par les ocres plus ou moins rouges ou jaunes... 

Pour compléter son envoi, Marie m'a adressé un article en 5 pages extrait d'une revue d'art qu'elle conservait depuis 2005, où je vous laisse découvrir à votre tour ce tissu tellement important dans la culture et dans la tradition textile malienne. Remarquez au passage, comme Marie a su reprendre le motif traditionnel de la seconde page, lorsqu'elle a composé l'enveloppe qu'elle m'a adressée : c'est du grand art !
 
Avec le principe des poupées russes, j'ai trouvé tout au fond de l'enveloppe, un tout dernier cadeau ! 
Photo d'une huile peinte par Marie en 2006
 représentant notamment Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali
***
Bravo Marie, je ne sais comment te remercier d'une telle générosité, tu as le don de toujours cibler magnifiquement ce que j'aime : que ce soit dans le monde textile pur ou dans les tissus des peuples du monde, que ce soit pour le timbre axé sur le sujet traité dans ton mail-art ou sur ton ouverture vers les Pays du monde que tu as eu l'occasion de fréquenter et que tu n'hésites jamais à me faire partager..., c'est toujours extrêmement réussi et percutant. Merci, merci infiniment Marie! 

Rire ou pleurer, de Christian

Nouveau masque grimaçant en papier mâché, de la part d'un spécialiste de la récupération et de l'humour caustique,  Monsieur R,  que je remercie de son assiduité. 
Tout en rédigeant cet article, j'écoute les nouvelles à la radio : après une semaine de sevrage, je ne sais s'il faut rire ou pleurer de ce que j'y entends!
 
Pour répondre à mon correspondant, j'affirme Christian, qu'il y aura aussi une  réponse à ce mail-art mais pas dans l'immédiat  : des priorités d'ordre familial me condamnent pour l'instant à l'abstinence mail-artistique et j'en suis la première marrie.

14 avril 2019

Pêle-mêle textile, de Colette

Après quelques jours où j'ai pu m'échapper pour humer l'air iodé de la Côte d'Opale, j'ai trouvé plusieurs merveilles dans ma boite aux lettres, dont cette réalisation mail-artistique de Colette, qui sait mêler, toujours avec bonheur, plusieurs de mes thèmes : ici le bleu, le timbre sur le tissu, les boutons, le galon textile et la dentelle ancienne. 
Merci Colette pour ce joyeux méli-mélo!

6 avril 2019

T85 - Eventail de papier, comme une dentelle, de Frédérique

Voici une très belle et agréable surprise dans ma boite aux lettres du jour avec 
cet éventail bleuté en dentelle de papier intissé, japonisant,  incrusté de petites fleurs blanches, 
orné par la main de Fred d'un choix de boutons et perles assortis, et bien sûr de la libellule, son emblème, sa signature.

J'ajoute que  ce beau mail-art est affranchi au moyen du magnifique timbre "dentelle" 
sur le poinct de Tulle, que j'adore.
C'est vraiment superbe : tu m'as là encore bien gâtée! Bravo pour ton ingéniosité dans le recyclage puisque tu es partie d'un set à thé pour parvenir à ce bien bel éventail ! Un grand merci à toi Fred!

4 avril 2019

TP19 - Initiales brodées et costumes de nos anciennes provinces, de Pascale

Waouh, Pascalou a repris goût à l'art postal, on dirait, ou bien alors je suis tout particulièrement gâtée!
Cela me fait bien plaisir, en ce moment je l'avoue, comme toutes les manifestations d'amitié
 que je reçois de mes correspondants. 

Dans une enveloppe avec deux beaux "G" initiales brodées et "passées" au bleu rien que pour moi, 
j'ai trouvé une nouvelle série de cartes vintage chinée par Pascalou, représentant les costumes de nos  anciennes provinces ... tout à fait dans mon thème de cette année.  
 
 
Un grand merci à toi Pascalou ! A propos, à quelle province de l'époque Saint-Martin Boulogne appartenait-il ? l'Artois, la Flandre ou la Picardie ?

3 avril 2019

T84 - Poissons d'avril, de Marielle

Quelle jolie surprise dans ma boite aux lettres du jour! 
Je suis ravie de recevoir aujourd'hui un bien beau mail-art textile de Marie-Aile.

Sur un tissu blanc damassé d'où ressort la lettre "D" pour Dentellebleue, parmi plein de petites bulles vertes, c'est tout un banc de petits poissons bleus qui m'arrive, le tout orné par un magnifique timbre "loup de mer" de la nouvelle série Poissons éditée par la Poste.


un grand merci à toi Marielle ! Ton mail-art me plait beaucoup et me fait tellement plaisir !