13 mars 2026

Donner son sourire, de la part de l'Être anonyme

Elle est bien trop mignonne, ma correspondante bretonne qui m'adresse énormément d'art postal auquel je n'ai plus la niaque pour répondre illico. Et de m'envoyer autant de soleil alors que nous ne vivons quasiment que sous la pluie depuis des lustres relève d'un optimiste époustouflant!

Je vous offre un sourire aujourd'hui,

Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup,
Il enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne,
Il ne dure qu’un instant, mais son souvenir est parfois éternel,
Personne n’est assez riche pour s’en passer,
Personne n’est assez pauvre pour ne pas le mériter,
.
Il crée le bonheur au foyer, soutient les affaires,
Il est le signe sensible de l’amitié,
Un sourire donne du repos à l’être fatigué,
Donne du courage au plus découragé
Il ne peut ni s’acheter, ni se prêter, ni se voler,
Car c’est une chose qui n’a de valeur qu’à partir du moment où il se donne.

et si toutefois, vous rencontrer quelqu'un qui ne sait plus sourire,
soyez généreux, donnez-lui le votre,
car nul n'a autant besoin d'un sourire
que celui qui ne peut en donner aux autres
Raoul Follereau

Chère Catherine, je te remercie vraiment pour cet émoticon soleil. Saches néanmoins que si Raoul Follereau s'est fait beaucoup connaître pour sa Fondation en faveur des malades de la lèpre (c'était un grand communicant), c'est aussi un personnage plein d'ambiguité beaucoup moins connu pour ses idées pro-extrême-droite, pro-pétainiste, favorable à Franco et Mussolini entre les deux guerres,  ce qui n'en fait pas un personnage sympathique à mes yeux.

Amie Catherine, ne te fais pas de souci pour cette histoire de recherche de poèmes que tu ne trouves pas assez optimiste et gai, les plus beaux poèmes sont ceux qui émanent de toi, de ton esprit et de ton coeur. Et puis rien ne t'oblige à m'adresser du mail-art en fonction de mes thèmes de prédilection. Saches, simplement que là, je vais mettre un peu la pédale douce, j'ai besoin de me ressourcer, et de me renouveler, ma créativité en a pris un coup depuis mes soucis de santé de l'an passé.  Alors un peu de patience pour la réponse. Un mail-art est actuellement en route vers toi. 

10 mars 2026

Nina Simone : sa musique "classique de noire" inclassable, immortelle, pour Ouiza

Je créé donc un mail-art supplémentaire (voir ICI et ) que j'envoie à Ouiza car, oui, j'ai envie d'insister sur le destin brisé, autant que sur une série de chefs-d’œuvre pour le patrimoine de la musique mondiale qui caractérise la très grande et exceptionnelle artiste qu'était Nina Simone.

Dotée de l'oreille absolue, et également d'un fort caractère, elle a débuté très tôt avec son instrument pour jouer sur l'orgue de l'église où sa mère est pasteur. En Elle joue durant des heures sur son piano, répétant inlassablement ses gammes. A l'age de 10 ans, 26 avril 1943, elle est invitée pour la première fois à jouer sur le piano dans l'église principale de Saint-Luc, habillée d'une belle robe blanche. Mais soudain, elle voit qu'on oblige ses parents à laisser leurs places du devant pour que des fidèles blancs s'y installent , et qu'on leur demande d'aller s'assoir sur les sièges du fond. Elle s'en offusque ouvertement. Celle qui s'appelait encore Eunice Waymon a refusé de jouer si ses parents ne venaient pas s'assoir au premier rang et a obtenu gain de cause. "Bach a eut le dernier mot". 

Nina Simone dont la vie a été un long parcours remplie de frustrations malgré son immense talent, parce que les Etats-Unis de 1950 ne lui permettront pas de réaliser son rêve, celui d'être reconnue comme la première femme artiste pianiste classique virtuose noire. Malgré ses longs entrainements et l'excellence qu'elle a visée pendant son long apprentissage, elle est refusée au Curtis Institute de Philadelphie, parce que noire. Cette blessure ne cicatrisera jamais, elle en conservera une rage qui ne cessera de grandir.

Loin d’oublier toutes ses années d’apprentissage, elle s’en inspirera pour créer un genre inédit empreint de jazz, de gospel… et d’improvisations éblouissantes autour de Bach ! Et c’est dans les bars d’Atlantic City, loin des églises et des salles de récitals, qu’Eunice éprouvera son style et entamera sa mue, devenant Nina Simone.

Toute sa vie elle resta fidèle à ses engagements en faveur des droits civiques et pour l'amélioration de la condition de la population afro-américaine. Comme je l'ai déjà écrit, c'est vraiment l'une des femmes remarquables de mon panthéon personnel, pour toutes ces raisons.

En septembre 1963, révoltée par l’attentat contre l’église baptiste de la 16ᵉ rue de Birmingham (Alabama) qui a coûté la vie à quatre fillettes, ainsi que par l’assassinat du militant des droits civiques Medgar Evers, Nina Simone compose Mississippi Goddam, sa première protest song. Dès lors, elle s’engage activement dans le mouvement des droits civiques. Elle fréquente ainsi plusieurs grandes figures du mouvement, Martin Luther King, Malcom X ou Stokely Carmichael, époux de Myriam Makeba. Elle joue lors de grands rassemblements en faveur des droits civiques, comme les marches de Selma à Montgomery (Alabama) en 1965. Sur ses albums des années 1960, Nina Simone interprète des chansons sur la condition des Afro-Américains dans le Sud, tels Strange Fruit de Billie Holliday (sur l’album « Pastel Blues » en 1965) ou en compose, comme Wild is the Wind (sur l’album « Four Women » en 1966). En 1968, elle dédie la chanson Why ? The King of Love is Dead à Martin Luther King trois jours après son assassinat. Puis en 1969 To Be Young, Gifted and Black devient une chanson emblématique pour les jeunes Afro-Américains.
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On l'a souvent classée comme artiste de jazz mais c'est une qualification qu'elle objecte : "Le jazz est un terme blanc pour parler des Noirs. Ma musique est de la musique classique noire" dira-t-elle

D'ailleurs il est très difficile de cataloguer sa musique dans un genre donné tant elle est empreinte à la fois de classique (avec de nombreuses improvisations autour des Sonates de Beethoven, Suites de Bach, ou Variations Goldberg),  de jazz, de gospel, de soul, voire de musique folk... C'est tout-à-fait grandiose et inclassable!

Une fois que j'ai compris Bach, j'ai voulu être pianiste de concert. 
C'est grâce à Bach que j'ai consacré ma vie à la musique 
et c'est lui qui m'a fait découvrir son monde.
Nina Simone

Recto : Photo d’ouverture © Jack Robinson  / Verso haut gauche : Nina Simone par Roger Kasparian. Paris, 1968 / haut droite: Nina Simone (1933-2003) chanteuse, pianiste et activiste américiane à Londre en 1968 1968. (Photo by Ron Howard/Popperfoto via Getty Images) /en bas :Concert de Nina Simone au Beacon Theatre le 1er mai 1993 à New York (Photo Ebet Roberts/Redferns)
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Faisons nous encore plaisir à l'écouter dans les quelques enregistrements vidéo qui suivent car nous avons la chance que les concerts de Nina aient été captés et qu'il nous sont aujourd'hui offert, afin que jamais nous n'oubliions cette grande artiste.

Nina Simone en concert au Fabrik de Hambourg le 6 mai 1988, vidéo publiée sur la chaine Youtube de l'artiste
Morceaux : 
1-When I Was In My Prime 
2-In The Evening By The Moonlight 
3-To Be Young, Gifted, and Black 
4-When I Was In My Prime (reprise) 
5-Color Is A Beautiful Thing 
6-Mississippi Goddam 
7- See-Line Woman 
8-Fodder In Her Wings 
9-I Want A Little Sugar In My Bowl 
10-Do I Move You? 
11-See-Line Woman (reprise) 
12-Backlash Blues 
13-My Baby Just Cares For Me 
14-Consummation
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A suivre  un enregistrement en live mais seulement audio, vers la fin de sa carrière en 2000 à Marciac : si sa voix a vieilli, sa passion et son jeu au piano sont toujours intacts (d'après les connaisseurs, dommage que le speaker de France Inter qui enregistre ce concert soit un peu trop présent sur les ondes).


Nina Simone : En concert à Marciac — 9 août 2000 (Concert intégral - Audio uniquement)
Nina Simone se produit en concert au festival Jazz in Marciac en Occitanie, France, le 9 août 2000. 
Chansons : Black Is The Color Of My True Love's Hair / les cheveux de mon véritable amour sont noirs
Every Time I Feel The Spirit / Chaque fois que je ressens l'esprit
Here Comes The Sun Just / Voici le soleil 
 Like A Woman / Tout comme une femme
See-Line Woman /
Get Up, Stand Up /
Why? (The King Of Love Is Dead) /
Nobody's Fault But Mine / C'est la faute de personne sauf la mienne
Mississippi Goddam  
I Loves You, Porgy / Je t'aime Porgy (Gerschwin)
Ne Me Quitte Pas
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Quelques compléments si vous voulez en écouter et en savoir davantage (liste non exhaustive)

* Podcast Radio France : Nina Simone, Viva Nina
* Podcast Radio France : Nina Simone, Black Swan
* Podcast Radio France : Nina Simone, l'histoire de sa vie 

Non, Nina Simone n'est pas juste "une chanteuse de jazz", pour Éric

Si Ferrat ne chantait pas "pour passer le temps", Nina Simone non plus ne jouait pas du piano pour «divertir». Elle jouait pour se venger. Après s’être fait fermer la porte du monde classique à cause de sa couleur de peau, elle a transformé son clavier en arme de guerre.

En fond, partition de la chanson I whish i jnew hom it wold feed to be free (j’aimerai savoir comment ça ferait d’être libre). Nina Simone performe dans un show télévisé au BBC Centre de Télévision de Londres en 1966
(Photo by David Redfern/Redferns)

Page extraite d'un livre jeunesse "Les Pianos de Nina" de Sophie Andersen et Chloé Mayoux :
 la vie de Nina Simone racontée par ses pianos aux éditions Le grand jardin

Vraiment,  depuis que j'écrit sur sa personnalité j'ai presque envie d'en parler au présent tant Nina Simone, cette femme admirable, artiste inclassable est toujours très présente et très écoutée ; heureusement pour nous, des vidéos permettent encore de la voir en scène. Alors regardez-là bien!

Nina Simone « Four Women » (quatre femmes) - vidéo publiée sur la chaine youtube de Par si par là 
Nina Simone, au Mickery Theatre à Loenersloot, dans la banlieue d'Amsterdam dans un programme de la télévision publique néerlandaise . Lisle Atkinson à la basse, Rudy Stevenson à la guitare et Bobby Hamilton à la batterie. Ce concert a été enregistré (ou diffusé ? ) le 25 décembre 1965. 

Si tu regardes cette vidéo, tu vois quoi ? La puissance, le jazz, l’icône cool ? Regarde mieux. Ce n’est pas du spectacle. C’est de la rage pure. Elle révèle une vérité brutale : Les plus grands artistes ne naissent pas du talent, mais du rejet.

Paroles de Quatre femmes : 

Ma peau est noire
Mes bras sont longs
Mes cheveux sont laineux
Mon dos est fort 
Assez fort pour endurer la douleur
Elle a été infligée encore et encore
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle tante Sarah

Je m'appelle tante Sarah
Ma peau est jaune
Mes cheveux sont longs 
Entre deux mondes 
J'ai ma place 
Mon père était riche et blanc 
Il a forcé ma mère tard une nuit 
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle Safronia

Je m'appelle Safronia
Ma peau est bronzée 
Mes cheveux sont bien
Mes hanches t'invitent
Et mes lèvres sont comme du vin 
De qui suis-je la petite fille ? 
Eh bien, la tienne si tu as assez d'argent pour m'acheter
Comment m'appelle-t-on ? 
Je m'appelle Sweet Thing 

Je m'appelle Sweet Thing 
Ma peau est marron 
Et mes manières sont grossières 
Je tuerai la première mère que je verrai
Parce que ma vie a été trop grossière
Je suis horriblement amère ces jours-ci 
Parce que mes parents étaient esclaves
Comment m'appelle-t-on ? 
Je M'appelle Peaches 

*** "Four Women", la chanson qui incarne Nina Simone ***
Article de France Musique par Clémence Guinard Publié le vendredi 21 avril 2023 à 12h10

"Four Women" est un cri de révolte, un titre engagé, puissant, dans lequel Nina Simone exprime toute sa colère face aux injustices subies par les femmes noires.

Sorti en 1966, dans l'album Wild is the Wind, le titre Four Women est le seul composé par la chanteuse sur cet opus. Il dresse le portrait de quatre femmes afro-américaines : Aunt Sarah, Saffronia, Sweet Thing et Peaches, qui illustrent, chacune à leur manière, la violence raciale aux Etats-Unis, mais aussi les différentes facettes de l'artiste, réputée pour son tempérament révolté. « Il incarne totalement la personnalité de Nina Simone qu'on a souvent jugée 'TROP' : trop forte, trop violente », explique la productrice radio et journaliste Nathalie Piolé. Le morceau est d'ailleurs jugé si violent qu'il fut interdit de diffusion sur certaines radios à sa sortie.

Dans ce morceau, Nina Simone chante en s’accompagnant de son instrument fétiche, le piano. Elle débute dans une douceur mélodieuse, et peu à peu sa voix se tend, comme son jeu de piano, pour terminer dans un cri déterminé et rageur. La chanteuse conclut en hurlant le nom de son dernier personnage, Peaches.

Une chanson qui fait écho à ses engagements
Le morceau dresse le portrait de quatre femmes. 
La première, Aunt Sarah, incarne l’histoire esclavagiste des États-Unis. La musique, sereine en apparence, fait ressortir toute la violence des paroles : « Mon dos est fort, assez fort pour supporter la douleur infligée encore et encore »

Ce lourd passé résonne encore cruellement en 1966 alors que le pays est englué dans les questions de ségrégation raciale. À cette époque, l'artiste est elle-même pleinement engagée dans la lutte pour les droits civiques : elle participe aux marches de Selma et chante devant des milliers de personnes. Elle fréquente des activistes comme Angela Davis, Malcolm X et bien sûr Martin Luther King, avec qui elle n’est pas forcément d’accord. Contrairement au pasteur, qui prône la non-violence, Nina Simone est persuadée qu’une action violente est nécessaire dans cette révolution contre la ségrégation.

Le miroir d’une carrière avortée de pianiste classique
Vient ensuite Saffronia, née dans la violence : « mon père était riche et blanc, il a forcé ma mère une nuit ». En tant que métisse, elle vit entre deux mondes, celui des Noirs et des Blancs, un déchirement entre deux cultures qui n’est pas sans rappeler la propre histoire de Nina Simone.

Formée comme pianiste classique, elle se tourne vers le jazz lorsqu’elle est recalée à l’examen d’entrée du prestigieux Curtis Institute. Elle s’exprimera avec amertume, tout au long de sa vie, sur cet évènement : «Ils m’ont refusé à cause de la couleur de ma peau. J'aurais aimé être la première concertiste noire. J’aurais été plus heureuse...»

Un cri qui appelle à la révolte
Le troisième portrait de la chanson présente Sweet Thing, en français La douce chose. Elle est acceptée par les Noirs et par les Blancs, parce qu’elle vend son corps. « Mes hanches t’invitent, mes lèvres sentent bon comme le vin. De qui suis-je la petite fille ? De celui qui a assez d’argent pour m’acheter ». Le ton de la chanson s’assombrit encore, pour aboutir au climax final.

« Je tuerai le premier salaud que je verrai » : avec ces mots la quatrième femme, Peaches, donne le ton. « Peaches porte les histoires des trois femmes précédentes sur ses épaules, et sa réaction c’est le cri, la rage, explique Nathalie Piolé. Et Peaches est indispensable dans ce morceau, car c’est la seule qui exprime sa colère ».

Four Women n’est pas le seul morceau engagé de l’artiste, mais contrairement à son célèbre Ain’t got No/I got Life (« Je n’ai pas de maison, de chaussure, d’argent... Mais j’ai mes yeux, mon nez, ma bouche, mon sourire...») qui porte un message d’espoir, Four Women est plus rude : « L’espoir ne vient que par le cri et la révolte », insiste Nathalie Piolé. 

Un morceau puissant qui personnifie Nina Simone, comme figure de femme libre et révoltée. 

Aujourd'hui ses "soeurs" continuent de porter son message.
Four women (quatre femmes) : ici chanté par Lisa Simone, Dianne Reeves, Lizz Wright, Angélique Kidjo 
vidéo publiée sur la chaine Youtube de Nina Simone

Alors si vous comprenez la rage et la révolte de Nina Simone et appréciez son art, continuez de vous régaler en l'écoutant et la regardant dans les vidéos suivantes : 

Nina Simone en concert en Angleterre le 14 septembre 1968 :
1. Go To Hell (va en enfer)
2. Ain't Got No/I Got Life (Je n'ai pas de vis, j'ai la vie)
3. Backlash Blues (le blues du conttrecoup)
4. Put A Spell On You (je t'ai jeté un sort)
5. Don't Let Me Be Misunderstood (ne me laissez pas être incompris)
6. Why? The King Of Love Is Dead (pouruoi le Roi de l'Amour est mort?)

Concert intégral de Nina Simone dans le cader du 
Festival International de Jazz de Juan-les-Pins, Antibes, France,
Nina s'est produite deux fois à Jazz à Juan en 1965 : les 24 et 25 juillet. Voici l'enregistrement intégral de son premier concert cette année-là. Nina apparaît avec Lisle Atkinson (basse), Rudy Stevenson (guitare et flûte) et Bobby Hamilton (batterie).
Morceaux :
1-Strange Fruit / Fruit étrange
2-Little Girl Blue / Au Clair de la Lune (medley)
3-Nobody Knows You When You're Down and Out/Personne ne vous connaît quand vous ètes au plus bas
4-Trouble in Mind / Troubles de l'esprit
5-Zungo (extrait)
5-Images
6-Be My Husband / Sois mon mari
7-I Loves You, Porgy / Je t'aime Porgy (Gerschwin)
8-Children Go Where I Send You / Les enfants vont où je les envoie
9-Put a Spell on You / Je t'ai jeté un sort

Pour en savoir davantage sur cette artiste sur laquelle j'ai déjà beaucoup écrit, je vous renvoie à l'article que je viens de lui dédier, pour décrire son parcours de vie et son oeuvre ICI

Cher Éric, toi le musicien, je ne sais pas si tu apprécies le blues et le jazz, mais je suis convaincue que le destin de cette femme remarquable ne te laissera pas indifférent. Je te souhaite une bonne réception de ce mail-art!

Nina Simone, compositrice, chanteuse et militante des droits civiques, pour Claire

Il y a 93 ans, au mois de février, naissait Eunice Weymon que nous connaissons davantage sous son nom d'artiste de Nina Simone.  Ce n'est pas trop du répertoire de l'artiste que je méconnais mais bien de la femme que j'ai envie de vous parler aujourd'hui : combattante et engagée toute sa vie pour les droits civiques de la communauté Afro-américaine, elle fait partie elle aussi des femmes remarquables à mes yeux,  celles dont le courage et la détermination sont à célébrer à jamais.

"Je vais te dire ce qu'est la liberté pour moi : pas de peur" 

à gauche, Nina Simone à Londres en avril 1967 à droite, une peinture de Clémence Powney

J'adresse ce mail-art à Claire, dont je ne connais absolument rien de ses goûts musicaux. Pourtant je suis à peu près certaine qu'elle a été forcément touchée par le parcours incroyable de cette femme qui n'a pas eu la chance de naître au bon endroit ni avec la bonne couleur de peau pour pouvoir exaucer son rêve de devenir la première pianiste classique virtuose noire, alors qu'elle en avait toutes les dispositions. 

Qu'elle soit ici honorée à la hauteur de son engagement et de sa pugnacité pour faire reconnaître les droits et le respect de tout un chacun sur cette terre.

Bonne réception de ce mail-art, chère Claire, le racisme et la xénophobie étant plus que jamais présents et exacerbés dans le monde d'aujourd'hui, il y a une sorte d'urgence à affirmer notre humanité et notre solidarité, au moins par la pensée, avec tous ceux qui sont minorés et qui en  souffrent.
Nina Simone, diva d'une colère noire : vidéo sur la chaine Youtube de France Culture 

Son rêve était de devenir la première pianiste classique noire. Le voeu de Nina Simone n’aura jamais été exaucée. "Je veux que les jeunes Noirs se rendent compte que je me bats encore pour leur cause, comme je l’ai fait pendant 20 ans. Je le fais car j’ai souffert encore plus qu’eux. Nina Simone"

Des détails bouleversants sur la vie de Nina Simone : vidéo sur le Youtube de Grunge

Comment une jeune fille nommée Eunice Waymon, originaire de Tryon, en Caroline du Nord, est-elle devenue l'une des artistes et militantes des droits civiques les plus marquantes du XXe siècle ? L'histoire de Nina Simone, à l'image de sa musique, est audacieuse et inoubliable.

*** Mississippi Goddam ***

« Mississippi Goddam » de Nina Simone. Enregistrement : Live à Antibes, les 24 et 25 juillet 1965. 
le sixième Festival de Jazz d'Antibes Juan-les-Pins s'est déroulé du 24 au 29 juillet.
En mars 2019, la prestigieuse Library of Congress (la Bibliothèque du Sénat) a classé la chanson «Mississippi Goddam» de Nina Simone parmi les 25 enregistrements « culturellement, historiquement ou esthétiquement importants » du pays. Le morceau sort pourtant en 1964, alors que le Sénat n’a pas encore aboli la ségrégation dans le sud du pays où l’artiste, née le 21 février 1933, a grandi.

«Ça c’est une chanson pour un spectacle, mais le spectacle de cette chanson n’a pas encore été écrit! ». C’est par cette phrase elliptique et grinçante que Nina Simone introduit ce morceau devant un public majoritairement blanc. On est en 1964 au légendaire Carnegie Hall, à New York, et il s’agit du premier enregistrement officiel de ce morceau. « Mississippi Goddam» va faire scandale, car bien entendu, tout le monde sait bien hélas que l’histoire de cette chanson a déjà été écrite. Elle renvoie au meurtre du militant noir américain Medgar Evers, assassiné en juin 63, à Jackson (Mississippi), par un suprémaciste blanc du Ku Klux Klan. Evers, défenseur des droits de l’homme, se battait pour l’accès des Afro-Américains à l’université du Mississippi.

« Et je pense que chaque jour sera mon dernier » 
L’Amérique est ébranlée par cette tragédie qui inspire aussi une chanson à une des idoles rebelles de l’époque, Bob Dylan (« Only a Pawn in Their Game« ).

Mais alors que Dylan se veut descriptif et raconte les balles qui sifflent, Nina Simone, elle, ne cite pas le nom d’Evers. Elle envoie tout bouler et cogne les touches de son piano : « tout le monde sait ce qui se passe dans le Mississippi Bon Dieu!» (ou tout le monde sait ce qui se passe dans le Mississippi putain!).
Nina Simone, elle, lie l’assassinat du militant à un autre épisode tragique de l’histoire du sud des États-Unis. Car trois mois plus tard, une bombe explosait dans une église baptiste de Birmingham en Alabama. L’attentat est revendiqué par le KKK. Il tue quatre gamines noires (Addie Mae Collins, Carole Robertson, Cynthia Wesley et Denise McNair) et blesse vingt-deux autres personnes. En pointant l’Alabama, le Mississippi et le Tennessee, Nina Simone dessine surtout avec clairvoyance la folie d’une société hypocrite, sourde et profondément injuste. On y sent le souffle chaud d’un sud poisseux, les nuques baissées rendues dociles, et surtout la peur et la mort qui rôdent quand elle chante :

Hound dogs on my trail / Chiens de chasse sur ma piste
School children sitting in jail / Des écoliers dans les prisons
Black cat cross my path / Un chat noir croise mon chemin
I think every day’s gonna be my last / Et je pense que chaque jour sera mon dernier !

Il faut dire que Nina Simone est née en 1933, après la Grande Dépression, dans la ségrégation du sud des États-Unis. Là, le soir, les voisins et les patrons portent des cagoules blanches du Ku Klux Klan, et le dimanche, sa mère prêche à l’Église. Eunice Kathleen Waymon (son nom à l’état civil) étudie le piano et donne son premier concert à 12 ans. Et refuse que ses parents cèdent leur siège à des spectateurs blancs ! « Quand tu naissais et que tu grandissais dans ce sud des États-Unis à l’époque, à 12 ans, c’était comme si tu en avais 50 ! Tu avais tellement vu et tellement vécu de choses terribles que ça faisait ta maturité » raconte le frère de Nina Simone, Sam Waymon.

Lorsque sa couleur de peau lui interdit de devenir pianiste classique et d’intégrer le fameux Curtis Institute de Philadelphie, la jeune Eunice se réinvente en Nina Simone, pour rendre hommage à son idole d’alors, l’actrice française Simone Signoret. À l’époque, la jeune fille sage ne dit pas de gros mots comme goddam! Intégrer ce juron à un titre de chanson, et en plus l’accoler à un « respectable » État lui vaut les plus vives critiques et même l’interdiction du morceau dans plusieurs états. C’est d’ailleurs, du propre aveu de la chanteuse, le morceau qui « a le plus nui à sa carrière ».

Nina au pays des mensonges
Pourtant, sur l’album Live At Carnegie Hall qui révèle « Mississippi Goddam », il y a aussi une chanson peut-être plus explicite sur les lois du pays. Dans « Old Jim Crow », elle réagit aux lois de la ségrégation. Mais « Mississippi Goddam » est la chanson qui sacre Simone comme une des icônes du mouvement des droits civiques. 

Quand sa colère monte, elle chante :
All I want is equality / Tout ce que je veux c’est l’égalité
For my sister my brother my people and me /Pour ma sœur mon frère mon peuple et moi
Yes you lied to me all these years / Oui tu m’as menti toutes ces années
You told me to wash and clean my ears / Tu m’as dit de me laver et de nettoyer mes oreilles
And talk real fine just like a lady / Et de bien parler comme une dame
And you’d stop calling me Sister Sadie / Et tu arrêterais de m’appeler sœur Sadie
Oh but this whole country is full of lies / Oh mais tout ce pays est plein de mensonges

Nina Simone chante encore cette chanson devant 40 000 personnes à la fin des fameuses « Marches de Selma à Montgomery » (1965), célèbres manifestations contre la ségrégation. À cette occasion, on lui présente Martin Luther King. En lui tendant la main, elle le prévient : « Je ne suis pas une non-violente, moi ! » Il lui aurait répondu calmement : « Aucune importance, ma sœur. »

Trois ans plus tard, le 4 avril 1968, l’assassinat de celui qui disait I Had A Dream met fin au rêve de non-violence du pays. Des émeutes éclatent dans les grandes villes américaines, et trois jours plus tard Nina Simone monte sur la scène de Westbury. Avant de chanter « Mississippi Goddam », elle raconte : 
«Il y a quelques années, quatre petites filles étaient été tuées en Alabama. À ce moment-là, ces morts nous avaient donné l’inspiration d’écrire cette chanson. Mais la mort du Dr King m’a laissée tellement anéantie que je ne sais plus où j’en suis, vraiment. Vous avez entendu la chanson «Shed A Little Light»  de James Taylor composée spécialement pour ce triste jour. J’espère que d’ici la fin de l’année, nous nous serons assez remis pour écrire des chansons qui plongent dans notre Histoire et qui rendent hommage à ces gens merveilleux et courageux qui ne sont plus de ce monde aujourd’hui.»

Dans ce concert, elle bouscule le public pour qu’il chante s’il «est ému par ce qui se passe, et s’il connaît ses chansons», et glisse qu’elle n’a pas l’intention de «rester non violente, ma chérie!» Pourtant la chanson qu’elle vient d’écrire pour King, le roi de l’amour (The King of love) est une chanson plus poignante qu’un appel à la guerre.

« C’était spontané et triste à la fois raconte Sam son frère présent sur scène ce jour-là. On ne savait pas à quoi le monde allait ressembler après tout ça. Quand j’étais sur scène, c’était le lieu et le moment où je me sentais le plus libre de ma vie, pour Nina c’était pareil parce que sur scène on existe et on se sent en sécurité. Je n’ai jamais eu peur sur scène, jamais. Le seul lieu où je me sentais menacé c’était dans le sud des États-Unis… »

Les leaders non violents sont assassinés ou en exil, et Nina doute. Changera-t-elle les États-Unis pour en faire un pays plus juste ? L’art peut-il révolutionner le monde ?

Dans son autobiographie Nina Simone écrit :  L’Amérique telle que je la rêvais pendant les années 60 était devenue une mauvaise blague avec Nixon à la Maison-Blanche, et la révolution noire remplacée par la disco (…) L’assassinat de Malcom X a renforcé ma conviction que notre lutte ne pourrait se livrer sans violence, et que si on tardait à le comprendre on tomberait comme des mouches, comme je le disais dans « Mississippi Goddam »».

Avant de prendre un révolver, Nina Simone quitte le pays, elle part pour des années d’errance et de voyages, entre la Barbade, la Suisse ou la France avec un passage par le Libéria où elle sera « enfin heureuse ». Elle dépense beaucoup, tombe amoureuse et voit son père en rêve… « J’ai vu des éclairs en Afrique. Ils vous foudroient et vous laissent sans voix », écrit-elle dans ses mémoires. Elle restera hantée par ses fantômes et ses fantasmes d’un monde plus juste avant de finir sa vie face à la mer sur la Côte d’Azur. Dr. Nina Simone y joue Bach, Debussy, Ravel et Chopin. Aujourd’hui, « Mississippi Goddam » repose à la Librairie du Congrès parmi les œuvres les plus importantes que les États-Unis aient créées. Ce n’est que justice.
Source : Article de PAM Pan Aafrican Music

*** Nina SIMONE, sa vie, son oeuvre ***

Nina Simone voit le jour le 21 février 1933 sous le nom d’Eunice Kathleen Waymon à Tryon, en Caroline du Nord (États-Unis). Elle est la sixième d’une famille afro-américaine modeste de huit enfants : son père est barbier, sa mère est femme au foyer et pasteure méthodiste. Prenant, dès l’âge de 3 ans, des leçons de piano, elle se révèle très douée. Aspirant à mener une carrière de pianiste concertiste classique, elle est toutefois recalée en 1950 à l’examen d’entrée du prestigieux Curtis Institute of Music de Philadelphie. Très déçue, Eunice Waymon attribue ce refus à sa couleur de peau.

Elle débute alors une carrière de pianiste de club : elle est engagée en 1954 dans un bar d’Atlantic City (New Jersey). Elle chante surtout des standards du jazz des années 1930, qu’elle interprète librement avec des improvisations tendant vers le blues, le gospel et le classique. Pour cacher son activité à ses parents, elle prend le nom de « Nina Simone » en hommage à l’actrice française Simone Signoret.

Elle connaît son premier succès en 1957 avec sa version de I Love You Porgy, tiré de Porgy and Bess, l’opéra de George Gershwin. Son premier album, « Little Girl Blue », sort en 1959 sur le petit label new-yorkais Bethlehem Records. On y retrouve notamment My Baby Just Cares for Me. De façon inattendue, ce titre deviendra un tube trente ans plus tard, en 1987, lorsque Chanel l’utilisera dans un spot publicitaire pour son parfum n° 5. Le style original de Nina Simone, issu d’un mélange entre jazz, gospel, blues, folk et musique classique, s’impose. Les années 1960 la voient enregistrer de nombreux albums pour de grandes maisons de disque (Colpix, Philips et RCA) et faire de grandes tournées, y compris hors des États-Unis.

En septembre 1963, révoltée par l’attentat contre l’église baptiste de la 16ᵉ rue de Birmingham (Alabama) qui a coûté la vie à quatre fillettes, ainsi que par l’assassinat du militant des droits civiques Medgar Evers, Nina Simone compose Mississippi Goddam, sa première protest song. Dès lors, elle s’engage activement dans le mouvement des droits civiques. Elle fréquente ainsi plusieurs grandes figures du mouvement, Martin Luther King, Malcom X ou Stokely Carmichael, époux de Myriam Makeba. Elle joue lors de grands rassemblements en faveur des droits civiques, comme les marches de Selma à Montgomery (Alabama) en 1965. Sur ses albums des années 1960, Nina Simone interprète des chansons sur la condition des Afro-Américains dans le Sud, tels Strange Fruit de Billie Holliday (sur l’album « Pastel Blues » en 1965) ou en compose, comme Wild is the Wind (sur l’album « Four Women » en 1966). En 1968, elle dédie la chanson Why ? The King of Love is Dead à Martin Luther King trois jours après son assassinat. Puis en 1969 To Be Young, Gifted and Black devient une chanson emblématique pour les jeunes Afro-Américains.

Écœurée par l’essoufflement du mouvement des droits civiques, brouillée avec de nombreuses personnes et en difficulté avec le fisc américain, Nina Simone n’a plus vraiment l’énergie pour composer au début des années 1970. En 1974, elle quitte alors les États-Unis pour le Liberia. Elle s’installe ensuite en Europe : en Suisse, aux Pays-Bas et en France.

Souffrant d’un cancer du sein, elle s’éteint le 21 avril 2003, à l’âge de soixante-dix ans, à Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône, où elle venait de s’installer. 

COMBLE DE L'IRONIE : À l'avant-veille de sa mort, elle reçoit un diplôme honorifique du conservatoire Institut Curtis de Philadelphie, celui-là même qui lui refusa l'admission en 1950.

***
Quelques compléments si vous voulez en écouter et en savoir davantage. 

* Podcast Radio France : l'adieu au classique de Nina Simone 
* Podcast Radio France : Nina Simone, mesure et démesure
* Podcast Radio France : les faces cachées de Nina Simone

On doit au jeune esclave réunionnais Edmond Elbius l'incroyable essor de la production mondiale de vanille, pour Éric

Comme je l'ai déjà décrit précédemment (ICI et LA), sur cette enveloppe textile destinée à Eric le Parisien,  je vous raconte ici comment  l'incroyable aventure d'Edmond Albius, enfant esclave, qui à 12 ans découvre le secret qui transformera à jamais la culture de la vanille à La Réunion. 
Dessin représentant Edmond Albius et les gousses de vanille qu'il a su obtenir à l'age de 12 ans,
vu sur Pinterest sans nom d'auteur


à droite, des photos en libre accès sur le site Adobe Stock

L'introduction de la vanille à Bourbon s'est faite en trois temps et à partir de trois lieux différents : 

- Le 26 juin 1819 elle vient de Cayenne. Pierre Bernard Milius Gouverneur de l'île depuis le 13 septembre 1818 décide de diversifier l'agriculture de l'île. Il organise des expéditions dans toutes les parties du monde afin de ramener dans la Colonie des espèces nouvelles. A la tête d'une de ces expéditions se trouve un créole de Bourbon, le Commandant Pierre-Henri Philibert accompagné du Botaniste Perrotet. C'est de Cayenne qu'ils ramènent les premières boutures de vanille. 

- Le 6 mai 1820 elle vient de Manille. Une deuxième expédition du Commandant Philibert quitte Bourbon à destination de la Nouvelle Hollande, le botaniste Perrotet fait à nouveau partie du voyage. Cette expédition fera un arrêt à Manille et le botaniste en profitera pour collecter de nombreuses boutures de vanille. 

- Le 25 septembre 1822 elle vient du Muséum de Paris. M. Marchant ordonnateur de Bourbon, profitant d'un voyage en France, se rend au Muséum de Paris et se procure des boutures de vanille du Mexique. Depuis le siècle dernier on cultivait, au Muséum, cette variété dans des serres chauffées. M. Marchant et sa vanille voyagent sur un bateau commandé par un créole de Saint-André, David De Floris. Ils arrivent à Bourbon le 25 septembre 1822.

Histoire de la vanille à l'Ile Bourbon
Au début du XIX siècle des plants furent expédiés à Java, puis à la Réunion et à Maurice pour y tenter la culture de la précieuse vanille, mais en l'absence de pollinisation naturelle par un insecte du Mexique, la culture s'est avérée impossible sur ces îles. 

La première pollinisation artificielle du Vanillier fut réalisée en 1836 au jardin botanique de Liège par Charles Morren, puis en 1837 par le Français Neumann, mais c'est en 1841 qu'un jeune esclave, Edmond Albius, imagina le procédé encore utilisé de nos jours. Ce fut dès 1848 l'essor de la culture à l'Ile de la Réunion (alors plus connue sous le nom de « l'Ile Bourbon »)

Edmond Albius est né à Sainte-Suzanne le 9 août 1829. Sa mère est esclave chez la sœur de Féréol Bellier Beaumont ; il la perd à sa naissance. Le 8 décembre 1853 Méziaires Lepervanche décrit l'adolescence du jeune esclave et son initiation à la botanique : Mr Féréol Bellier Beaumont recueillit cet enfant, et s'y attacha comme s'il eût été son propre fils : il ne lui dit donner aucune instruction, mais sans cesse, dans la société de cet homme, instruit, Edmond se trouva éclairé comme par une sorte de reflet des connaissances de son maître, et ne tarda pas à s'associer à ses travaux d'horticulture, et apprit de son maître, versé dans la science des plantes, à reconnaître toutes les fleurs en leur appliquant leurs noms techniques, ce qui n'était pas sans originalité d'entendre sortir des lèvres d'un enfant noir des termes scientifiques, usités seulement chez les adeptes de la science de la botanique.A l'instar de son maître, Edmond s'était essayé souvent à opérer la caprification artificielle sur des fleurs qui, par une raison ou par une autre, ne peuvent se féconder naturellement. 

En 1841, l'esclave Edmond âgé de douze ans trouva, avant les botanistes du Muséum d'histoire naturelle de Paris et les scientifiques locaux, une méthode simple pour féconder manuellement les fleurs de l'orchidée vanillier. Cette découverte permit l'exploitation commerciale de la vanille Bourbon. L'intelligent enfant avait su discerner dans la même fleur, les organes mâles et femelles et les mettre convenablement en relation, procédé simple et rapide consistant à appliquer l'anthère avec le pollen, organe mâle, sur le pistil, organe femelle. La découverte du jeune Edmond allait enrichir de nombreux planteurs, doter l'île d'une nouvelle industrie agricole et permettre le développement de la culture de la vanille à travers le monde.

La « Vanille Bourbon » : comment la découverte d’Edmond a transformé l’économie de La Réunion
Ferréol Bellier-Beaumont comprend immédiatement la portée de l’invention. Loin de garder le secret, il fait d’Edmond un ambassadeur de sa propre technique. Il emmène le jeune esclave de plantation en plantation sur l’Île Bourbon pour enseigner le procédé aux autres colons et à leurs esclaves. Cette diffusion rapide du savoir-faire lance l’industrie de la vanille et établit, aux yeux de tous les témoins, la paternité de la découverte.

L’impact économique est foudroyant. Les chiffres témoignent d’une véritable « révolution » agricole, transformant l’économie de l’île.

* Avant 1841 : Production de vanille : 0.
* 1848 : Coïncidant avec l’abolition de l’esclavage, les premières exportations de vanille symboliques commencent : 50 kilos sont envoyés en France.
* 1858 : La Réunion passe à une production de trois tonnes en 1858.
* ~1860-1870 : La production explose et atteint puis à près de 15 tonnes annuelles.
* Début des années 1880 : L’île exporte 60 tonnes annuelles au début des années 1880.
* 1898 : L’apogée est atteint avec une production record de 200 tonnes.

L’Explosion de la Production de Vanille Bourbon (1848-1898)
Cette nouvelle richesse est « nomé » sous le nom de Vanille Bourbon, tirant son nom de l’appellation coloniale de l’île (un hommage à la famille royale française). Dans cet acte de nomination se joue une première ironie tragique : l’invention qui fait la fortune de l’île porte le nom des rois de France, et non celui du jeune esclave qui l’a rendue possible. L’invention d’Edmond, faite en 1841, a offert une culture de diversification essentielle à l’économie de plantation de l’île, juste au moment où l’abolition de l’esclavage en 1848 allait la forcer à se réinventer.

De l’Île Bourbon à Madagascar : l’expansion mondiale d’un savoir-faire
Le génie de la technique de pollinisation d’Edmond résidait dans sa simplicité et sa transférabilité. Elle n’a pas tardé à voyager. Des colons réunionnais, voyant le potentiel, ont emporté la méthode d’Albius avec eux sur l’île voisine : Madagascar.

Comme à La Réunion, des lianes de vanille y avaient été introduites (dès 1820), mais elles restaient désespérément stériles. C’est l’importation de la méthode Albius depuis La Réunion qui va donner naissance à l’industrie de la vanille de Madagascar. Le climat et l’immensité du territoire malgache se prêtent encore mieux à cette culture de cette plante. La pollinisation manuelle y est adoptée à grande échelle, et la production explose.

L’appellation Vanille Bourbon s’étend pour inclure la production de Madagascar et des Comores, devenant un label de qualité pour la Vanilla planifolia de l’océan Indien. Rapidement, l’élève dépasse le maître. Madagascar devient le premier producteur mondial de vanille, ravissant la place à La Réunion. Aujourd’hui, Madagascar produit plus de 80% de la vanille dans le monde.

L’ironie économique est totale. L’industrie de la vanille, un marché de plusieurs milliards de dollars, repose intégralement sur l’héritage direct du geste d’Edmond Albius. Mais cette même invention, par sa facilité de transfert, a finalement causé le déclin de l’industrie réunionnaise, incapable de concurrencer les coûts de production malgaches.

La paternité contestée : L’ombre de l’esclavage sur le génie
Une découverte d’une telle ampleur économique ne pouvait rester incontestée. Alors que l’île s’enrichissait, la paternité de sa découverte fut violemment remise en cause. L’adversaire d’Edmond Albius était un « érudit prestigieux », Jean-Michel Claude Richard, un botaniste français de renom, directeur du Jardin du Roy sur l’île.

Dans les années 1860, Richard prétendit publiquement être le véritable inventeur. Il affirma avoir découvert la technique à Paris et l’avoir enseignée à un petit groupe à La Réunion en 1838. L’accusation implicite était claire : Edmond, alors «un petit esclave», n’avait pu que «jeter un coup d’œil» et «voler la technique».

Cette controverse est un cas d’école de racisme scientifique. Il était socialement et académiquement impensable pour l’establishment de l’époque qu’un «enfant noir», sans éducation, puisse être un «scientifique», un inventeur. Il était bien plus plausible qu’il soit un voleur.

C’est alors que Ferréol Bellier-Beaumont intervient de manière décisive. Il prend la plume pour défendre publiquement son ancien esclave. Dans une lettre restée célèbre, il démolit l’argument de Richard avec une logique implacable. Il rappelle qu’il est l’ami de Richard, mais qu’il a des « obligations envers Edmond ». Puis il pose la question fatale : «Pourquoi les fermiers inviteraient-ils Edmond à enseigner ‘si le procédé était déjà connu’? ». La défense de Bellier-Beaumont, publiée, fit taire la controverse. .../...
Source : Extrait d'un article vu sur le site https://abacai.fr/edmond-albius-pollinisation-esclavage-et-memoire-1841/

Comment l'intelligence d'Edmond Elbius, jeune esclave noir réunionnais a été totalement niée, pour l'Être anonyme

Connaissez-vous l'incroyable histoire de la vanille et celle d'Edmond Albius qui lui est intimement liée?

Les origines de la vanille
La vanille est une épice dérivée des gousses de certaines espèces d'orchidées du genre Vanilla, principalement. Originaire du Mexique et d'Amérique centrale, la vanille a été cultivée et utilisée par les Aztèques depuis des siècles pour aromatiser le chocolat, une boisson précieuse pour cette civilisation.

La découverte de la vanille par les Européens
La vanille a été découverte par les Européens au 16ème siècle, lors de la conquête de l'empire aztèque par les conquistadors espagnols. Hernán Cortés est souvent crédité pour avoir introduit la vanille en Europe après avoir goûté à une boisson au chocolat aromatisée à la vanille offerte par l'empereur aztèque Moctezuma II. La vanille est rapidement devenue populaire en Europe, principalement en France, où elle a été utilisée pour aromatiser des desserts tels que les glaces et les crèmes pâtissières

Et c'est là que l'histoire d'Edmond Albius s'imbrique avec celle de cette épice car c'est lui le découvreur de la fécondation artificielle de la vanille.  

A l'origine la liane de vanille vit au Mexique et ses fleurs ne peuvent être pollinisées que par une minuscule abeille mexicaine sans dard du genre Melipona . Cette abeille n'est présente nulle part ailleurs dans le monde.

Le tournant décisif de l’histoire de la vanille survient à l’île Bourbon (ancien nom de La Réunion) au XIXe siècle. Des pieds de vanillier ont été introduits sur l’île en 1819 depuis les colonies françaises, mais pendant des années, ils fleurissent sans donner de fruits faute de pollinisation naturelle. C’est en 1841 qu’un jeune esclave réunionnais de 12 ans, Edmond Albius, au service d'un botaniste , découvre le procédé manuel de pollinisation de la fleur de vanille. 

En frottant délicatement, à l’aide d’une fine tige, le pollen des organes mâles de la fleur sur le pistil femelle, Albius réussit à féconder la fleur : un geste simple mais révolutionnaire qui permet enfin à la plante de donner ses précieuses gousses. 

Portrait d'Edmond Albius devant des lianes de vanille paru en 1863 dans l'Album de l'île de la Réunion d'Antoine Roussin.
photos libres de droit Adobe Stock

Dans un article précédent je parle longuement de l'histoire de ce garçon, dont l'histoire a totalement effacé le nom jusqu'à il y a très peu de temps et surtout comment les colons blancs se sont arrangés pour s'approprier sa découverte et en faire un marché très lucratif, en remettant en question l'esprit pratique et l'intelligence de ce garçon féru de botanique et incroyablement observateur. Pour certains d'entre eux, en effet, il était tout simplement impossible de concevoir qu'un esclave,  noir de surcroît, puisse avoir eu cette intelligence là où depuis des décennies, les planteurs réunionnais avaient échoué à réussir la fructification de la vanille. 

Toute l'histoire est racontée ici, parfaitement documentée sur la vanille Bourbon (oui, on lui a donné un nom de roi plutôt que celui de l'esclave Albius). 
sources : ABACAI qu'est ce que la vanille exactement 

***  La littérature jeunesse au secours de l'histoire *** 
Couleur Vanille (2011) -La vraie couleur de la vanille (2012) -Pour l'amour de Vanille (2012)

Comment la littérature jeunesse, en trois livres parus au 21e siècle, tente de mieux faire connaître Edmond Albius,  malgré toutes les difficultés et les écueils liés à la publication lorsque le sujet d'un livre, même chargé d'histoire, n'est pas déjà connu. 
.../...
En vitrine des trois romans, le péritexte éditorial destiné à attirer le lecteur – ou l’acheteur médiateur – opère des choix communs en première de couverture où prennent place, au cœur du titre et de l’image, le mot « vanille » et la représentation d’un jeune garçon noir. Substitué métonymiquement au nom d’Edmond Albius, c’est le mot « vanille » qui joue le rôle d’accroche dans un titre qui semble poser une énigme, soit en insistant sur la question de la couleur qui jouera un rôle symbolique dans le récit (Couleur vanille, La vraie couleur de la vanille), soit en le dotant d’une majuscule qui fait de lui un prénom et annonce une romance (Pour l’amour de Vanille). Les titres démarquent donc des entreprises différentes, où l’empan s’élargit d’emblée de la fiction (le roman d’amour) au documentaire (le sous-titre de Couleur vanille).

Longtemps restée muette, l’histoire de l’esclavage fut biaisée par le point de vue extérieur des Blancs et rares sont les récits de ceux qui n’avaient pas accès à l’écriture, en particulier en français. « Pour des sociétés où manque un récit des origines, c’est à la littérature que peut incomber la mission d’en élaborer. Aussi des voix se sont-elles élevées pour rendre justice aux esclaves, pour faire connaître leur histoire, leurs souffrances et, plus rarement, leurs exploits : « Un questionnement autour de la mémoire, qu’elle soit historique ou textuelle, émerge. Il s’agit aussi d’écrire ce qui n’a pas été écrit avant, de faire entendre ce qui a été oblitéré ». À travers une entreprise ancrée dans le double projet d’un éditeur et d’un auteur pour la jeunesse, nos trois romans composent, chacun à sa façon, un tombeau à Edmond Albius, qui, comme les tombeaux poétiques, vise à lui rendre hommage et à perpétuer sa mémoire « Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change », pour reprendre le premier vers du « Tombeau d’Edgar Poe » de Mallarmé. Mais les histoires relatées ne relèvent pas de l’épitaphe, elles redonnent vie au fantôme, elles font partager ses sentiments, elles invitent à comprendre le passé pour mieux vivre le présent.
.../...
En l’espace de quelques années, un écrivain spécialiste de littérature, Michaël Ferrier, et trois romanciers pour la jeunesse s’emparent de ce personnage longtemps méconnu du grand public et jusque-là absent des programmes scolaires. Touché par ce destin tragique, chacun d’eux s’est, semble-t-il, senti investi d’une mission : extraire le zélé apprenti botaniste du néant dans lequel il a été longtemps plongé par la volonté de quelques hommes, faire connaître le parcours exceptionnel de ce jeune garçon dans une volonté de devoir de mémoire. Force est de constater que, pour l’instant, ces écrivains ont davantage agi pour faire connaître Edmond Albius en France métropolitaine que l’État français.

Edmond Albius, un esclave réunionnais, "fantôme" de l'histoire pour Michèle

Une fois n'est pas coutûme, aujourd'hui, je vais vous parler d'un "fantôme" de l'histoire dont pourtant nous devrions tous connaître le nom, étant donné la fantastique découverte qui fut la sienne et l'énorme commerce international dans l'industrie de la vanille qui en découla. 

Cet article est destiné à faire connaître Edmond Albius du plus grand nombre et à réhabiliter cette personne, pourtant noire et esclave, dont la très grande intelligence et un sens de l'observation très poussé, ont permis sa découverte : son nom  n'aurait jamais dû être effacé de notre Histoire.  

L'histoire en bref
En 1841, sur l’île de La Réunion, un garçon esclave de 12 ans nommé Edmond Albius changea le monde avec pour seules armes sa curiosité et son pouce.

Les colons français avaient rapporté des plants de vanille du Mexique vers La Réunion et les îles voisines. Mais un problème de taille subsistait : les orchidées de vanille ne fleurissaient que brièvement, et au Mexique, ce sont des abeilles spécifiques qui en assuraient la pollinisation. Sur l’île de La Réunion aucune de ces abeilles n’existait. Malgré leur savoir, botanistes et planteurs étaient impuissants : la fleur se fanait avant d’être fécondée.

Et puis, Edmond est arrivé. Armé d’un éclat de bois ou d’un brin d’herbe, il souleva délicatement le minuscule opercule à l’intérieur de la fleur, pressa les parties mâle et femelle l’une contre l’autre, et réalisa à la main une pollinisation parfaitement maîtrisée. C’était simple. Élégant. Rapide. Et ça a fonctionné.

Grâce à sa méthode, la vanille pouvait désormais être cultivée presque partout. La Réunion devint un important producteur. Puis Madagascar, qui domine encore aujourd’hui le marché mondial — en utilisant la technique inventée par Edmond. Mais pour Edmond Albius, aucune récompense, ni fortune, ni reconnaissance durable. Bien que sa découverte ait lancé une industrie florissante à l’échelle mondiale, il est mort dans la pauvreté et l’oubli.

Aujourd’hui, nous nous devons de l'honorer. Parce qu’un enfant privé d’éducation, privé de liberté, a pourtant réussi là où tous échouaient : percer le secret de l’orchidée vanille, et laisser une empreinte invisible mais précieuse — dans chaque boule de glace, chaque gâteau, chaque flacon de parfum.
Source / facebook/Le monde littéraire

Âgé de douze ans Edmond Albius découvre le procédé de la fécondation artificielle de la vanille.

*** Courte biographie d'Edmond Albius - (1829- 1880) ***
Edmond Albius est né à Sainte-Suzanne en 1829. Sa mère est esclave chez la sœur de Féréol Bellier Beaumont ; il la perd à sa naissance.

Le 8 décembre 1853 Méziaires Lepervanche décrit l'adolescence du jeune esclave et son initiation à la botanique : "Mr Féréol Bellier Beaumont recueillit cet enfant, et s'y attacha comme s'il eût été son propre fils : il ne lui dit donner aucune instruction, mais sans cesse, dans la société de cet homme, instruit, Edmond se trouva éclairé comme par une sorte de reflet des connaissances de son maître, et ne tarda pas à s'associer à ses travaux d'horticulture, et apprit de son maître, versé dans la science des plantes, à reconnaître toutes les fleurs en leur appliquant leurs noms techniques, ce qui n'était pas sans originalité d'entendre sortir des lèvres d'un enfant noir des termes scientifiques, usités seulement chez les adeptes de la science de la botanique. A l'instar de son maître, Edmond s'était essayé souvent à opérer la caprification artificielle sur des fleurs qui, par une raison ou par une autre, ne peuvent se féconder naturellement. "

En 1841, l'esclave Edmond âgé de douze ans trouva, avant les botanistes du Muséum d'histoire naturelle de Paris et les scientifiques locaux, une méthode simple pour féconder manuellement les fleurs de l'orchidée vanillier. Cette découverte permit l'exploitation commerciale de la vanille Bourbon. L'intelligent enfant avait su discerner dans la même fleur, les organes mâles et femelles et les mettre convenablement en relation, procédé simple et rapide consistant à appliquer l'anthère avec le pollen, organe mâle, sur le pistil, organe femelle.

La découverte du jeune Edmond allait enrichir de nombreux planteurs, doter l'île d'une nouvelle industrie agricole et permettre le développement de la culture de la vanille à travers le monde.

Affranchi, Edmond reçut son nom de liberté : Albius qui signifie Blanc. Après l'abolition de l'esclavage, Edmond Albius va vivre à Saint-Denis où il trouve un emploi d'aide cuisinier chez un officier de la garnison. Il est alors impliqué dans une affaire de vol. Le 15 juin 1852, il va être condamné à cinq ans de travaux forcés.

Le 26 avril 1855, le Gouverneur Hubert De Lisle décide de le faire libérer pour bonne conduite après 3 ans d'emprisonnement.

Edmond Albius décède à l'hospice de Sainte-Suzanne le 9 août 1880 dans le dénuement le plus complet.

En 1981 la municipalité de Sainte-Suzanne a érigé une stèle sur le lieu de naissance d'Edmond Albius à Bellevue.
En 2004, un mémorial pour la commémoration du 10 mai où l’esclavage est reconnu comme crime contre l’humanité est installé sur le site du bocage à Sainte-Suzanne, Une statue en bronze d'Edmond Albius occupe le centre de ce mémorial, une oeuvre de l'artiste réunionnais Jack Beng-Thi né en 1951 au Port. Maurice Gironcel, maire et conseiller général de Sainte-Suzanne, explique : "Ce projet nous tient particulièrement à cœur. Edmond Albius a marqué l’histoire de Sainte-Suzanne, de La Réunion et du monde à travers sa découverte qui a révolutionné le monde agricole et industriel. Mais comme vous le savez, malgré sa découverte, son génie ne sera jamais reconnu, parce qu’il était noir, esclave."

Dans une lettre datée du 17 février 1861, Férol Bellier relate les circonstances dans lesquelles Edmond à découvert le procédé de la fécondation artificielle de la vanille.
"Je me faisais aider par lui pour la fécondation des fleurs d'une plante de la famille des citrouilles, appelée jolifiat. Dans cette plante, les fleurs mâles et les fleurs femelles sont séparées et sur des rameaux différents. J'enseignais au petit noir, Edmond, à cueillir les premières et à les poser avec soin sur les fleurs femelles, qui sous elles, portent l'embryon du fruit, comme dans les citrouilles. Je ne me souvenais plus de cette enseignement lorsque, la même année plus tard, me promenant avec mon fidèle compagnon, j'aperçus sur le seul vanillier que j'eusse alors une gousse bien nouée. Je m'en étonnai, et la lui fit remarquer. Il me dit que c'était lui qui avait fécondé la fleur. Je refusai de le croire, et passai. Mais 2 ou 3 jours après je vis une seconde gousse près de la première. Lui de me répéter son assertion. Je demandai alors comment il avait fait. Il exécuta devant moi cette opération que tout le monde pratique aujourd'hui. L'intelligent enfant avait su discerner, dans la même fleur, les organes mâles et femelles et les mettre convenablement en rapport. Dans l'article de journal que je vous ai signalé, ci-dessus, j'essayai d'expliquer le procédé au public. Des amis me dirent que je n'étais nullement parvenu à me faire comprendre et bientôt Messieurs Sarrasin Floris, Patu de Rosemont, Vinet et Madame Joseph Desbassyns, en envoyant chercher Edmond et le faisant opérer devant eux purent faire connaître partout le procédé de la fécondation".
Source:http://www.mi-aime-a-ou.com/edmond_albius.php

Je vous laisse lire le très intéressant mais très long article  À la recherche d’Edmond Albius, esclave réunionnais, « fantôme » de l’histoire qui founrit  énormément d'informations sur ce qui s'est passé réellement dans la vie de ce jeune homme esclave à la Réunion, dont l'histoire a été totalement effacée jusqu'à il y a très peu de temps. 

J'espère que ce récit aura plu à Michèle à laquelle ce mail-art est destiné