11 février 2026

T200 - Coucher de soleil sur littoral breton, de la part de Nadine

Dans ma boite aux lettres du jour, j'ai trouvé encore un courrier mystérieux, en tout petit format pour lequel je ne reconnais pas non plus l'émetteur (pas d'adresse d'expéditeur). Ah, elle m'a bien eue, mon amie Nadine! 

Evidemment je savais bien qu'avec son conjoint elle avait quitté sa Suisse depuis la mi-décembre pour profiter d'une "retraite" dans un petit cabanon en Bretagne pour plusieurs mois et donc je n'attendais rien de sa part de sitôt. Ce que je n'imaginais pas c'est à quel point elle allait s'éclater sur ce littoral où elle profite à fond du bord de mer, à l'écoute du bruit de la mer et des  oiseaux,  à se remplir les mirettes des couleurs de ciels magnifiques et des lumières changeantes chaque jour en fonction des marées, à humer les embruns...D'une manière dithyrambique, elle me décrit ce lieu comme magique, ressourçant, régénérant, propice à la lecture, au dessin, au tricot etc... Déjà peu fan des réseaux ni de l'informatique d'habitude, Nadine s'offre là une totale déconnection qui la rend profondément heureuse. 

 
Dépourvu de son matériel habituel, elle a néanmoins réussi à retranscrire les impressions fortes qu'elle ressent dans ce petit paradis, sur cette petite enveloppe qu'elle a bricolé avec les moyens du bord. Le timbre est particulièrment bien choisi pour illustrer le couchant sur la mer et sur les piquets où sont élevées les moules de bouchot. 

C'est cela que j'aime dans l'art postal, toute l'amitié et la spontanéité de Nadine me font chaud au coeur, moi qui tourne au ralenti depuis plusieurs semaines déjà. Un grand merci à toi, comme ton courrier et les nouvelles que tu me donnes me font plaisir! Le bol d'air iodé et dynamisant de la belle nature que tu m'envoies, je prends!

10 février 2026

EL165 - Deux éléphants amoureux pour la Saint-Valentin, de Christiane

Aujourd'hui j'ai reçu un bien joli mail-art dont  je ne reconnais absolument pas l'écriture : la composition est sympa et l'expéditeur(trice)  quelqu'un qui me connait bien car dentelles, rubans et galons en sont les composants  autour de deux éléphants.

Je me demandai bien qui pouvait arriver encore à me surprendre à ce point en remontant à mon appartement, mais je ne risquai pas de trouver car il s'agit d'une toute nouvelle correspondante qui souhaite entrer en relation épistolaire avec moi  depuis son département de l'Ariège. 

Alors merci Christiane, apparemment tu me connais bien déjà car tu suis mon blog, je t'en remercie. Cela me fait plaisir de savoir que celui-ci peut être inspirant et instructif, quelquefois.

Ton enveloppe est particulièrement soignée pour un premier essai "de courrier décoré" comme tu l'appelles. Pour ta gouverne, saches néanmoins que, par principe et par amour des animaux dans leur intégrité, je ne suis pas une grande fan des animaux décorés ou pire habillés comme des humains, ou encore pris comme support de publicité,  mais,  pour savoir tout cela il faut déjà m'avoir "fréquentée"  depuis un petit moment. Tu es donc largement pardonnée, d'autant que tu as extrêmement bien soigné ta composition, tant dans les couleurs et les supports, qu'avec tous ces petits  petits bouts de rubans, de galons, de croquet, des vestiges de mercerie ancienne devenus désuets que j'adore (mon atelier en déborde).

Merci encore de ce premier envoi. Comme tu ne me dis rien de tes propres goûts, je te répondrai au hasard, probablement guidée par un timbre, comme c'est souvent le cas chez moi, en espérant que cela te plaira. A un de ces jours dans ta boite aux lettres. 

7 février 2026

Ce 7 février 2026, mon père aurait eu 100 ans

Né le 7 février 1926,  Julien, mon père serait devenu centenaire aujourd'hui.

Pardonnez-moi cet hommage personnel mais je ne  peux pas laisser passer cette date sans une pensée émue pour l'homme qu'il fut. Pour le résumer on peut dire que c'était un personnage droit, foncièrement honnête et courageux mais au caractère pas facile. 

Bulletin de remise des prix de 1933 - Photo de classe de 1934 - CNI de 1943 avec maçon comme profession
 Photo d'identité non datée  - CNI de 1950  avec manoeuvre comme profession - Photo de son mariage en octobre 1952
Ces  photos sont tirées de toutes les archives familiales que j'ai précieusement gardées

Mon père était le seul fils de mon grand-père Émile, ancien combattant qui fut gazé lors de la première guerre mondiale. 

Julien aimait l'école et il était très bon élève. A 14 ans, le certificat d'étude en poche, alors qu'il s'apprêtait à fréquenter le lycée, la déclaration de la guerre est venue modifier inéluctablement sa trajectoire de vie et il a du renoncer à poursuivre sa scolarité (j'imagine qu'il est  allé alors travailler avec son père sur les chantiers mais je n'ai pas de souvenir relatif à cette période)

Pendant la guerre, la région mantaise, traversée par la Seine, a été la cible de nombreux bombardements  à cause de son réseau ferré et de ses nombreuses industries et cimenteries : Papa a été fort traumatisé par les années d'occupation allemande et en a toujours gardé un souvenir extrêmement précis. Son antimilitarisme farouche s'expliquait totalement par cette expérience douloureuse vécue dans sa jeunesse et peut-être aussi de ce que son propre père lui raconta de sa guerre à lui. 

Comme il ne pouvait plus exercer son métier de maçon appris sur le tas, à cause de la gâle du ciment*, une maladie professionnelle très grave qu'il déclara très tôt, Papa dût devenir ouvrier d'usine. Après une longue période passée à se soigner,  lorsqu'il a pu travailler à nouveau, il a dû se contenter d'un boulot de "manoeuvre" dans les différentes usines qui l'ont successivement embauché. A cette époque-là, il y avait encore pas mal de fabriques et d'usines dans la vallée de la Seine, les industries automobiles et chimiques étaient florissantes ; en cas de rupture de contrat de travail, on ne connaissait pas longtemps le chômage. 

Des employeurs,  mon père en a connu beaucoup, car il se rangeait toujours du coté des plus faibles, prêt à les défendre dans son rôle de syndicaliste qu'il prenait très au sérieux. C'était un vrai, un pur, pas un de ceux qui endossent ce rôle pour "entrer dans le gruyère" ou se mettre à l'abri. Et il s'est souvent retrouvé dans la situation du fusible qu'il était facile de faire sauter...ses allergies cutanées ne lui permettant plus d'accepter certains postes. 

Chez nous, pas de voiture, pas de télé, pas d'appareil photo ni de téléphone : le matin, Papa enfourchait sa Mobylette pour faire la dizaine de kilomètres le séparant de son lieu de travail. Ses journées étaient bien remplies. Au retour de sa journée à l'usine, après une collation vite avalée, il se changeait pour enfiler bottes et vieux bleu de travail et aller avec ses outils et sa brouette entretenir le jardin et s'activer au potager. L'été, il y passait même le matin avant d'embaucher à l'usine pour pouvoir arroser avant que le soleil ne tape. Il y retournait encore avant le diner, puis le soir,  à la fraiche.

Les allées bien nettes et rectilignes de son jardin étaient tracées au cordeau où pas une mauvaise herbe ne dépassait. Son jardin, c'était sa fierté, finalement peut-être le seul endroit où il a été véritablement heureux. C'était aussi pour lui un espace où il pouvait s'oxygéner loin des fumées d'usine et des émanations toxiques qu'il a trop souvent respirées au boulot, c'était un lieu où il était en communion avec les arbres et la nature.

Oui, il était fier de pouvoir nourrir sa famille avec ce qu'il produisait : je me rappelle le goût inimitable des tomates muries sur le pied, et les récoltes énormes de  haricots verts qui donnaient tellement que ma mère n'arrivait pas à fournir en faisant des conserves maison, afin de ne rien perdre. Comme il y avait quelques fruitiers dans le jardin, pommes, poires, coings, cerises, etc ...(pour les confitures et compotes) ne manquaient jamais sur la table, pas plus que la bonne soupe de légumes l'hiver, réalisée avec potirons, courges, poireaux, pommes de terre, carottes, blettes, choux etc...de sa production.

Chez nous, pas de gaspillage, que ce soit alimentaire ou vestimentaire. Tout était utilisé et nous n'achetions que le strict indispensable. Nous vivions quasi en autosuffisance, car les moyens financiers de la famille n'étaient pas mirobolants, maman n'ayant eu un travail fixe et rémunéré régulièrement que pas mal d'années plus tard. Nous ne manquions de rien pourtant : quelques lapins nourris des épluchures de nos légumes et quelques poules pour les oeufs, voici ce qui composait notre environnement et complétait nos menus. Papa savait aussi faire le cidre, chaque année à l'automne : toute la famille était mobilisée pour le ramassage des pommes, pour le lavage des bouteilles, et plus tard pour la mise en bouteilles. A l'occasion il aimait aussi travailler le bois et l'osier (j'ai encore un exemplaire des petits paniers qu'il réalisait).

Lorsque j'étais jeune, j'ai eu beaucoup de mal avec la rigueur et le niveau d'exigence de mon père. Il n'était pas commode ni arrangeant, et ne savait pas manifester son contentement. Par exemple, je ne l'ai jamais entendu dire qu'une chose était bien, ou réussie, ou bonne :  c'était  juste "pas mal" ou "pas mauvais", notamment quand il s'agissait de nos résultats scolaires, au cas où on aurait voulu se reposer sur nos lauriers. Il était important, capital même, à ses yeux, que nous réussissions bien à l'école "pour avoir le maximum de chances plus tard". Avec ma soeur, nous n'avions pas notre mot à dire et il fallait filer droit : je n'ai eu le droit d'exprimer un avis (évidemment pas conforme au sien) que lorsque j'ai commencé à travailler. Et puis j'ai quitté le foyer familial, peu de temps après cela. 

En plus des notions de solidarité et de partage, la seule véritable valeur qui l'animait, c'était le travail. C'est ainsi qu'il avait été élevé, sans tendresse, ni fioritures et c'est ce qu'il a reproduit avec nous. Nous ne sommes jamais partis en famille en vacances. Ses congés, il les passait au jardin, à construire une serre, ou à tester des greffes pour les arbres fruitiers, en plus des travaux habituels .

En fait la notion même de détente ou de loisirs lui était totalement étrangère. Par exemple, il aimait lire mais jamais je ne l'ai vu bouquiner tant qu'il était en activité. Lorsqu'il a pu prendre sa retraite par anticipation,  bénéficiant d'une charrette de licenciement dans le cadre d'un plan social -il travaillait depuis ses 14 ans-  je l'ai vu lire, beaucoup lire assis à la table du séjour et faire des mots croisés et des anagrammes, avec acharnement, cherchant à se cultiver et à s'instruire. Tant qu'il a eu des forces, il s'est occupé de son jardin sur l'intégralité de sa surface. Le jour où c'est devenu trop dur, il a tout arrêté d'un coup. Mais son moral s'en est terriblement ressenti, et il est devenu de plus en plus taciturne. En fait, il  n'a pas accepté de ne plus se sentir "utile". 

Toute sa vie, il a combattu  le racisme, les injustices, l'obscurantisme, défendant de la même manière une jeune femme employée à la compta qu'un ouvrier algérien ou marocain. Profondément athée et même anticlérical, il a toujours considéré le genre humain dans sa globalité comme unique et respectable, quelque soit la couleur de peau, la religion, le pays d'origine et les convictions profondes de chaque individu. Il a d'ailleurs convolé avec ma mère d'origine italienne. 

Ses dernières années de vie ont été pénibles pour lui car il ne se reconnaissait absolument pas dans ce nouveau monde "au capitalisme débridé". Ainsi de voir comment toutes les avancées sociales dûrement acquises par nos ainés ont été sabordées à une rapidité effarante, ou comment l'individualisme a fait des ravages parmi les petites gens, a hâté sa fin. A 93 ans, il ne voulait plus vivre et c'est un AVC qui l'a emporté en août 2019.

J'en termine-là avec cet hommage qui me remue beaucoup : si mon père était un sacré bonhomme pas toujours facile à vivre au quotidien (la fantaisie n'était pas son fort, heureusement que maman était toujours là pour arrondir les angles), j'éprouve toujours beaucoup de respect pour lui et infiniment de reconnaissance pour les valeurs d'humanité et de partage qu'il m'a inculquées. Il a honoré toute sa vie son métier d'ouvrier d'usine et je suis fière aussi de lui pour cela. 

Merci Papa. Reposes en paix, je ne t'oublie pas. 

(*) La gâle du ciment est une dermatite de contact absolument terrible, surtout sur les mains et les bras pour ce qui concerne mon père. Lorsqu'il avait une crise aigüe (plusieurs fois par an) sa peau se délitait totalement, il était comme brûlé vif ; ses mains étaient celles d'un écorché et il souffrait le martyr. Il a conservé toute sa vie les stigmates de ces crises sur sa peau quasiment devenue transparente au fil des années.  

PS : Ne croyez pas que la situation de ma famille à la campagne était exceptionnelle ou misérable. Dans mon village, bien des foyers vivaient avec un seul salaire, et les familles souvent nombreuses se satisfaisaient de ce qu'elles produisaient, avec quelques animaux de basse-cour et un jardinet pour vivre. Les besoins d'alors étaient complètement différents.

3 février 2026

Des voeux très poétiques, de la part de Christophe

Comme je suis heureuse de recevoir ce courrier de la part de Christophe Renoux,  essentiellement peintre mais également mosaïste, céramistes et autres talents. Il s'en dégage toujours beaucoup de douceur et de poésie, et cela fait particulièrement du bien, en ce moment. 

J'avais fini par penser qu'il ne faisait plus du tout d'art postal où il s'est pourtant bien illustré, notamment en novembre 2007, car c'est à l'occasion de la 8e édition de la JMFTA où il était le récipiendaire désigné que j'ai commencé une correspondance avec lui, que nous entretenons depuis, avec fidélité, une à deux fois par an. 


Christophe m'apprend qu'en hiver, il fuit son beau pays du Beaujolais trop froid et trop embrumé car il a besoin de la lumière dans son travail et se réfugie pour quelques mois dans le Midi. Moi, je suis charmée à chaque fois par la finesse de ses dessins et de ses couleurs et par la poésie de son univers où l'on retrouve des thèmes récurrents : par exemple celui d'Alice aux merveilles comme sa carte de voeux cette année, mais aussi de la grande Frida Kahlo, ou encore des petits couples amoureux comme ses petits marins, ou de personnages comme les Ménines tiré du tableau de Velasquez, ou encore pour son amour des chats.

Merci beaucoup pour tes bons voeux Christophe, je vois que nous n'avons pas rompu le fil de l'amitié ;  je me rejouis de pouvoir continuer de loin en loin à t'envoyer de l'art postal. 

31 janvier 2026

Pratiquons la résistance poétique et choisissons la vie, avec Aurélien Barrau

Avec son look atypique, cet astrophysicien et philosophe à la langue châtiée ne laisse pas indifférent : sa brillante intelligence est fascinante mais aussi à la portée de tous.

Alors je vous donne à l'écouter lors de son passage à l'Académie du Climat en novembre 2025 où il a fait une brillante démonstration de la situation dans laquelle nous nous trouvons tous projeté aujourd'hui, et comment nous pourrions retrouver le sens de la beauté. 

Vidéo publiée sur Youtube  sur la chaîne de Alterkapitae -
Cette carte blanche a été capté à l'occasion de la 3eme agora de la décroissance prospère 
 le 22 novembre 2025 à l'Académie du Climat

Pour l'ouverture de notre 3eme Agora, nous avons eu le plaisir de recevoir l'astrophysicien et philosophe Aurélien Barrau. Le changement de monde passera autant par la lutte que par la réinvention de notre rapport au monde. Un monde où le poète et l'ingénieur sont sur le même plan, où ils ne feront, peut-être plus qu'un. A (ré)écouter pour voir surgir devant nous un chemin digne d'être emprunté. Nous ne savons pas de quoi l'avenir sera fait, mais nous participerons de toutes nos forces à ce que subsiste encore ce qui mérite de vivre. Quoi qu'il arrive, de ça, nous pourrons être fiers. 

Comme il est réconfortant d'entendre qu'il pourrait être possible d'avoir un autre avenir que celui qui nous est promis par tous les dominants de ce monde. Pour peu qu'on s'attarde sur une certaine idée de la beauté, comme Aurélien le démontre si bien.

29 janvier 2026

Une belle tronche de plus pour ma collection, de la part de Christian

Dernier courrier aujourd'hui dans la boite aux lettres. Oh la la.... cela commençe mal : quand j'aperçois le sachet transparent jaune de La Poste, c'est souvent parce que le contenu a été plus ou moins abimé lors de son acheminement.

A première vue, cela n'a pas l'air catastrophique  (comparé à ce qu'il m'est déjà arrivé de recevoir, en miettes, dans ces fameux sacs jaunes). J'ouvre délicatement la pochette et là, surprise des surprises, et même si je m'en doutais un peu compte tenu du volume, c'est une merveille de plus de l'ami Christian, dit Monsieur R. 



En partant d'un emballage en carton bouilli dur et moulé utilisé pour le transport de bonnes bouteilles*, mon correspondant  a déployé son talent  incommensurable pour fabriquer l'une de ces trognes dont il a le secret : c'est hyper réaliste et toujours plein d'humour et de dérision à la fois, j'adore! 

Merci, merci Christian, pour ce nouvel envoi postal. Quel talent et aussi quel pied de nez à ce "Dry January" décrété qui n'empêche rien du tout pour les personnes addictes à l'alcool. 

En attendant de savoir comment toi,  tu l'as surnommé,  j'ai choisi de l'appeler Elia Bienbu : je ne  suis pas certaine d'avoir trouvé la bonne occurence car c'est la première fois que je m'adonne à cet exercice, merci de me corriger pour son nom de baptème. 

* Erratum : la matière première utilisée est un embauchoir à chaussure, donc rien à voir avec le jus de la treille, mais je n'ai pas envie de la débaptiser tant cette tronche n'a pas l'air d'avoir bu que de l'eau. Pour que vous vous régaliez vous aussi, je vous mets un lien sur le blog de Christian où vous pourrez voir ici et comment il a pris son pied à réaliser de telles trognes.

Déjà un merle moqueur prêt à siffler le début du printemps, par Isabelle

Quel joli mail-art totalement artisanal reçu ce jour de la part d'Isabelle! Il est si joli!

Ma correspondante a abandonné pour un temps sa machine à découper des formes toutes prêtes pour se consacrer à la linogravure avec bonheur : la  composition qu'elle m'offre aujourd'hui est particulièrement réussie.
Vous pourriez me dire que c'est fou de parler du printemps un 29 janvier, mais avec les températures excessivement douces que nous connaissons depuis trois bonnes semaines maintenant, certains végétaux ne vont pas tarder à repartir pour une nouvelle saison mais attention aux gelées qui risquent d'arriver brutalement ensuite et de faire des dégâts. 

Bravo et merci beaucoup Isabelle pour ce magnifique envoi, j'adore. 

Trinquons avec de l'eau potable à l'année nouvelle, de L'Être anonyme

Une très jolie enveloppe m'arrive de Bretagne, où l'amie Catherine s'est coulée dans la mode du Dry January* pour trinquer à la nouvelle année avec de l'eau potable. 

Je te remercie chère amie de tes bons voeux, présentée d'une manière bien originale. 

Je voudrai comme toi être optimiste en ce qui concerne l'eau potable, mais je me demande si celle que nous avons disponible au robinet est aussi saine qu'on veut bien nous le faire croire. 

L'approvisionnement en eau véritablement potable au robinet est une vraie gageure, car si les normes véritablement adaptées à notre bonne santé étaient vraiment mises en place et respectées (combien de PFAS, et d'autres substances chimiques véhicule-t-elle dans beaucoup de régions françaises), nous n'en serions pas là... tout particulièrement en Bretagne où l'on connaît bien tous les dégâts provoqués par le rejets de l'élevage intensif dans les champs, dans les rivières jusqu'à la mer (et donc dans les nappes phréatiques). 

Depuis plusieurs mois déjà, il existe des interdictions de consommer l'eau du robinet pour raison sanitaire dans de nombreux départements, où  une distribution d'eaux en bouteille est organisée par les communes... mais avec ce que l'on sait maintenant du contenu de certaines eaux en bouteille** (qui coûte 100 fois plus cher que l'eau du robinet), on peut se demander où l'on va bientôt pouvoir boire de l'eau sereinement

* Alors encore un anglicisme pour nous encourager à moins boire d'alcool ou à ne plus en consommer du tout en janvier! Est ce que ralentir sa consommation ou la stopper sur un mois seulement a un véritable effet sur la santé ? J'en doute fort.  
J'ai le sentiment que tous ces slogans, un mois après l'autre (mois de la sobriété, mois sans tabac.)  sont plus là pour nous faire sentir coupables, coupables de n'être pas en bonne santé. Il en est de même pour Octobre rose : si c'est très bien de nous encourager à faire du dépistage du cancer du sein pour que la maladie soit détectée au plus tôt, ce serait infiniment préférable de mettre en place des politiques environnementales efficaces et réelles, afin de ne pas contribuer à la démultiplication des cancers et des AVC (y compris chez les plus jeunes et les enfants) en continuant d'encourager les pesticides et toute l'agrochimie comme c'est le cas actuellement (Loi Duplomb, Mercosur...)

**  Scandale Nestlé des eaux contaminées connu et couvert par l'Elysée depuis 2022.  Selon le rapport de l’Anses publié en 2023, le minéralier fait face à une contamination généralisée des sources. Elle touche aussi bien celles du Grand Est (Hépar, Vittel et Contrex) que celles d’Occitanie, où l’eau de Perrier est mise en bouteille. Des bactéries sont détectées, parfois en « concentration élevée », ainsi que des PFAS, ces polluants chimiques éternels, et des pesticides, en quantité dépassant parfois les seuils réglementaires. 
Source : Mediapart

Le bleu du Blue Monday pour les bons voeux de Claire

Aujourd'hui, parmi les nombreux courriers reçus, je trouve les bons voeux de Claire tout en bleu pour le Blue Monday*, jour désigné à la date du 3e samedi du mois de janvier  comme étant le jour le plus déprimant de l'année! 

Si je n'ai vraiment aucune sympathie pour tous ces slogans publicitaires qui nous lancent des injonctions à n'en plus finir pour chaque mois de l'année, j'approuve totalement la manière dont Claire a construit sa carte de voeux : avec une publicité de voiture, elle a composé tout un patchwork inscrit dans un cercle et cela est vraiment du meilleur effet.

Bravo l'Artiste pour cette belle idée, et merci beaucoup Claire de tes bons voeux. Tu peux toujours m'envoyer du bleu à toute période de l'année, sans tenir compte de ces publicitaires qui nous manipulent, d'abord parce que le bleu n'a rien d'une couleur déprimante, et aussi parce c'est la couleur que je préfère dans les fleurs naturelles (assez rares). 

* En fait Blue Monday n'est en réalité qu'un concept publicitaire de plus : cette pseudoéquation mêlant la météo, le salaire et la motivation, a été inventée en 2005 pour faire la campagne d'une agence de voyages

26 janvier 2026

Deux coquilles peintes pour me présenter ses voeux, par Cathy

C'est à l'occasion du Projet  "Conte et mail-art" lancée par  l'amie Françoise Tournet dont vous avez pu suivre les péripéties sur ce blog que j'ai eu l'occasion de correspondre avec Cathy. C'est une artiste peintre et sa spécialité n'est pas l'art postal.

Mais aujourd'hui elle m'adresse à son tour ses bons voeux pour 2026, d'une si jolie façon que je ne peux que la partager ici, avec vous. 

Tout d'abord j'ai trouvé dans ma boite aux lettres une enveloppe bien épaisse avec étiquette d'affranchissement : cela ne ressemblait à rien de connu, ni d'attendu. Mystère! Mais quand j'ai ouvert et déballé le papier bulle qui tenait le cadeau préciseusement emballé, voici ce que j'y ai découvert : outre une carte de voeux fabriquée maison, deux coquillages si joliment peints, l'un sur une Saint Jacques, l'autre sur une huitre.


Waouh, comme tes voeux sont présentés d'une manière si belle et si originale! De la jolie peinture sur coquillage, c'est la première fois que j'en reçois. Merci beaucoup Cathy, tu m'as beaucoup gâtée.

Broderie main sur papier cristal, toute en bleue, d'Aude

Voici un bien chouette mail-art qui m'arrive de Bretagne : ma correspondante, Aude, a magnifiquement su jouer dans une belle harmonie avec le bleu du timbre, celui du ruban de satin, et les points de tige qu'elle a brodé sur une ancienne enveloppe en papier cristal .

Rehausser la fleur étoilée de quelques points jaune pour le coeur, et parsemer un peu de rose pour rappeler la bordure de la zone adresse est une belle idée, avec l'utilisation en plus de quelques paillettes, bleues elles-aussi.

Merci Aude de cette délicate attention, et merci d'avoir tenté l'expérience de broder sur un papier aussi fragile. Je comprends que c'était une première pour toi mais que tu as pris du plaisir à planter l'aiguille pour transperçant le papier, et celui d'écouter le bruit du fil tiré ensuite pour passer sur l'envers de l'ouvrage. 

Oui,  l'art de la broderie est chronophage comme tu l'as constaté, mais c'est aussi une belle manière de laisser le temps couler et d'oublier ses soucis en étant uniquement préoccupée de l'exécution de son motif  et de tirer le fil, à son rythme.

Courrier d'Ukraine tardivement reçu mais rassurant, de Lubomyr

Bien que le prix des timbres ne cessent de croire (plus de 9% d'augmentation au 1er janvier dernier), les services de la Poste Française laissent de plus en plus à désirer pour le courrier ordinaire, dûment timbré et avec une adresse parfaitement lisible. J'en veux pour preuve le nombre de mail-artistes qui ont vu revenir leur courrier sans motif valable, ces deux derniers mois. Et je ne vous parle même pas ici d'une  courrier de voeux qui a mis 22 jours pour faire Massy-Antony, deux communes qui se touchent!

Alors, qu'une lettre compostée le 30 novembre dernier ne me parvienne qu'aujourd'hui n'est guère étonnant, puisque Lubomyr m'écrit depuis l'Ukraine, un pays où la guerre sévit toujours, hélas.

Comme toujours avec ce correspondant, son enveloppe est bien garnie alors qu'il dispose de peu de moyens sur place :  outre une carte, une ATC, quelques pages tamponnées, une page de livre d'art sur papier glacé avec incrustation, j'y ai trouvé aussi une planche de timbres d'artiste fort originaux. Voir le détail ci-dessous.
C'est en lisant sa carte que j'ai compris que le courrier datait déjà d'un bon moment : "maintenant c'est l'automne, je suis en train d'élaguer des arbres aujourd'hui ; travailler avec l'art et la nature m'aide à moins penser à la guerre."

Je suis évidemment ravie de recevoir une lettre de Lubomyr car je m'inquiétais de son long silence. Et quand on sait les conditions de vie dans son pays depuis bien tôt cinq années que la guerre a repris, il y a toujours un gros doute sur le fait qu'on continuera ou non à recevoir du courrier. Certes il ne dit pas grand chose de ce qu'il vit, mais de savoir que les échanges continuent me semble toujours une bonne chose, à chaque nouvelle missive. Au moins, il est vivant et toujours avec l'envie de partager et de communiquer.

Merci Lubomyr de ce courrier, un autre est déjà parti vers toi pour la nouvelle année, j'espère qu'il t'arrivera bien vite.

A droite, planche de Faux-timbres d'artiste, grand format - On peut y voir Lubomyr  avec en main un poster que lui a été offert pour son Museum du Mail-Art par Everett Aison (USA). Ce poster de 2016 relate l'arrivée à Seattle de Ryosuke Cohen, et a été créé par CT Chew et Jorek (?) Latteman [trois artistes connus des mailartistes internationaux]

24 janvier 2026

Mon blog d'art postal fête ses 10 ans : merci à vous tous!


Oui, le 25 janvier 2016 est bien la date de l'acte de naissance de ce blog même si j'avais démarré l'art postal quelques années plus tôt, au sein d'un groupe de couture spécialisé dans le patchwork!  Cela vous étonne? Pourtant ce n'est pas si étrange que cela, car c'est là que j'ai découvert l'art postal textile

Inscrite plus tard sur un forum d'art postal, je me suis lancée dans la blogosphère sur le conseil d'une amie mailartiste, essentiellement pour permettre à ma maman septuagénaire de visualiser ce que je réalisais -à sa demande-, mais aussi bien sûr pour garder la trace de tous nos échanges.   

Je n'imaginais pas que l'art postal textile occuperait une telle place dans ma vie ni que je me prendrai autant au jeu dans la tenue de ce blog mais voilà pourtant dix années complètes que cela dure. Au fil du temps et de la qualité des liens qui se sont noués avec beaucoup de mes correspondants, j'ai pris aussi beaucoup de plaisir à rédiger des articles autour des thèmes évoqués dans les mail-art envoyés et reçus, souhaitant partager ainsi avec vous mes découvertes. 

Pour les fidèles de ce blog, vous avez pu remarquer qu'après la crise du Covid, je me suis autorisée à y relater de temps à autre mes humeurs, mes coups de coeur et mes coups de gueule, m'appuyant en cela sur de l'humour, de la poésie, des podcast, des paroles de chansons ou des thèmes de films -voire des spectacles vivants auxquels j'ai eu la chance d'assister-. Certes, cela n'a pas de lien direct avec l'art postal textile, mais comme je ne suis pas un "bisounours", j'ai décidé d'assumer les émotions qui me traversent ; elles permettent une meilleure compréhension de la personne que je suis, avec ses contradictions, ses convictions et ses doutes.  Peut-être éclairent-elles davantage les thèmes que je choisis d'illustrer dans mon mail-art en série (le mail-art individuel étant plutôt ciblé sur les goûts de mon correspondant) ou de recevoir lors de mes appels permanents à mail-art.

10 années cela représente quelques :
1 702 mail-art reçus et 2 668 mail-art envoyés
4 794 articles publiés et 1 216 commentaires
± 53 correspondants actifs, dont certains présents depuis le début de l'aventure
20 abonnés
337 755 vues dans plus de 84 pays à travers le monde : 
la France, bien sûr, en tête, suivie des USA, Singapour et Hong-Kong

Aussi, permettez-moi, avec beaucoup d'émotion, de vous adresser à tous un très grand merci, pour m'avoir accompagnée et suivie depuis tout ce temps.

Cependant, même si je ne m'en lasse pas, je sens bien que je n'ai plus autant la pêche qu'aux premiers jours : si vous n'en avez pas idée, sachez que la manière dont je pratique le mail-art textile est terriblement chronophage, surtout que j'y rajoute la rédaction d'articles sur ce blog. En dehors des séries, je peux rarement créer plus d'un mail-art par jour et en cas de broderie, cela peut aller jusqu'à 4 jours. Tout ce que j'envoie est très rarement fortuit : je me documente car je cherche comment faire plaisir à chacun de mes correspondants en allant vers ce que je sais de leurs centres d'intérêt. Sinon, il m'arrive aussi de puiser dans une veine artistique que je viens de découvrir, que j'ai envie de vous faire connaître et de partager avec vous.

Boucler cette décennie m'a donné à réfléchir : je ressens le besoin de profiter des années qu'il me reste avec des mains encore alertes pour explorer d'autres techniques et pour prendre le temps de les expérimenter. 

Si j'aime nourrir le lien qui me rattache à vous d'une manière sincère (ces échanges étant pour moi une véritable arthérapie) j'y mets souvent trop d'énergie, ce qui finit par me fatiguer. Devant les réponses à fournir que je n'aime pas voir s'entasser, je me sens quelquefois comme le hamster qui sans arrêt fait tourner sa roue, jusqu'à, certaines fois ternir ma joie de mailarter.

L'an passé,  j'ai eu plusieurs soucis de santé qui ont ralenti et amoindri temporairement mes facultés créatrices, surtout au niveau de la broderie. Cela a été une sorte d'alerteur pour moi où j'ai pris conscience que je ne pourrai plus continuer sur le même rythme.

Aussi à partir de 2026,  en cette date anniversaire,  j'ai pris comme résolution d'en faire moins et surtout d'une manière plus apaisée, probablement aussi en restreignant le nombre de mes correspondants.  

Malgré tout,  j'espère que  l'aventure de ce blog va pouvoir continuer quelques belles années encore!

A présent, chers amis de l'art postal, je vous propose de partager virtuellement ce gâteau d'anniversaire et de lever mon verre avec ces quelques bulles pour trinquer avec vous au plaisir de la correspondance artistique (tant que la Poste française nous le permettra!)

A bientôt : rendez-vous dans vos commentaires et/ou dans vos boites à lettres.

23 janvier 2026

Les voeux questionnants de Daniella pour l'année 2026

Dans la boite aux lettres ce jour, j'ai aussi trouvé une carte originale pour les bons voeux de Daniella. 

Pour la réaliser, Daniella a exploité une photo particulièrement éloquente : "Y a quelqu'un ?" qui lui semble tout à fait poser la bonne question concernant la gouvernance actuelle de notre pays ... tout part tellement à vau l'eau, qu'on se demande s'il y a encore un pilote dans l'avion, ou un capitaine pour tenir le gouvernail de notre bateau qui prend de plus en plus l'eau.

Comme toi Daniella, je me fais beaucoup de souci avec tout ce qui se passe actuellement et pas seulement à l'intérieur de nos frontières, c'est le monde entier qui va mal, à la merci des trois chefs d'état les plus puissants du monde, prêts à tout pour prendre le pouvoir ultime, au mépris de toutes les conventions de droit et de toutes les organisations internationales censer protéger a minima les états souverains et leurs peuples.

D'où pourra venir notre salut?  Quelle providentielle personnalité sera capable de ramener le gouvernail vers le cap à tenir ?  Je n'ai pas la réponse à ces questions mais je veux continuer de regarder le soleil et vers le haut, pleine d'espoir pour que la raison finisse par l'emporter.

Merci Daniella, tiens-bon, toi aussi : ne nous croyons pas battues d'avance  et continuer à résister, autant que nous le pouvons.  

Les voeux d'Eric et son hommage à Ambroise Croizat, le père de notre Sécurité Sociale

Avec style bien à lui et le type d'enveloppe caractéristique qui le définissent, pas difficile de deviner qu'Eric Bensidon est l'expéditeur de cette nouvelle enveloppe.

En plus de m'apporter ses bons voeux, Eric tient à rendre hommage à un homme dont l'action fut capitale dans les avancées sociales d'après-guerre et pourtant il est quasiment un inconnu pour la plupart des gens à notre époque.
Ambroize Croizat était appelé par les français le 'Ministre des Travailleurs' 
Antimilitariste notoiren  Ambroise Croizat aurait certainement approuvé le mantra d'Eric
selon lequel les armées détruisent notre planète.
Merci, merci, Eric de tes bons voeux et aussi de tes abondants courriers, tous en rapport avec des thèmes qui me sont chers. Simplement, tu es tellement prolixe que j'ai beaucoup de mal à suivre ton rythme de production...et que je vais forcément te faire attendre pour une réponse.

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Ambroise Croizat  (1901 -1951)

Qui était Ambroise Croizat ? 

À l’heure où la régression sociale est planifiée par le gouvernement, retour sur l’homme qui a créé le système de Sécurité sociale (dont les retraites) en France.

On croise son nom tous les jours dans la rue. Une avenue, une place ou un bâtiment public s’appellent Ambroise-Croizat, à Saint-Étienne-du-Rouvray et ailleurs, surtout dans les municipalités qui ont été ou sont encore communistes. Le 17 février 1951, une foule immense (on parle d’un million de personnes, comme dans une manif réussie) descend dans la rue pour accompagner son cortège funéraire jusqu’au cimetière du Père-Lachaise. C’est un héros du peuple, l’homme qui au sortir de la Seconde Guerre mondiale, devenu ministre, s’est battu pour inventer et instituer le système de Sécurité sociale moderne.

Ambroise Croizat fut surnommé le « ministre des travailleurs ». Sa biographie en bref : né en 1901 en Savoie, il est issu d’une famille d’ouvriers de la métallurgie et suit les traces de son père qui, en 1906, avait lancé une grève pour l’obtention d’une protection sociale. Il commence à travailler à l’âge de 13 ans, devient militant syndical puis député du Parti communiste à l’époque du Front populaire. Arrêté et emprisonné pendant la Seconde Guerre mondiale, Ambroise Croizat rejoint le gouvernement à la Libération, au poste de ministre du Travail entre novembre 1945 et mai 1947.

Avec son équipe et l’appui des organisations ouvrières, il met en oeuvre quelques-unes des plus importants acquis sociaux du XXe siècle : la Sécu, la médecine du travail, les allocations familiales, les comités d’entreprise, la formation professionnelle et bien sûr le système de retraites solidaires par répartition. Mais plutôt que d’acquis, Ambroise Croizat préférait que l’on parle de « conquis sociaux », parce que le combat fut rude et que rien n’est jamais gagné.

« L’invention sociale »
Après sa mort en 1951, le nom et le rôle d’Ambroise Croizat sont tombés dans un trou noir aussi opaque et injuste que celui de la Sécu. Les militants de gauche connaissent son importance, mais le « grand public » ne sait rien, faute d’information. Il faut attendre 2011 pour que son nom apparaisse dans le dictionnaire (cet ancêtre en papier de Wikipédia qui permettait aussi de se muscler les bras, pour les plus jeunes). À l’École nationale supérieure de Sécurité sociale de Saint-Étienne (dans la Loire, pas du Rouvray), on préfère mettre en avant Pierre Laroque, le haut fonctionnaire qui travaillait avec le ministre Croizat. L’histoire est écrite par les puissants, ceux qui ont le pouvoir, tiennent à le garder et cherchent à le reprendre. Ils ont du mal avec cet épisode de l’histoire où un homme venu de la classe ouvrière, affilié au Parti communiste et à la CGT, est devenu ministre et s’est illustré pour le bien commun et le service public.

« Croizat, c’est une fracture complète, c’est l’invention sociale », explique Michel Étievent, biographe de Croizat, dans le film La Sociale. «Il laisse un héritage considérable.» Cet héritage que les gouvernements libéraux cherchent à nier et liquider depuis une trentaine d’années à coups de réformes, pour mieux confier la politique publique et la protection sociale au secteur privé et aux logiques d’équilibre financier. La réforme des retraites proposée par le gouvernement Macron, profondément réactionnaire (un retour en arrière) et anti-sociale, est une nouvelle atteinte à l’héritage d’Ambroise Croizat, et pas la moindre.

Une longue histoire
Avant l’ère industrielle, seule une minorité de travailleurs bénéficie d’un système de retraite, comme les marins (dès le XVIIe siècle) et les militaires. Au fil du XIXe siècle, alors que l’industrie a besoin de bras, des mesures sont créées dans certaines branches par les employeurs, les organisations ouvrières et l’État. Mais il faudra vraiment attendre 1945 pour que soient posées les bases du système actuel : régime général et retraites par répartition. 
Source : article paru le 17 février 2023 dans une le Stéphanais n°303 une publication de la ville de Saint Etienne du Rouvray.

Depuis, les réformes se suivent…mais hélas ne vont pas dans le bon sens, tant cette avancée sociale contrarie tous les tenants du grand capital!
Vidéo publiée sur la chaine youtube de France3 : Ambroise Croizat, le batisseur de la Sécu
Ambroise Croizat, le batisseur de la Sécu